"Le rôle du parlement européen doit être renforcé" affirme Marie-Pierre Vedrenne
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Votre invité Pierre-Hugues ce matin est Marie-Pierre Védrenne en troisième position sur la liste de la majorité présidentielle pour les élections européennes. Liste « Besoin d'Europe » menée par Valérie Ayet. Bonjour Marie-Pierre Védrenne. Bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous. Nous vous recevons ce matin comme nous recevons les principales listes candidates aux élections européennes. Emmanuel Macron est actuellement en Allemagne.
Hier à Dresde, il a appelé, je cite, « à se réveiller face au vent mauvais de l'extrême droite qui souffle en Europe ». Vous êtes eurodéputée depuis 2019. C'est le cas aussi de votre tête de liste, Valérie Ayet. Vous sentez-vous en partie responsable de la montée des populismes ?
Je pense que le président de la République, il a effectivement raison de dire qu'il est nécessaire d'avoir un sursaut et qu'effectivement nous faisons face à la montée des populistes partout en Europe. Je ne crois pas qu'il faut s'exempter effectivement de critiques et regarder la situation telle qu'elle est. Je ne crois pas pour autant dire que nous sommes les responsables de la montée des populistes. Pour autant aussi, ce que je ne crois pas, c'est que les citoyens français et européens aient envie nécessairement de la montée des populistes. Parce qu'on voit que les populistes n'apportent pas de réponse réelle aux problématiques que se posent les Français et les Français.
Mais est-ce que vous, vous pouvez faire campagne sur votre bilan ?
Bien sûr qu'on peut faire campagne sur notre bilan. Parce que, en fait, quand nous sommes arrivés en 2019, nous avons subi en quelque sorte un héritage de l'Union européenne du passé. Nous n'étions pas un groupe au Parlement européen avant 2019 qui créait les majorités. Nous avons changé l'Europe depuis 2019. Nous avons fait en sorte qu'elle passe, entre guillemets, de l'enfance à l'adolescence. Et moi, mon enjeu maintenant, c'est qu'elle passe de l'adolescence à l'âge adulte.
Mais est-ce qu'il y a pour autant des sujets sur lesquels vous estimez avoir été insuffisamment au rendez-vous au regard de peut-être ce que souhaite une partie de l'opinion publique ? Je pense par exemple à l'immigration. On entend le discours de Jordan Bardella qui fait écho dans la société.
Oui, ce discours, il fait écho. Mais je pense que, justement, contrairement à Jordan Bardella, on a apporté des solutions. Et on apporte des pierres. Notamment l'adoption du pacte à l'immigration. C'est trop facile de dire qu'il y a effectivement des enjeux migratoires. Et de dire que l'Union européenne doit avoir un rôle dans la réponse à apporter. Mais de ne pas voter le pacte à l'immigration qui est un des éléments pour apporter des réponses. A savoir un meilleur contrôle à nos frontières. A savoir aussi le fait de ne pas dévoyer le droit d'asile. En l'occurrence, si vous voulez répondre à cet enjeu aux causes profondes également.
Et si vous voulez contrôler qui rentre sur le territoire européen. Le pacte à l'asile est un élément fondamental. Donc c'est trop facile de dire qu'il y a un problème et qu'il faut apporter des réponses sur la chaîne de l'Union européenne. Et de ne pas travailler au Parlement européen. Et de ne rien voter.
Une accusation en creux de Jordan Barrella. Commençons aussi peut-être par parler d'un autre sujet qui est peut-être un des grands oubliés de cette élection. L'écologie. On en parlait il y a 10 minutes sur RCF dans le point de vue. Ça a commencé en fanfare avec le pacte vert en 2019. Et cet objectif très ambitieux. Neutralité carbone à l'horizon 2050. Mais depuis, plus rien.
Non, pas depuis plus rien. Vous parliez justement du bilan. Non, je ne pense pas. Depuis 2019, justement, nous avons fixé ce cap de neutralité carbone. Qui est fondamental. La bataille du climat, il faut la gagner. C'est justement la bataille de gagner notre objectif de neutralité carbone. Mais aussi d'accompagner tout le monde. Ça, c'est un enjeu fondamental. Et le pacte vert, il est justement, à raison, comme vous le dites, instrumentalisé depuis le début de cette campagne. Nous, notre sujet, c'est de ne pas perdre cet objectif et de maintenant allouer les moyens nécessaires pour répondre au cap qu'on s'est fixé pendant ce mandat.
Ces moyens, ils peuvent venir d'où ?
Ça doit être notamment des leviers financiers. C'est pour ça qu'il faut absolument investir en Europe. Quand on prend la décision, notamment, de mettre fin à la nouvelle vente de voitures thermiques à horizon 2035, il faut travailler à la maîtrise de l'entièreté de la chaîne d'approvisionnement. Ce qu'on veut, c'est à la fois bâtir notre enjeu de souveraineté, de durabilité et de compétitivité. On a beaucoup régulé pendant ce mandat. Maintenant, il faut investir. Il faut travailler à l'échelle de l'Union européenne pour davantage créer de moyens. Moi, je pense que ce choc de compétitivité, il est absolument fondamental.
Sinon, nous nous mettrons encore dans des situations de dépendance, comme nous l'avons été, notamment d'une énergie carbonée russe.
Vous êtes affilié à la majorité présidentielle. Lors de la crise des agriculteurs, on a beaucoup dit que l'exécutif était revenu en arrière sur un certain nombre de sujets écologiques. C'est un peu le cas.
Non, moi, je ne pense pas que nous soyons revenus en arrière sur nos ambitions. Ce que nous avons fait, c'est effectivement répondre à une réponse à un enjeu et une demande des agriculteurs sur la simplification. Notamment, moi, quand je rencontre les agriculteurs en Bretagne, ils nous disent que ce n'est plus possible. Il y a trop de choses. Il y a trop de contradictions. Et notre sujet, c'est de continuer à dire qu'on veut produire en Europe. Ça, pour nous, c'est essentiel de l'affirmer. Et on veut se protéger, à la fois au sein du marché intérieur et à la fois vis-à-vis d'une concurrence déloyale.
Il y a eu des changements et des simplifications qui ont été apportés ces dernières semaines, notamment sur la gestion des prairies, la gestion des jachères. Il faut simplifier, il faut libérer les choses. Puis, il faut tenir compte, justement, des enjeux du changement climatique. Tout ne peut pas être inscrit dans la loi. À quelle heure vous devez planter ? À quelle heure vous devez rentrer vos vaches du pâturage, etc. Il faut simplifier. C'est ça, notre sujet. C'est ça qu'on a porté. Mais, effectivement, notre objectif, pendant la prochaine mandature, ça va être de faire en sorte d'avoir une politique agricole qui soit vraiment commune, qui soit un vrai levier d'installation.
C'est possible quand il y a autant de diversité parmi les eurodéputés ?
Moi, je pense que c'est possible, mais il y a un vrai risque. Si, par contre, le Parlement européen fait face à une minorité de blocages, notamment parce que la montée de l'extrême droite partout en Europe, là, il y aura de vraies difficultés pour prendre ces décisions.
Il y a aussi le sujet de l'énergie, notamment des énergies renouvelables. Lors d'un grand débat sur l'énergie, aujourd'hui, vos adversaires communistes et républicains, c'est assez atypique, mais ils sont d'accord ensemble, disent que vous étiez en désaccord sur le nucléaire au début du mandat, en 2019. Aujourd'hui, vous êtes en faveur du nucléaire. Pourquoi ce changement soudain ? Et pourquoi, en particulier, ce changement soudain sur un sujet sur lequel il faut du temps long pour développer des centrales nucléaires ?
Je pense que la majorité présidentielle, depuis le début, a été toujours très claire sur le nucléaire, à savoir de dire que c'était une énergie nécessaire pour décarboner notre économie. Donc, nous avons défendu le nucléaire. Moi, dans la délégation, j'ai le président du groupe nucléaire depuis le début du mandat.
Il s'appelle Christophe Grudler, c'est un de mes collègues, et c'est lui qui a bâti, oui, avec notamment la tête de liste des Républicains, mais avec d'autres personnes dans d'autres groupes politiques, d'autres nationalités, une majorité pour intégrer le nucléaire dans des enjeux, justement, de financement, pour faire en sorte que cet avantage que nous avons aussi, il faut le dire, c'est un avantage français, doit être...
Dans ce mandat, votre liste n'était pas en désaccord par rapport au nucléaire ?
Non. Depuis le début, je vous le redis, le président du groupe nucléaire au Parlement européen, depuis le début du mandat, c'est un de mes collègues de délégation, un de mes collègues de parti, Christophe Grudler, qui vient de Belfort, et qui sait justement aussi à quel point c'est un enjeu structurant en matière énergétique, mais aussi en matière d'emploi.
Je voudrais à présent évoquer avec vous la situation internationale. Avant de parler de l'Ukraine, parlons de la Palestine, Marie-Pierre Védraine. Je vais vous poser une question toute simple. La France doit-elle reconnaître un État palestinien ?
À titre personnel, je pense que oui. Je pense que c'est un chemin sur lequel nous devons travailler. La reconnaissance de deux États, mais on le voit bien, au contexte international...
C'est qu'au sein de votre liste, le sujet ne fait pas l'unanimité. Le numéro 2 de votre liste, c'est prononcé en faveur. Hier soir, Valérie Ayet a mis de nombreuses réserves. Il n'y a pas d'unanimité dans votre liste ?
Je ne pense pas que c'est une question de différenciation dans notre liste. Je pense que nous partageons cette volonté commune de trouver des solutions, et surtout de trouver une solution de paix. Ça doit être ça, et ça c'est un combat évidemment commun que nous partageons. Je pense que l'expression de Valérie Hier soir, et vous le savez dans les débats, vous êtes acculés de part et d'autre, etc., ça a été de dire aussi qu'il est parfois trop facile chez les uns et les autres de dire qu'on veut arriver à telle solution. On le sait bien, la situation actuelle est très délicate et très insupportable au vu des images que nous voyons.
Donc on ne peut pas se positionner ?
Non, ce n'est pas question de ne pas se positionner. Je viens de vous le dire, moi j'y suis favorable à titre personnel, mais je pense qu'effectivement, peut-être certains sur la liste n'ont pas cette position-là. Moi je pense que Bernard Guetta a eu raison, Jean-Yves Le Drian l'a aussi exposé, je pense qu'il connaît de par ses fonctions passées aussi les enjeux. Je crois que c'est essentiel, mais notre sujet, ça doit être effectivement là, dans l'actualité que nous vivons, que nous vivons nous à distance, elle est fondamentale de retrouver des conditions de la paix.
On parle d'Europe, alors parlons aussi de l'Ukraine. Faut-il une défense européenne commune ? Marie-Pierre Vedran, quelle est la position de votre liste ? Rappelons-le, liste de la majorité présidentielle, besoin d'Europe.
Notre enjeu, ça doit être de créer les conditions de la défense de l'Europe. Quand on dit défense dans la bouche d'un Français, on imagine tout de suite l'armée européenne. Moi je ne crois pas d'avoir une armée tout de suite de l'Union européenne. Je pense qu'en tout cas, la configuration actuelle de l'Union européenne ne le permet pas. Peut-être un jour, ça sera aussi aux peuples européens de décider. Je ne sais pas si c'est un horizon souhaitable. En tout cas, si c'est un horizon qui se dessine, ça veut dire aussi que le monde dans lequel nous évoluons continuera d'être aussi difficile que nous le vivons à l'heure actuelle.
Par contre, notre enjeu, notamment parce que nous avons le retour de la guerre sur le continent européen avec l'agression par Moscou de l'Ukraine, c'est la défense de l'Europe. C'est notamment une capacité à pouvoir aider les Ukrainiens à se défendre par nous-mêmes.
Si ce n'est pas l'armée, c'est quoi ?
C'est l'industrie, notamment, de défense. L'armée, au sens où on l'entend comme l'armée française, une armée de femmes et d'hommes, qui prendrait la décision d'envoyer des femmes et des hommes au front ? À l'heure actuelle, du part du configuration institutionnelle, je ne crois pas que ce soit souhaitable et possible. Mais par contre, une vraie industrie de défense, ça, c'est un élément fondamental.
Ce matin, vous représentez, Marie-Pierre Védrenne, cette liste « Besoins d'Europe », une liste qui, avons-le, est bien à la peine. Les sondages ne sont pas très bons. Valérie a du mal à émerger. Le gouvernement est appelé en renfort. Gabriel Attal a débattu avec Jordan Bardella la semaine dernière. C'est son rôle ?
En tout cas, c'est le rôle de chaque membre de la majorité, que ce soit le président de la République, le membre du gouvernement, nos militants, tous les colissiers, d'être présents dans cette campagne.
Emmanuel Macron a même proposé à Marine Le Pen un débat. C'est son rôle ? C'est le rôle d'un président de débattre avec Marine Le Pen ?
Je laisse le président de la République déterminer par lui-même comment il veut s'investir dans cette campagne. En tout cas, nous, on fait partie de la majorité présidentielle. On assume d'être dans la majorité présidentielle. Et chaque membre de la majorité, quel que soit justement son statut, a envie de faire campagne. Parce que vous l'avez dit, quand on regarde les sondages notamment, ce qu'on voit, c'est le rassemblement national très fort. Nous, on n'a pas envie de ça.
Et votre liste plutôt faible ?
On n'a pas envie de ça. Je ne dirais pas notre liste plutôt faible. Je pense qu'on est dans un temps où maintenant, les Français et les Français sont pleinement plongés dans la campagne. Vous savez, quand on faisait la campagne il y a un mois, bon, les Français et les Français étaient très éloignés de ça. On rentre vraiment dans ce moment où tout le monde regarde un peu plus. Ah, on voit des panneaux électoraux dans nos villes. On voit tous les débats qui sont mis en place. Ça y est, on est dans ce temps où justement, les choses peuvent se cristalliser. Donc à nous de continuer à exposer la réalité des enjeux.
Parce que je pense que parfois, on ne travaille pas sur la réalité des enjeux et de ce qui se joue le 9 juin, à savoir l'élection de 80 femmes et hommes qui seront au Parlement européen et l'avenir du projet européen.
Et puis, il y a un nombre très important de candidats, 37. Les Europes sceptiques sont de plus en plus nombreux. Est-ce qu'il faut revoir des choses dans le fonctionnement de l'Europe pour qu'il y ait une plus forte adhésion ? Est-ce que vous vous appelez de vos voeux, peut-être à un exercice d'autocritique en disant qu'il faut changer des façons de faire au Parlement et dans l'Europe ?
Vous savez, je pense que si je croyais que l'Union européenne était parfaite, je ne me serais pas engagée en politique. Qu'est-ce qu'il faut changer alors ? Mon engagement politique, il est justement celui qui est passé d'une militante de l'Europe à justement une responsabilité politique. Je pense qu'il faut, oui, travailler davantage en fait à mettre en avant l'action de l'Union européenne, pas seulement au moment des temps de campagne. C'est un élément fondamental d'expliquer la réalité de ce qu'est l'Union européenne chaque jour.
Mais dans le fonctionnement quotidien, on a l'impression que Bruxelles, c'est une énorme machine. Est-ce que, par exemple, il faut mettre le pouvoir du Parlement un peu plus important, plus de pouvoir législatif par rapport au Conseil européen, par exemple ?
Oui, je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait que le rôle du Parlement européen doit être renforcé. Déjà, notre rôle est parfois un peu méconnu. Quand vous êtes député européen, on sait que vous êtes à Bruxelles, à Strasbourg, sur le territoire.
Concrètement, comment est-ce qu'on remet ce pouvoir ?
Notamment avec un pouvoir d'initiative du Parlement européen, notre institution. Alors, notre institution, effectivement, elle n'a pas la capacité de proposer des textes de loi. L'institution, à l'échelle de l'Union européenne qu'il fait, c'est la Commission européenne sur mandat, sur proposition un petit peu des chefs d'État et de gouvernement. Il faudrait que le Parlement européen, il le faut absolument, ait ce pouvoir d'initiative. Parce que souvent, le Parlement a, je pense, une conscience de la réalité des enjeux plus fortes et fait face, justement, à cette unité européenne.
Parce que moi, je suis convaincue que la souveraineté nationale, elle est renforcée par la solidarité et par l'unité européenne. Et donc, les parlementaires, l'un qu'un davantage. Et un autre sujet institutionnel fondamental, très très vite, c'est la fin de l'unanimité. On ne peut pas être bloqué dans le processus européen, dans des enjeux fondamentaux. Parce qu'il faut que les 27 soient d'accord. Voilà, exactement.
Merci beaucoup, Marie-Pierre Rennes. Vous êtes en troisième position sur la liste de la majorité présidentielle. Liste menée par Valérie. Merci d'avoir été l'invité de la matinale.
Merci à vous. Très bonne journée.
Marie-pierre Vedrenne