Comment le sud du Liban est rasé par Israël | ENQUÊTE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Cette ville de plusieurs dizaines de milliers d'habitants est en train d'être démolie. Lina Idriss y habitait avant d'être obligée de fuir. C'est Khiam, dans le sud du Liban.
Comme dans toute cette partie du pays, l'armée israélienne mène des destructions systématiques depuis mars 2026. <i>Le Monde</i> a retrouvé des habitants déplacés pour témoigner de leur situation et de ce qu'était leur ville. À partir de vidéos vérifiées, d'images satellites et de publications de soldats israéliens, notre enquête documente l'anéantissement méthodique d'une région entière.
Ces images montrent Khiam, juste avant que la guerre ne revienne. La population de cette ville est majoritairement composée de musulmans chiites. Elle a déjà été occupée et détruite par l'armée israélienne à plusieurs reprises.
Entre 1977 et 2000, ou entre 2024 et 2025 avec de larges destructions. Déjà déplacée à ce moment-là, Lina est retournée dans sa maison à Khiam dès qu'elle l'a pu, en janvier 2025. 28 février 2026.
Les États-Unis et Israël bombardent l'Iran. Le Hezbollah, allié de Téhéran, lance dès la mort du guide suprême iranien des salves de missiles et de drones sur Israël. L'État hébreu débute quelques jours plus tard une vaste offensive terrestre sur le Liban.
Le but revendiqué est d'éliminer le Hezbollah du sud du pays et d'y établir une zone tampon à la frontière. Pour cela, Israël ordonne à 600 000 Libanais de fuir. Lina fait partie de ces déplacés.
De lourds combats ont lieu dans la ville entre l'armée israélienne et le Hezbollah. Le parti milice chiite est très implanté à Khiam. Nombre des combattants dont le mouvement publicise la mort sont d'ailleurs originaires de la ville.
Après plusieurs semaines de combat et de bombardements, la ville est finalement prise par l'armée israélienne. Ses soldats filment la destruction de Khiam. Cette mosquée et ses deux minarets sont démolis.
De nombreux quartiers aussi. Une image satellite obtenue par <i>Le Monde</i> montre qu'une grande partie de la ville a été rayée de la carte. La brigade israélienne qui a pris la ville est la Givati. <i>Le Monde</i> a d'ailleurs repéré dès mars des publications de soldats signalant le déploiement au Liban d'un de ses bataillons du génie, qui a auparavant participé à raser des pans entiers de Gaza.
Une continuité revendiquée par le ministre de la défense israélien. De telles opérations de destruction ont lieu dans tout le sud du Liban. À chaque fois, on retrouve les mêmes scènes, entre pelleteuses et explosifs.
Une ville de plusieurs dizaines de milliers d'habitants rasée par la brigade Givati. <i>Le Monde</i> a obtenu cette vidéo d'officiers de l'unité. Plusieurs de ces localités ont déjà été détruites entre 2024 et 2025.
À l'époque, Amnesty International appelait à une enquête pour de potentiels crimes de guerre. Le 16 avril 2026, un cessez-le-feu fragile a été signé entre le Liban et Israël. Comme de nombreux habitants du sud, Lina a repris la route vers sa ville en espérant retourner à Khiam, sans succès.
Car l'armée israélienne est encore là-bas et dans des dizaines de localités, derrière ce qu'elle appelle une "ligne jaune". Une zone où les habitants n'ont pas le droit de revenir et où les destructions continuent. Comme dans cette vidéo, filmée à Kfar Kila, plusieurs jours après le cessez-le-feu. <i>Le Monde</i> a contacté l'armée israélienne à propos des destructions systématiques qu'elle mène à Khiam et dans les autres zones du Liban où elle opère.
Après sa dernière interview avec <i>Le Monde</i>, fin avril, Lina a appris que sa maison a été détruite par l'armée israélienne. Comme le reste de son quartier.