Extrême droite, immigration en Europe, dissolution du CFCM... Le 8h30 franceinfo de Gérald Darmanin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Jean-Gérald Darmanin. Bonjour. Dans son discours hier devant les députés européens, Emmanuel Macron a plaidé pour une réforme de l'espace Schengen. Est-ce que ça veut dire qu'il doit être plus difficile à l'avenir d'entrer en Europe ?
Oui, la réponse est oui. Schengen, c'est notre bien commun à tous. C'est la libre circulation dans les États de l'Union Européenne. Et la contrepartie, c'est la tenue des frontières extérieures de l'Union Européenne. Plus difficile pour tout le monde, quel que soit le type d'immigration. Non, plus difficile, effectivement, de rentrer de manière irrégulière en Europe. On voit bien qu'aujourd'hui, les frontières extérieures ne sont pas tenues. 185 000 entrées par an. Et encore, nous sommes en période Covid qui empêche effectivement encore plus des entrées. Les frontières ne sont pas tenues aujourd'hui en Europe ? C'est très difficile, en effet.
Et puis il y a des attaques, qui sont des attaques politiques. On voit l'exemple de la Lituanie, où je me rends cet après-midi d'ailleurs, où on voit que la Biélorussie utilise des attaques hybrides, comme on dit, pour déstabiliser l'Europe, la Pologne, la Lituanie, et donc nous. Donc il faut bien tenir les frontières extérieures. Évidemment, il ne faut pas créer des murailles, des barbelés. Il faut savoir enregistrer les personnes qui arrivent sur le sol européen, voir pourquoi elles sont là. Est-ce qu'on peut regarder si elles ont ou pas des problèmes de sécurité avec l'Europe ? Et puis enfin, est-ce que les demandes d'asile ne peuvent pas se traiter plus rapidement ?
Ceux qui méritent l'asile en Europe doivent être accueillis. Et ceux qui ne méritent pas l'asile en Europe, on doit leur dire, ne pas pouvoir rentrer.
Ça veut dire que, comme Valérie Pécresse, vous souhaitez la construction de camps fermés et ultra sécurisés pour accueillir les migrants dans tous les pays frontaliers de l'Europe ?
Alors, dit comme ça, effectivement, ça ne fait pas très envie. Nous, on porte un projet qui est celui de la Commission européenne, où la France a beaucoup influencé, qui s'appelle le pacte migratoire. Et on va proposer, pendant la présidence française de l'Union européenne, de pouvoir adopter la première étape de ce pacte. Ça consiste en quoi ? De la responsabilité et de la solidarité. La responsabilité, parce qu'aujourd'hui, il faut enregistrer toutes les personnes qui arrivent en Europe, il faut adopter le règlement du screening, c'est l'enregistrement des personnes qui arrivent. Eurodac, les fichiers de police, par exemple.
Ça veut dire qu'il y aura des fichiers communs à tous les pays européens, pour tout entrer sur le sol européen.
Exactement. Quand vous rentrerez en Europe, par l'Italie, par la Lituanie, par la Manche, l'Angleterre, par le Portugal, vous serez enregistré dans les bases européennes. Et on regardera si vous n'avez pas été sur un tas d'opérations en Syrie, par exemple. Ça serait le minimum minimum, bien évidemment.
Et là, on vous met dans un camp ?
Non. Ce que nous proposons, nous, c'est d'abord qu'on fasse ce sujet de sécurité. C'est la première étape. Le règlement screening et Eurodac. En contrepartie, il faut de la solidarité. Notamment de la relocalisation de personnes qui sont demandeurs d'asile. C'est-à-dire que les pays européens doivent se partager des personnes qui connaissent des difficultés. Comme en Italie, quand un bateau arrive, il faut savoir se mettre autour d'une table et partager la contrainte que connaissent les Italiens.
Donc la mise en place de quotas pour chaque pays.
Exactement. Pour les demandeurs d'asile, je précise bien.
Qu'est-ce que vous faites des pays qui ne veulent pas ?
Et pour ceux qui ne le voudraient pas, parce qu'on a bien vu depuis 5 ans que les choses étaient bloquées sur ce point, un soutien financier extrêmement important, qui est la contrepartie de ceux qui, évidemment, feraient des relocalisations. Nous pensons pouvoir faire adopter cette première étape. Ce serait un pas sans précédent, évidemment, pour l'Europe. Après, il y a la deuxième étape. Et donc ce sera sans doute un travail très important à faire avec la présidence des autres pays. Et notamment, et c'est l'étape numéro 2, le fait que quand on demande l'asile, on puisse le faire dans les pays d'entrée. Alors en Grèce, c'est une situation très particulière. Moi, j'ai été visiter les camps.
Effectivement, ce sont des camps très difficiles aussi à voir. Ce n'est pas si facile que ça de le dire. On doit surtout aider des pays comme la Grèce, comme l'Italie, comme l'Espagne, comme la Lituanie.
Ça veut dire quoi quand vous dites que ce sont des camps pas si faciles que ça ?
Parce que vous avez, pour être allé à Samos, des camps avec jusqu'à 3 000, 4 000, 5 000 migrants. C'est des camps ouverts, contrairement à ce qu'a dit Mme Pécresse. Les gens peuvent sortir de ces camps. Ils doivent venir à 20 heures le soir. Exactement. Ils peuvent sortir et revenir. Et leur demande d'asile, elle doit être étudiée dans ces camps. Ça, vous souhaitez que ça se généralise ou pas ? En tout cas, c'est une des possibilités. On le voit bien dans d'autres pays comme le Chypre, par exemple. Mais ce n'est pas la seule des possibilités. La clé de tout ça, c'est la rapidité avec laquelle nous pouvons étudier les demandes d'asile.
Parce que le demandeur d'asile qui arrive, et il est avec sa famille, parfois séparé entre les femmes, les hommes, les enfants, dans des camps, c'est très difficile évidemment à vivre. On doit pouvoir étudier sa demande d'asile normalement en quelques semaines, au moins pour voir s'il est éligible, s'il vient bien d'Afghanistan, s'il vient bien d'un pays en guerre, s'il est bien condamné dans son pays par son orientation sexuelle. Et dans ces cas-là, on pourrait accepter, c'est notre différence avec Mme Pécresse, accepter la personne sur notre sol qui a sa demande d'asile étudiée.
Et puis il y a ceux dont on sait qu'on ne peut pas leur donner l'asile, parce qu'ils viennent d'un pays qu'on appelle sûr, parce que c'est une démocratie, parce qu'il vient là pour autre chose que la demande d'asile. C'est notamment l'immigration irrégulière, et donc on doit faire sortir rapidement du camp.
Alors justement, Marine Le Pen, elle propose que les demandes d'asile soient étudiées en dehors de l'Europe, dans les pays d'origine, au niveau des consulats, des ambassades.
Alors on voit bien que cette proposition, qui peut apparaître intelligente comme ça, connaît de graves difficultés concrètes. Je suis une personne condamnée dans mon pays pour attaque politique contre la majorité qui le gouverne ou par mon orientation sexuelle. Imaginons que je sois homosexuel en Afghanistan. Je ne vais pas aller au consulat de France en Afghanistan, d'ailleurs il n'y en a plus, je voudrais dire Mme Le Pen, ou au Pakistan, pour dire bonjour, je suis homosexuel, je suis condamné dans mon pays, je rentre dans le consulat, j'attends mes demandes, et puis dans six mois ou dans un an, on m'acceptera mes papiers. Évidemment que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne l'asile.
Alors qu'il y ait en revanche des améliorations pour aller beaucoup plus vite dans la demande d'asile, c'est une évidence. Que l'Europe doit faire converger les demandes d'asile pour avoir un régime unique d'asile, peut-être demain ou après-demain, c'est aussi très bien à faire. Nous avons créé il y a quelques semaines l'agence d'asile qui est aujourd'hui à Malte. Il faut aujourd'hui qu'elle travaille dans ces conditions. Mais les demandes d'asile faites dans les pays d'origine, ça me paraît une idée baroque.
Les camps comme ceux de Samos en Grèce, pourquoi on n'en fait pas en France ?
La France n'a pas de frontières extérieures avec l'Union Européenne, à l'exception de Calais, mais c'est une autre question bien évidemment. Donc notre sujet, c'est surtout l'Italie, l'Espagne, la Grèce, Chypre. Donc ce sera toujours pour les pays du Sud ? Non, c'est les pays qui connaissent une immigration. On a vu que pendant 5 ans, on a cru que c'était que les pays du Sud. On voit bien maintenant que c'est les pays de l'Est aussi. La Pologne, aujourd'hui la Lituanie.
Ce qu'il faut bien voir, encore une fois, c'est au moins, en tout cas c'est la position de la France, au moins, un, une responsabilité, l'enregistrement de toute personne, la vérification qu'il n'y ait pas de sujet de sécurité avec eux, et la rapidité dans la demande d'asile. On le doit aux vrais demandeurs d'asile. On le doit aussi aux populations qui ne veulent pas de gens qui détournent le droit d'asile. Et en même temps, la solidarité. La position de la France, elle est équilibrée, elle est profondément européenne, et elle est à la condition de maintenir Schengel de Calais.
Sauf que sur Calais en particulier, le candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot, a interpellé hier le président de la République. Pourquoi vous décidez chaque jour à Calais d'arracher les tentes, d'humilier les migrants, et de les condamner au désespoir ? Ce manque d'humanité là qui vous est reproché, ce manque de considération des migrants, des personnes en situation irrégulière, est-ce que vous le comprenez ? Vous comprenez qu'on vous le reproche ?
D'abord, j'ai été très choqué, comme beaucoup de Français, que la politique intérieure politicienne puisse être au rendez-vous du rendez-vous européen qui était la présidence française. C'est pas très patriote d'avoir fait ça. Et par ailleurs, ça montre la petitesse des hommes politiques qui l'ont fait. Sur la question très particulière qu'évoque M. Jadot, ça se voit bien qu'il connaît pas tellement le sujet. Notre difficulté, c'est que lorsque vous laissez des personnes, des milliers de personnes, dans des camps de fortune, avec des tentes, en plein hiver, je connais bien le Nord-Pas-de-Calais, on peut pas dire qu'ils fassent très très beau l'hiver.
C'est une très belle région, je l'aime beaucoup, mais c'est pas le sud de la France. Raison de plus pour pas arracher les tentes. Non, non, mais attendez, je m'explique quelques instants. Et que ces personnes n'ont ni eau, ni électricité, ni gaz, et qu'ils ont des bébés, par exemple, à l'intérieur de ces tentes, et que vous les laissez à la main des passeurs, qui les récupèrent pour passer en Angleterre, parce que ce qu'ils veulent, c'est un an d'Angleterre. Vous n'êtes pas quelqu'un qui fait l'humanitaire. Vous êtes quelqu'un qui a bonne conscience dans son beau salon parisien, ou dans son beau bureau de Bruxelles, mais vous ne réglez pas le problème des gens.
Ce que nous faisons, nous, est bien plus difficile. 13 000 relogements. Nous, nous proposons aux gens d'être relogés. Toute personne, lorsqu'on va retirer des tentes, on les propose des hôtels, on leur propose des lieux d'habitation. Dans ma propre ville de Tourcoing, on a plus de 90 places pour accueillir des migrants de Calais, avec des places d'hôtels chauffés, avec des bébés qui sont suivis médicalement, avec pas d'agression sexuelle dans les camps pour les femmes. Accepter les tentes au bord de la mer, à Calais, en plein hiver, sous prétexte de bonne conscience, c'est accepter, en fait, de les mettre à la main des criminels.
Aujourd'hui, par exemple, à Calais, il y a 300 places d'hôtels qui sont vides, au moment où je vous parle. Et pourquoi ils n'y vont pas ? Parce qu'ils veulent absolument passer en Angleterre. Le sujet n'est pas le président de la République française ou de l'Union Européenne. Le sujet dans lequel M. Jadot devrait mettre son énergie de député européen, c'est l'Angleterre. C'est d'avoir un traité Union Européenne-Grande-Bretagne pour recréer une voie d'immigration légale.
Vous n'y arrivez pas avec Boris Johnson ?
Mais bien sûr que si. Nous avons commencé à le faire. Le président de la République l'a dit à Boris Johnson, qui lui a répondu, vous l'avez vu publiquement, qui était d'accord sur ce traité. Il faut surtout convaincre l'Europe.
C'est-à-dire que vous pensez que Boris Johnson va accepter un corridor humanitaire pour éviter les traversées dans les embarcations ?
C'est une voie légale. C'est quoi une voie légale ? L'Angleterre est une île, bien sûr, mais elle permet d'avoir de l'immigration. On est tous d'accord avec ça. Donc des bateaux, des ferries ? Elle a reconnu le droit d'asile. Évidemment, on peut imaginer plein de choses. Une voie aérienne, on peut imaginer une voie maritime. Vous pensez que Boris Johnson va accepter ça ? Mais il l'a écrit au président de la République. Vous pensez qu'il va respecter sa parole ? Et ensuite, Boris Johnson est un homme d'État. J'espère qu'il respecte sa parole. Le sujet, le grand sujet, c'est que ce soit un traité Union européenne-Grande-Bretagne, pas un traité bilatéral France-Grande-Bretagne.
C'est un sujet européen. Et lorsqu'il y a du monde à Calais, c'est parce que l'Italie, la Grèce ou la Lituanie a laissé passer du monde. Je mets « laissé passer », évidemment, entre guillemets, bien évidemment. Le problème des Lituaniens est notre problème. Vous savez, parmi les deux survivants qu'on a eus dans ce drame terrible qu'il y a eu dans la Manche, il y avait effectivement un citoyen irakien qui, 15 jours auparavant, était passé de la Syrie à la Biélorussie, de la Biélorussie à la Pologne, de la Pologne à l'Allemagne, de l'Allemagne à la France, pour aller jusqu'à Calais. En 15 jours. Donc le problème polonais, le problème lituanien, c'est le problème français.
Gérald Darmanin, vous restez avec nous. 8h42, le fil info avec Lisa Guyenne.
Un nouveau conseil de défense sanitaire ce matin qui doit conduire à un calendrier d'allègement des restrictions. C'est une information France Info. L'Élysée veut donner un horizon aux boîtes de nuit, notamment, qui sont fermées depuis le 10 décembre maintenant. C'est encore trop tôt. En revanche, pour renoncer au télétravail, la ministre Elisabeth Borne souhaite le prolonger pour encore deux semaines. Elle l'a fait savoir hier aux partenaires sociaux. Le MEDEF dit regretter une décision qui va peser sur certains secteurs et sur le moral des salariés. Quatre morts, un seul rescapé.
Le terrible bilan d'un accident de la route dans le Jura qui a coûté la vie à un groupe d'adolescents scolarisés dans le même lycée à Champagnole. Leur voiture a dérapé sur une route verglacée avant de basculer dans un lac en contrebas. Une cellule de soutien psychologique est ouverte ce matin dans leur établissement. Deux matchs en retard de Ligue 1 de foot. Hier soir, Strasbourg remonte à la quatrième place après sa victoire. 2-0 à Clermont. L'île s'impose facilement. 3-1 face au 18ème. L'Orient. France Info.
Le 8.30 France Info. Salia Brakia. Marc Fauvel. Toujours avec le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui est l'invité de France Info. Les enseignants manifestent aujourd'hui un peu partout en France. A Paris, ils ont déposé leur demande pour manifester trop tard. C'est ce que leur a dit le préfet de la capitale. Le cortège n'a pas été autorisé. Et finalement, Didier Lallement a précisé qu'il ne l'interdira pas non plus. Ils ont le droit de manifester ou pas, du coup, aujourd'hui ?
Quand on manifeste, il vaut mieux respecter les règles de la République et de déposer son préavis, ce qu'on en a à tout le monde, 3 jours auparavant. Là, il est arrivé un peu trop tard. Pour des questions de sécurité, pour des questions de responsabilité pénale. Donc, les manifestants de l'éducation nationale pourront évidemment le faire. Le préfet de police l'a dit. C'est leur responsabilité désormais s'il se passe quelque chose. C'est pour ça qu'on demande des dépôts de récipicé.
C'est-à-dire que le cortège ne sera pas encadré par des policiers ?
Bien sûr, évidemment que si. Le préfet de police, les policiers feront leur travail de protection des manifestants. Mais c'est quand même toujours mieux de faire ces dépôts à temps.
En fait, il y aura une manif traditionnelle malgré le retard du dépôt de...
Je pense que de manière générale, c'est quand même mieux, surtout quand on est responsable éducatif, quand on reste pas tout court, de déposer dans les temps. Mais ceci étant dit, évidemment que le droit de manifester sera respecté à Paris pour tout le monde.
Gérald Darmanin, le week-end dernier, vous avez demandé un signalement à la justice après la diffusion d'une photo représentant un groupe de militants d'extrême droite soupçonné d'avoir effectué un salut nazi en marge de la manifestation anti-passe à Paris. Sauf que si on regarde la vidéo, ces personnes tapaient en fait dans les mains.
Est-ce que vous êtes allé trop vite ?
Non. D'abord, je voudrais vous dire qu'ils tapaient dans les mains, mais manifestement, c'est de manière assez détournée désormais qu'on essaye d'avoir des comportements qu'on peut qualifier de factieux dans les rues de Paris.
Mais là, on ne peut pas dire que c'est un salut nazi.
Si on peut dire que c'est un comportement qu'on peut qualifier de factieux. D'ailleurs, je voudrais dire que des journalistes ont été agressés en marge de ces manifestations, notamment vos collègues de l'AFP, que des inscriptions nazies comparant par exemple les personnes qui n'étaient pas vaccinées avec les juifs des années 40 ont été retrouvées dans les rues de Paris, où les constats ont pu être faits. Et notamment qu'à l'intérieur de ces gentilles manifestations, il y avait des responsables des oives. Vous savez, ce groupe uscule d'extrême droite que j'ai dissous en Conseil des ministres.
Et notamment la personne qui est responsable des oives et qui avait fait le coup de poing dans la meeting de M. Zemmour, qui a d'ailleurs été...
Contre les militants des souhaits racisme.
Qui a notamment été interpellé ce matin parce qu'il ne respectait pas son contrôle judiciaire. Il était d'ailleurs un des chefs de cette manif, puisqu'on le voit avec un mégaphone pour évoquer des slogans. Moi, vous savez ce que je veux dire ? Il y a une sorte de complaisance désormais pour l'extrême droite, je trouve, dans notre pays. Il n'y a manifestement plus que le gouvernement de la République et le président de la République pour dénoncer les petits pas de la bête immonde.
Elle avait été autorisée, celle-là ?
Ces manifestations sont autorisées en général lorsqu'elles sont déposées. Et après, on vérifie. C'était le cas de celle-ci. On vérifie. Ils avaient fait une demande en préfecture, légale. Il y a une procédure judiciaire. Et évidemment, elles ne sont pas déposées au nom des gens d'extrême droite, surtout quand on dissout les groupuscules.
Là, c'était en marge de la manif antipasse. D'ailleurs, vous avez mis la responsabilité de Florian Philippot, un des patriotes, qui organise ces manifestations tous les samedis.
Dont on sait que c'est quelqu'un d'extrême droite. Il n'y a pas 150. Mais lui-même, je pense, le reconnaît. Tout le monde sait que Florian Philippot n'est pas un gentil modéré. Donc, je pense qu'il faut qu'on arrête de faire croire qu'il y a la complaisance possible lorsqu'on remet en cause profondément le droit à l'avortement, lorsqu'on compare notre actualité avec les années 40, lorsqu'on porte des étoiles jaunes dans des manifestations détournées, lorsqu'on s'habille tout en noir. En général, ce n'est pas en faisant des saluts très bizarres. Il peut y avoir au moins un doute. Et ce que j'ai dit au préfet de police, c'est de le signaler à la justice. Et la justice va faire son travail.
À la fin des fins, si elle considère qu'il n'y a pas de sujet, je me rangerai évidemment derrière son décision. Mais je ne pense pas que ce soit une manifestation de bisounours. Et je vois bien quelle campagne il y a sur les réseaux sociaux. Quel silence.
Il faut qu'également, il y ait quelque chose à le reprocher. C'est ça que je veux dire.
Quel silence. Oui, on verra bien ce que fera la justice. Mais s'il y a une interpellation déjà des personnes qui n'auraient pas dû y être et qui étaient responsables d'un groupuscule d'étra-droite qui a fait le coup de poing contre des militants antiracistes dans une manifestation politique, ce n'est pas très bon signe. Il ne respecte pas son contrôle judiciaire, ce monsieur. Pourquoi vous dites que tout le monde se tait là-dessus ? Je trouve qu'effectivement, la droite républicaine et gaulliste, celle qui n'est pas au gouvernement, je veux dire, elle est très silencieuse parce qu'elle est très gênée, je crois. Et c'est vraiment dommage.
Elle est gênée par quoi ?
Je crois qu'elle est gênée. Elle a envie de récupérer une partie des voix, j'imagine, de ce qu'on appelle l'ultra-droite ou l'extrême-droite. On voit bien le complaisant, ce qu'il y a avec monsieur Zemmour.
On sait que Valérie Pécresse a envie de récupérer les voix des gens qu'on vient de voir.
Non, je crois que Valérie Pécresse, c'est quelqu'un qui a toujours combattu l'extrême-droite. Mais enfin, dans ses rangs, il y a beaucoup de silence. Monsieur Ciotti, regardez, monsieur Platret, maire de Chalon, qui dit qu'il peut faire un deal avec monsieur Zemmour. Monsieur Ciotti qui dit qu'entre monsieur Zemmour et monsieur Macron, il votera monsieur Zemmour. Voilà, désormais, les vannes sont ouvertes. Et quand il n'y a plus de bornes, il n'y a plus de limites, comme dirait l'autre.
Une dizaine de membres d'un groupe anti-vax vont comparaître la semaine prochaine devant la justice après avoir, semble-t-il, harcelé pendant des mois des parlementaires, deux parlementaires ainsi qu'un médecin. Ils auraient publié des centaines de messages parfois très virulents. C'est la fin de l'impunité.
En tout cas, c'est des moyens extrêmement importants qui sont mis par le ministère de l'Intérieur à la demande du président de la République pour retrouver les personnes qui se cachent dans le courage de l'anonymat des réseaux sociaux du dark web contre ces menaces de mort contre les élus de la République, quel que soit leur bord politique. Et je veux dire ici que des moyens très importants sont mis au service de la police et de la gendarmerie. Ici, c'est le cas de la gendarmerie. Pour passer les pare-feux, pour passer les VPN, pour rentrer sur le dark web, pour retrouver les auteurs. Et nous multiplions désormais les interpellations et les identifications de ces personnes.
Il n'y a plus d'impunité sur le net, encore moins lorsqu'on menace ces personnes.
Les menaces sur les élus, elles sont de plus en plus nombreuses ces derniers mois. Vous tenez en décompte, vous, au ministère de l'Intérieur, sur les plaintes déposées par les élus ?
Tout à fait. Depuis juillet dernier, il y a eu 535 faits de menaces graves sur les élus de la République et à peu près 400 plaintes. Tous les élus ne déposent pas plainte. Alors je les encourage évidemment à déposer plainte. Et nous avons désormais de très nombreuses interpellations. Et nous l'espérons, et je sais que le garde des Sceaux est très attentif, des moyens mis par la justice pour justement pouvoir assez rapidement condamner ces personnes. Mais nous avons autour du président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, une mobilisation très forte.
Et quels que soient les bords politiques, je veux dire, et quelle que soit la qualité de l'élu, qu'il soit parlementaire, maire, conseiller municipal, il est inacceptable qu'en démocratie, on puisse envoyer des menaces de mort, brûler des garages, comme c'est le cas de Pascal Bois, interpeller les personnes extrêmement vulnérables. Vous craignez l'attaque physique ? Oui, bien sûr, on craint les attaques physiques. Fort heureusement, aujourd'hui, ces menaces ne sont que numériques ou que papiers. Mais bien sûr, on craint des attaques physiques. Et c'est pour ça qu'on y met des moyens considérables.
Gérald Darmanin, le mois prochain, le Conseil français du culte musulman va probablement se dissoudre. Est-ce que c'est vous qui avez provoqué cet éclatement du CFCM en demandant à toutes les fédérations de signer, il y a quelques mois, une charte commune ? Est-ce que c'est de la responsabilité du gouvernement ?
Alors c'est une question très compliquée. En quelques secondes, c'est difficile d'y répondre. Le Conseil du culte musulman a été créé sous Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Sarkozy pour essayer de structurer l'islam de France qui n'était pas structuré comme l'étaient les catholiques, les juifs, les protestants, du fait même de l'organisation de l'islam dans le monde. Ce n'est pas un reproche, c'est un constat. Il a été à l'époque structuré autour de fédérations, on va dire, nationales. Les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Comoriens, les Turcs. Et il a vécu et je pense qu'il a essayé de faire quelque chose de positif. Aujourd'hui, ce n'est plus possible.
Ce n'est plus possible pourquoi ? Parce que nous constatons des ingérences extrêmement fortes des États étrangers par les religions en France et nous ne pouvons pas accepter cela. L'islam n'est pas une religion d'étrangers en France. L'islam est une religion française comme les catholiques, les juifs, les protestants, évidemment, en France. Et deuxièmement, ce système d'islam consulaire n'est plus acceptable. Et donc nous avons demandé à l'autorité du président de la République de pouvoir se couper de ces liens nationaux, de couper les financements étrangers.
Donc vous dites en quelque sorte que c'est une clarification. On va pouvoir voir ceux qui sont compatibles avec la République et ceux qui ne le sont pas dans toutes ces fédérations-là qui composaient le CFCM.
C'est la fin de l'influence étrangère par l'islam en France. Donc la loi séparatisme nous y aide beaucoup. On connaît désormais tous les financements. On connaît évidemment la fin des imams détachés, c'est-à-dire des imams qui étaient payés par des États. Une convention internationale existait, donc tout ça était légal. Évidemment, des fonctionnaires algériens, des fonctionnaires marocains, des fonctionnaires turcs qui venaient en France en tant que fonctionnaires algériens pour être imams dans des mosquées. On a mis fin à ça. C'est extrêmement courageux de la part du président de la République. L'année prochaine, il n'y aura plus d'imams détachés.
L'année prochaine, il n'y aura plus de financements étrangers que nous n'excepterons plus. Et nous l'espérons. Nous l'espérons. C'est une association indépendante. Plus de CFCM. Mais il y aura autre chose. Et donc début février, nous allons organiser un forum à l'allemand. Donc regardez le modèle allemand qui est très intéressant. Il y aura des femmes désormais dans ce forum. Parce qu'aujourd'hui, il y a des imams femmes ou des responsables religieuses femmes de l'islam qui ne sont jamais représentés au CFCM. Nous les mettons évidemment en place dans ce forum. Des responsables associatifs qui ne se sentaient pas représentés dans l'islam institutionnel et consulaire.
Et nous invitons tous ceux qui souhaitent organiser l'islam à l'organiser. Ce n'est pas à l'État de le faire. Nous souhaitons permettre les moyens de cette organisation pour les aumôneries, pour regarder les actes anti-religieux, pour la constitution des imams dans chacune des mosquées, pour lutter contre le séparatisme.
Donc vous imaginez, pardon, Gérald Darmanin, que l'ingérence turque, par exemple, elle va s'arrêter juste parce que vous avez fait voter une loi et parce que vous l'avez décidé ?
Mais nous l'arrêtons, Jean-Curc. Regardez l'école d'Alberville. La presse en a beaucoup parlé. Il y avait une école pro-turque à Albertville. Le maire d'Alberville nous a interpellés. Il ne pouvait pas s'y opposer, ni au permis de construire, ni à la construction de cette école. À sa demande, alors qu'il ne partage pas nos opinions politiques, nous avons déposé un amendement à la loi de séparatisme. Aujourd'hui, la justice a donné raison de la mère d'Alberville. Il n'y aura pas d'école turque, pro-turque à Albertville. Nous avons mis enfin un arrêt aux ingérences étrangères. C'est très difficile. Ça change les habitudes.
L'Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Turquie sont nos alliés et nos amis. Mais on leur dit que les affaires religieuses en France, c'est les affaires françaises. Ce n'est pas les affaires de quelqu'un d'autre.
Merci à vous, Gérald Darmanin. On doit vous libérer. Je crois que vous avez Conseil de défense sanitaire dans quelques minutes à l'Elysée. Ça vous laisse 6 minutes pour traverser une partie de Paris, c'est ça ? J'arriverai un petit peu en retard.
On espère des levées de restrictions ? C'est ce qui est prévu ?
Le Conseil de défense décidera. Merci. Soyez prudents sur la route. 6 minutes pour aller à l'Elysée. On arrivera en retard. On va essayer de respecter les affaires. Voilà, message transmis au service de la présidence. Merci beaucoup d'être venu ce matin sur France Info. Le fil Info à 8h54 et Renaud Dely dans une poignée de secondes.
Les enseignants de nouveau dans la rue pour protester contre la gestion de la crise à l'école. Des appels à manifester à Paris, Bordeaux, Rennes ou encore Strasbourg. Les syndicats réclament de la clarté, notamment sur le maintien ou non des épreuves de spécialité du bac prévues dans deux mois. C'est par ailleurs aujourd'hui l'ouverture de la plateforme Parcoursup jusqu'à fin mars. Près d'un million d'élèves de terminales peuvent commencer dès maintenant à sélectionner leur choix d'études supérieures. Un nouveau conseil de défense sanitaire débute dans quelques minutes maintenant. Et c'est une information France Info.
L'exécutif souhaite donner un horizon de sortie de crise, un agenda d'allègement des restrictions. Le télétravail obligatoire, en revanche, doit être prolongé pour encore deux semaines. Le leader du groupuscule d'ultra droite des OIV parie de nouveau arrêté ce matin. Il a participé samedi dernier à une manifestation anti-vaccin, ce qui était interdit par son contrôle judiciaire. Il est mis en examen pour les violences contre des militants d'SOS Racisme lors du meeting d'Éric Zemmour début décembre à Villepinte. Emmanuel Macron dit sa grande tristesse. Il salue une icône de l'élégance française après la mort brutale de Gaspard Huliel, victime d'un accident de ski en Savoie.
L'acteur de 37 ans ne portait pas de casque au moment de l'accident. L'enquête se poursuit. France Info.
Voilà, on a laissé Gérald Darmanin partir au Conseil de défense sanitaire qu'il doit rejoindre dans quelques minutes à l'Élysée. Renaud Delis nous a rejoint. On va évoquer avec vous le programme des informés. C'est dans une petite dizaine de minutes maintenant. On va revenir avec vous à la fois sur ce qu'a dit Emmanuel Macron hier matin devant le Parlement européen et ce qu'a détaillé son ministre de l'Intérieur il y a quelques instants sur l'antenne de France Info au sujet des frontières et de la réforme de l'espace Schengen.
Oui, on y reviendra tout à l'heure, vous le disiez Marc, ce sera le premier débat des informés parce qu'il faut bien comprendre que le renforcement du contrôle des frontières européennes qui passe donc par la réforme de l'espace Schengen, cet espace dit de libre circulation en Europe, c'est bien l'enjeu qui semble prioritaire en tout cas pour ce semestre de présidence française. Emmanuel Macron l'a évoqué hier, il a expliqué d'ailleurs, je le cite, que l'Europe devait s'armer non pas par défiance vis-à-vis des autres puissances, mais pour assurer son indépendance, en quelque sorte maîtriser ses frontières et son espace pour assurer sa sécurité.
Et ça, ça répond, on le voit, en France, mais pas seulement en France d'ailleurs, dans une bonne partie des pays de l'Union Européenne, à une attente des opinions publiques parce qu'il y a eu un certain nombre de crises, et d'abord la crise migratoire ces dernières années, qui ont pu susciter des angoisses identitaires, on va dire, face à l'afflux de migrants en Europe.
Donc toute la difficulté pour la présidence française de ce semestre, et c'est ce dont Gérald Darmanin a essayé de se faire l'exégète il y a un instant, c'est d'essayer de trouver une position médiane, à la fois qui assure la protection des frontières européennes, et en même temps qui ne contrevienne pas aux principes de solidarité de l'Union. Il y a un consensus là-dessus, aujourd'hui, en France, dans la classe politique, sur le fait qu'il faut réformer Schengen, ou pas du tout ?
Il y a un consensus dans les mots, c'est-à-dire qu'effectivement, la réforme de Schengen, le contrôle renforcé des frontières, justement aussi parce que ça répond à des attentes électorales, et ce qui ne vous a pas échappé, Marc, c'est que nous sommes en période de campagne électorale, et bien, dans les mots, il y a un consensus. D'ailleurs, tous les candidats le reprennent, et d'ailleurs, si on se souvient de la tribune qu'avait publiée Valérie Pécresse au début du mois de décembre dans Le Monde, en réponse à la première présentation des axes de la présidence française par Emmanuel Macron, elle reprenait ce même objectif.
Le problème, c'est que derrière les mots, il y a des solutions, des propositions qui sont différentes, et celle de la présidence française s'appuie précisément sur une proposition mise sur la table par la Commission de Bruxelles à la mi-décembre. On y reviendra dans un instant. Voilà, vous restez avec nous sur France Info, on en parle dans quelques instants. Si vous aimez le 8.30 France Info, on vous conseille Élisée, la bataille, le podcast du service politique de France Info, pour tout savoir sur la présidentielle et ses coulisses. A découvrir sur votre appli de podcast préféré et sur franceinfo.fr
Gérald Darmanin