Canicule : le report d'examens doit se faire "au cas par cas" pour éviter une "désorganisation partout", selon SE-Unsa
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. Et la première invitée du 6-9, Marion Lourdes, et secrétaire générale du syndicat enseignant SE-UNSA. Bonjour Elisabeth Alain Moreno. Bonjour. Vous êtes notre invitée alors que 53 départements sont aujourd'hui placés en vigilance orange pour cet épisode de chaleur qui s'annonce étendue, durable et intense du Météo France. Et c'est une première. Le recteur de Poitiers a annoncé hier le report d'une partie des épreuves du Grand Oral du BAC 2026. Elles étaient prévues lundi et mardi après-midi. Est-ce que c'est une sage décision ?
Il est évident qu'on ne peut pas laisser des candidats passer des épreuves dans des conditions qui ne sont pas tenables parce que ce sont des examens. Et de la même façon qu'on ne peut pas laisser des personnels en situation de jury qui, eux, en plus, n'ont pas l'épreuve qui va durer une partie de la journée. Sur une heure ou une heure et demie, les examinateurs, c'est toute la journée, c'est à minima six heures. On ne peut pas les laisser dans des conditions intenables aussi pour pouvoir accompagner les candidats.
Il faut dire que le ministre de l'Éducation lui-même, il avait annoncé mercredi des reports possibles des examens de quelques heures à quelques jours, justement à cause de cette vague de chaleur. Alors on doit savoir avant midi s'il y a d'autres académies qui réclament ce dispositif. Est-ce qu'au fond, il faudrait le généraliser d'emblée à l'ensemble du territoire ? Pour l'écrit comme pour l'oral d'ailleurs.
Alors la situation de la gestion au cas par cas, c'est quand même la moins pire. Étant donné que la généralisation ou l'uniformisation, elle va désorganiser partout parce qu'il faut savoir que réaménager des examens, c'est une sacrée désorganisation qui pèse beaucoup sur chaque localité. Alors qu'il y a des endroits où il n'y a pas nécessité, parce que les températures ne sont pas les mêmes, ce n'est pas moi qui le dis, ce sont justement les bilans météo et qu'il faut pouvoir avoir des décisions qui sont au plus près de la réalité et de la localité.
Oui mais normalement, les élèves devraient être traités tous à la même enseigne. Est-ce que ça respecte ça, ce cas par cas ? Ça respecte l'égalité de traitement entre les candidats à un même examen ?
Là on est sur des oraux, donc de toute façon pour des épreuves orales, les calendriers sont déjà très différents pour chaque candidat, contrairement à des écrits où effectivement les épreuves doivent avoir lieu au même moment pour des questions de sujet. Là on est sur des situations qui ont déjà de toute façon des calendriers différents selon les élèves et les localités. Oui mais il y en a qui ont du coup plus de temps pour préparer ?
C'est déjà le cas de toute façon, puisque tous les élèves ne passent pas le même jour. Vous disiez que c'est compliqué de reporter une épreuve, donc à Poitiers par exemple ça va être reporté au 29 et 30 juin prochains, d'ailleurs on ignore s'il ne fera pas toujours aussi chaud, mais qu'est-ce que ça implique en termes d'organisation ?
Il y a la nécessité d'informer très rapidement les élèves et les familles, mais également les examinateurs, ça c'est une demande qu'on a, nous au niveau de l'UNSA, faite aux ministrières, de surtout pas oublier les personnels, parce que les élèves c'est important, mais tous les examinateurs, y compris ceux qui seraient potentiellement concernés, pas uniquement par la journée de lundi, parce que comme vous le dites, on ne sait pas les jours d'après comment peut évoluer la météo, mais il y a les reconvocations qu'il faut aussi réaliser, et au plus tard le 3 juillet de ce qu'a dit le ministre, puis après il y a aussi un recensement qui est fait de tous les éléments qui peuvent protéger de la chaleur, comme les climatiseurs, comme les ventilateurs, là il y a un recensement, donc forcément ça désorganise tout le monde.
Mais très concrètement ça veut dire que les examinateurs par exemple,
ils reportent leurs vacances ? Ils vont partir en vacances un peu plus tard ?
De toute façon les oraux ils ont lieu sur un calendrier qui est étalé par exemple pour le Grand Oral du 22 juin au 1er juillet, donc les bornes on les connaît. Là ce qui est prévu c'est qu'il n'y ait pas derrière un déplacement à la fois des résultats et ensuite des jurys, parce que ça reporterait davantage. C'est pas prévu aujourd'hui, mais par contre c'est l'avenir qui nous dira si ce calendrier est tenable.
Alors c'est vrai que pour le bac on a déjà fait l'essentiel, mais le prochain grand rendez-vous c'est le brevet, c'est fin juin, comment est-ce qu'on peut anticiper ?
Alors sur le brevet, les épreuves sont quasiment totalement le matin. Il n'y a qu'une épreuve de science qui est prévue sur un début d'après-midi de 13h30 à 14h30. Donc on est sur des plages horaires qui sont toujours moins chaudes. Après selon les bilans météo effectivement, il y aura peut-être des mesures à prendre, mais pour l'instant ce n'est pas quelque chose qui a été envisagé.
Alors le ministre de l'éducation Edouard Jeffrey a annoncé que les examens seraient désormais à organiser le matin et plus l'après-midi pour échapper justement aux fortes chaleurs. Est-ce que c'est suffisant ou est-ce qu'il faudrait carrément les déplacer un peu plus tôt dans l'année ?
Alors c'est nettement insuffisant dans le sens où on ne peut pas se retrouver chaque fin d'année scolaire avec justement un petit peu cette angoisse et ce stress à la fois pour les élèves, les familles, mais aussi les examinateurs ou les services dans les rectorats, de se dire qu'on dépend à chaque fois de la météo, sachant que le climat ne va pas en se refroidissant, mais même l'inverse. Ça fait des années qu'on demande un plan justement pluriannuel de rénovation du bâti scolaire. Alors chacun se renvoie un peu la balle.
Le ministère dit que c'est la responsabilité des collectivités territoriales, ce qui est vrai, mais la responsabilité du ministère des personnels, ça reste quand même celle de l'État employeur. Donc nous ce que l'on demande en tout cas au niveau de l'UNSA, c'est qu'à minima, au-delà du plan du bâti scolaire qu'il faut qu'il soit existant, c'est de pouvoir peut-être climatiser au moins les centres d'examen en priorité à court terme, puisque les épreuves ont essentiellement lieu toujours dans les mêmes endroits.
Ce que dit le ministre, c'est qu'il y a 24 millions de mètres carrés qui sont en rénovation actuellement sur 130, mais les collectivités disent qu'il y a des obstacles, et notamment des obstacles techniques, des questions de l'ingénierie, etc. La France est en retard de ce point de vue ?
Je ne sais pas si la France est en retard, parce qu'après ça dépend par rapport à quel pays on compare, mais elle est en retard en tout cas par rapport aux alertes qui sont passées depuis des années. Il y a eu des rapports même en 2020 déjà. Bien sûr, je pense quand même que le Covid a été une étape malheureusement qui a permis de constater à quel point le bâti scolaire en France avait des urgences de rénovation et de restauration ou de reconstruction, et qu'aujourd'hui, les leçons tirées, elles sont insuffisamment tirées dans le sens où la rénovation est toujours très lente.
Je voulais vous parler des écoles, quand même école primaire, école maternelle, évidemment là aussi les enfants, les personnels ont chaud. On ne comprend pas très bien parce que certaines écoles vont fermer à Sens, par exemple, ou à Tours lundi et mardi, mais pas partout. Là non plus, il ne faut pas une décision unifiée ?
Il y a des écoles climatisées. Elles sont très peu nombreuses, c'est vrai, mais il y a des écoles climatisées. Donc, fermer des écoles où en fait, il n'y a pas la problématique de la chaleur, c'est problématique à la fois pour les enseignants qui prévoient de faire leur cours avec les élèves et puis pour les familles qui doivent pouvoir continuer à travailler et pas forcément se réorganiser, donc ce serait un non-sens. Et la décision au cas par cas, c'est-à-dire par rapport à la réalité du bâti scolaire et au bulletin météo, c'est la décision du préfet tout simplement, c'est plutôt le plus réaliste.
Par contre, là où il est indispensable d'avoir une vigilance, c'est que les directeurs et directrices d'école n'aient pas à subir et soient bien associés à chaque fois aux décisions parce que ça désorganise et surtout puissent être aussi des alertes. Nous, c'est ce qu'on a demandé hier à Édouard Geffray, c'est que ce ne soit pas uniquement le préfet ou le maire de la commune, mais que le directeur ou la directrice d'école qui connaît l'école puisse lui aussi donner l'alerte et dire mais nous, en fait, c'est intenable.
– Elisabeth Alain Moreno, secrétaire générale du syndicat enseignant SEUNSA, merci beaucoup de nous avoir répondu ce matin sur France Inter. – Merci à vous, bonne journée. – Merci à vous.