Fonctionnaires, budget, livre de Jordan Bardella... L'interview en intégralité de Sophie Binet (CGT)
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Bonjour Sophie Binet.
- 0:27OuverteRéponse directe
Je voulais commencer par ce communiqué de Matignon hier.
- 1:02OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est une forme d'américanisation aussi de la vie publique ?
- 1:25OuverteRéponse directe
Je ne peux pas faire parler du budget.
- 2:08FerméeRéponse directe
Alignement des régimes d'indemnisation, est-ce que ça vous choque ?
- 3:30RelanceRéponse directe
Ce sont des fonctionnaires qui la proposent.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:16Invité politiquePromesse
« Les salariés du privé, nous nous battons pour gagner une neutralisation de ces jours de carence. »
- 2:20Invité politiqueChiffre
« Pour plus de 70% des salariés du privé, c'est le cas, puisque nous avons des accords d'entreprise ou de branche qui permettent de garantir le maintien de la rémunération dès le premier jour d'arrêt maladie. »
- 3:06Invité politiqueFait
« Les fonctionnaires, ça fait 15 ans qu'ils subissent une violente perte de pouvoir d'achat. »
- 4:28PrésentateurChiffre
« Le ministre de la fonction publique chiffre les économies potentielles de cette réforme à 1,2 milliard d'euros, dit-il. »
- 4:54Invité politiqueChiffre
« La dette a augmenté de 1 000 milliards pendant le septennat d'Emmanuel Macron, pas à cause des fonctionnaires ou des salariés. »
- 5:16Invité politiqueChiffre
« C'est chaque année un tiers du budget de l'État qui s'évapore dans 200 milliards d'aides aux entreprises sans condition ni contrepartie. »
- 12:03PrésentateurChiffre
« Ça rapporterait 2,4 millions d'euros, Sophie Binet, pour financer les EHPAD. »
- 13:07Invité politiqueChiffre
« Il y a 4 000 suppressions de postes d'enseignants qui sont prévues dans ce budget. »
- 14:53Invité politiqueChiffre
« Il y a un rapport qui est sorti qui montre qu'il y a 75 milliards d'exonérations de cotisations sociales chaque année pour les entreprises, c'est colossal. »
- 14:57Invité politiqueChiffre
« C'est quatre fois le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche. »
- 15:16PrésentateurChiffre
« Vous avez recensé d'ailleurs la CGT, déjà 180 plans de licenciement qui concernent en termes d'emploi, vous dites, autour de 100 000 salariés. »
- 15:59Invité politiqueChiffre
« C'est quasiment 200 plans de licenciement qu'on a recensés qui concernent plus de 100 000 salariés. »
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8h32 sur BFM TV et RMC, mon invité est Sophie Binet. Bonjour Sophie Binet. Bonjour. Secrétaire générale de la CGT à l'heure où le gouvernement annonce ce tour de vis pour les fonctionnaires et veut aligner leur régime d'indemnisation des arrêts maladie sur le privé. Une provocation disent les syndicats et vous nous direz dans quelques instants quelle sera la réponse de la CGT. Mais d'abord, je voulais commencer par ce communiqué de Matignon hier. Les services du Premier ministre ont révélé que ce dernier avait été opéré ce week-end d'une lésion cervicale. L'opération s'est bien passée, selon le médecin de Michel Barnier.
Le chef du gouvernement met entre parenthèses ses activités publiques jusqu'à jeudi. Est-ce un exercice de transparence ? Bienvenue pour vous Sophie Binet.
Écoutez, je ne suis pas là pour commenter l'état de santé du Premier ministre. Je lui souhaite un bon rétablissement parce que je pense que vu l'état du pays, on a besoin d'avoir un Premier ministre en forme.
Oui, il dit la vérité aux Français. Il y a des analyses qui sont en cours. Est-ce que c'est une forme d'américanisation aussi de la vie publique ? Voilà, où les responsables politiques doivent rendre compte de leur état de santé devant les Français.
Je ne suis pas sûre que ça soit nouveau. Ce qui me semble plus nouveau, c'est qu'un Premier ministre en exercice ait une opération chirurgicale. Ça, ce n'est pas habituel.
Mais vous dites, a priori, si le médecin dit que ça va bien, c'est que tout va bien.
Ce n'est pas à moi de commenter l'état de santé du Premier ministre.
Je ne peux pas faire parler du budget. On y arrive puisque Michel Barnier ne sera pas à l'Assemblée cet après-midi avec un télescopage d'actualité, si j'ose dire, assez cocasse. Puisque précisément, les députés examinent en ce moment le projet de loi de financement de la Sécurité sociale avec cette proposition explosive du gouvernement. Aligner le régime d'indemnisation des arrêts maladie des fonctionnaires sur celui des salariés du privé. Alors, pour expliquer brièvement à nos auditeurs et à nos téléspectateurs, lorsqu'ils sont malades, les fonctionnaires jusqu'ici touchent 100% de leur indemnité à compter du deuxième jour de leur arrêt. Ils ont donc un jour de carence.
Quand dans le privé, les salariés ne touchent que 90% de leur salaire à compter du quatrième jour. Ils ont donc trois jours de carence. Aligner les deux régimes, est-ce que ça vous choque au fond de dire tout le monde va être traité de la même façon ?
Oui, profondément, parce que d'abord, c'est mensonger. Les salariés du privé, nous nous battons pour gagner une neutralisation de ces jours de carence. Et pour plus de 70% des salariés du privé, c'est le cas, puisque nous avons des accords d'entreprise ou de branche qui permettent de garantir le maintien de la rémunération dès le premier jour d'arrêt maladie. À travers des complémentaires, notamment, des mutuels. Cette annonce, elle est vécue comme une insulte pour les plus de 5 millions de fonctionnaires qu'on fait encore une fois passer, et pour des privilégiés, et pour des gens qui choisiraient d'être en arrêt maladie. Les députés disent que c'est une question d'équité aussi.
Voilà, tout le monde traité de la même façon. Oui, c'est pas vrai.
Déjà, ça n'est pas les traités de la même manière que dans le privé, c'est les traités de moins bonne manière, puisque dans le privé, pour la majorité, l'écrasante majorité des salariés, c'est neutralisé. Et ensuite, les fonctionnaires ne demandent que ça, d'avoir des salaires alignés sur ceux du privé, puisque les fonctionnaires, ça fait 15 ans qu'ils subissent une violente perte de pouvoir d'achat. On a les fonctionnaires qui sont parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE. Il faut arrêter ce fonctionnaire bashing. On était bien content pendant les inondations, pendant le Covid.
Dès qu'il y a une catastrophe, on est bien content d'avoir des fonctionnaires attachés à l'intérêt général qui font tourner le pays.
Sauf que Sophie Binet, cette proposition, elle est faite y compris par les fonctionnaires de la Cour des comptes, des membres de la fonction publique, qui disent qu'il n'y a pas de raison de ne pas aligner les régimes. Ce sont des fonctionnaires qui la proposent.
Oui, ce sont des très hauts fonctionnaires qui sont parfois très éloignés de la réalité et qui sont là juste pour dire que si on faisait ça, ça ferait rentrer tant d'économies. C'est des tableurs Excel. Sauf que la vie, ce n'est pas un tableur Excel. Ce qu'il faut, c'est travailler sur les causes des arrêts maladie et s'interroger sur pourquoi est-ce que les arrêts maladie augmentent dans la fonction publique. Ils augmentent pourquoi ? A cause de la dégradation considérable des conditions de travail des fonctionnaires. Plus que dans le privé. Oui, plus que dans le privé. Aujourd'hui, les conditions de travail dans la fonction publique sont plus dégradées que dans le privé.
Les fonctionnaires sont moins bien payés que dans le privé. Et donc, c'est un scandale de leur supprimer leur rémunération pendant les jours d'arrêt maladie. Ça va défavoriser principalement les femmes qui sont majoritaires dans la fonction publique et qui sont très concernées par les arrêts courts. Par exemple, en cas d'endométriose, on sait que les femmes, évidemment, ont des arrêts courts. Eh bien, c'est une proposition populiste, dangereuse et qui ne va pas résoudre le cœur du problème, à savoir l'augmentation des arrêts maladie.
Oui, le ministre de la fonction publique chiffre les économies potentielles de cette réforme à 1,2 milliard d'euros, dit-il. Est-ce que ce n'est pas de l'argent qui peut être utilisé plus utilement ? Vous venez d'évoquer, par exemple, la question des salaires. Le Rassemblement national dit pourquoi pas, mais dans ce cas-là, il faut augmenter les fonctionnaires.
Non, mais là, c'est déshabiller Pierre pour habiller Paul. Moi, ce que je veux dire ici, encore une fois, c'est que nous ne sommes pas responsables de la dette. La dette a augmenté de 1 000 milliards pendant le septennat d'Emmanuel Macron, pas à cause des fonctionnaires ou des salariés. Nous, on a été au régime sec depuis 7 ans. Elle a augmenté de 1 000 milliards à cause des cadeaux faits aux plus riches, aux plus grandes entreprises.
Si le gouvernement veut trouver des sources d'économie, qu'il écoute les députés qui ont voté de très nombreux amendements pour taxer l'argent là où il est, pour conditionner les aides aux entreprises, c'est chaque année un tiers du budget de l'État qui s'évapore dans 200 milliards d'aides aux entreprises sans condition ni contrepartie. C'est là-dessus qu'il faut travailler et pas aller stigmatiser les fonctionnaires.
Pour bien comprendre, Sophie Binet, vous êtes contre la logique qui est celle du gouvernement de dire en fait, tout le monde doit participer aux efforts et pas simplement les plus riches et pas simplement les entreprises, mais c'est aussi les retraités, c'est aussi les fonctionnaires, c'est aussi les étudiants, c'est aussi les assurés sociaux.
Oui, parce que nous ne sommes pas responsables de la dette et nous avons déjà payé. Depuis 7 ans, on a eu à subir une réforme des retraites, 3 réformes de l'assurance chômage, une réforme du code du travail, l'austérité de nos salaires. Donc c'est bon, on a payé et ensuite, ce n'est pas vrai que tout le monde paye. Il y a des mesures cosmétiques pour les plus hauts revenus et les plus grandes entreprises, mais c'est seulement temporaire et c'est extrêmement limité. Moi, j'appelle le Premier ministre à écouter les députés comme il s'y est engagé.
Les députés, cette semaine, la semaine dernière, ont voté beaucoup d'amendements pour prendre l'argent là où il est, dans les plus grandes entreprises et chez les plus riches. C'est ce qu'il faut faire au lieu d'aller s'attaquer aux fonctionnaires qui travaillent pour l'intérêt général et qu'on est bien content d'avoir dans le pays.
On y revient aux grandes entreprises dans quelques instants. Je voulais juste, sur le mot utilisé par le ministre de la Fonction publique, Guillaume Casbarian, qui dit « nous voulons lutter contre l'absentéisme ». Est-ce que l'absentéisme, c'est une insulte pour vous, Sophie Binet ? Écoutez, le problème, c'est qu'il faut travailler sur les causes de cette... Ce n'est pas un mot qui vous heurte, que vous récusez en disant « c'est une caricature ». Oui, c'est faire comme si... C'est un débat qu'on a entendu depuis l'heure.
Non, mais c'est faire comme si les fonctionnaires choisissaient d'être absents. Non, les fonctionnaires ont des arrêts...
Il n'y a pas d'absentéisme des fonctionnaires pour vous ?
Non. Ce qu'il y a, par contre, c'est une dégradation des conditions de travail dans la fonction publique. Par exemple, l'augmentation des arrêts maladie dans les hôpitaux, moi, je sais très bien d'où elle vient. Elle vient de l'énorme dégradation des conditions de travail des soignantes et des soignants qui n'en peuvent plus. C'est là-dessus qu'il faut travailler, c'est là-dessus qu'on attend le ministre de la Fonction publique. Moi, ce que je note, c'est que... Ce ministre de la Fonction publique, visiblement, il déteste les fonctionnaires parce qu'il passe son temps... Guillaume Casbarian déteste les fonctionnaires ?
Oui, en tout cas, ces déclarations nous font penser ça parce qu'il multiplie les déclarations contre les fonctionnaires, ne pas indemniser leurs arrêts maladie, il nous dit qu'il n'exclut pas de regarder comment est-ce qu'on peut les licencier, il nous dit qu'il n'exclut pas de reprendre la précédente réforme de la fonction publique laissée par son prédécesseur qui était un chiffon rouge et qui mettait fin à la reconnaissance des qualifications dans la fonction publique. Voilà aujourd'hui ce dont nous parle le ministre de la Fonction publique.
Il faut qu'il arrête, il faut qu'il parle aux agents et aux agentes et qu'il soit là aussi et d'abord pour défendre les fonctionnaires qu'on est bien content de trouver quand le pays va mal.
Sophie Binet, sur ce point, la réforme de la Fonction publique, qui pour l'instant n'est pas une réforme mise sur la table, vous évoquiez un texte qui effectivement a existé, c'était avant la dissolution, préparé par le prédécesseur du ministre actuel. Pour vous, tout ce qui potentiellement, toutes les pistes explorées sont de nature à éventuellement appeler à une grève générale.
Je précise, dans le big bang de la fonction publique qui était proposé par le précédent gouvernement et que l'actuel n'exclut pas de mettre en œuvre, il y a effectivement la rémunération au mérite, la facilitation des licenciements dans la fonction publique, donc la fin de l'emploi à vie, voire la suppression des catégories historiques de fonctionnaires.
Ça, vous dites, si le gouvernement va au bout, il y aura des grèves. Oui, ça c'est clair. Toutes les organisations syndicales ont dit qu'elles y étaient opposées. Et donc, il y a eu une dissolution. Ce projet de loi a été enterré. Les Françaises et les Français ont demandé du changement. Ce n'est pas pour qu'on nous ressorte des zombies du précédent gouvernement.
Est-ce que les arrêts maladie, si le gouvernement persistait, s'il conservait cet alignement privé-public dans le budget qu'il rédigera à la fin, puisque c'est le gouvernement qui vraisemblablement aura la main sur la dernière réécriture, est-ce que si cette réforme est confirmée, là aussi, la CGT appellera à la grève ?
Écoutez, il y a des mobilisations qui se construisent. Aujourd'hui, les soignantes et les soignants sont mobilisés dans tout le pays pour dénoncer la situation de l'hôpital public et dire à quel point ce budget est dangereux pour le pays, dangereux pour l'hôpital. Et les mobilisations vont continuer.
Mais oui, notre objectif, c'est de les multiplier. Jusqu'où ira la colère, Sophie Binet ? Vous évoquiez par exemple les hospitaliers qui, quatre syndicats dont la CGT, effectivement, ont déjà déposé un préavis de grève nationale qui court jusqu'au 21 décembre. Est-ce que, pour vous, le mouvement peut s'étendre d'ici là ? Et à quel secteur ?
Notre objectif, c'est de gagner et d'être entendus. Et donc, moi, j'appelle vraiment les salariés, les travailleuses et les travailleurs, les retraités, à ne pas céder au fatalisme. Notre mobilisation change les choses.
Qu'est-ce que ça veut dire ne pas céder au fatalisme, Sophie Binet ? C'est quoi ? C'est des arrêts de travail ? C'est des grèves ? C'est uniquement des manifestations ? Des rassemblements ?
Ça veut dire multiplier les mobilisations pour être entendues de plein de manières. Par exemple, les retraités ont lancé une pétition pour dénoncer la baisse de leur pension. Il et elle annoncent déjà une journée d'action le 3 décembre.
Mais vous ne prononcez pas le mot grève, Sophie Binet, ce matin ?
Eh bien, aujourd'hui, il y a grève. C'est une journée de grève dans le secteur de la santé. Donc, évidemment que les secteurs professionnels, par exemple, le 19 novembre prochain, il y a une journée d'action et de grève dans le secteur de la petite enfance. Pourquoi ? Parce que ce secteur est sacrifié, encore une fois, par ce budget. Parce que ce secteur est scandalisé par les révélations sur les maltraitances des petits bébés et demande à avoir un meilleur taux d'encadrement, une meilleure reconnaissance du travail des professionnels. Donc oui, des actions vont se multiplier dans le pays.
Pour tous les Français qui nous écoutent, est-ce qu'il faut s'attendre, par exemple, que les départs en vacances au moment de Noël puissent être perturbés ? Puisque c'est régulièrement aussi l'une des craintes que l'on entend auprès de l'opinion publique, dans les enquêtes d'opinion, c'est-à-dire, est-ce qu'il y aura des trains pour Noël ?
Eh bien, écoutez, la CGT souhaite qu'il y ait des trains pour Noël. Et pour ça, que nous soyons entendus avant. Donc nous appelons, le gouvernement a modifié en profondeur son projet de budget qui, aujourd'hui, est dangereux pour le pays. C'est un projet qui risque d'appauvrir tout le pays, qui risque de faire entrer le pays en récession. C'est un budget court-termiste qui tourne le dos aux enjeux d'avenir, à ce qu'il y a de plus important pour nous, notre école, notre santé, notre recherche.
C'est un budget qui n'anticipe absolument pas les enjeux de réchauffement climatique, alors que les scientifiques alertent en disant qu'à ce stade, nous dépassons les prévisions les plus pessimistes et que nous sommes sur la voie d'un réchauffement au-dessus de 3 degrés.
Donc, si je comprends bien ce qu'il y a, si vous n'êtes pas écoutés, rien n'est exclu, y compris des mobilisations à la fin de l'année, et pourquoi pas autour de Noël. Je voulais vous entendre sur la deuxième journée de solidarité, comme l'est le lundi de Pentecôte, qui est aujourd'hui un jour férié mais non chômé. La proposition ne figure pas formellement dans le budget, mais elle est jugée très intéressante par le ministre de l'Économie. Ça rapporterait 2,4 millions d'euros, Sophie Binet, pour financer les EHPAD. Pour ou contre ?
Écoutez, c'est le festival des horreurs avec ce gouvernement. On a l'impression que c'est Halloween tous les jours. Donc, moi, j'appelle le gouvernement encore une fois. Mais totalement contre, évidemment. Il faut prendre l'argent là où il est, c'est-à-dire chez les plus riches et dans les plus grandes entreprises, qui se sont considérablement enrichies ces dernières années, grâce à la politique de l'offre d'Emmanuel Macron, qui est un désastre.
Le ministre de l'Économie dit « Pourquoi pas ? » Parce qu'en France, on travaille moins qu'ailleurs. Et si on veut désendetter, il faudra travailler plus.
Ce n'est pas vrai, en fait. Ça dépend comment on compte. Mais les Françaises et les Français ne travaillent pas moins qu'ailleurs. Tout dépend comment sont construites les comparaisons.
Autre argument, d'ailleurs, du gouvernement, c'est de dire « Si on ne fait pas des efforts sur les arrêts maladie, si on ne fait pas des efforts sur le jour férié, il faudra prendre des décisions beaucoup plus douloureuses, y compris supprimer des postes dans la fonction publique. » C'est un chantage inacceptable où vous dites « C'est vrai, la fonction publique pourrait faire quelques efforts, les moins indolores possibles. Ça éviterait un plan social d'ampleur. »
Ce n'est pas vrai, en fait. Dans le budget du gouvernement, il y a des suppressions de postes dans la fonction publique. Il y a 4 000 suppressions de postes d'enseignants qui sont prévues dans ce budget, alors que celles et ceux qui nous écoutent savent qu'il y a des milliers d'élèves qui n'ont pas d'enseignants en face. C'est pour ça que c'est un budget qui est dangereux.
Mais vous ne dites pas « Il y a trop de fonctionnaires en France ». De toute façon, je ne m'attendrai pas à ce que vous le disiez, Sophie Binet, mais Michel Barrier...
Au contraire, il n'y a pas assez de soignantes et de soignants dans les hôpitaux. Il n'y a pas assez d'enseignants et d'enseignants.
Michel Barrier dit, quand on compare, « Nos voisins européens ont beaucoup moins de fonctionnaires ». Je cite le Premier ministre. Il y a quelques jours, chez nos confrères du journal de dimanche, « Nos voisins européens, dit-il, ont beaucoup moins de fonctionnaires et ne semblent pas plus mal administrés pour autant. » Ça dépend.
En matière de santé, par exemple, on peut être fier d'avoir jusque-là un des meilleurs systèmes de santé au monde. Et le problème, c'est que ce budget va mettre à mal l'état de nos hôpitaux, de nos EHPAD. Donc là aussi, c'est un chiffon rouge pour vous ? On ne touche pas au nombre de fonctionnaires ? Oui. Il faut arrêter de faire comme si les fonctionnaires, c'était le problème. Les fonctionnaires ne sont pas des boucs émissaires. Ils ne sont pas responsables de la dette. Ce n'est pas vrai que c'est l'augmentation de leurs effectifs qui a entraîné l'augmentation de la dette.
Ce n'est pas ce que dit le gouvernement. Le gouvernement dit que tout le monde doit faire des efforts.
Oui, sauf qu'aujourd'hui, il ne fait pas faire d'efforts à tout le monde, puisque les plus riches ne sont pas mis à contribution. Moi, je l'appelle tout simplement à respecter le vote des députés et à prendre en compte tous les amendements qui ont été votés la semaine dernière qui permettent de faire entrer des milliards de recettes dans les caisses. Il faut taxer les dividendes, il faut taxer les rachats d'actions, il faut rétablir l'ISF, il faut rétablir la fiscalité sur les plus grandes entreprises. Le problème de la dette avec ça sera réglé.
Les entreprises, elles, mettent en garde en disant, attention, si vous faites tout cela, vous touchez à la compétitivité des entreprises, vous touchez à l'emploi. Et pourtant, vous y tenez-vous à ces mesures, par exemple, revenir sur les allégements de cotisations patronales pour les entreprises. Vous dites, il faut le faire, même si ça se traduit par des destructions d'emplois.
Mais d'abord, ce n'est pas vrai. Il y a un rapport qui est sorti qui montre qu'il y a 75 milliards d'exonérations de cotisations sociales chaque année pour les entreprises, c'est colossal. C'est quatre fois le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche. Et que ces exonérations, tout le monde dit et reconnaît que ce sont des trappes à bas salaire qui incitent à mal payer les salariés. Donc oui, il faut sortir de ces exonérations de cotisations sociales qui tirent les salaires vers le bas.
Vous avez recensé d'ailleurs la CGT, déjà 180 plans de licenciement qui concernent en termes d'emploi, vous dites, autour de 100 000 salariés. Le patronat, donc, on entend, vous êtes en désaccord sur l'analyse faite par le MEDEF sur le budget, sur les plans sociaux à venir, si le budget dans sa version initiale était conservé. Vous demandez un moratoire même sur les licenciements au gouvernement. C'est quoi un moratoire sur les licenciements ?
Un moratoire, c'est tout simple. C'est ce qu'on a fait pendant le Covid, c'est-à-dire de mettre en place l'activité partielle pour maintenir le contrat de travail des salariés, leur salaire. Mais ça aussi, ça coûte cher, Sophie Binet ? En fait, pas si cher que ça, parce que quand on regarde ces licenciements, c'est énorme à l'échelle de l'industrie, puisque c'est quasiment 200 plans de licenciement qu'on a recensés qui concernent plus de 100 000 salariés. Dans l'automobile, l'aéronautique, la chimie. Toute l'industrie, en fait, aujourd'hui va très très mal. Mais par rapport à ce qu'on a fait pendant le Covid, c'est l'épaisseur du trait. Et ça permettrait quoi ?
Ça permettrait qu'on ait le temps pour construire des projets alternatifs pour maintenir l'emploi sur le territoire et surtout maintenir les qualifications. Parce que nous, nous alertons très solennellement. La situation de l'industrie est gravissime. On est dans un moment où on peut définitivement détruire notre tissu industriel si on laisse faire cela. Donc il faut immédiatement des mesures de protection de notre industrie. C'est ce que l'Allemagne avait fait en 2008-2009. C'est ce qu'on a fait pendant le Covid. Donc on sait faire.
Et ce qu'il faut, c'est nous donner des droits et des prérogatives pour que nous puissions construire des projets d'avenir pour notre industrie, indépendamment de la financiarisation du secteur qui le tue. Sophie Binet, est-ce que vous allez lire le livre de Jordan Bardella ? Je ne pense pas. Pourquoi ? Parce que je n'ai déjà pas assez le temps pour lire tous les livres intéressants qui sortent. Et donc je n'ai pas le temps à perdre pour lire un livre de propagande.
Le président du Rassemblement national, vous dites livre de propagande, je précise qu'on n'en a pas encore les épreuves. Mais qu'effectivement, ce qui se préfigure, enfin en tout cas ce qui se raconte au Rassemblement national, c'est que ce livre prépare une campagne permanente en cas de dissolution l'année prochaine. D'ailleurs, le président du Rassemblement national raille, parlant notamment de la CGT, une nostalgie des régimes totalitaires chez une partie des syndicats de gauche lesquels se sont réjouis que la régie de la SNCF s'oppose à une campagne de publicité pour ce livre qui doit paraître le 9 novembre.
Est-ce que la CGT a joué un rôle dans l'interdiction de la publicité pour ce livre ?
La CGT, elle a tout simplement appelé la direction de la SNCF à respecter le principe de neutralité qui est fondamental pour nos services publics. Mais je ne suis pas sûre que si nous n'avions pas fait ça, la direction de la SNCF n'aurait pas pris cette sage décision, qui est la décision qui est prise de façon systématique. Il faut que Jordan Bardella arrête son cirque. C'est de la censure ? Il faut qu'il arrête de se victimiser. Non, ce n'est pas de la censure, c'est ce qui est fait systématiquement. Avant lui, c'est un affichage pour Walidia, un humoriste qui est combattu par l'extrême droite, qui a été interdit par la SNCF au nom de la neutralité du service public.
Sauf qu'Elisabeth Borne et Bruno Le Maire, par exemple, avaient pu bénéficier d'une campagne de pub. Jordan Bardella, non. Il n'y a pas un problème.
Non, c'est normal, ça serait quand même très choquant que dans des gares qui sont des lieux de service public, il y ait des pubs pour un livre d'un dirigeant d'extrême droite. Donc c'est juste le principe de neutralité du service public qui s'applique ici, qui me semble très important.
Mais dans ces gares, il peut aussi y avoir des électeurs du RN qui ont envie d'acheter et de lire le livre de Jordan Bardella.
Ils peuvent l'acheter partout, dans les relais, il sera à vendre, il n'y a pas de souci.
Il n'y aura pas d'autres campagnes de la CGT pour aller, par exemple, retirer les livres des rayons du relais. Ce que semble craindre le RN quand il évoque votre rapport à la liberté.
Il faut que le RN arrête les délires et arrête d'inverser les choses. C'est le RN qui est l'héritier d'un parti fondé par les Waffenessens. C'est la CGT qui s'est toujours battue pour la liberté, notamment pendant la Deuxième Guerre mondiale, avec des cheminots et des cheminottes qui ont été fusillés par centaines, déportés par milliers, à cause des actions de résistantes qu'il et elle ont menées contre l'occupant nazi et contre le régime de Vichy, dont le Rassemblement national est l'héritier. Il faut arrêter d'inverser les choses. Nous, on connaît notre histoire.
Sophie Binet, dernière question. Vous combattez tant le RN dans votre parcours politique. C'est quelque chose qui ressort notamment que vous refusez de lui accorder le point sur la réforme des retraites que Marine Le Pen souhaite abroger. Elle présente un texte ce jeudi à l'Assemblée. Est-ce que pour vous, les parlementaires doivent voter contre ce texte, y compris les parlementaires de gauche ?
Pour nous, les parlementaires doivent abroger la réforme des retraites. Et cette abrogation de la réforme des retraites, elle se passe aujourd'hui à 16h, puisqu'il va y avoir des amendements au projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui vont prévoir l'abrogation de la réforme des retraites. Donc c'est aujourd'hui à 16h qu'il faut abroger cette réforme des retraites.
Et donc je ne dis pas une voix pour la proposition de loi du RN ?
Écoutez, nous n'avons pas de députés, donc moi je ne donnerai évidemment pas de consigne de vote. Ce que je dis tout simplement, c'est que ce n'est pas cette proposition de loi qui va permettre d'abroger la réforme des retraites, parce que chacun sait que pour qu'une loi soit adoptée, il faut qu'elle passe à l'Assemblée et au Sénat. Sauf peut-être Marine Le Pen qui ne l'a peut-être pas compris. Et donc cette proposition de loi, c'est une loi sans lendemain, parce qu'elle n'arrivera jamais au Sénat, et qu'en plus elle n'est pas financée, elle ne finance pas notre système des retraites. Pourquoi ? Parce que le RN refuse de s'attaquer au patronat et de faire payer les entreprises.
Pour payer notre système de retraite, il faut augmenter la taxation des dividendes, les cotisations sociales, etc.
Et ça, le RN le refuse. Et c'est le message que vous êtes venu passer ce matin. Pour désendetter, il faut mettre davantage à contribution, dites-vous les entreprises et les plus riches. Twitter 53 sur BFM TV et RMC. Merci à vous, Sophie Binet.