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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 4 juin 2024 15 min

La candidate Valérie Hayer répond aux jeunes électeurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France En Terre, la radio des européennes, Nicolas Demorand. Et c'est la suite de cette matinale grand format. Nous sommes depuis 8h20 en compagnie de Valérie Ayier, la tête de liste Besoin d'Europe slash majorité présidentielle. Ravis d'accueillir dans ce studio deux jeunes citoyennes qui vont voter pour la première fois aux européennes le 9 juin prochain. Jemima et Alicia, bonjour. Bonjour. Jemima, vous avez 18 ans, vous êtes lycéenne à Argenteuil. Alicia, vous avez 18 ans également et vous êtes étudiante à Sciences Po Paris. J'ai dit deux jeunes citoyennes qui vont voter pour la première fois aux européennes. Vous allez le faire, c'est sûr.

0:46
Invité

Oui, voter c'est sûr.

0:48
Présentateur

C'est sûr, pas d'abstention ? Absolument pas. Vous avez fait votre choix ? Oui. Oui, pour Jemima ?

0:54
Invité

Moi, toujours pas. Alicia, toujours pas ? Ça a pas mal évolué, mais j'aurais un choix.

0:58
Présentateur

Vous aurez un choix dimanche. Comment vous vous êtes documentée pendant cette campagne pour justement arriver à un choix, vous faire une idée des enjeux européens ? Ça a marché comment ? Alicia, pour commencer ?

1:14
Invité

J'avais déjà des idées un peu des parties qui m'intéressaient, mais je me suis dit que j'allais pas seulement me fier à ça, donc j'essayais d'étudier un peu les programmes.

1:20
Présentateur

Oui, c'est important les programmes.

1:22
Invité

C'est très important, surtout quand on hésite entre des candidats qui peuvent se ressembler, et donc ça m'a beaucoup aidée aussi, même si mon choix n'est toujours pas fait.

1:31
Présentateur

Jemima, vous, comment vous avez fait ? Comment vous êtes-vous informée ?

1:36
Invité

Je me suis également formée en regardant les programmes politiques, et également à travers les médias et les différentes interviews qu'on pouvait voir avant. Réseaux sociaux ? Réseaux sociaux, médias, notamment aussi les articles qui décortiquent certains programmes, et ça aide beaucoup.

1:58
Présentateur

Vous vous sentez européenne ? Je suis désolé, la question est lourde et énorme. Alicia, ça veut dire quelque chose pour vous, être européenne ?

2:08
Invité

Pour moi, ça veut dire quelque chose, être européenne. Après, c'est vrai qu'on a moins sentiment, par exemple, d'être français. C'est quelque chose qu'on ressent moins, surtout au quotidien. Mais c'est vrai que, par exemple, quand je voyage dans d'autres pays d'Europe, j'ai quand même le sentiment d'appartenir à une certaine communauté. À un ensemble !

2:24
Présentateur

C'est ça, exactement. Et vous, Jemimia ?

2:26
Invité

Je vous avoue qu'avant que l'on me parle des européennes, je ne m'y étais jamais vraiment intéressée. Et depuis que je me suis un peu plus renseignée, c'est vrai que je commence à me sentir européenne, mais c'est vrai que le sentiment d'abord français...

2:39
Présentateur

Et d'abord français, oui, c'est le sentiment national. Vous aviez la parole, Jemimia. Gardez-la et posez à Valérie Ayé votre première question.

2:49
Invité

D'accord. Eh bien, ma première question, et vous plaidez souvent pour un renforcement des frontières, mais toujours avec plus de gares de frontières et des gares de côtes. Mais est-ce une question appropriée à la grave crise migratoire que nous vivons depuis quelques années ? Et que proposez-vous concrètement pour que la Méditerranée ne soit plus un tambeau à ciel ouvert ?

3:17
Valérie Hayer

Merci de cette question, c'est un sujet important, grave. Et vous disiez l'une et l'autre que vous vous sentiez plus ou moins européenne, soit en voyageant, soit en s'intéressant aux élections européennes. Eh bien, typiquement, la question migratoire, c'est une question pour laquelle la réponse européenne est la plus adaptée. Évidemment, on peut voter des lois à l'échelle nationale, mais la réalité, c'est que c'est au niveau européen qu'on doit avoir une réponse. On a, pendant 30 ans, développé la libre circulation au sein même de l'Union européenne. C'est ce qui vous permet, vous le disiez Alicia, d'aller voyager dans d'autres pays en Europe sans avoir à montrer son passeport.

de pouvoir aller en Italie ou en Pologne, sans avoir de surcoût, d'ailleurs, dans les appels téléphoniques. Et c'est ça ce qu'on a beaucoup développé en Europe. Mais on a oublié de protéger nos frontières extérieures.

4:09
Présentateur

Alors, c'était l'une des parties de la question de Gemima. Renforcement des frontières, est-ce la réponse appropriée à la crise migratoire que nous vivons depuis des années ?

4:19
Valérie Hayer

En fait, la crise qu'on vit, c'est une crise de l'immigration illégale. C'est-à-dire des gens, des migrants, qui veulent venir en Europe pour des raisons qu'on peut évidemment comprendre. Parce que, probablement, et la plupart du temps, ils fuient des conditions de vie qui sont difficiles. Eh bien, on doit accueillir notre part, effectivement, mais on ne peut pas accueillir tout le monde. Et, pendant trop longtemps, en Europe, on n'a pas dit qui pouvait véritablement venir en Europe ou pas. Ce qu'on va faire, on a voté des lois il y a quelques semaines au Parlement européen pour mieux renforcer le contrôle aux frontières extérieures de l'Union européenne. Qu'est-ce qui va se passer ?

C'est qu'on aura des centres, des zones tampons aux frontières de l'Union européenne. Et les gens qui veulent venir en Europe, ils s'enregistreront. On prendra leurs empreintes, leur identité, et on regardera s'ils peuvent ou pas venir en Europe. Si ce sont des femmes afghanes, par exemple, qui doivent pouvoir bénéficier du droit d'asile, c'est l'honneur de la France et de l'Europe d'accueillir les personnes qui sont persécutées dans le monde. Eh bien, on leur dit, vous venez et on vous accueille dans les meilleures conditions.

Si ce sont des personnes, des migrants économiques, par exemple un homme tunisien qui n'a a priori pas de raison supplémentaire de venir en Europe, eh bien, on lui dit, vous ne pouvez pas venir, on le renvoie chez lui par bateau ou par avion. Et l'objectif, c'est évidemment d'arrêter que la Méditerranée soit un cimetière à ciel ouvert. Aujourd'hui, comme on n'a pas de règles, eh bien, les migrants, ils viennent, ils tentent leur chance, ils intègrent le territoire européen et ils ne sont pas intégrés.

Et donc là, demain, on va leur dire, on regarde si vous avez droit ou pas, si vous avez droit, on vous accueille dans les meilleures conditions, si vous n'avez pas droit, on vous renvoie chez vous.

5:52
Présentateur

Jemima, vous avez encore une question sur les visas, je crois.

5:55
Invité

Oui, c'était également sur les visas. Vous souhaitez accorder des visas à ce que vous appelez des talents étrangers. Mais concrètement, qu'est-ce qui définit un talent étranger ? Quels sont les critères de sélection ?

6:07
Valérie Hayer

En fait, il y a trois types d'immigration aujourd'hui. Et je voudrais simplement dire que l'extrême droite, aujourd'hui, fait l'amalgame entre les trois pour susciter les peurs et attiser la division au sein du pays et de l'Europe. Il y a l'immigration illégale, je vous ai expliqué comment on allait y mettre fin. Il y a l'immigration au titre du droit d'asile, c'est l'honneur de la France et de l'Europe. Et puis, il y a l'immigration économique. Et il faut qu'on puisse accueillir des travailleurs qui viennent d'autres pays que de l'Union européenne, de l'extérieur des frontières de l'Union européenne, qui veulent venir travailler dans les métiers en tension chez nous.

Et aussi, des talents, des scientifiques, des chercheurs qui veulent travailler en Europe parce que l'Europe, c'est un continent d'inventeurs, de créateurs, et qu'on leur donne les moyens d'inventer et d'innover en Europe. C'est par exemple ces talents-là qu'on doit pouvoir accueillir sur notre territoire.

6:51
Présentateur

Alicia, à vous. Vous pouvez commencer l'entretien et le dialogue avec Valérie Ayé.

6:58
Invité

Ça marche. J'ai deux questions. C'est par rapport aux énergies. J'ai étudié votre programme et j'ai retenu deux idées principales. La première, c'est d'en finir avec l'énergie russe. Et la deuxième, c'est de sortir des énergies fossiles. Et je voulais savoir par quels moyens vous comptiez atteindre cette double objectif sans sacrifier un des deux objectifs. Oui.

7:20
Présentateur

Valérie Ayé.

7:21
Valérie Hayer

La question de l'énergie, elle est importante. Et c'est vrai que peut-être qu'on ne s'en souciait pas énormément dans le débat public avant le déclenchement de l'attaque russe en Ukraine en 2022. Et puis, les prix de l'énergie ont explosé. Et on a vu que certains pays en Europe, en particulier, avaient des dépendances très fortes vis-à-vis de l'énergie russe. On en a encore, nous, un petit peu français, notamment avec le gaz, et partout en Europe. Et l'objectif, c'est de sortir des énergies russes, évidemment, le plus tôt possible. 2024, l'année prochaine. 2025, pardon.

Bon, l'année prochaine, je veux qu'on sorte des énergies russes, définitivement, et qu'on sorte des énergies fossiles le plus tôt possible, aussi, parce que les énergies fossiles, c'est mauvais pour le climat et pour la planète. Et comment on fait ça ? Eh bien, on met les bouchées doubles. On soutient le développement du nucléaire, mais pas seulement. Moi, je n'oppose pas nucléaire et énergie renouvelable. On a besoin des deux. Il faut mettre de l'argent sur la table et investir massivement dans le nucléaire, qui est une énergie propre, abordable, et qu'on produit chez nous. C'est-à-dire qu'on ne dépend pas d'autres puissances des pétromonarchies pour notre énergie.

Et puis, le développement des énergies renouvelables, c'est les éoliennes, c'est la géothermie, qui nous permettront d'être indépendants. C'est important d'avancer sur ces deux jambes. Moi, je n'oppose pas les deux.

8:30
Invité

Vous aviez parlé aussi de triplement de l'énergie nucléaire, mais ça induit aussi un triplement des déchets nucléaires. Et comment est-ce que vous comptez gérer, justement, cette augmentation de déchets nucléaires ?

8:47
Présentateur

Valérie Aïe.

8:48
Valérie Hayer

Alors, sur la question des déchets nucléaires, c'est une question sérieuse, effectivement, qu'il faut traiter. En fait, il faut avancer sur l'innovation. J'étais à Vivatec, il y a dix jours, et j'ai rencontré une entreprise qui utilise les déchets nucléaires pour produire de l'énergie. C'est ça aussi. C'est accélérer sur l'innovation, la recherche et le développement, pour soutenir le nucléaire et aborder et traiter véritablement la question des déchets, qui est une question importante.

9:11
Présentateur

Deuxième question, Alicia.

9:13
Invité

Je reviens sur le sentiment d'appartenance à l'Union européenne. Vous proposez d'instaurer des listes transnationales pour les élections européennes, et je voulais savoir comment elles fonctionneraient, et surtout si vous pensez que ça permettra de renforcer, justement, le sentiment d'être citoyen européen.

9:29
Présentateur

Valérie Aïe.

9:30
Valérie Hayer

Oui. Alors, simplement une remarque par rapport à ce que vous disiez. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de voyager ailleurs qu'en Europe jusqu'à présent. Vous avez eu l'une et l'autre ou pas ? Vous aurez peut-être l'opportunité, je vous le souhaite. Et en fait, c'est très étonnant, parce que quand on va aux États-Unis, quand on va en Chine, eux, ils nous ressentent comme étant européens. Français, évidemment, parce que la France compte, mais quand on va ailleurs qu'en Europe, eh bien, eux, ils nous regardent comme des Européens. Et ça, c'est intéressant en termes de sentiments aussi.

Sur les listes transnationales, oui, c'est important pour que les Français et les Européens se rendent compte du fait qu'on est un projet européen, et que ce n'est pas des élections nationales qui s'accumulent et qui font qu'à la fin, on a un Parlement européen qui est constitué. Et donc, comment fonctionneraient les listes transnationales ? Elles s'ajouteraient au mode d'élection qu'on connaît aujourd'hui. Aujourd'hui, il y a 705 députés européens au Parlement européen. Demain, on aura 81 députés français au Parlement européen. Et alors, ce ne sera pas pour ces élections-là, mais j'espère pour les élections suivantes en 2029.

L'idée, c'est d'avoir une liste nationale et une liste transnationale avec 28 candidats, un candidat français, un candidat lituanien, un candidat allemand, qui proposent un projet européen aux Français. Et je pense que c'est important parce qu'au-delà du symbole, c'est un vrai projet européen qui sera porté et qui concernera tous les Européens et pas uniquement sur les enjeux français.

10:47
Présentateur

Jemima, vous avez une troisième question. Effectivement.

10:50
Invité

Quelles mesures concrètes préconisez-vous pour favoriser la prospérité économique des Européens sans accroître les disparités économiques qui existent entre les États membres ?

11:01
Présentateur

Valérie Aïe.

11:02
Valérie Hayer

Justement, le plan à 1 000 milliards d'euros que j'évoquais, le plan de l'or, c'est un investissement ensemble. Et pourquoi c'est important d'investir ensemble ? C'est parce qu'on est plus fort, évidemment, mais ça permet aussi d'éviter les disparités que vous évoquez entre États membres. C'est-à-dire qu'on va regarder... Je vous donne un exemple sur la production de médicaments. C'est hyper important. On a vu en 2024, en 2023, qu'on soit dépendant de la Chine ou de l'Inde pour l'essentiel de nos médicaments, qu'on ait du mal à trouver des antibiotiques. C'est insupportable.

Mais alors, ce qu'il faut faire, c'est qu'on va dire, on va produire nos médicaments chez nous, en France et en Europe. Mais on va se mettre d'accord. On ne va pas mettre toutes les usines de production de médicaments en France pour que ce soit logique et cohérent et pour que tout le monde en bénéficie. On va se mettre autour de la table, à 27, et on va dire de quels médicaments stratégiques on a besoin. Et où est-ce qu'on les produit ? En Europe. Ça créera des emplois en France, mais ailleurs en Europe. Et c'est ce qui permettra aussi de créer du pouvoir d'achat pour tous les Européens, où qu'ils soient.

11:59
Présentateur

Alicia, dernière question.

12:00
Invité

Oui, je vais revenir sur la situation, par exemple, en Géorgie ou même encore en Ukraine. Comment c'est possible de défendre, de continuer de défendre la démocratie et l'état de droit au Parlement quand il y a de plus en plus de partis d'extrême droite ou de partis populistes qui intègrent davantage le Parlement européen ?

12:16
Présentateur

Valérie Ayet.

12:17
Valérie Hayer

C'est une question importante parce que cette dynamique, on la voit des partis populistes d'extrême droite qui ont des liens forts avec la Russie, parfois avec la Chine, s'est documentée et qui se présentent comme des patriotes. C'est ça, ce qui est assez dingue. Ils se présentent comme des patriotes alors qu'ils servent non pas à l'intérêt des Français et des Européens mais à l'intérêt d'autres puissances. Et donc, il faut se battre. Et alors, on se battra en deux temps. Le premier temps, c'est maintenant que ça se joue.

C'est dans les quatre prochains jours pour moi, en tant que candidate et pour vous, en tant que citoyenne, de faire le nécessaire pour qu'on ait un minimum de députés qui détestent l'Europe qui arrivent au Parlement européen pour nous permettre de continuer ailleurs dans le monde.

12:57
Présentateur

Merci à toutes les deux, Alicia Gemima. Merci beaucoup d'être venue au micro de France Inter débattre ce matin avec Valérie Ayet. On va terminer avec notre euro-quiz question courte loin de la politique sur votre Europe de cœur et réponse courte s'il vous plaît, Valérie Ayet. La première, votre plus beau paysage européen au-delà du bocage mayennais qui, on le sait, est celui où vous aimez vous ressourcer. Pas de chauvinisme.

13:24
Valérie Hayer

Mon plus beau paysage européen, je dirais la Slovénie.

13:33
Présentateur

Et pourquoi ?

13:34
Valérie Hayer

Parce que c'est un pays magnifique fait de montagnes et très très beau, je recommande.

13:40
Présentateur

Avec quel Européen, mort ou vif, aimeriez-vous passer une journée ?

13:44
Valérie Hayer

Simone Veil, parce qu'évidemment, je n'ai pas eu l'occasion de la rencontrer et c'est une grande Européenne.

13:50
Présentateur

Souvenir, impression quand vous êtes arrivée pour la première fois au Parlement européen, un mot ?

13:56
Valérie Hayer

Émotion.

13:57
Présentateur

Un monument qui symbolise le mieux l'Europe pour vous ?

14:01
Valérie Hayer

Alors, c'est grave, mais je pense que c'est important, c'est le mémorial des Juifs assassinés en Europe, à Berlin, qui, quand on y va, reflète le dit tout du poids de l'histoire.

14:16
Présentateur

Merci beaucoup Valérie Ayet d'avoir été notre invitée ce matin. Demain, ce sera la dernière matinale spéciale européenne avec Jordan Bardella, tête de liste Rassemblement National.