Taxer les "superprofits", Mélenchon 2027, union de la gauche...Clémentine Autain est notre invitée
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Bonsoir Clémentine Autain. Bonsoir. Merci d'avoir accepté notre invitation, députée écologiste et sociale de Seine-Saint-Denis, cofondatrice de l'Après, candidate à l'élection présidentielle, en tout cas à la primaire de la gauche en vue de cette élection présidentielle. Vous allez nous dire où ça en est dans un instant, juste après l'annonce de candidature de Jean-Luc Mélenchon. On va revenir sur tout ça. Mais d'abord, comme tous les soirs, c'est l'heure de notre rendez-vous avec la séquence Vrai ou Faux, qui sera représentée dignement cette semaine par Louis Augry. Bonsoir Louis.
Bonsoir.
On va parler de Total avec vous ce soir, Louis. Les prix des carburants ne baissent pas. Le gouvernement met la pression, on tente en tout cas de la mettre sur les distributeurs et sur Total en particulier, également qui est accusé d'être l'un des profiteurs de ce conflit au Proche-Orient. Écoutez la chef de file des députés LFI, Mathilde Panot, qui était l'invité des 4V sur France 2 ce matin.
Je pense évidemment à Total, dont des collègues journalistes ont révélé qu'en un mois seulement, ils ont fait un milliard de surprofit. Et donc il est insupportable de voir que certains s'engraissent pendant que d'autres sont en train de souffrir.
Total ne fait pas de bénéfices en France. Est-ce qu'il faut ? Non, non.
Ils cachent ce qu'ils font en France. Et encore une fois, ils font de la spéculation.
Alors Mathilde Panot dit que Total cache les bénéfices qu'ils font en France, bien sûr, dit Clémentine de Pain. Est-ce que c'est vrai ?
On va vous expliquer en tout cas. Mathilde Panot reprend un des arguments qu'on a entendus ces dernières semaines du côté de l'économiste de gauche Gabriel Zucman. Effectivement, tout part, il y a quelques semaines, d'un communiqué de Total sur son compte Total Energy News et fact-checking. Fact-checking, vous doutez que ça nous a intéressés. Le géant pétrolier se justifiait de quasiment pas payer d'impôts sur les sociétés en France. En disant ça, Total Energy paie ses impôts dans les pays où elle réalise des bénéfices. Total Energy ne délocalise pas ses profits dans des pays à faible fiscalité. Ça le mérite d'être clair. D'après Total, ils ne cherchent pas à éviter l'impôt.
Ils ne sont pas dans des paradis fiscaux. C'est tout simplement qu'ils ne font pas de bénéfices en France. Sauf que ce communiqué, il a fait réagir Gabriel Zucman.
Je peux vous dire que chaque mot que vous prononcez... C'est scruté en tout cas.
Gabriel Zucman, voilà ce qu'il disait dans cette déclaration face à ce communiqué de Total. Vos comptes montrent néanmoins que vous avez déclaré 5,9 milliards de profits en 2024 dans le reste du monde à la fiscalité si douce, qui comprend notamment la Suisse.
Vous allez pouvoir réagir dans un instant, Clémentine Autain. Mais Total échappe à l'impôt grâce à son activité en Suisse, donc c'est ça ?
C'est en tout cas ce que dit Gabriel Zucman. Alors Nicolas Carvelon s'est plongé un peu dans les rapports que Total publie chaque année. où elle montre les profits qu'elle réalise à l'étranger. Par exemple, on peut voir qu'ils ne font pas de bénéfices aux Bahamas. Ils ont même perdu de l'argent aux Bermudes, de paradis fiscaux. Sauf qu'à la dernière ligne de ce document, on a une section qui s'appelle « Reste du monde » à laquelle Gabriel Zucman faisait effectivement référence. Alors on ne sait pas exactement quel pays ça comprend. Mais Total a reconnu qu'il y avait bien la Suisse dedans.
Et surtout, ce « Reste du monde » a effectivement rapporté 5,9 milliards de dollars de bénéfices en 2024. Ça représente quand même un quart des profits mondiaux du groupe l'année dernière.
Et dans ces profits, Louis, effectués dans le reste du monde, il y a des mouvements qui posent question ?
Oui, en tout cas, dans ce document, on apprend que les salariés du reste du monde ont en moyenne rapporté 385 000 dollars chacun en moyenne en 2024. C'est énorme. Et d'après les spécialistes qu'on a contactés, c'est un signe de potentiel mouvement d'optimisation fiscale poussé qui s'appelle le « profit shifting ». Souvent dans les paradis fiscaux, il y a beaucoup de profits pour très peu d'employés. C'est un des signes qu'on a potentiellement déplacé le profit vers un autre pays pour payer moins d'impôts. Alors ici, impossible de savoir si c'est réellement ce que Total a fait.
En revanche, ce qu'on sait, c'est que son activité en Suisse est peu imposée, qu'elle a gagné beaucoup d'argent récemment grâce à sa filiale de trading. En Suisse, c'est le Financial Times qui avait révélé ça, que Total avait parié sur le pétrole au Moyen-Orient au début de la guerre et avait réalisé un profit exceptionnel. Le groupe a été interrogé là-dessus, a dit que c'était des critiques injustifiées. Mais est-ce que Total déplace ses profits en Suisse ? Pour l'heure, il y a des doutes, mais c'est impossible de l'affirmer. Récemment, la société a quand même choisi un pays à la fiscalité avantageuse pour y localiser une de ses activités les plus rentables.
Merci beaucoup, Louis Augry. Et je rappelle, Clémentine Autain, je suis sûre que vous serez chaque samedi désormais devant l'émission Vrai ou Faux de France Info à...
C'est à midi.
À midi le samedi et la rediffusion à 20h le dimanche. Dimanche, exactement. Merci beaucoup, Louis. Clémentine Autain, on parle de techniques qui relèvent, on dit, de l'optimisation fiscale, l'optimisation fiscale poussée. Beaucoup de grandes entreprises qui s'y livrent. Il n'y a rien d'illégal.
C'est bien le problème. Il faut donc changer la loi. C'est ça, la conclusion. Pendant que les gens qui sont contraints de prendre leur voiture sont des vaches à la pompe et doivent payer plus de 2 euros le litre avant même les effets du blocage du détroit d'Ormousse parce qu'on sait que les pétroliers ont engrangé des profits et augmenté les prix immédiatement avant même les effets concrets. Nous, nous sommes les vaches à lait et nous engraissons des entreprises comme Total, vous l'avez dit, 6 milliards de bénéfices sur un trimestre. C'est plus 51% par rapport à l'année dernière. Plus 51%.
Donc c'est colossal pendant que nous, nous sommes à la pompe celles et ceux qui devons nous serrer la ceinture. C'est insupportable. Sauf que ces bénéfices sont faits en grande partie en Suisse et ils sont un peu plus taxés. Mais non, mais écoutez, ce sont des mécanismes et d'ailleurs vous l'avez effleuré parce que c'est une question de temps. Mais en fait, ce sont des mécanismes. C'est-à-dire, on dit on ne fait pas de profit là mais on crée l'entreprise à un tel endroit. Oui, en fait, c'est des mécanismes qui sont certes possibles mais qui ne permettent pas que Total paie un impôt juste en proportion de son chiffre d'affaires en France.
Et donc moi, j'avais déposé à l'Assemblée nationale au moment du dernier budget la proposition qui est encore celle de Gabriel Zuckman. Vous savez que je me suis beaucoup battue pour la taxe Zuckman sur les hauts patrimoines avec ce chiffre de 2%. Mais j'ai une autre bataille qui est celle de taxer, par exemple, Total, c'est-à-dire les entreprises multinationales qui échappent à l'impôt en France, de faire en sorte qu'on regarde ses bénéfices mondiaux, on voit quelle est la part de son chiffre d'affaires en France. Donc là, par exemple, c'est 22,8% en France de chiffre d'affaires réalisé par Total. Eh bien, il faut prendre une taxe sur les bénéfices mondiaux en rapport avec ces 22,8%.
Et donc ça, c'est possible de le faire. On a eu le débat avec Amélie de Montchalin qui nous expliquait que ça a supposé de renégocier exactement à l'époque, c'est au moment du budget, elle était encore là, comme ministre. Et elle nous expliquait que ce n'était pas possible, que c'était trop de conventions à renégocier. Mais il faut renégocier les conventions. On ne peut pas accepter ce contournement de l'impôt, cette injustice crasse que des multinationales ne paient même pas autant d'impôts que des entreprises françaises. C'est même déloyal d'un point de vue concurrentiel de base.
Donc moi, je me bats pour que nous puissions faire en sorte que Total n'échappe pas à l'impôt et qu'on taxe les super profits. Et je suis scandalisée de ce qu'a dit Emmanuel Macron aujourd'hui. C'est insensé. Et j'ai lu, les Européens doivent, je cite, répondre en cas de profit pétrolier excessif. Mais on y est. C'est maintenant. Donc qu'est-ce qu'il va faire ? Un numéro vert ? Et tout à l'heure, je l'entendais sur votre antenne. Lui, il dit qu'a priori, on n'y est pas. Je l'entendais sur votre antenne et il dit, j'espère que les entreprises pétrolières ne vont pas répercuter trop les effets de la guerre. Bon, ça n'est pas possible de dire quoi ça.
Vous parlez de votre loi, mais est-ce que selon vous, il faudrait aller jusqu'à nationaliser Total ?
Oui. Oui, s'il le faut, il faut nationaliser Total, comme Arcelor. Qu'est-ce qu'on fait quand vous avez des grands groupes qui se jouent des salariés comme avec Arcelor, parce qu'ils font du dumping, ils pensent que c'est mieux d'aller en Inde parce que les normes sociales et environnementales sont plus basses. Qu'est-ce que vous faites ? Vous vous laissez faire ou vous dites que ce n'est pas possible ? L'acier doit être aussi produit en France et les salariés protégés. Ça coûte près 170 milliards ? Oui, mais on ne les a pas. Pour un état dans lequel on vit. Bien sûr qu'on peut les avoir. Vous avez une proposition de loi qui a été déposée à l'Assemblée nationale. C'est très précis.
Vous savez, investir dans le secteur de l'acier peut faire partie d'une stratégie industrielle. Regardez les autoroutes. Quand on les a privatisées, qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? La réalité, c'est que les entreprises, elles, elles se sont gavées sur le dos de qui ? De ceux qui prennent les autoroutes et qui paient bien au-delà du prix de rendement des investissements qui ont été faits. Et maintenant, on ne peut plus revenir en arrière ? Ici, on peut toujours revenir en arrière. Bien sûr qu'on peut revenir en arrière. Il suffit de renationaliser les autoroutes comme Margaret Thatcher a fait avec le rail. Vous savez, dans les années 80, elle a privatisé les chemins de fer.
Ça a été une telle catastrophe. C'est-à-dire qu'il y a eu des retards, des accidents. Et au point qu'il y a quelque temps, on en est revenu à la renationalisation du chemin de fer. C'est exactement le sens du projet que je veux proposer aux Français. Mais avec quel argent ? Ça suffit la privatisation de tout. Précisément, là, je vais vous dire, si on taxe les super profits juste de total, Oxfam nous dit qu'on peut trouver tout de suite 2 milliards. 2 milliards !
Vous voulez racheter total, renationaliser total en taxant les super profits ?
Là, je vous parle des super profits. Ce que je veux vous dire, c'est que... Moi, je vous parle de total. Mais moi, je vous parle de recettes. Vous me dites qu'on ne peut pas faire tout ça parce qu'on n'a pas d'argent. Moi, je vous dis que si les multinationales et les très gros patrimoines paient leurs impôts, leurs justes impôts, d'accord, comme vous, moi, celles et ceux qui nous regardent, eh bien, vous verrez que nous aurons de l'argent public pour investir dans le bien commun. C'est cette logique-là qui doit maintenant prendre le pas, c'est-à-dire ce que j'appelle, moi, l'esprit public.
Le risque est que les multinationales en question s'en aillent, se délocalisent. Quitte la France, c'est la France française.
Vous croyez que quand ton total fait 22,8% de son chiffre d'affaires en France, il va délocaliser juste parce qu'on lui demande de payer ses impôts ? Vous plaisantez ? Je n'y crois pas. Ou alors, si on a cette logique-là, même les super profits, ce n'est pas possible. Et il y a un moment donné où il faut dire stop et se faire respecter. Le fait que d'autres pays européens, et pas la France, mais d'autres pays européens, ont dit qu'il fallait taxer enfin les super profits, montre le chemin.
Et je suis abasourdie qu'Emmanuel Macron protège, comme toujours, en fait, le monde de la finance, la logique du profit qui est à l'œuvre et qui montre aujourd'hui à quel point c'est une catastrophe sociale,
mais aussi une catastrophe environnementale. Alors, rediscuter les conventions fiscales, peut-être nationaliser certaines entreprises, c'est une solution plutôt à long ou à moyen terme. Là, dans le court terme, il y a cette crise, il y a les gens qui payent l'essence, 2 euros par litre, il faut que ça s'arrête.
Pour l'instant, la solution, enfin en tout cas la dernière mise en avant par le Premier ministre hier, c'est de dire à Total, faites un effort supplémentaire, parce qu'il faut quand même dire que Total est le seul à avoir mis en place un plafonnement des prix qui permet quand même aux Français de pouvoir bénéficier d'une essence quand même moins chère qu'il n'y avait pas ce plafonnement. Il leur dit, Sébastien Lecornu, faites encore un effort.
Non mais écoute, c'est insensé. C'est-à-dire qu'on a la puissance publique qui dit à des acteurs privés, s'il vous plaît, soyez gentils, faites un effort. Mais vous croyez quoi ? Ça va marcher comme ça ? Pendant ce temps-là, on demande à ceux qui sont au RSA, on ne leur demande pas à eux de faire un effort. Immédiatement, on les traque, on va les chercher, on lutte contre la fraude fiscale, alors que ce sont des gens qui n'ont pas grand-chose. Eux, ils ont tout, ils ont tout et ils se gavent. Et la puissance publique n'est pas capable d'intervenir et de faire la loi. Eh bien la loi, elle doit encadrer les marges, et pas simplement d'ailleurs pour les pétroliers.
Moi je le demande pour les entreprises pétrolières, mais il faut aussi s'intéresser par exemple aux marges dans l'industrie alimentaire, dans la grande distribution, où là aussi, on le sait qu'il y a des marges qui font que les prix de produits de première nécessité deviennent impossibles pour la majorité des gens. Pour l'économie d'une région, en quelque sorte, administrée. Il faut retourner à cela. C'est-à-dire simplement que la démocratie puisse vivre et que l'accès aux besoins essentiels pour les gens puisse être rendu possible par un État qui reprend la main sur nos vies. Ce n'est pas possible de laisser des besoins aussi essentiels que pouvoir se déplacer.
Donc là pour le coup c'est l'essence, mais enchaîne aussi l'électricité qui concerne également les TPE, PME. Et puis enchaîne ensuite le coût de l'alimentation, où là encore on a des intermédiaires qui profitent de la crise. Mais ils le font parce que l'État le permet. Et c'est pour ça que je dis que l'État doit reprendre la main. Et c'est possible de le faire, et je ne crois pas que l'argument qui est sans cesse ressassé de « sinon tout le monde va partir ».
Quand on regarde l'histoire, à d'autres moments de l'histoire, les prix ont été bloqués, les marges ont pu être encadrées, la fiscalité a pu être à des taux pour ce qui concerne les plus aisés, les grandes entreprises qui n'ont rien à voir avec ce qui est aujourd'hui. Donc il faut arrêter de raconter que c'est l'effondrement. L'effondrement, il est là, avec le système actuel où on laisse la logique du profit tout gérer. Et par ailleurs, les caisses publiques, elles ont été vidées. C'est-à-dire que même, on nous dit que c'est au nom de la dette qu'on n'a pas d'argent, mais en vérité, cette politique-là, qui ne se répercute pas de manière positive sur nos vies, elle vide les caisses publiques.
Non, ça ne marche pas du tout, ce n'est pas vertueux.
Alors, on voit bien que le pouvoir d'achat sera évidemment un des thèmes principaux de la campagne présidentielle, qui a commencé, ça y est. On peut le dire, et depuis hier soir, il y a un candidat de plus, officiellement, c'est Jean-Luc Mélenchon.
Je suis candidat. Si vous voulez, c'est le contexte et l'urgence qui ont fixé la décision insoumise. La discussion, ce n'est pas portée sur quel est le meilleur candidat du point de vue de je ne sais quoi, quelle est l'esthétique. C'était qui est-ce qui est le mieux préparé pour faire face à la situation qui arrive. Et permettez que j'en dise un mot, sans vouloir affoler, mais pour être lucide. Nous entrons dans une saison très agitée de l'histoire du monde.
Vous avez été surprise par cette annonce, Clémentine Autain ? Non, cette annonce, c'est pour moi un non-événement. Et je vais vous expliquer pour toi. C'est-à-dire qu'en réalité, je sais depuis 2022 qu'il ne veut pas être remplacé. Depuis que nous avons été poussés vers la sortie, et ce dès 2022, quand François Ruffin et moi ne sommes pas intégrés à la direction de la France insoumise, nous avons compris qu'il ne voulait pas qu'il y ait des candidats qui puissent prétendre en 2027 être candidats pour la France insoumise et pour la gauche. Et par ailleurs, l'un des points de désaccord que nous avions avec lui, c'était précisément sur l'union de la gauche.
Et Jean-Luc Mélenchon savait que si le nouveau Front populaire, qu'il a pourtant créé, toute la logique avant, qui était celle de la NUPES, perdurait, il n'était pas le candidat point d'équilibre de cette union. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles il n'a pas chéri, en fait, cette union. Et ce qui me frappe, et c'est la deuxième chose que je voudrais vous dire, c'est qu'il a l'air dans ses déclarations de minimiser considérablement le risque du Rassemblement national, c'est-à-dire de l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite. Il a dit sur TF1 que le RN ne sera peut-être pas au second tour.
Et quand il est interviewé sur Brut face à Rémi Buisine, la question lui est posée, il lui dit « mais si vous êtes candidat, il va y avoir plusieurs candidats à gauche, est-ce que vous ne redoutez pas ? » Comme justement avec Lionel Jospin, ce moment où il n'arrive pas à accéder au second tour. Et là, Jean-Luc Mélenchon dit « et alors ? » Bien ce « et alors » m'a frappée, parce que précisément, c'est cette idée qu'on ne doit pas réfléchir à gauche dans le contexte actuel de tripartition du champ politique. Vous avez l'extrême droite qui est très haute, le bloc dit central qui est en fait un bloc des droites, et puis la gauche. Et ce n'est pas comme autrefois où c'était droite-gauche.
Maintenant, c'est un jeu à trois. Et c'est la raison pour laquelle, sans l'union des gauches et des écologistes, nous affaiblissons considérablement nos chances d'être au second tour. Nous ne l'avons pas été les deux dernières fois, donc on prend le risque de ne pas l'être une troisième fois. Et donc moi, je me bats pour cette union. Et d'ailleurs, dès demain, il y aura le meeting à la Bellevilloise, à Paris et retransmis partout en France et sur les réseaux sociaux, de Front Populaire 2027, qui est justement cette démarche pour une candidature commune en 2027.
Lui, il répond par avance, d'une certaine manière, à cet argument. Il dit, voilà, il y a une multiplication des candidatures à gauche, ce n'est pas clair. Chez moi, c'est clair, c'est carré. On a bien retenu que c'était la formule, l'élément de langage. Il y a une équipe, il y a un programme, il y a un candidat. Avec moi, c'est carré. C'est un argument qui peut marcher, ça, auprès du peuple de gauche ?
Surtout si le reste de la gauche n'est pas en ordre de marche. C'est l'évidence. Si on continue d'être dépendant des attermoiements et des divisions au sein du Parti Socialiste, si on ne fait pas avancer ce processus de primaire qui est la seule méthode. Vous y croyez encore ? J'ai la foi du charbonnier. Je vais vous dire, s'il en reste une à la fin, ce sera moi. Parce que je crois à l'union des gauches et des écologistes comme stratégie pour pouvoir gagner dans la situation politique actuelle. Nous n'avons pas de plan B qui garantisse de manière aussi claire, aussi ferme, notre possibilité d'être au second tour et de l'emporter. Il faut créer une dynamique avec le cœur de la gauche.
mobiliser dès le premier tour.
Mais une primaire dont sont absents, en tout cas pour l'instant, plusieurs figures importantes de la gauche et importantes y compris aujourd'hui en termes de poids dans les sondages, est-ce qu'elle a du sens ? Est-ce qu'elle ne participe pas finalement, elle aussi, à cet affaiblissement dont vous parlez ?
Écoutez, moi, ce que je veux, c'est que toute la gauche et tous les écologistes se retrouvent dans cette primaire. Oui, vous le voulez. Oui, mais on gagne les batailles qu'on mène. Donc je ne vais pas intérioriser toutes les difficultés en vous disant « c'est vrai, vous avez raison, c'est terminé, je vais me coucher ». Il y a des difficultés. J'en suis pleinement consciente. Mais je continue de penser que ce scénario d'une primaire pour le rassemblement de la gauche et des écologistes, c'est le chemin de la victoire.
Vous avez des signaux de ralliement possible de figures, comme Raphaël Luxman, il n'arrête pas de répéter que décidément non, Cazeneuve non plus, François Hollande encore moins. Enfin bref, qu'est-ce qui vous donne, quelles sont les raisons, disons pour vous, d'espérer voir cette primaire prendre ?
Déjà, nous avons un outil, Front Populaire 2027. Ça, c'est la première chose. Et d'ailleurs, demain, à la Bellevilloise, vous aurez Olivier Faure, Marine Tondelier, François Ruffin, moi, Benjamin Lucas, beaucoup de personnalités de la société civile, et je l'espère, des centaines, voire des milliers de personnes, à la fois à ce meeting et partout en France, avec ensuite un élan. Et c'est de cet élan que dépend, en effet, notre capacité à convaincre. Ça, c'est la première chose. C'est, est-ce que nous sommes capables de créer de la dynamique ? Est-ce que la base programmatique sur laquelle nous allons travailler va permettre de créer un socle solide ?
Et est-ce que nous allons convaincre ceux qui nous disent que ce n'est pas la bonne méthode, la primaire, mais qui n'ont pas de méthode ? Vous savez, c'est une grande faiblesse. Quand vous critiquez une méthode, mais que vous n'avez pas d'autres méthodes à mettre sur la table, c'est comme une très, très grande faiblesse. Et surtout, nous avons pour nous l'histoire. Demain, ce sont les 90 ans du Front populaire. Qu'est-ce qui s'est passé en 1936 ? Vous savez qu'avant 1936, les socialistes et les communistes étaient un niveau d'insulte très supérieur, j'ai presque envie de dire, ou au moins équivalent à ce qu'on a connu ces derniers mois. Très, très violent.
Et pourtant, à un moment donné, les milices fascistes se manifestent, et il y a un sursaut, une crise de conscience, après le 6 février 1934. Et donc, on a enterré les NQIT et assez rapidement, on a trouvé une solution. Et cette solution, elle a permis quoi ? Elle a permis les congés payés. Elle a permis une augmentation des salaires de 10%. Elle a permis la représentation des ouvriers. Je ne vous fais pas toute la liste, mais vous voyez bien que ça a été un événement populaire avec des mobilisations dans la rue. Et bien là, si vous me demandez ce à quoi je crois, je crois à l'irruption possible de la responsabilité. De la responsabilité. C'est ce que j'appelle de mes voeux.
Et je crois qu'on aurait vraiment tort de baisser les bras. Et moi, j'ai la foi du charbonnier.
Mais est-ce que vous excluez totalement, Clémentine Noutin, malgré cette foi que vous continuez d'afficher sur cette primaire, que Jean-Luc Mélenchon puisse s'imposer comme le candidat le plus à même de représenter la gauche au second tour de l'élection présidentielle ? Il a l'expérience. Il a déjà fait trois campagnes. Il est connu. Il est connu des Français. Il y a peu de leaders de gauche aujourd'hui qui peuvent se targuer. Il a une notoriété importante. Vous savez que c'est une machine de campagne. C'est une bête de campagne. Il est lancé. Je connais bien cette machine. Vous connaissez bien Jean-Luc Mélenchon. Il est lancé depuis hier. Quand il est en campagne, il est quasi inarrêtable.
Face à ça, est-ce que vous pensez vraiment pouvoir incarner autre chose ? Est-ce qu'à un moment donné, je sais que vous n'allez pas répondre à cette question, mais je vais quand même vous la poser. Est-ce qu'à un moment donné, vous excluez totalement, à un moment donné, de le rejoindre, de vous ranger derrière lui et de dire « Ok, on y va à un certain nombre de conditions peut-être ? » Mais c'est possible encore ?
Je constate que sa proposition politique, dans le moment, est inadaptée. Parce que, pour le moment, elle est inadaptée au sens où 80% des électeurs et des électrices du nouveau Front populaire veulent une candidature commune, y compris chez les Insoumis, qui sont, je crois, 77% à vouloir une candidature. Oui, mais pour eux, la candidature commune, c'est Jean-Luc Mélenchon. Non, mais Jean-Luc Mélenchon n'est pas une candidature commune. Et d'ailleurs, la France Insoumise dit « On va gagner et on va gouverner avec la France Insoumise ». C'est une vaste blague, blague tout aussi juste pour les socialistes qui disent « Nous, on va gouverner et sans les Insoumis ».
Ah bon, ils vont gouverner avec qui ? Avec les macronistes ? Ça ne marche pas. Vous l'excluez ou pas ? Par-delà la question de la présidentielle, la vérité, c'est que si on veut gouverner, il faut bien qu'il y ait une union des députés de gauche. Sinon, il n'y aura pas de majorité. Ça n'est pas vrai. Donc, il faut qu'ils arrêtent leur cirque, expliquer qu'ils ne peuvent pas s'entendre, que vraiment c'est impossible et que les uns vont gouverner tout seuls et les autres vont gouverner tout seuls. En fait, ça ne marche pas. Donc, j'aimerais qu'on revienne à la raison. D'accord ? Qu'on revienne à la raison.
Et moi, j'appelle en effet l'ensemble des dirigeants politiques qui comprennent cet enjeu à prendre leur responsabilité, à mener cette bataille. Et oui, je pense que nous devons et nous pouvons la gagner.
Donc, ça veut dire que le candidat ou la candidate qui sortira de votre primaire, quoi qu'il en soit, se maintiendra, sera là en vue du premier tour. Non, non, bien sûr, mais imaginons par exemple qu'à l'automne, on se retrouve avec un Glucksmann à 12, 13% dans les sondages, un Hollande à 8, 9. Et puis donc, votre candidat, ce serait évidemment Jean-Luc Mélenchon qui sera sur le terrain. Vous restez déterminé à avoir le candidat issu de la primaire.
Je pense que si nous réussissons à faire cette primaire, nous allons créer une très forte dynamique dans ce pays. Est-ce que Raphaël Glucksmann pourra être candidat ? Ce n'est pas sûr. Ce n'est pas sûr. Il n'a pas l'appareil politique, l'équivalent de Jean-Luc Mélenchon.
Vous pensez au parrainage, au financement ?
Mais voilà, je ne sais pas quel sera son espace politique. Donc, je crois à la dynamique de la primaire, d'accord ? Elle peut créer quelque chose, elle peut faire événement, irruption et devenir le vote efficace, évident à gauche. C'est ça le pari politique que je fais. Vous dire, est-ce qu'il va réussir ? Je suis incapable. Qu'est-ce que je ferais si c'est l'éclatement ? Je ne suis pas capable de répondre à cette question. Et j'ai envie de tout donner pour réussir ce scénario, parce que ça me paraît être le plus efficace dans la période.
J'ai l'air de vous étonner.
Mais non, j'ai... Ma détermination, peut-être. Je vous écoutais, j'étais en train de me demander déjà si j'avais le temps de vous poser une dernière question. Et je pense que c'est oui. Est-ce que vous avez eu Olivier Faure récemment ? Est-ce qu'il vous a donné sa position définitive sur cette question ? La position définitive du Parti Socialiste, puisque le Parti Socialiste est divisé ?
Exactement. Donc nous sommes aujourd'hui, nous subissons effectivement les divisions internes. Et c'est très fatigant d'avoir l'impression d'être prisonnier d'une sorte de congrès permanent du Parti Socialiste. Donc nous aussi, on est là pour faire pression et dire aux socialistes, réveillez-vous ! Réveillez-vous !
Eh bien, vous l'avez dit ce soir, merci d'avoir été notre invitée Clémentine Autain, députée écologiste et sociale de Seine-Saint-Denis, candidate à la primaire de gauche, dont on verra si elle finira par avoir lieu. Normalement, elle est prévue en octobre. Merci beaucoup Henri-Jernet de m'avoir accompagnée ce soir. Dans un instant, le JT Monde est les informés. Très bonne soirée et à demain, 18h.
Clémentine Autain