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Autrefranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 19 janvier 2026 25 minContradictoireMixte

Menace de surtaxes douanières de Donald Trump, réponse de l'Union européenne... Le "8h30 franceinfo" d'Anne-Sophie Alsif et de Corentin Sellin

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0:01
Présentateur

Bonjour Corentin Sélin. Bonjour. Bonjour Anne-Sophie Alcy. Bonjour. Et bonjour Paul. Bonjour Agathe. On va parler du bras de fer entre les Etats-Unis et l'Europe sur le Groenland. Donald Trump franchit un cap et menace désormais huit pays, dont la France de nouveau au droit de douane. En substance, il dit « Vous me cédez le Groenland, sinon je vous taxe ». Corentin Sélin, comment vous appelez ça ? C'est du bluff, du racket ?

0:26
Invité

C'est en tout cas une nouvelle déclinaison peut-être de la théorie du fou que Trump a empruntée à Nixon, c'est-à-dire le fait de se montrer comme capable de tout pour amener la partie adverse à des concessions. Sauf que là, ce qui pose problème, c'est que la partie adverse, elle n'est pas adverse. Ce sont des alliés, des alliés de l'OTAN. Et Donald Trump risque une crise historique jamais vue avec les alliés de l'OTAN pour une acquisition du Groenland dont personne ne comprend la justification réelle.

Et vraiment, quand on parle de crise historique avec l'OTAN, je veux dire, le Danemark est un membre fondateur de l'OTAN et tout ce que Donald Trump demande sur le Groenland, il aurait pu l'obtenir avec ses alliés. En agissant de la sorte, il menace réellement de tuer, d'abattre l'OTAN. C'est quand même pas rien une alliance qui a 76 ans aujourd'hui. Anne-Sophie Alcif, j'imagine que vous êtes abonné à la Maison Blanche qui a mis en ligne cette image vue 3,5 millions de fois. Si vous nous écoutez à la radio et que si vous ne regardez pas sur le canal, je vous la décris. On voit Donald Trump debout dans le bureau ovale, les points serrés posés sur la table, photos en noir et blanc.

Et cette légende surtout, Mister Tarif. Qu'est-ce que Monsieur Tarif a en tête selon vous ? Alors c'est toujours le chantage, la diplomatie du chantage. En tout cas, économiquement, on le voit depuis le mois d'avril. Et surtout, l'élément qui est important, c'est de dire que même si on signe des accords, et ça a été le cas, l'Europe était très heureuse de dire, regardez, on a obtenu un accord sur les droits de douane à 15%, c'est fini. C'est juste faux. C'est-à-dire que vous pouvez signer absolument n'importe quoi, demain, il va encore faire des chanjages de droits de douane. Il n'a aucune limite. Exactement. Et donc ça, il faudrait que les Européens vraiment l'incorporent.

On n'est vraiment que sur le rapport de force. Ce qui est signé, il n'y a absolument aucune valeur. Voilà. Donc on le voit, quelques mois après, il remet en cause les fameux 15% qui ont été obtenus dans la douleur. Là, c'est 10% au 1er février et 25% au 1er juin. Oui, ça va peut-être changer en 50, en 60, etc.

2:23
Présentateur

Mais déjà, rien que ça, si c'était 10% et 25%, ça coûterait très cher.

2:27
Invité

Alors déjà, l'Union Européenne, d'ailleurs, c'est assez intéressant qu'il parle de quelques pays. Parce qu'il faut rappeler que la France, comme les autres pays, on est sur le marché européen. Et c'est la Commission Européenne, l'Union Européenne, qui négocie les accords commerciaux et la politique commerciale. Donc là, c'est assez intéressant. On voit que dans la première phase, il parlait toujours de l'Union Européenne, des 15%. Alors que là, il s'attaque à quelques pays. 8 pays sur 27. Voilà, quelques pays. Donc là, l'idée, c'est vraiment de diviser pour mieux régner. Et donc déjà, c'est la Commission qui peut négocier. Donc c'est son interlocuteur, c'est la Commission.

Ce n'est pas la France et ces 8 pays-là. Donc bon, déjà, bien sûr, le droit européen, je pense que ce n'est pas ce qui le préoccupe. Mais c'est intéressant de voir que là, il stigmatise quelques pays et il ne parle pas de l'Union Européenne dans son ensemble.

3:09
Présentateur

Corentin Célin, cette contre-attaque de Donald Trump, elle survient aussi juste après le déploiement de militaires européens au Groenland, la semaine dernière. Alors certains ont ironisé sur le fait que ce n'est pas ces quelques soldats qui feraient le poids face au président américain. Mais ça l'a quand même fait réagir, non ?

3:25
Invité

Oui, oui, oui, ça l'a fait réagir. Ça a été suffisant pour avancer dans la crise. Mais encore une fois, il faut se rendre compte de la situation complètement ubuesque, insensée dans laquelle on se trouve. Les pays qui ont déployé des troupes au Groenland sont des alliés historiques des États-Unis. Et Donald Trump, en allant plus loin dans le chantage, dans la pression, il menace de détruire vraiment cette alliance atlantique, l'OTAN. Donc c'est vraiment quelque chose d'incroyable de ce point de vue. En même temps, Donald Trump, ce n'est pas nouveau. Lors de son premier mandat, en 2018-2019, il avait déjà réclamé l'acquisition du Groenland pour les États-Unis. C'est un vieux projet pour lui.

4:15
Présentateur

Il y a une constance, ça ne devrait pas être une surprise ?

4:17
Invité

Non, ça ne devrait pas être une surprise, puisqu'on peut se rappeler que par exemple, il y avait déjà eu une crise assez importante. On l'oublie, et là on voit l'effet un peu de Trump qui, à force de faire tant de choses, nous fait oublier. Mais en 2019, Donald Trump avait annulé une visite officielle au Danemark, parce que déjà à l'époque, la première ministre Fredriksen n'avait pas voulu céder sur le Groenland. Et pourquoi il dit que ça fait 150 ans ? Parce que dans un de ses innombrables postes sur les réseaux sociaux, il dit que ça fait 150 ans que les États-Unis aiment le Groenland. Oui, oui, absolument.

Il faut rappeler aussi que, historiquement, les États-Unis ont déjà cherché à acquérir le Groenland. En 1867, une première fois. En 1910, une seconde fois. Et en 1946, une troisième fois. Donc, c'est une vieille obsession qui, chez Trump, a des motivations différentes. En fait, chez Trump, il a été apparemment, en 2018, initié à ce goût du Groenland par un milliardaire de ses amis. On retrouve son obsession pour la diplomatie matinée d'affaires financières. C'est Louder, le fondateur d'Estée Louder, la firme de cosmétiques, qui lui a dit qu'il faudrait vraiment acquérir le Groenland.

Et de là est née cette obsession personnelle, mais qui rejoint effectivement un intérêt historique et stratégique ancien des États-Unis. Comment ça nous toucherait, Anne-Sophie Alassif ? Quels seraient les secteurs les plus touchés chez nous, en France ? S'il y a encore des droits de donne, je le rappelle, de 10% à partir du 1er février et 25% au 1er février. Alors, c'est les mêmes qu'avec les 15% qui ont déjà pris énormément.

Donc, nous, c'est vrai, on n'est pas une puissance exportatrice comme l'Allemagne ou l'Italie, mais ce sont des secteurs, en effet, du luxe, de l'aéronautique, de la chimie, de la métallurgie, qui ont déjà été très touchés des médicaments par les droits de douane à 15%. Le vin également. Donc, on sera quand même touchés. On est déjà à une balance commerciale déficitaire. C'est vrai que c'est compliqué. Juste pour compléter ce autre élément, je pense que Donald Trump a une obsession qui est très importante, au-delà du Groenland, c'est la Chine. Qu'est-ce qui s'est passé avec les droits de douane et les aspects militaires avec la Russie ?

C'est que les États-Unis ont pris conscience qu'ils avaient une dépendance industrielle, y compris sur le terrain militaire, très forte concernant la Chine. Et ça, c'est absolument insoutenable. C'est la bataille pour le leadership mondial. Pas le leadership, l'indépendance et l'autonomie stratégique. Ce n'est pas d'être le plus fort, le plus puissant. Ils le sont déjà. Mais c'est d'être indépendant et autonome. Et avec ces conflits, ils ont vu qu'au niveau de l'industrie, c'est pour ça qu'on a les droits de douane, c'est pour ça qu'on a ça, que la Chine, il y avait des dépendances qui étaient excessivement fortes.

Et le but du Groenland, c'est quand même d'avoir, avec le réchauffement climatique, il y a de nouvelles routes qui vont faire que certains navires vont pouvoir passer. Et Donald Trump est obsédé par le fait qu'il y ait des navires chinois, que la Chine s'empare de ça. Donc derrière, il y a quand même cette lecture de la Chine qui est fondamentale, pas l'Europe, beaucoup moins, c'est la Chine, son ennemi.

7:03
Présentateur

Et on va détailler les motivations de Donald Trump. Pourquoi a-t-il tant besoin de Donald Trump, comme il le dit ? Mais d'abord, la riposte des Européens. Écoutez, Stéphane Séjourné, commissaire européen français, ce matin sur France Inter.

7:18
Invité

Bon, d'abord, je voudrais le dire ce matin, de manière très ferme, le Groenland ne sera jamais américain. Ce que nous sommes en train de vivre est un cas d'école de coercition. Nous sommes au stade de la menace du côté américain. Nous devons être au stade également de la menace au niveau européen.

7:35
Présentateur

Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne. Il parle de l'instrument anti-coercition de l'UE. Anne-Sophie Alsif, c'est ce qu'Emmanuel Macron souhaite activer. De quoi on parle exactement ?

7:50
Invité

Alors, c'est un mécanisme qui a été mis en place en 2023. Et donc, l'objectif de ce mécanisme, c'est d'interdire l'accès, ce serait pour les États-Unis, à certains marchés publics européens. Et donc, on va dire de restreindre la puissance américaine, d'une manière économique pour le marché européen. Alors, bien évidemment, c'est très compliqué, puisque ça n'a jamais été réellement mis en œuvre dans ces telles proportions. On ne sait pas encore modéliser l'impact économique, puisque ce serait vraiment très compliqué. Vous voulez dire que ça pourrait faire plus de mal que de bien le remettre ?

En tout cas, l'idée de dire, c'est que, voilà, économiquement, on est quand même très lié avec les États-Unis. On est un de vos principaux partenaires commerciaux économiques. Et donc, si on met en place ce type de mécanisme, eh bien, en effet, il y aura des conséquences économiques importantes pour les États-Unis. C'est un peu une riposte. On en avait parlé aussi pour les droits de douane. Alors, c'est très compliqué, parce qu'il faut que tous les États soient d'accord. Dans la mise en application, ce serait quoi et quelles conséquences ? Mais en tout cas, c'est une menace.

Là, ce qui est assez intéressant, c'est qu'on voit qu'enfin, on essaie de répondre aussi par la menace, par l'escalade, pour voir jusqu'où il est prêt à aller. Donc, je pense que c'est beaucoup plus un portage politique que l'idée de vraiment le mettre en œuvre. Un outil qu'Emmanuel Macron surnomme le bazooka de l'Union européenne. Est-ce que ça peut être efficace contre Donald Trump ? Corentin Célin ? Alors, il faut quand même rappeler que l'an dernier, l'Union européenne a semblé un petit peu céder à cette diplomatie de la coercition tarifaire par Donald Trump. Il est plus probable que Donald Trump pourrait rencontrer des obstacles intérieurs pour mettre en place ces nouveaux tarifs.

Il faut insister sur un fait, c'est que la Cour suprême, la plus haute juridiction aux États-Unis, doit, d'un jour à l'autre, ça peut arriver cette semaine, elle doit rendre une décision très importante pour savoir si Donald Trump a l'autorité pour imposer ces taxes douanières, ces tarifs douaniers, pardon, excusez-moi, comme il l'a fait depuis le printemps.

9:41
Présentateur

Elle doit examiner la loi sur laquelle se base Donald Trump ?

9:43
Invité

C'est ça, la loi de 1977, qui est une loi d'urgence, et Donald Trump, en quelque sorte, il dit « J'avais le droit d'utiliser cette loi parce que l'urgence, c'est le déficit commercial états-unien qui est devenu tel que c'est une urgence que je réagisse. » Et deuxièmement, cette loi, alors qu'elle ne mentionne nulle part la notion de tarif, moi, je l'utilise pour créer des tarifs douaniers, pour augmenter les tarifs douaniers, alors que normalement, c'est une prérogative du Congrès, du pouvoir législatif. Les audiences ont déjà eu lieu devant les juges de la Cour suprême, et même les juges conservateurs ont eu l'air très circonspects sur les motivations de Donald Trump.

Donc, il pourrait aller contre lui. Leur tarif pourrait s'arrêter pour des raisons internes et non pas arrêtée par le bazooka européen.

10:22
Présentateur

Exactement. C'est qu'en tant que Donald Trump prépète aussi que les Américains ont besoin du Groenland pour leur sécurité nationale. Il dit en avoir besoin, notamment pour son projet de bouclier antimissile appelé le « Dôme d'or ». On a l'impression qu'il cherche un peu à se justifier, non ?

10:37
Invité

Oui, il cherche à se justifier, mais ce projet de bouclier antimissile, qui aurait un coût de 275 milliards de dollars sur trois ans, il est conçu pour avoir des intercepteurs dans l'espace, depuis l'espace, pour intercepter des missiles depuis l'espace. Donc, le Groenland serait certes peut-être utile en complément, mais on ne voit pas très bien la place dans le dispositif. Par ailleurs, les spécialistes de ces questions disent qu'il y aurait d'autres bases, d'autres bases possibles et meilleures, par exemple dans la région de New York, pour installer des infrastructures. Donc, c'est un faux prétexte pour vous, le « Dôme d'or ».

Mais, c'est-à-dire que tout est un peu un faux prétexte, parce que, par ailleurs, tout ce qu'il veut faire, il pourrait le faire en coopération avec le Danemark, il pourrait le faire en coopération avec les alliés OTAN. Pourquoi le faire contre eux ? C'est ça, la question ? Je vais essayer d'y répondre, je ne suis pas du tout dans sa tête. Encore une fois, à cause de la Chine. Donald Trump se dit, bien évidemment, que ce sont mes alliés en Europe, mais comme, aujourd'hui, je vais remettre des barrières sur mon marché, ils vont essayer de se rapprocher de la Chine, on le voit déjà à la Chine. Pour eux, l'Europe, c'est vraiment un marché pour écouler leurs produits.

Et donc, il se dit, plus la Chine, c'est la Chine, la Chine. Et il se dit, si les Chinois commencent à faire pression sur l'Union Européenne, en ayant des navires, ils pensent qu'on ne sera pas du tout capable d'avoir une réponse forte et ferme envers la Chine. Il n'a absolument aucune confiance en nous. Et donc, il se dit, comme c'est le cas, il faut vraiment que j'intervienne, parce que ce n'est pas les Européens qui feront quelque chose face à la Chine. Donc, la Chine plus que la Russie, le dôme d'or comme faux prétexte et les mines. On parle beaucoup des mines du Groenland. Alors, bien évidemment, il y a également le sous-sol. On parle de diamants, de matières procieuses.

On sait que, notamment, l'intelligence artificielle est quelque chose de très important pour lui. Donc, il y a vraiment l'obligation d'avoir des sources d'énergie, des sources de richesse. Donc, ça, bien évidemment, c'est quelque chose qui est très important pour lui. Mais encore une fois, pour moi, c'est secondaire. Le premier objectif, ça reste vraiment la menace chinoise pour lui.

12:30
Présentateur

Dans un instant, qu'en pense la société américaine ? Que pense-t-elle de cette politique du président Trump ? On va parler aussi du Forum économique de Davos. Mais tout de suite, il est 8h46. Et c'est l'Info en une minute avec Maureen Sunniar.

12:45
Invité

Il s'agit de l'une des pires catastrophes ferroviaires des dernières années en Europe. Au moins 39 personnes sont mortes en Espagne hier soir. Il y a aussi 123 blessés, dont 5 très graves. L'accident s'est déroulé sur une ligne droite dans le sud du pays, près de Cordoue. On ne connaît pas encore les causes de l'accident. Un conseil des ministres est prévu ce matin. Le chef du gouvernement va annoncer quelles procédures il choisit pour faire passer le budget 2026. Sébastien Lecornu fait des concessions à la gauche. La surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises est reconduite cette année.

Nous pouvons envisager une non-censure, affirme ce matin Boris Vallaud, le patron des députés socialistes. Un appel à la prudence dans le sud de la France. Les Pyrénées-Orientales, l'Aude, l'Hérault et la Corse également sont en vigilance orange pour des risques de pluie et d'inondations également de crues. L'Aude ferme ses établissements scolaires et ses crèches. Une nuit de fête à Dakar. Le Sénégal remporte la Coupe d'Afrique des Nations. Le pays haute, le Maroc a été battu après un match au scénario chaotique. Des joueurs sénégalais ont quitté le terrain pour s'opposer à une décision de l'arbitre. Des affrontements ont aussi éclaté en tribune.

Au final, le Sénégal a gagné 1-0 en prolongation.

13:50
Présentateur

Avec Corentin Sélin, professeur agrégé d'histoire en classe prépa au lycée Carnot de Dijon et chroniqueur de la politique américaine pour lesjours.fr et Anne-Sophie Alsif, chef économiste chez Bidéo France et professeur d'économie à la Sorbonne. Que pensent les Américains de tout ça, Paul ?

14:16
Invité

Sur le plan intérieur, messieurs les professeurs, que pensent les Américains de l'action de Donald Trump et particulièrement la base MAGA ? Alors, sur le Groenland, justement, c'est un peu une des nouveautés de ces derniers jours. Il y a des sondages qui sont sortis et qui montrent que pour une des premières fois, il y a une désapprobation. Sur le Groenland, il y a une désapprobation globale. On a, par exemple, un sondage Ipsos-Reuters. Il n'y a que 17% des sondés qui approuvent une éventuelle acquisition du Groenland. C'est très faible. C'est très faible. Mais, d'ordinaire, on dit qu'il faut regarder les électeurs de Trump, parce qu'il fait déjà la politique de ces électeurs.

Mais, dans le même sondage, on voit qu'il n'y a que 40% de Républicains. Et il y a un sondage CNN qui donne des chiffres à peu près comparables, puisqu'on n'aurait qu'un Républicain sur deux qui approuverait la politique de Donald Trump au Groenland. Donc, 75% d'Américains contre. Voilà, c'est ça. Et donc, ce qui, à mon avis, recoupe l'idée que la motivation, la justification n'est pas claire. Surtout que beaucoup d'électeurs de Trump ont voté pour lui pour la vie moins chère, pour l'inflation. Or, qui va payer ses éventuels tarifs douaniers sur les importations ? À l'arrivée, ce seront les consommateurs.

15:26
Présentateur

Donc, c'est vraiment très problématique. Sachant qu'en plus, Donald Trump avait fait campagne sur la fin de l'interventionnisme américain, la paix dans le monde. Est-ce que c'est très cohérent de se lancer sur des chantiers tous azimuts comme ça ?

15:39
Invité

Alors, peut-être que sur... Juste une chose. Donald Trump, pour l'instant, par exemple, on l'a vu au Venezuela, il aime les opérations avec... On intervient une fois ponctuellement et on revient chez nous. C'est une fois, mais on ne reste pas. Pas d'intervention au sol. Pas d'intervention au sol. Le problème, c'est que là, puisqu'ils ont laissé planer la menace, une éventuelle intervention au Groenland qui déploierait des troupes, là, ce serait évidemment une rupture du pacte de Trump sur le non-interventionnisme extérieur. Évidemment, et c'est peut-être pour ça qu'on voit une désapprobation dans l'opinion. Et vous le dites, ça coûte cher.

Anne-Sophie Alcif, mais est-ce que cette politique des droits de douane rapporte quelque chose à la fin aux Américains, quand même, ou rien ? Alors, quand on regarde les prévisions, notamment de croissance, si, on a fait le calcul, en effet, s'il n'y avait pas eu cette guerre commerciale, on aurait eu plus de 3,4% de croissance aux Etats-Unis. On est aujourd'hui à 2%. Donc, ça dépend plus de comment... On a coûté 1,4% de croissance. Exactement, que l'on aurait eu s'il n'y avait pas eu ces droits de douane. Après, la chance que Donald Trump a eue, c'est ses fameux investissements dans l'intelligence artificielle. On parle de 500 milliards d'ici 2029. Donc, c'est absolument colossal.

Et aujourd'hui, deux tiers de la croissance américaine, c'est ses investissements en IA. Et c'est pour ça que c'est absolument très important pour lui, parce qu'avec ses investissements, ça lui permet de garder 2% de croissance. Ça va vous dire, regardez, on parlait de récession aux Etats-Unis, j'ai 2%, je suis très fort, ça rapporte. L'autre élément, c'est la relocalisation de l'industrie. Qu'est-ce qu'on voit au niveau industriel ? Vous avez, en effet, les grandes entreprises de la tech qui représentent plus de 40% de la capitalisation boursière. Donc, c'est absolument colossal. On n'a jamais vu ça depuis l'histoire des Etats-Unis.

Par contre, quand vous regardez les autres secteurs de l'économie, ça va beaucoup moins bien. Donc, on a vraiment une disproportion totale de ce vraiment secteur de la tech qui tire toute l'économie américaine. Mais les autres secteurs industriels classiques n'ont pas eu des relocalisations massives d'usines, d'entreprises, dans tous les secteurs, comme c'était attendu.

17:29
Présentateur

Sachant que ça pourrait avoir un autre coup, si Donald Trump achète vraiment le Groenland, NBC News parle d'une somme de 700 milliards de dollars.

17:38
Invité

C'est la dette. C'est vraiment sérieux, ça ? Donc, ce sera de la dette. Après, les Etats-Unis ont le dollar. Donc, c'est vrai que c'est plus facile pour eux de s'endetter que pour nous. Donc, ce sera encore plus de déficit. Mais ce qui est assez intéressant, vous l'avez dit, c'est sur le fameux pouvoir d'achat. Là aussi, je pense qu'il faut faire assez attention. On n'est pas toujours dans la rationalité concernant Donald Trump. C'est vrai qu'il est vraiment aussi sur le rapport de Ford. Je suis le plus fort. Je remets les Etats-Unis au centre du jeu, notamment par rapport à la Chine. Et nous, on a tendance à sous-évaluer, je pense, en Europe, cette vision par rapport à la Chine.

Et quand on regarde sur son premier mandat, il avait déjà mis en place des droits de douane qui avaient coûté, en termes de pouvoir d'achat, à son électorat. Lors de la prochaine élection, tous ces gens ont revoté massivement pour lui. Donc là aussi, faisons attention. L'économie n'explique pas tout les phénomènes et n'explique pas forcément le comportement des électeurs américains. Le président Trump se rendra avec une énorme délégation au Forum économique mondial de Davos et son grand retour, il n'y a pas eu depuis six ans. À quoi ça sert, Corentin Célan, ce type de sommet ? Alors, pour Donald Trump, ça peut être l'occasion peut-être aussi de rencontrer, justement, en personne, les alliés.

Peut-être d'essayer de jeter des ponts. Parce que là, on voit bien qu'il y a quand même une montée de tensions depuis 48 heures où on s'envoie des communiqués. Voilà, là, ça peut être l'occasion peut-être de trouver des terrains d'entente de personne à personne. On a souvent vu ça chez Donald Trump. Très dur de loin. Et puis, quand on rencontre lors des sommets, on multiplie les bons mots, les amabilités. Donc, ça peut permettre ça. Par ailleurs, il vient aussi défendre un modèle économique, comme on l'a rappelé, de protectionnisme. Enfin, de protectionnisme, qui est tout à fait nouveau. Alors, un peu moins maintenant, puisqu'il avait déjà entamé lors de son premier mandat.

Mais qui est quand même une rupture par rapport à la mondialisation libérale qui a eu lieu depuis les années 1990. Et par rapport à l'esprit de Davos, qui est par essence le multilatéralisme. Exactement. Il vient défendre aussi son modèle économique et son projet économique.

19:37
Présentateur

Et il fait son grand retour, Anne-Sophie.

19:38
Invité

Son grand retour. Moi, c'est vrai que je ne serais plus nuancé. Quand vous regardez la politique américaine, notamment sur les questions économiques, depuis 15 ans, on est dans une montée du protectionnisme. Joe Biden avait déjà mis en place l'IRA, donc c'était quand même du protectionnisme déguisé. Obama avait fait un petit peu les mêmes choses, notamment sur les aspects énergétiques et sur les grandes entreprises, en effet, de la tech. Donc, ce protectionnisme, c'est vraiment un phénomène qu'on voit depuis 15 ans, qui touche absolument tous les pays, la Russie, la Chine, l'Inde, les pays d'Amérique du Sud, les pays africains.

Il y a la Commission européenne qui fait un très bon rapport, qui, justement, modélise tous ces obstacles au commerce. Et donc, vous avez une inflation qui est colossale depuis 15 ans. En premier, c'est la Chine, mais pas que. Tous les pays sont dans une vague de protectionnisme. Par contre, c'est vrai que normalement, c'est par de la norme, c'est par du non-tarifaire, ce n'est pas par ces fameux tarifs. Mais c'est juste la forme qui est nouvelle, le protectionnisme, il existe depuis 15 ans.

20:27
Présentateur

J'aimerais qu'on dise un mot sur l'Iran, où les écoles rouvrent ce matin. Internet qui commence à être établi. Corentin Célin, Donald Trump avait encouragé les manifestants à défier le régime. Il mettait en garde contre des représailles en cas de répression. Il n'a pas frappé, finalement. Est-ce qu'on sait pourquoi ?

20:47
Invité

Il n'a pas frappé pour l'instant. On va rester toujours prudents. En fait, tout s'est joué le mercredi dernier, le 14 janvier. Apparemment, le Pentagone avait préparé une frappe. Enfin, ce qui s'est passé. Premièrement, Donald Trump, le Pentagone lui a dit « Attention, une frappe n'amènera pas la chute du régime. On ne peut pas abattre le régime iranien par une seule frappe. » La deuxième chose qui s'est passée, c'est que beaucoup de pays du Golfe et Israël lui ont dit « Attention, si vous frappez l'Iran, comme le régime ne sera pas renversé, l'Iran se vengera, mais sur nous.

» Et troisièmement, et ça aussi, c'est quand même très typique du fonctionnement de l'administration Trump, on sait que c'est Steven Witkoff, promoteur immobilier, son homme, son diplomate lige pour le Proche-Orient, qui lui a transmis l'information qu'il avait lui-même reçue du ministre des Affaires étrangères iranien que l'Iran suspendait les 800 exécutions prévues. Donc, c'est tout ça qui l'a amené, pour l'instant, à mettre sur pause. Maintenant, avec Donald Trump, on ne sait jamais. Anne-Sophie Al-Sif, Donald Trump, Mr.

Tarif, use également sur le dossier iranien de l'arme économique avec des droits supplémentaires de 25% annonce-t-il pour tout pays qui continuerait à commercer avec l'Iran. Là encore, vous allez nous dire que c'est la Chine qui est visée ? Oui, complètement. Alors là, il y a plusieurs éléments. Bien sûr, il y a l'aspect matière première. Alors ça, c'est vrai que c'est assez intéressant. On voit tous ces conflits géopolitiques qui ont finalement peu d'impact, pour l'instant, sur le baril du pétrole et sur le prix, on va dire, des hydrocarbures. Pourquoi ? Parce que depuis le Covid, on est vraiment dans une situation de très forte production.

Et donc, comme on a de la croissance mondiale, mais qui quand même ralentit, eh bien, on a une production qui est forte et une demande qui ralentit. Donc, on voit qu'aujourd'hui, même s'il essaie de brandir les menaces en disant, voilà, je vais mettre au pied du mur, notamment, c'est des pays qui sont très dépendants des hydrocarbures, l'Iran, la Russie, finalement, on voit que ça marche peu. Donc, son idée, c'est en effet, toujours, de reprendre les droits de douane comme une menace économique en disant, regardez, si vous avez des relations avec ce pays, vous aurez encore des droits de douane supplémentaires. Encore dans les faits, est-ce qu'il a déjà le droit de le faire ?

Question suspendue. Et deux, est-ce que ce sera efficace ? On voit que les relations économiques, tout de même, depuis la crise avec la Russie ou l'Iran, sont quand même beaucoup plus mitigées, en tout cas, quand on voit l'Occident. Donc, en termes d'impact, ça reste quand même, là aussi, très limité. C'est encore une fois, à mon sens, des menaces pour obtenir des choses.

23:01
Présentateur

Comme tous les jours, c'est le moment de la question qui est retrouvée sur les réseaux sociaux de France Info. aujourd'hui, la question qui fait court, parce que vous êtes tous les deux professeurs d'histoire pour l'un, d'économie pour l'autre. Qu'est-ce que vous écririez sur votre tableau ce matin pour résumer Trump à vos étudiants ? On commence avec vous, Corentin Sélin. Ce serait quoi le titre de votre cours magistral aujourd'hui ?

23:25
Invité

Alors, et en plus, je vais le faire cette semaine. Donc, ça tombe bien. Le renouveau de la présidence impériale. Voilà. C'est-à-dire que, en fait, la présidence impériale, c'est cette présidence au pouvoir très peu limité qui avait émergé pendant la guerre froide, qu'on avait cru limitée après le Watergate en 1974, et qui, peu à peu, s'est de nouveau étendue depuis les années 1980. Et avec Trump, on a la volonté d'une présidence qui soit véritablement illimitée, désencastrée de tout contre-pouvoir, à la fois à l'intérieur, on le voit avec ce qui est en train de se passer au Minnesota, et à l'extérieur, avec vraiment une pensée d'empire, on le voit bien avec le projet pour le Groenland.

Anne-Sophie Altsy. Le retour de la guerre froide, moi, je pense que c'est ça qui est assez intéressant avec la Chine. Vous allez me dire, c'est une obsession, mais vraiment, à mon sens, c'est ce qui, aujourd'hui, est le moteur de ce qui se passe, pas qu'économiquement, mais également politiquement avec Donald Trump. Son idée, je pense que ça a été vraiment vu au niveau de sa défense, qu'il y a vraiment, pour lui, un péril concernant la Chine de dépendance des États-Unis par rapport à la puissance chinoise. Et donc, l'idée, c'est vraiment de s'en émanciper et de rejouer le rapport de force pour revenir sur le devant de l'Aften et ne pas être dépendant de la Chine, encore une fois.

24:38
Présentateur

Merci beaucoup à tous les deux. Merci Corentin Céline, professeur agrégé d'histoire en classe prépa au lycée Carnot de Dijon, chroniqueur de la politique américaine pour les jours.fr. Merci Anne-Sophie Altsy, économiste chez Bidio France et professeur d'économie à la Sorbonne. Merci Paul. À demain. Au revoir.