Sur les hauteurs du Luberon, la culture prend racine
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- 0:49OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que la philosophe trouve de si particulier dans ce festival ?
- 1:42OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir placé cette édition sous le signe des Peuples des Mers, des Terres et des Cieux ?
- 3:06OuverteRéponse directe
La nature est présente dans les textes bibliques, comment l'expliquer ?
- 3:52OuverteRéponse directe
Quel est votre rôle dans le spectacle de demain soir ?
- 4:40OuverteRéponse directe
Le lien de l'homme avec l'animal et la nature est-il questionné différemment dans ce festival ?
- 6:56OuverteRéponse directe
Pouvez-vous nous expliquer les consultations performances individuelles de Laure Limongi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:29InvitéFait
« C'est un lieu où on pense, c'est un lieu où on discute, c'est un lieu aussi où on se donne du plaisir dans la mesure où il y a de la musique, il y a des expositions, il y a des ateliers aussi pour enfants et pour adultes. »
- 2:15InvitéFait
« En fait, on a travaillé notamment avec l'historien du Moyen-Âge, Pierre-Olivier Dittemar, pour monter une pièce. Sur ce constat que Pierre-Olivier Dittemar nous partageait, c'est la Jérusalem céleste qui représente le paradis final, là où tous les humains qui ont bien agi devraient aboutir. »
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« Et on s'est dit, mais finalement, est-ce que le paradis, on n'est pas déjà en train de le crier sur terre, avec cette espèce d'aseptisation de la vie ? »
- 3:29InvitéFait
« Et puis, l'arche de Noé, il faut quand même bien dire que c'est quand même une grave punition de la part de Dieu, qui décide de tuer tout le monde, sauf quelques représentants des espèces. »
- 5:32InvitéFait
« On voit, par exemple, Ursula Lebuyne, une autrice de science-fiction, qui dira, mais attendez, peut-être qu'Ève aurait pu se révolter, et peut-être qu'en fait, ce n'est pas une chute, le fait de quitter le paradis, c'est peut-être Ève qui en avait assez d'être au paradis. »
- 6:01InvitéFait
« où on va suivre des chimères de cétacés, donc vos baleines arrivent parfaitement à un point, et un chimère de crabe. »
- 7:14InvitéFait
« Alors, ça s'appelle donc la thérapie de la panacée. »
- 7:50InvitéFait
« Les trois en question ? Alors, il y avait le premier de Catherine Guerrard qui s'appelait Renata N'importe quoi, qui est fabuleux, qui est d'une drôlerie, et qui est en effet l'histoire d'une bonne qui apprend à dire non à ses patrons. »
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France Culture, les matins d'été, Bérangère Bonte. C'est un festival, pas comme les autres, avec un léger accent belge au cœur d'un domaine viticole du Lubéron, 600 mètres d'altitude. Les estivales du Haut-Calavon démarrent aujourd'hui jusqu'à vendredi. La propriétaire du domaine, les Davids et Belges, Sophie Leclerc, ses complices également, l'éditorialiste du quotidien Le Soir, Béatrice Delvaux, et Sigrid Bousset, la créatrice d'un haut lieu de la littérature à Bruxelles, Passa Porta. Et depuis cinq ans, ces trois-là invitent en pleine nature, philosophes, écrivains, musiciens, comédiens, naturalistes, autour du thème de la biodiversité et du vivant. Bonjour Vinciane Desprez. Bonjour.
Vous êtes la marraine, belge aussi, vous le dire, de ce festival. Merci d'être avec nous depuis le Lubéron. Vous l'étiez déjà, marraine, l'an dernier. Qu'est-ce que la philosophe trouve de si particulier dans ce festival ?
C'est un lieu où on pense, c'est un lieu où on discute, c'est un lieu aussi où on se donne du plaisir dans la mesure où il y a de la musique, il y a des expositions, il y a des ateliers aussi pour enfants et pour adultes, des ateliers d'écriture et même des ateliers de reprisage. Donc, je veux dire, on peut faire travailler les mains, on fait travailler les oreilles, on fait travailler la pensée et c'est vraiment un lieu en plus qui est magnifique du point de vue esthétique et du point de vue aussi des plaisirs de la vie. Il y a du très bon vin, il y a de la très bonne nourriture, voilà, il y a tout.
Vinciane Desprez, tendez l'oreille, on va y trouver une petite pépite. Ça, ce sont des champs de baleine de Hawaï envoyés dans l'espace par la sonde Voyager, un enregistrement effectué dans les années 60 par les militaires américains. Et si on avait envie de vous diffuser ces baleines, d'abord c'est magnifique, mais c'est aussi parce que vous avez placé cette cinquième édition sous le signe des Peuples des Mers, des Terres et des Cieux, avec la compagnie Massimo Furlan notamment, et un constat qui est que dans beaucoup de récits historiques représentant le paradis, les animaux sont absents.
Autrement dit, ils sont présents dans l'espace, les baleines sont dans l'espace, mais les animaux sont absents au paradis.
Ah oui, c'est tout à fait ça. Alors, en fait, on a travaillé notamment avec l'historien du Moyen-Âge, Pierre-Olivier Dittemar, pour monter une pièce. Sur ce constat que Pierre-Olivier Dittemar nous partageait, c'est la Jérusalem céleste qui représente le paradis final, là où tous les humains qui ont bien agi devraient aboutir. Eh bien, en fait, il n'y a aucun être vivant à part les humains. Il n'y a pas de plantes, il n'y a pas d'animaux. Donc, on part du jardin d'Éden où, visiblement, il y a une nature luxuriante et proliférante, pour aboutir finalement à n'être plus qu'entre-soi, avec des corps complètement désincarnés.
Et on s'est dit, mais finalement, est-ce que le paradis, on n'est pas déjà en train de le crier sur terre, avec cette espèce d'aseptisation de la vie ? Et donc, on est parti de cette idée en disant, mais finalement, l'imaginaire chrétien qui nous a nourris, est-ce que ce n'est pas un imaginaire, justement, de neutralisation de toute forme de vie et de volonté de contrôle sur tous les vivants ?
Il y a pourtant l'arche de Noé, il y a Adam et Ève, il y a le jardin d'Éden. La nature est présente dans les textes.
C'est terminé à chaque fois. Bon, le jardin d'Éden, ils se sont quand même fait jeter. Ça ne s'est pas très bien terminé, c'est sûr. Voilà, ça ne s'est pas très bien terminé. Et les animaux ont payé le même prix que les humains, alors qu'ils n'avaient rien fait, qui était d'ailleurs un grand sujet de problèmes et de dilemmes au Moyen-Âge. Et puis, l'arche de Noé, il faut quand même bien dire que c'est quand même une grave punition de la part de Dieu, qui décide de tuer tout le monde, sauf quelques représentants des espèces. Et quand Noé sort de l'arche, Dieu lui dira, à partir de maintenant, tu seras la terreur et l'effroi pour tous les autres vivants. Tu les mangeras tous.
Aucun, tu n'épargneras. Et donc, c'est quand même une histoire qui n'est pas tendre et qui n'est pas du tout favorable aux autres vivants que les humains.
Quel est votre rôle, là ? Vous êtes sur scène, dans ce spectacle, justement, qui a lieu demain soir. Quel est votre rôle ? La philosophe vient faire quoi sur scène ?
Eh bien, je discute avec Pierre-Olivier et avec Massimo, mais nous avons décidé de décaler nos rôles. Donc, je ne m'appelle plus Vinciane, je m'appelle Jean-Ciane. Pierre-Olivier s'appelle Jean. Massimo s'appelle Jean-Pierre. Et nous accompagnons, en fait, Jean-Pierre dans une longue promenade, dans une longue randonnée, où il essaye d'apprendre à renouer avec la vie, c'est-à-dire qu'il est désespéré en voyant l'état du monde. Et il essaye de se raccrocher, par exemple, à l'idée que le paradis pourrait exister. Et chaque fois, Jean, alias Pierre-Olivier, lui dit « Mais tu sais, ce n'est pas si bien que ça, le paradis. Ce n'est pas vraiment une solution.
» Et d'essayer, d'une certaine manière, de le rapatrier sur Terre.
Le lien de l'homme avec l'animal et avec la nature, dans le contexte de canicules, d'incendies terribles, sans doute d'éloignement de l'homme vis-à-vis de la nature, vous le questionnez un peu différemment ?
C'est-à-dire qu'on le questionne notamment en passant par le Moyen-Âge, qui est une façon de le questionner qui n'est pas nécessairement habituelle, et de revenir aussi sur certains... En fait, tous les textes et toutes les formes de religion, de dogmes, etc., qui ont forgé, d'une certaine manière, notre imagination. Je pense que c'est revisiter plutôt la manière dont nous imaginons le monde. Et je crois que c'est vraiment le point où Pierre-Olivier nous a vraiment aidés, c'est de dire, nos imaginaires ont été forgés par certaines formes, et est-ce que ça ne vaut pas la peine, peut-être, de trouver des versions alternatives ? Par exemple, au Jardin d'Éden, il y a la chute, etc.
Et puis, on peut trouver des versions alternatives. On voit, par exemple, Ursula Lebuyne, une autrice de science-fiction, qui dira, mais attendez, peut-être qu'Ève aurait pu se révolter, et peut-être qu'en fait, ce n'est pas une chute, le fait de quitter le paradis, c'est peut-être Ève qui en avait assez d'être au paradis, et qui a dit, on va aller sur la Terre pour un peu voir ce qui s'y passe, pour rétablir d'autres rapports.
Donc, je vais dire, toutes ces choses-là, c'est ce qu'on va faire aussi aujourd'hui, par exemple, avec Laure Limongi, qui a écrit un merveilleux roman, fait de deux nouvelles d'anticipation, qui s'appelle L'invention de la mer, où on va suivre des chimères de cétacés, donc vos baleines arrivent parfaitement à un point, et un chimère de crabe. Et en fait, ce sont des auteurs qui nous parlent depuis les années 2100, 2200, mais qui nous parlent à nous en disant, vous savez, nous avons assez bien d'indulgence pour vous, mais vous avez quand même pas mal déconné.
Chimère de crabe, j'ai noté.
Chimère de crabe, c'est-à-dire, un crabe, c'est-à-dire qu'à un moment donné, les humains disparaissent, après le Covid-21, 22, 23, etc., etc. Donc, elle nous envoie dans des dizaines et des vingtaines d'années en avant. Et puis, elle va imaginer des écrivains, qui sont des chimères de baleines, qui retracent la mythologie de la vie des baleines et des cachalots, et puis un chimère de crabe, qui devient un crabe poète. Et en fait, ce sont les humains qui ont décidé, à une certaine époque, de s'hybrider avec des formes de vie marine, pour pouvoir survivre sur Terre.
Fincienne Desprez, vous parliez à l'instant de Laure Limongi, l'écrivaine avec qui vous avez une conversation ce matin, qui travaille aussi sur les bienfaits de la littérature sur la santé. Et elle fait, je voudrais que vous nous expliquiez, des consultations performances individuelles, c'est-à-dire qu'elle prescrit tel ou tel livre avec une posologie.
Comment ça se passe ? Alors, ça s'appelle donc la thérapie de la panacée. Et moi-même, c'est comme ça que j'ai rencontré Laure. Elle était à la Villa Médici quand j'y étais en résidence d'écriture. Et elle proposait, si vous avez un problème, vous allez la voir et vous la voyez toute mignonne dans son petit tablier blanc avec une feuille de prescription. Et vous lui dites votre problème. Et elle vous conseille des livres qui vont vous aider à sortir de votre problème. Moi, mon problème, c'est que je n'arrive pas à dire non. J'accepte trop de choses, je suis dépassée. Et donc, elle m'a prescrit trois livres en me donnant une posologie.
Donc, celui-là, tu le liras en soirée, pendant ton repas, puisqu'elle sait que je lis pendant mes repas. Celui-là, tu le liras le week-end. Et donc, elle m'a conseillé trois livres. Les trois en question ? Alors, il y avait le premier de Catherine Guerrard qui s'appelait Renata N'importe quoi, qui est fabuleux, qui est d'une drôlerie, et qui est en effet l'histoire d'une bonne qui apprend à dire non à ses patrons, qui s'en va carrément, et qui apprend à dire non à tout, mais de façon un peu trop radicale, parce que ça devient très drôle de lutter pour garder sa liberté. Le deuxième, c'était Gloria... Pardon, Goliarda Sapienza, celle qui a écrit L'art de la joie.
Elle m'avait conseillé le livre que Goliarda Sapienza a écrit en prison après avoir volé des bijoux et qui a donc mis un point de rupture brutale dans sa vie puisqu'elle s'est retrouvée à la prison de Redibia. Et ça s'appelle l'université de Redibia puisque c'est une prison où les femmes disent elles-mêmes qu'elles apprennent la vie. Et puis le troisième était l'excès d'usine. Voilà, donc c'était trois livres sur trois femmes qui à un moment donné disent ça suffit. Et maintenant vous dites non ? Vingtième déprès ? Je crois que je dis un peu mieux. Je ne suis pas encore tout à fait au point. La preuve c'est que je suis ici. Donc je fais encore des choses.
Alors je rêvais de ne plus rien faire du tout, à part écrire. Mais je vais dire, et puis c'est tellement joyeux et c'est tellement drôle de replacer la question thérapeutique non plus dans le cadre un peu étroit du soin et de la maladie, mais de le situer dans le cadre beaucoup plus large de la création et de l'imagination et de penser que les écrivains sont des gens aussi qui peuvent nous soigner.
Oui, c'est passionnant. Il y a aussi des ateliers d'écriture aux estivales du Haut-Calavent.
Il y a des ateliers de réparation de textiles, j'ai vu. Oui, il y a Coraline Soulier qui va nous faire des magnifiques ateliers d'écriture. Il y a aussi des expositions. Alors il y a une exposition de Yves Strasson qui se fait à Salagon. Il y a l'exposition Les Résilientes de Christine Mawé. Il y a Révélé le paysage du formidable Bas Metz et d'Éliane Leroux. Et il y a une exposition des dessins de Pierre Kroll à propos de Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi, le livre qu'on avait fait ensemble.
Et Agnès Jaoui, invité d'honneur comme chanteuse cette fois. Le programme, il est sur le site des Estivales du Haut-Calavent. Merci infiniment, Vinciane Desprès, votre dernier livre « Où s'en vont les gens qui meurent ? » aux éditions Bayard 2026. C'est bon festival, donc dans le Luberon, jusqu'au 31 juillet. 9h sur France Culture, tout de suite, la grande traversée, Aliénor d'Aquitaine, Christelle Lepolotech avec la réalisation de Véronique Samouloff. Sous-titrage ST' 501