"La responsabilité de Macron dans la montée du Rassemblement national est majeure", affirme François Ruffin
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons, dans le grand entretien du 7-10, le député LFI NUP de la Somme, sort en poche à sortie d'une nouvelle préface. Je vous écris du front de la Somme aux éditions des liens qui libèrent. Vos questions attendues au standard 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Bonjour. Et merci d'être à ce micro pour votre première interview, de rentrer à la radio. François Ruffin, vous êtes celui qui pousse depuis quelque temps maintenant la gauche à réfléchir à des sujets qu'elle n'a pas nécessairement envie d'embrasser. Comment parler aux classes populaires ?
Comment sortir de la radicalité qui, à vos yeux, cornerise la gauche et risque de la diaboliser ? Bref, comment pour la gauche revenir au pouvoir ? Vos positions créent le débat dans votre famille politique ? On va en parler largement. Mais d'abord, l'actualité brûlante et dramatique de cette semaine. à Lampedusa, avec l'arrivée entre lundi et mercredi dernier de 11 000 migrants sur l'île italienne. Giorgia Meloni parle d'une pression migratoire insoutenable. L'avenir de l'Europe se joue à Lampedusa, a-t-elle également déclaré ? Le pensez-vous aussi ?
Je pense qu'il faut savoir raison garder. Quand on regarde les chiffres, là vous dites 11 000. J'ai regardé en proportion, si la France prenait sa part là-dedans, ça faisait aux alentours d'un millier de personnes. Je pense qu'on peut le faire sans parler d'invasion, sans parler de submersion.
Maintenant, si on fait ça, il s'agit de le faire non pas dans le bazar, dans la pagaille, mais de manière organisée, de manière encadrée, en prévoyant pour ces migrants, et je dirais pour toutes les personnes qui arrivent en France, pour moi il y a une chose qui est essentielle, c'est une formation à la langue, et ensuite une formation à un métier, pour que ces personnes puissent travailler, faire ensemble, faire notre pays de demain.
Jean-Luc Mélenchon, hier soir à la télé, disait « Si je venais à gouverner, je commencerais par une vague de régularisation massive en France ». Vous êtes d'accord avec ça ? C'est ce qu'il faudrait faire ? Il faudrait commencer par une vague de régularisation massive.
Il faut d'abord voir que la politique aujourd'hui du gouvernement ne marche pas. Ils ont dit « Bon, on va doubler les OQTF », donc les obligations de quitter le territoire français. La réalité, c'est qu'aujourd'hui, on a 9 OQTF sur 10 qui ne sont pas exécutés. Pourtant, on a augmenté les moyens de police. C'est là-dessus qu'on a mis le paquet sur la police. C'est 8 sur 10 maintenant, ils ont un peu augmenté. Qu'est-ce qui se passe du coup ? Il se passe qu'on a des gens qu'on laisse dans des hôtels pourris, à qui on accorde des subsides pour survivre, et qui potentiellement pourrait être, pour notre pays, une force de création de richesses.
Et à la place, vous savez, je ne sais pas si vous vous souvenez du colonel Chabert, qui mène des guerres napoléoniennes, pleines d'énergie, un vrai militaire, et qui finalement se retrouve à s'enliser quand il arrive pour réclamer sa pension à son retour dans le labyrinthe administratif français. Et j'ai l'impression des fois que, quand je vois ces réfugiés qui arrivent ici, d'avoir des milliers de colonels Chabert. C'est-à-dire quoi ? Des gens qui arrivent plein d'énergie, plein d'envie, qui ont envie de réussir leur vie, et qu'on fait péricliter, qu'on fait s'enliser dans un labyrinthe administratif.
Oui, parce que si c'était si terrible ce labyrinthe administratif, ils ne voudraient pas venir en France. Or, ils viennent en France, ils choisissent souvent la France.
Je dis que, de toute façon, ce n'est pas vrai. Et ceux qui disent ça mentent, ce n'est pas vrai qu'on va renvoyer tout le monde. Ce n'est pas vrai. Donc, s'ils sont là...
Mais quand vous entendez le Rassemblement National, puisque vous essayez de déconstruire le discours du Rassemblement National, quand le Rassemblement National parle de submersion migratoire, vous dites quoi ? C'est faux ?
Je dis qu'il n'y a pas de submersion migratoire ici, en France. Maintenant, moi, je suis pour deux choses. À l'extérieur, de la régulation. Donc, il y a un droit à notre pays de réguler les migrations, de dire qui on veut et qui on ne veut pas. Mais ensuite, il y a l'intégration. Je redis un mot des OQTF. Pour moi, en arrosant de manière générale, comme ça, d'OQTF, d'obligation de quitter le territoire français de manière généralisée, on échoue à cibler ceux qui peuvent le plus nuire à la République et à l'ordre public. Je ne comprends pas.
En généralisant, en faisant des centaines de milliers d'OQTF qui ne sont pas, pour la plupart, appliqués, vous renoncez à cibler sur les personnes qui troublent le plus l'ordre public. Donc, moi, je suis pour une politique d'OQTF qui soit beaucoup plus ciblée et beaucoup plus effective, qu'on ne soit pas à 10, 15%, on était à 5% de QTF exécutés. Et derrière, pour moi, il y a un objectif. Vous savez, je viens constamment avec un objectif qui est de faire ensemble. Nous avons un pays à transformer. Nous avons un pays à transformer pour affronter le choc climatique. Ça suppose beaucoup de travail.
Ça suppose beaucoup de travail pour transformer l'agriculture, pour transformer les déplacements, construire des rails, pour transformer nos logements. 5 millions de pastoires thermiques à rénover.
Et on manque de main-d'oeuvre.
Et on manque de main-d'oeuvre. Tout ça, c'est du travail.
Du coup, vous soutenez la proposition du gouvernement de régulariser ceux qui travaillent dans les métiers en tension ?
On verra ce qu'il en est. Vous savez, la loi immigration, c'est un truc dont on nous parle en permanence. Ceci dit, la loi Grand-Âge, ça fait 6 fois qu'on nous l'annonce et on ne l'envoie toujours pas venir. Et pourtant, pour s'occuper des personnes âgées, il faudrait un véritable investissement sur ce point. Donc, on verra bien ce qu'il y aura dans le projet de loi du gouvernement.
Mais s'il y a ce texte-là, vous le soutenez, ce point-là ?
Je pourrais soutenir ce point-là. Maintenant, je ne veux pas d'une immigration choisie. Entendez bien la limite que je pose. Entendez bien la limite que je pose. Je refuse toute immigration choisie, telle qu'elle se pratique aujourd'hui dans un certain nombre de secteurs. Quand j'entends dans les sphères ministérielles qu'on manque d'auxiliaires de vie, qu'on manque d'aide à domicile, qu'on manque d'infirmiers et d'infirmières, et que donc, peut-être qu'une immigration subsaharienne pourrait aider à ça, je m'y refuse. Je m'y refuse parce que je refuse...
S'il n'y a pas de travail, on fait quoi alors ?
Il y a du travail. Dans notre pays, vous voulez dire ? Oui. Dans notre pays, il y a du travail. Vous voyez tout le travail qu'on a à faire ensemble. Je vous ai lissé les secteurs dans lesquels on a du travail.
Mais vous le savez, il manque des bras dans le BTP, dans les aides-soignants, alors on fait quoi ?
Alors, je vais vous dire, là, on arrive sur un terrain qui est plus le mien. Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Je note quand même que c'est la première fois que vous acceptez de répondre à des questions sur l'immigration, François Ruffin, parce que jusqu'à maintenant, depuis que je vous interview, vous refusez de répondre.
Vous dites que ce n'est pas mon sujet. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Statue, revenu, Madame Salamé. Statue, revenu. Tous les métiers qui sont aujourd'hui en tension sont des métiers où, durant les 40 dernières années, on s'est dit que la main-d'oeuvre, le travail, était un coût qu'il fallait diminuer, sur lequel on réprimait, qu'on humiliait, qu'on écrasait.
Donc, vous pensez comme LR, si on augmente les salaires, il y aura du boulot ?
Je pense que... Pour les Français. Il faut, un, les Français doivent vivre de leur travail, et tous les habitants de ce pays, ils doivent vivre de leur travail, bien en vivre, pas en survivre, et bien le vivre. Les salaires ne suffiront pas si, derrière, on n'a pas un projet sur les horaires, si on n'a pas un projet sur bien vivre dans son travail, si on n'a pas un statut. Vous savez, quand j'entends Emmanuel Macron, dans le point, là, qui dit qu'il y en a marre de la vie liquide, vous avez vu ça ? Bon, c'est quand même incroyable. Il est le président de la vie liquide.
Il est le président qui nous dit en permanence mobilité, flexibilité, qui dit à un chariste du Nord qui se retrouverait au chômage, qui doit devenir serveur dans le Sud. C'est le président de la bougeotte généralisée. Les gens, aujourd'hui, de quoi ils ont besoin ? Ils ont besoin de stabilité. Ils ont besoin de sécurité. Ils ont besoin de protection. Et voilà ce que le travail doit apporter. Il doit apporter ça. Quelle est la grande transformation du marché de l'emploi sous Macron ? C'est qu'on a transformé des métiers en des bouts de boulot. C'est l'explosion des auto-entrepreneurs.
Et du coup, le chômage baisse.
Oui, le chômage baisse, mais les gens n'arrivent pas à vivre de leur travail parce qu'à la place, c'est d'avoir un vrai salaire, des vrais horaires, des vrais statuts, des vrais revenus. Ils ont quoi ? Ils ont des bouts de boulot dans tous les sens, avec une espèce de bougeotte. Je le dis, nous devons retrouver de quoi permettre aux classes populaires de ce pays de s'asseoir, d'avoir une assise, de pouvoir s'installer, de pouvoir se payer un pavillon, de pouvoir penser à l'avenir de leurs enfants. Et ça, ça se fait sur un travail qui est bien payé, mais aussi sur lequel il y a un statut, une garantie pour l'avenir.
François Ruffin, deux questions rapides dans le contexte d'inflation sur deux mesures annoncées par Elisabeth Borne. Les prix alimentaires ont augmenté de 11% sur un an en août. Elisabeth Borne s'engage à interdire la shrinkflation, cette méthode qui consiste à vendre moins de produits dans un emballage tout en augmentant son prix, et s'engage par ailleurs à permettre la vente à perte des carburants. Dans les deux cas, shrinkflation, vente à perte, qu'en pensez-vous ?
Écoutez, si on voulait rire avec le gouvernement, on en aurait l'occasion. On est une espèce de comique de répétition, Bruno Lomère et son panier anti-inflation, et qui viennent nous annoncer tous les 15 jours que ça y est, c'est fini, l'inflation, on a trouvé... Bon, ces mesures sont nulles et ridicules. Elles sont nulles et ridicules, mais je ne veux pas dire que c'est parce qu'on aurait des gouvernants qui sont bêtes. Justes, ils ne sont plus adaptés au moment que nous vivons. Nous avons des dirigeants dont l'idéologie qui fait que tout passe par le marché n'est plus adaptée au moment qu'on vit. Qu'est-ce qu'il faut faire, là ? C'est simple.
Il faut, un, côté salaire, une indexation des salaires sur l'inflation. Qu'est-ce qui se passe ? Vous savez, moi je lis...
Vous connaissez la... Vous savez ce qu'on vous répond. Spirale réinflation.
Mais vous avez vu que tous les économistes un petit peu sérieux, le FMI, la Banque Centrale Européenne, y compris, voient que la spirale qui est aujourd'hui en œuvre, ce n'est pas une spirale salaire-inflation, c'est une salaire-bénéfice-inflation. C'est la spirale des profits. Vous savez, ça c'est les échos, journal de Dominique Seux. Les marges des entreprises continuent d'alimenter l'inflation en France. Aujourd'hui, ce qui alimente l'inflation, ce sont les bénéfices des entreprises.
Et donc il faudrait quoi ? Arrêter les bénéfices, supprimer pendant un an les bénéfices des entreprises ? C'est quoi votre proposition ?
Je vous donne une première proposition. Indexation des salaires sur l'inflation. Ce qui existait jusqu'en 1982, l'échelle mobile des salaires, c'est-à-dire qu'il n'y a pas que le SMIC. On peut estimer que peut-être jusqu'à 2000 euros, ça augmente automatiquement. Première chose, et le travail payera mieux. Deuxième chose, un blocage des prix temporaire. Je le dis, quand on interroge les économistes, le blocage des prix dans la durée, ça ne marche pas, ça finit par craquer. Mais un blocage des prix temporaire gère une situation. Or là, on a bien besoin de gérer la situation. Et enfin, Mme Salamé, vous voyez, autre papier, parce que vous ne dites qu'est-ce qu'il faut faire.
Autre papier, toujours des échos. Les dividendes atteignent de nouveaux records sur le deuxième trimestre. Ça avait déjà été explosif l'année dernière, mais voilà que la France bat tous les records internationaux, et c'est plus 13% par rapport à l'année dernière. C'est 50 milliards, rien que pour un trimestre, rien que pour trois mois. Et les deux tiers de ces dividendes vont non pas au 1%, les plus riches, mais au 0,1% les plus riches. Donc une hyperconcentration de ces dividendes-là. Il est très clair, Mme Salamé, vous me demandez qu'est-ce qu'il faut faire. Il faut passer du grand gavage au grand partage aujourd'hui. Il faut passer du grand gavage au grand partage.
Si vous voulez, je continue. Et je vous dis... Non, non, non. Et je vous dis, parce que vous allez dire, mais ça c'est un grand principe. Je vais dire que ce n'est pas un meeting. Je peux vous dire comment techniquement on fait, si vous voulez. Non. Fabien Roussel,
sur le sujet, non, non, a appelé à envahir les stations-services, les grandes surfaces, mais aussi les préfectures au nom de la légitime défense. On se fait plumer, attaquer, raqueter, on ne devrait rien dire. C'est ce qu'il a proposé. Jean-Luc Mélenchon a parlé d'une initiative impréparée, violente, qui n'est pas raisonnable. Votre sentiment là-dessus ?
Écoutez, si je pouvais décréter la révolution tous les matins dans ma salle de bain, je ne m'en priverais pas. Et il se trouve que ça ne fonctionne pas comme ça. J'ai passé mon week-end à la fête de l'Huma, j'ai interrogé les communistes. Ils étaient quand même plus en train de préparer des ponches que la prise du palais d'hiver. Ça vous a rassuré ? Oui. Vous n'êtes plus révolutionnaire. Est-ce que vous n'avez pas changé ? Est-ce que vous avez changé ? Sur ça, je n'ai pas changé. Je vais vous dire ce que je suis. Je me définis comme Jean Jaurès, comme un réformiste révolutionnaire. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que le réforme, le réformisme, ce n'est pas un gros mot et c'est les petits pas. Parce qu'aujourd'hui, en plus, on a un peuple qui est en convoi à l'essence qui ne peut pas croire qu'il va y avoir le grand soir, qui ne peut pas croire qu'il va y avoir des lendemains qui chantent. Mais en revanche, ces petits pas, tout comme les Jean Jaurès, il s'agit de les inscrire dans une direction et il s'agit de les inscrire dans un horizon. Et c'est la conjugaison du deux. Par ailleurs, de manière générale, moi je suis pour le dépassement des contradictions. Et je pense qu'il y a plein de fausses contradictions qui existent aujourd'hui et qui peuvent être aisément dépassées.
Par exemple, l'histoire du mouvement ouvrier et l'histoire du dépassement de cette contradiction-là. Puisque le mouvement ouvrier, c'est à la fois la fierté, la dignité par le travail, gagner son pain à l'assureur de son fond et en même temps, c'est le droit au repos, c'est le congé maternité, c'est la fin du travail des enfants, c'est le dimanche chômé, c'est le samedi à l'engresse, c'est les congés payés et enfin la retraite.
Pardon, mais elle dit que le travail est une valeur de droite.
Je n'ai pas envie de réagir. Vous savez, ça fait six ans que je viens dans votre studio en tant que député. Et en six ans, je n'ai jamais dit de mal d'un camarade de gauche. Je pense que tous les personnages qui sont aujourd'hui dans la gauche que vous recevez dans votre studio, ils pourraient composer une symphonie, vous voyez ? Ils pourraient chacun se compléter. Ils pourraient chacun opérer un dépassement qui nous permettrait d'embrasser la France dans sa diversité et dans sa fierté.
Ça, c'est sur le papier, François. Dans la réalité, vous remarquez que ça,
ça ne passe pas comme ça. Je le remarque tous les jours et je le déplore. Je déplore que chacun joue juste sa partition sans se demander comment on pourrait faire un beau concert tous ensemble.
Allez, on passe au standard inter. Aurélien à Montpellier. Bonjour, bienvenue. Oui, bonjour,
messieurs, dames. Je voulais savoir que propose M. Ruffin pour ramener dans le giron de la gauche les classes populaires rurales ?
Merci, Aurélien, pour cette question qui ouvre un chapitre important de cet entretien. Alors, on vous laisse la parole, François Ruffin.
Et qui rappelle aussi le livre de Thomas Piketty et de Julia Cagé qui explique que les classes rurales populaires sont passées au Rassemblement National et qui explique qu'elles sont passées au Rassemblement National pour des raisons sociales et économiques et non pas pour des raisons identitaires. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ? Et répondez ensuite à l'auditeur qui vous demande comment vous les ramenez.
Le plaisir que j'ai à lire le livre de Julia Cagé et Thomas Piketty je ne vais pas vous dire que je l'ai terminé il fait 849 pages donc ça serait mentir mais le plaisir que j'ai à lire et ce qu'il martèle il nous faut reconquérir les classes populaires rurales. Il nous faut reconquérir les classes populaires rurales.
C'est déjà le message que je venais vous passer il y a un an quand je publiais Je vous écris du Front de la Somme qui était une espèce de signal d'alarme que je venais tirer à la gauche en disant que Jean-Luc Mélenchon il a très bien réussi dans les cités c'est bien que la gauche retrouve droit de cité dans les cités il a très bien réussi dans le centre-ville et c'est très bien que la jeunesse écologiste voit un avenir à gauche il a très bien réussi dans les dom-toms mais on a un gros coup les classes populaires rurales et je le faisais avec inquiétude avec crainte parce que je redoutais de n'être pas entendu par la gauche.
Elle ne vous a pas entendu ?
Pas trop.
Non elle ne vous a pas entendu François Ruffin elle vous a répondu même Jean-Luc Mélenchon il a répondu je suis d'accord avec certains trucs de François Ruffin pas avec ça.
Je pense que maintenant qu'il y a pour moi l'appui théorique le socle statistique que viennent apporter Julia Cagé et Thomas Piketty il faut qu'on soit maintenant d'accord sur le diagnostic il nous faut reconquérir les classes populaires rurales bon alors maintenant une fois qu'on a dit ça il ne s'agit pas de soustraire il s'agit d'allier la France des bourgs et la France des tours comment on fait ? Ça c'est des slogans comment on fait ?
Il y a des questions qui rassemblent la question que je viens poser de manière centrale c'est la question du travail quand je dis comme je vous l'ai dit les français tous les habitants de ce pays doivent pouvoir vivre de leur travail bien en vivre et bien le vivre ça rassemble parce que quand je suis dans mon coin les auxiliaires de vie les caristes qui peinent à vivre ils sont blancs mais quand on est à Paris à Lyon à Marseille dans les grandes métropoles les mêmes métiers sont des métiers colorés donc là on a quelque chose qui rassemble qui rassemble et qui doit nous faire dire de faire ensemble le deuxième point sur lequel il s'agit d'agir c'est les services publics on a l'état social c'est l'hôpital qui est en train de se casser la figure la république elle s'est installée par l'école et c'est pareil il nous faut reconstruire ces deux piliers je vous l'ai dit stabilité mais la stabilité c'est la garantie que quasiment de la naissance à la mort on aura des services publics qui vont venir apporter une certaine égalité et enfin je termine monsieur Demorand dans le livre de Thomas Piketty et Julia Cagé il est dit que la gauche retrouve un ancrage dans les campagnes populaires quand elle place en son coeur la question de la redistribution la redistribution c'est ce que je vous disais passer du grand gavage au grand partage et il me semble que là encore ça peut rassembler à la fois les quartiers et les campagnes
et puis il y a François Ruffin une question de méthode dans la nouvelle préface de votre livre vous revenez vous l'aviez dit déjà aux universités d'été de la France insoumise vous revenez à la question de la radicalité notamment à ce sondage de Libération qui montrait que le Rassemblement national était plus crédible perçu comme plus crédible plus compétent moins violent et dangereux que la France insoumise pour plus des 35% des français interrogés sur le sujet vous écrivez on fait quoi ?
on hausse les épaules on affirme qu'on ne croit pas au sondage on fait assaut de radicalité notre mot clé comme s'il s'agissait d'endiabler des étudiantes sociaux en AG et pas de convaincre un pays tout entier où ça nous fait un électrochoc et on s'interroge vraiment sur le pourquoi du comment pour vous ça a été un électrochoc ce sondage ?
ce qui a été un électrochoc c'est l'arrivée de 89 députés Rassemblement national dans l'hémicycle ce qui a été un électrochoc c'est que 8 députés sur 17 de Mapicardie soient aujourd'hui au Rassemblement national ce qui a été un électrochoc c'est que des terres de gauche du nord basculent massivement à l'extrême droite mais ceci c'est un électrochoc en même temps que j'ai eu le temps d'encaisser parce que je l'ai vu arriver aussi
mais qu'est-ce que vous dites sur la radicalité ? dans votre camp beaucoup vous répondent non c'est cette radicalité qui fait notre succès c'est ce que vous avez dit Mathilde Panot si Jean-Luc Mélenchon a fait 22% c'est à cause de notre ton et notre radicalité Sophia Chiquirou je ne sais pas si vous l'avez lu dans Libération elle dit on ne peut pas demander de sortir de la radicalité à un insoumis on n'est pas des sosdèmes c'est ça l'insoumission c'est une colère profonde si vous ne faites pas le bruit et la fureur vous n'existez pas François s'il a rejoint les insoumis c'est que ça lui plaisait
je pense que le bruit et la fureur ou la force tranquille on va dire ce ne sont pas des choses qui sont bien ou mal en soi ça dépend pour moi des situations historiques or la situation historique après 2022 elle a changé elle a changé parce que on a un rassemblement national qui est maintenant et désormais dans l'hémicycle et dont une victoire majeure est possible ça doit induire de la gravité on a une autre raison pour laquelle ça a changé c'est que c'est autour de nous autour de notre programme autour de notre groupe parlementaire que la gauche renaît donc on est dans une position de centralité je pense qu'à partir du moment où on est dans une position de centralité on le voit même dans les sondages quand on demande aux français s'ils volent le SMIC à 1600 euros c'est 70% des français qui sont pour ce qu'il faut taxer les dividendes c'est 80% des français qui sont pour on est dans une position de centralité qui fait qu'au fond on peut dire la même chose et je pense en étant mieux entendu sans agiter le drapeau de la radicalité et vous redoutez
que la diabolisation ce soit pour vous maintenant et plus pour le RN
je veux dire c'est un mouvement qui est en cours et que Macron a organisé on peut dire la responsabilité d'Emmanuel Macron qui disait que après un de ses mandats il n'y aurait plus de raison de voter pour le Rassemblement National la responsabilité de Macron dans la montée du Rassemblement National elle est majeure bon donc évidemment là il y a une inversion de la diabolisation contre laquelle je crois qu'on doit l'y t'aimer pour revenir sur le ton si vous voulez vous pouvez dire que sortir aujourd'hui du marché européen de l'électricité qui me paraît une nécessité parce que c'est une folie d'indexer les prix de l'électricité sur le prix du gaz c'est du délire vous pouvez le dire en disant que c'est la radicalité vous pouvez aller voir les gens de chez moi en leur disant c'est du bon sens et je pense c'est de la décence et je pense que dire ça convaincra davantage
question de Hugo sur l'appli de France Inter partagez-vous les positions de Jean-Luc Mélenchon sur la laïcité qu'avez-vous pensé de l'interdiction de la baillard
moi je suis pour la loi de 1905 toute la loi de 1905 rien que la loi de 1905 et qui s'est prolongée avec un long dialogue de 2004 sur l'interdiction des signes ostensibles religieux à l'école maintenant il ne faut pas que la baillard nous serve à cacher la forêt de la rentrée qu'est-ce que c'est que la forêt de la rentrée
la forêt de la rentrée c'est le manque de prof mais vous n'avez pas répondu sur la baillard mais vous n'avez pas répondu sur la baillard
vous êtes pour cette suppression je vais vous répondre je vais vous répondre un tiers des enfants handicapés n'ont aucun accompagnement ils n'accèdent pas à l'école est-ce que c'est un sujet important
oui c'est un sujet important
je vais vous répondre quand même mais voyez comment le débat est détourné si je veux m'applaudir aux classes populaires de tout le pays c'est leur dire pourquoi l'école va mal aujourd'hui on a des salaires d'enseignants qui sont inférieurs je l'ai découvert au salaire de la Colombie François Ruffin
c'est dire aussi votre position sur la laïcité vous ne répondez pas parce que ça fait partie dans votre camp il y a certains qui sont pour certains qui sont contre la suppression de la baillard qu'est-ce que pense
quand on a au mois de juin le ministre de l'éducation nationale Pape Ndiaye qui ne considère pas à l'époque que la baillard soit en soi un signe religieux que 7 jours avant la rentrée Gabriel Attal vient l'interdire au fond par une forme de 49-3 comme il y a eu sur les retraites je pense qu'en tout cas il y a la nécessité dans ce pays de dialogue je ne veux pas de guerre de religion je ne veux pas de division donc vous dites
que ce n'était pas nécessaire de la supprimer
je dis que tout ça doit être fait dans le dialogue la loi de 2004 elle s'est faite dans le dialogue et elle prévoyait du dialogue elle prévoyait qu'il y ait du dialogue avec les cultes mais qu'il y ait des dialogues avec les élèves avec les parents d'élèves avec les chefs d'établissement donc il y a la nécessité d'une clarification mais qui doit se faire dans le dialogue et je fais confiance aux enseignants maintenant que la loi est là pour l'appliquer dans le dialogue
François Ruffin rapidement plus d'un an après la constitution de la NU pour les législatives la gauche apparaît plus divisée que jamais pour les européennes vous pensez qu'elle peut encore s'unir rapidement s'il vous plaît
en tout cas je suis favorable à ce qui est une liste unique pour les élections européennes il me semble vous l'avoir déjà dit et je trouve ça très bien qu'il y ait les pressions des jeunes des différents partis pour dire ben voilà il faut aller vers une liste unique maintenant je le redis on est dans un couple à cinq alors on m'a appris que ça s'appelait un quintouple bon voilà donc on est dans un quintouple au sein de la NUPES une infidélité
déjà à deux c'est pas facile
déjà à deux c'est pas facile donc une infidélité dans un quintouple ça ne doit pas nécessairement conduire au divorce et je veux vous dire
donc les européennes c'est une infidélité
voilà et je veux vous dire j'espère que j'entends les échanges là qui se déroulent à gauche j'espère que l'arrivée d'un événement démocratique majeur d'une élection importante pour notre pays à cette occasion là les dirigeants de la gauche seront retrouvés de la gravité et de la responsabilité pour dépasser
vous parlez de 2027 oui bien sûr alors 2027 très important 2027 Jean-Luc Mélenchon a été très clair il ne veut pas de primaire de la gauche nous n'irons pas nous n'irons jamais dans des primaires parce que d'abord la primaire fait exploser tous ceux qui y participent deuxièmement la primaire donne toujours la prime à celui ou celle qui clive le moins celui ou celle qui fait le moins peur partout où on fait des primaires ça a toujours été pour élire des quiches qui nous ont ensuite trahis
bon écoutez on verra ça moi pour moi
vous en avez pensé
non non on verra ça on verra mais si je vais la fuir complètement celle-là je vais la fuir parce qu'aujourd'hui ce qu'il y a c'est la nécessité de construire une équipe je vais vous dire une chose madame Salamé c'est que en dessous des chefs de parti qui se querellent qui s'envoient des invectives et ainsi de suite il y a une somme de députés une somme d'élus de gauche des différentes formations qui sont sans doute moins visibles qui font sans doute moins de bruit mais qui ont envie que l'aventure continue ensemble parce que c'est une nécessité pour notre pays pour y apporter de la justice les primaires vous n'êtes pas contre par définition non je ne suis pas contre par définition je ne suis contre rien par définition d'accord il faut voir quelles seront les cartes qui seront sur la table en 2026 et quelle carte sera la meilleure pour gagner à gauche non pas pour exister mais pour aller au deuxième tour pour l'emporter parce que c'est une nécessité pour notre pays
François Ruffin merci d'avoir été à notre micro 8h48 merci à vous
François Ruffin