LYHANNA : LE DOUBLE JEU DES HYPOCRITES (DARMANIN, LE PEN, MACRON)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
L'émotion puis la colère. L'émotion d'abord après la découverte du corps de Liana, une collégienne de 11 ans à Florence dans le Gers. L'émotion et la colère dans la rue.
Émotion toute particulière devant le tribunal Doch. Les pancartes posées sur les grilles du tribunal disent la colère. Un cri de colère qui réunit ses gerçois de tous les âges.
Devant le ministère de la justice, le même dégoût. Je suis là parce que je suis très en colère. Ça fait 15 ans que certaines personnes demandent une grande loi intégrale, une loi cadre, pour que c'est en fait il y ait une vraie protection euh des enfants, des femmes par rapport aux violences sexistes et sexuelles.
On s'adresse en fait au ministre de la justice. Gérald Darrmanin n'a pas proposé immédiatement sa démission, mais il a au moins présenté des excuses. L'institution judiciaire, elle a pas su protéger cette petite fille.
J'en tirai toutes les conséquences et au nom de la justice comme ministre, je veux présenter mes excuses à cette famille. et aux Français qui sont légitimement choqués, terrifiés de voir de telles défaillances. Au football, la VAR VAR R, c'est l'assistance vidéo à l'arbitrage.
Et au médias, l'AVARE, c'est la vérification de la parole des politiques. Dans ce nouvel épisode, on va s'intéresser à la communication de crise du gouvernement en vérifiant ses arguments, ses contradictions et ses angles morts. Et d'abord ce message important du média pour vous rappeler que pendant que des milliardaires contrôlent toujours plus le pouvoir médiatique, les médias indépendants eux luttent pour continuer d'exister.
C'est le cas du média qui doit absolument atteindre 10000 donateurs mensuels avant fin de juillet. Sa survie en dépend. Alors pour sauver le média, abonnez-vous si vous le pouvez en vous rendant à cette adresse.
Grâce à vous, le combat pourra continuer. Dans la communication de crise de l'exécutif, le plus frappant, c'est sans doute ce réflexe presque pavlovien consistant à se défendre en se félicitant. Plutôt que de souligner ce que cette affaire dit de l'état réel de l'institution judiciaire, Emmanuel Macron et Gérald Darmanin ont d'abord choisi de mettre en avant leurs bilan, leurs moyens, leurs consignes.
Mon budget a augmenté de 60 % et on a créé 1500 postes de magistrat. C'est vraiment des moyens très importants qu' a le président de la République. Je ne veux entendre aucun argument de moyen dans cette affaire parce que depuis 2017, j'invite chacun à regarder les moyens qui ont été mis dans la gendarmerie, dans la justice.
Bon, donc c'est une question de réponse, de fermeté, d'organisation, de responsabilité. Puisquemanuel Macron nous invite à regarder les moyens, regardons-les. Alors oui, depuis 2017, le budget de la justice a augmenté.
Oui, le budget est passé de presque 8 milliards à presque 11 milliards d'euros. Mais non, cela ne suffit absolument pas à clore le débat parce qu'un budget en hausse ne veut pas dire une justice à la hauteur. Et surtout quand on compare la France à ses voisins européens, le satisfait site que s'accorde Emmanuel Macron ne paraît vraiment pas raisonnable.
En France, on dépense 77 € par habitant pour les tribunaux par an. C'est moins que l'Espagne, que l'Italie, que la Belgique, que l'Allemagne ou que les Pays-Bas. La France compte aujourd'hui 3,2 procureurs pour 100000 habitants contre 12,2 en moyenne en Europe.
Mais en plus, il croule sous les dossiers. La France, regardez, est le pays où les procureurs en traitent le plus. 2030 affaires par an et par procureur contre 430 affaires pour le reste de l'Europe.
L'exécutif a raison sur un point, il y a bien eu un effort, mais cet effort n'a pas comblé le retard structurel de la justice française. Autrement dit, on peut augmenter un budget et rester malgré tout sous-doté. C'est exactement ce qui se passe en France.
Et ce sous-dimensionnement se traduit par des dossiers qui s'accumulent, des plaintes qui attendent, des victimes qui passent après d'autres urgences, des procédures qui s'enlisent, des services saturés, des auditions malmenées, faute de temps, de formation ou d'effectif. En France, entre 2016 et 2022, 72 % des affaires de viol sur mineur ont été classées. Sans suite.
Ça ne veut pas dire que l'agression n'a pas eu lieu. On parle souvent de manque d'effectif aussi. Sachez que 60 % des auditions d'enfants victimes mineurs seraient réalisées par des personnes non formées.
En mars 2024, par exemple, seulement neuf agents étaient affectés à la brigade de protection de la famille de Nantes. 500 dossiers étaient alors en attente sans personne pour les traiter. À Roubé, il y avait 825 procédures relatives à des mineurs victimes qui étaient donc en attente.
Donc quand Emmanuel Macron explique qu'il ne veut entendre aucun argument de moyen, ce n'est pas entendable parce que les chiffres disent exactement l'inverse de ce qu'il suggère. Les chiffres disent qu'il y a eu un budget en hausse certes, mais les chiffres disent aussi que la machine judiciaire reste insuffisamment armée face à l'ampleur des besoins notamment en matière de violence sexuelle et de protection des mineurs. Et ça, ce n'est pas l'opposition qui le dit.
Ce ne sont pas des militants qui l'inventent. Ce sont les comparaisons européennes, les constats de spécialistes, les remontées du terrain, le réel. D'autant que sur ce sujet, Macron n'en est pas à sa première promesse.
Les 40 dernières secondes qui me restent, je veux les consacrer à nos enfants. On a parlé de notre jeunesse qui a tant souffert pendant le Covid et au fond, on se bat tous chacun avec nos différences, nos sincérités pour nos enfants. Et moi, l'une des choses qui m'importe le plus, si les Françaises et les Français me font confiance, c'est de continuer à leur bâtir un monde meilleur à travers toutes les politiques que que j'ai défendu, mais aussi de mieux les protéger.
La protection de l'enfance sera au cœur des 5 années qui viennent. Sauf qu'entre une promesse de débat présidentielle et la réalité de l'action publique, il y a un gouffre. Un gouffre qu'on retrouve aussi dans les prises de parole de Gérald d'Armanin parce que lui aussi répète depuis plusieurs jours qu'il avait donné les bonnes consignes, qu'il avait fixé les bonnes priorités, qu'il avait demandé au procureur de traiter en priorité absolue les plaintes des femmes et des enfants.
Quelques jours après mon arrivée à la chancellerie, j'ai pris une instruction qui a mis l'enfant en numéro 1 des actions de ce que de faire les procurants de la République. Depuis plus d'un an que je suis ministre de la justice, j'ai demandé au parquet de pouvoir mettre en priorité absolu les plaintes qui concernne les femmes et les enfants. Et là encore, vérification faite, le ministre de la justice va vite en besogne.
Car oui, lors de sa passation de pouvoir avec son prédécesseur, Gérald Armanin cite en effet les violences faites aux personnes et particulièrement celles faites aux femmes et aux enfants. Mais s'il faut écouter le discours du garde des saut jusqu'au bout parce que dans cette même déclaration d'Armanin dit aussi très clairement autre chose que la priorité absolue de son mandat sera la lutte contre le trafic de drogue. Et ça change tout.
Les procureurs dont je connais le rôle primordial recevront des instructions générales de politique pénale très claire et très ferme pour engager systématiquement des poursuites contre les violences faites aux personnes et singulièrement contre les femmes et les enfants, contre le séparatisme islamiste et les extrémismes violents qui veulent atteindre notre démocratie et notre République contre le narcobanditisme et le trafic de drogue qui sera la priorité absolu de mon mandat au ministère de la justice. Voilà donc la preuve que dans sa première prise de parole, les violences faites aux enfants ne sont pas la priorité absolue. Elles font partie de priorités qu'il citent, mais la priorité absolue, celle qui l'isole, celle qu'il met en avant, c'est le narcotrafic.
Et c'est d'ailleurs écrit noir sur blanc dans la circulaire de politique pénale générale qu'iladresse au procureur début 2025. La première priorité d'action, la lutte contre les organisations criminelles et le narcotrafic. La deuxième priorité d'action, les violences faites aux personnes.
Les faits commis au préjudice des enfants doivent faire l'objet d'une vigilance particulière et d'un traitement prioritaire. D'abord la lutte contre les organisations criminelles et le narcotrafic et ensuite les violences faites aux personnes. Autrement dit, quand Gérald Darmanin affirme aujourd'hui qu'il avait mis les enfants en priorité absolue, il ne décrit pas correctement ses propres consignes, ses propres textes.
Il reconstruit après coup une hiérarchie plus arrangeante que celle qu'il a réellement fixé. Depuis que je suis ministre de la justice, j'ai demandé de mettre en priorité absolu les plaintes qui concernent les femmes et les enfants. Le narcobanditisme et le trafic de drogue sera la priorité absolue de mon mandat au ministère de la justice.
Et c'est bien ça le problème de cette communication de crise à entendre l'exécutif. Tout avait été prévu, tout avait été dit, tout avait été demandé. Il y aurait simplement eu un dysfonctionnement, une défaillance dans l'exécution des priorités presque un accident de parcours.
Mais quand on regarde les chiffres, les comparaisons européennes et les instructions écrites, on voit tout autre chose. On voit une justice encore et toujours sous-dotée et des priorités concurrentes. Il y a des circulaires uniquement qui réagissent à l'actualité.
Tout est priorisé par le ministère de la justice. Plus rien ne l'est. C'est complètement absurde.
Oui, Emmanuel Macron peut rappeler que le budget de la justice a augmenté. Oui, Gérald Darmanin peut répéter qu'il avait donné des consignes, mais non, il n'y a pas de quoi s'adresser un satisfait site parce qu'une hausse de budget ne suffit pas quand on reste un des pays les moins bien dotés d'Europe en procureur et en juge. Et parce qu'une priorité proclamée ne vaut pas grand-chose quand dans les textes la priorité absolue est ailleurs.
En résumé, Macron nous dit pas d'excuses, il y a des moyens. D'Armanin nous dit pas d'excuses. J'avais donné les consigne.
Le problème c'est que les chiffres contredisent l'un et que les textes contredisent l'autre. Et puis il y a la droite et l'extrême droite qui se découvre soudain une immense passion pour la protection des enfants, pour la fermeté absolue, pour la tolérance zéro. À les entendre, il faudrait frapper plus fort, punir plus vite, enfermer plus longtemps.
Mais encore faut-il regarder ce que la droite et l'extrême droite font quand il s'agit concrètement de voter la loi et aussi quand il s'agit d'assumer leur propre fréquentation politique et médiatique. Cette petite fille a été sacrifiée sur l'hôtel de la nonchalance d'un état dont l'appareil judiciaire a failli. Ce drame a plusieurs causes mais qui relève tout du politique.
Sa réticence a traité avec une fermeté absolue les atteintes à l'intégrité physique en particulier des enfants. L'obsession idéologique de la réinsertion des criminels au détriment de la protection de la société. Mais si le Rassemblement national veut vraiment se poser en défenseur intraitable des enfants, alors il faut regarder ces actes et les actes eux racontent une histoire un peu moins glorieuse.
Premier exemple, la proposition de loi après le scandale de Pétaram visant à protéger les enfants contre les violences en milieu scolaire examiné à l'Assemblée nationale fin mai. Dans cette proposition de loi, un point très sensible concernait l'obligation pour les prêtres de dénoncer des crimes commis sur des mineurs dont ils ont eu connaissance dans l'exercice de leur fonction. Autrement dit, mettre fin au secret de la confession quand un enfant est victime de VSS.
Et là, surprise, le Rassemblement national a déposé un amendement pour supprimer cette disposition. L'exposé des motivations est clair. Il faut, disent les députés du RN, préserver le secret de la confession.
Le présent amendement prévoit de préserver la protection du secret professionnel. Le secret de la confession constitue un édifice de notre état de droit. Ce sont finalement les républicains qui ont obtenu gain de cause avec un amendement similaire. dans l'hémicycle, un député LR explique même que la liberté de conscience serait en quelque sorte au-dessus du reste.
Nous arrivons effectivement à cet article sensible qu'on va appeler sous sous le générique de secret de la confession. C'est c'est un sujet sensible parce que il touche d'abord à la liberté de conscience et la liberté de conscience c'est quelque chose qui est au-dessus parce qu'effectivement la conscience de chacun c'est ce qui l'oblige à réagir à agir de telle manière et bien sûr que les lois sont là pour encadrer nos actions, mais notre conscience est supérieure. Au-dessus, le mot est lâché et il dit tout.
En face, d'autres députés rappellent une évidence républicaine. Quand il s'agit de violence sur mineur, rien ne devrait être supérieur à la loi commune. Ce que nous voulons dire, c'est voulions dire puisque nous y renonçons dans cet instant, c'est qu'en République, rien n'est supérieur à la loi.
Dès lors qu'ici, comme représentant du peuple, nous fixons des obligations en matière de lutte contre les violences. C'est l'objet de ce texte. Elles doivent s'appliquer à tous sans distinction dans le respect bien sûr du culte.
Je le redis. Monsieur Breton, vous avez vu parfois vous avez eu le sentiment de voir des formes d'entrisme. Vous y avez même consacré une commission d'enquête.
J'ai le sentiment ce soir qu'un entrisme agit dans cette assemblée nationale à travers vous. Monsieur Breton. Les initiateurs du texte de loi ont finalement dû céder pas par conviction, non, mais pour obtenir le vote rapide et à l'unanimité de leur proposition de loi dans un calendrier parlementaire restreint.
Résultat, la loi a été adoptée certes, mais sans cette disposition, mettant fin au secret de la confession sous la pression de la droite et de l'extrême droite. Autrement dit, pendant que Marine Le Pen réclame une fermeté absolue contre les atteintes faites aux enfants, son camp exception au nom du secret de la confession. C'est déjà un premier sérieux problème de cohérence, mais ce n'est pas le seul parce que quand il ne s'agit plus de voter la loi, mais simplement de choisir où l'on va parler, le Rassemblement national a aussi montré que sa fermeté pouvait être un peu décalée.
Jean-Marc Morandini a été définitivement condamné en janvier 2026 pour corruption de mineurs. La condamnation à une peine de prison avec surcis, une amende, une inscription au fichier des auteurs d'infraction sexuel et une interdiction définitive d'exercer une profession en contact avec des mineurs n'a pas empêché la direction de C News de maintenir Morandini à l'antenne. Et dans les jours qui ont suivi la décision de la Cour de cassation, des pores-paroles du Rassemblement national ont continué à se rendre sur son plateau.
Les violences sur les mineurs aujourd'hui, ils font une vraie prise de conscience collective, un vrai électrochoc. Mathieu Valé, bonjour. Merci d'être avec nous, député européen et les porte-parole du Rassemblement national.
Même chose quelques jours plus tard avec Andrea Kotarac. Je crois qu'il est euh que c'est systémique. C'est systémique.
Comment se fait-il qu'une personne qui avait été déjà poursuivie pour pédophilie, on se demande mais comment cet homme-là était en liberté ? Comment cet homme-là pu avoir un emploi ? André Cotarac, bonjour, merci d'être avec nous.
Porte-pole du Rassemblement national. Les grands principes ont mis quelques jours à arriver. Ce n'est en effet que fin janvier que Jordan Bardella a donné consigne aux élus et aux porte-paroles du RN de ne plus participer aux émissions de Jean-Marc Morandini.
Donc résumons. D'un côté, le Rassemblement national proteste contre le pas de vague, dénonce l'inaction, réclame l'intransigence et se présente comme le camp de la protection absolue des enfants. Et de l'autre, le RN contribue à faire supprimer un article de loi sur le signalement des violences sur mineur au nom du secret de la confession du culte catholique.
Puis il tarde avant de renoncer à envoyer ses représentants chez un animateur définitivement condamné pour corruption de mineurs. Disons-le autrement. La droite et l'extrême droite aiment beaucoup parler de protection de l'enfance mais dès qu'il s'agit d'agir, leur fermeté devient soudainement beaucoup plus relative.
Quand il faut toucher à certaines autorités traditionnelles, à certaines protections symboliques ou à certaines habitudes médiatiques, les Républicains et le Rassemblement national freineent des quatre feres. Et c'est important de le dire parce que il ne suffit pas de dénoncer les défaillances de l'État ou de réclamer toujours plus de sévérité. Encore faut-il être cohérent.
Encore faut-il ne pas défendre d'un côté l'impunité du silence dans le confessionnal et de l'autre la respectabilité médiatique d'un homme condamné pour corruption de mineur tout en prétendant parler au nom des enfants victimes. Il faut croire que chez Marine Le Pen, la protection de l'enfance est à géométrie variable, intraitable dans les discours, beaucoup plus accommodante et souple dès qu'elle croise le confessionnal ou le plateau de ces news. De manière générale, il y a un problème de comment dire de conception de la protection de l'enfance.
Mathie, bonjour. Merci d'être avec nous député européen porte-parole du rassemblement national. Il y a une forme de nonchalance.
à l'égard de la protection de l'enfance. Andr Cotarac, bonjour, merci d'être avec nous. Porte-pole du Rassemblement national.
Dans l'affaire Liana, tout le monde veut apparaître du bon côté. L'exécutif en rappelant ses moyens, ses promesses, ses consignes, la droite et l'extrême droite en surjouant la fermeté, l'indignation et la tolérance zéro. Mais quand on regarde les chiffres, les textes, les actes, le vernis craque.
D'un côté, le pouvoir en place qui explique qu'il a agi alors que la justice reste sous-dotée et que ses priorités réelles ne sont pas exactement celles qui prétend aujourd'hui. De l'autre des oppositions à droite et à l'extrême droite qui se disent intraitable avec les violences faites aux enfants tout en défendant le secret de la confession ou en tardant à couper les ponts avec un animateur définitivement condamné pour corruption de mineurs. Finalement, le problème est peut-être là.
La protection de l'enfance fait consensus dans les discours. Mais dès que cette protection oblige à revoir des priorités budgétaires, des hiérarchies politiques, des habitudes idéologiques ou des complais médiatiques, le consensus se fissure. Et pendant ce temps, ce sont toujours les mêmes qui payent le prix des retards, des renoncements, des compromis et des hypocrisies.
Les enfants. Voilà, c'est terminé. Merci d'avoir suivi cet épisode de la VAR politique.
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Gérald Darmanin