Du plan de François Bayrou peut-on espérer un sursaut industriel ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 80 %Attaque 10 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 1:58OuverteRéponse directe
Est-ce que vous partagez la position d'Édouard Philippe sur le plan Bayrou ?
- 4:06OuverteRéponse directe
La question majeure pour vous, c'est l'année blanche dans ses propositions ?
- 7:39OuverteRéponse directe
Avec l'année blanche, peut-on dire qu'il n'y a pas d'augmentation d'impôts ?
- 8:56OuverteRéponse directe
Est-ce qu'un plan comme celui de Bayrou peut aider l'industrie automobile ?
- 11:01OuverteRéponse directe
François Bayrou n'a pas utilisé les mots 'immigration' et 'écologie'. Qu'en pensez-vous ?
- 12:37OuverteRéponse directe
Est-ce qu'en matière de fraternité, il y a un modèle à revoir ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:55PrésentateurChiffre
« Nous sommes aujourd'hui le plus mauvais élève de toute la communauté européenne. »
- 5:07PrésentateurChiffre
« Nous avons déjà le niveau d'impôt le plus élevé, là encore, de toute l'Europe. »
- 5:16PrésentateurChiffre
« Nous avons par ailleurs le niveau de dépense publique le plus élevé de toute l'Europe. »
- 9:55PrésentateurChiffre
« La France paye des taux d'intérêt plus élevés que l'Italie, plus élevés que la Grèce. »
- 11:45PrésentateurFait
« La France a besoin des immigrés, comme l'Allemagne, notre grand voisin, a aussi besoin des immigrés. »
Temps de parole
- Présentateur76 %
- Invité22 %
- Présentateur 22 %
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Louis Dauphrenne, votre invité, et Michel de Rosen, inspecteur des finances.
Oui, la grotte, la falaise et l'abîme. La grotte, c'était Emmanuel Macron qui était à Lourdes hier pour saluer la reprise du tourisme avec le plan Avenir Lourdes, lancé en 2021 pour compenser les effets de la crise du Covid. La falaise, c'est François Bayrou lors de son discours, lors duquel le Premier ministre comparait la situation budgétaire à une sorte de chemin de croix et nous serions à la dernière station avant la falaise. Ne jamais oublier l'histoire de la Grèce, c'est par ces mots que François Bayrou avait introduit son allocution. Et puis l'abîme donc, c'est ce qui nous attend si rien n'est fait.
A ce propos, Emmanuel Macron, en saluant le plan Bayrou, a aussi indiqué que si d'autres forces politiques avaient des idées plus intelligentes, le Premier ministre les recevrait. Le chef de l'État ne s'est pas prononcé sur la proposition du gouvernement de supprimer deux jours fériés, mesure qui fait le plus réagir aujourd'hui, en tout cas sur les réseaux sociaux. En 2019, Emmanuel Macron avait dit qu'il n'y était pas favorable. On verra ce qu'il en est. Alors, on sollicite pas mal de réactions depuis ce plan Bayrou. Et c'est assez rare que les chefs de grandes entreprises prennent la parole, commentent l'actualité. C'est ce que fait Michel de Rosen. Il n'hésite pas à le faire.
On le remercie. Il vient régulièrement sur notre antenne. Il est inspecteur des finances et président du conseil d'administration de l'équipementier automobile Forvia. Aussi essayiste, il a écrit sur l'égalité, jugeant que c'était un fantasme français, et également sur la fraternité. Son dernier essai, publié aux éditions Odile Jacob. Bonjour Michel de Rosen.
Bonjour Louis Dauphren.
Alors, je voudrais vous faire réagir tout d'abord à ce qu'a dit Édouard Philippe, qui ne trouve quasiment rien dans ce que propose François Bayrou, qui règle le problème. Comme il l'a dit dans Le Parisien, il a dit qu'on ne trouve finalement qu'un plan d'urgence qui a tout le mérite d'un plan d'urgence, mais aussi les limites d'un plan d'urgence. Est-ce que vous partagez la position d'Édouard Philippe ?
Alors, j'ai envie, pour vous répondre Louis Dauphren, de citer le général de Gaulle. C'est un extrait de ses mémoires, et il commente ainsi la période où il a été président du Conseil, c'est-à-dire, en quelque sorte, premier ministre, le job qu'a occupé Édouard Philippe et le job qu'occupe actuellement François Bayrou. Il écrit ceci. Lui-même, tout le premier, savait qu'il n'était là que pour une courte durée. Donc, si vous voulez, ce qui me frappe Louis Dauphren, je reviens à votre question, c'est que depuis que François Bayrou a été nommé, il était accusé d'immobilisme. On disait, au fond, son talent, c'est de ne rien faire, c'est de ne prendre aucun risque.
Enfin, il présente un budget, un budget que certains estiment insuffisant pour les efforts qu'il propose, un budget que d'autres considèrent comme étant trop dur. Mais c'est un budget qui, en tout cas, s'attaque pour la première fois depuis longtemps en France au défi majeur de la dérive qui a commencé en 1981 des finances publiques de notre pays. Alors, oui, on peut peut-être faire mieux. Mais moi, je salue le courage du premier ministre qui présente un budget qui, pour la première fois, encore une fois, de vue d'homme en France de la Ve République, s'attaque à l'excès des dépenses publiques dans notre pays.
La question majeure pour vous, Michel de Rosen, c'est l'année blanche, en fait, dans ses propositions.
Alors, le mérite, Louis Dauphrenne, le mérite de ce que présente François Bayrou, c'est qu'il n'y a pas une seule mesure. Il sait qu'il faut demander un effort à tous les Français. Et si vous le permettez, je crois qu'il faut revenir à des questions simples. Est-ce qu'il est nécessaire ou non de réduire le déficit des finances publiques ? Nous sommes aujourd'hui le plus mauvais élève de toute la communauté européenne. Je ne vois pas comment on peut refuser l'effort pour réduire le déficit des finances publiques. C'est la première question. La deuxième question, c'est, faut-il ou non réduire les dépenses publiques ?
Parce que l'autre solution pour réduire le déficit, c'est d'augmenter les impôts. Nous avons déjà le niveau d'impôt le plus élevé, là encore, de toute l'Europe. Je ne crois pas que les augmenter encore plus soit la bonne solution. Et comme nous avons par ailleurs le niveau de dépense publique le plus élevé de toute l'Europe, je crois normal de réduire les dépenses publiques. Il y a une troisième question. Vous avez évoqué les deux jours fériés, le 8 mai et le lundi de Pâques, évoqués dans le discours de François Bayrou. La question devient, faut-il ou non travailler plus en France ?
Toutes les statistiques disponibles montrent que les Français, que l'on regarde cela sur une vie ou sur une année, travaillent moins que les autres. Nous travaillons notamment moins que les Allemands. Quand je dis les autres, je parle des Européens, je ne nous compare pas aux Chinois, aux Indiens. Je parle des Européens, c'est-à-dire des peuples de niveau de développement comparable. Donc, je crois, oui, nous devons travailler plus. Faut-il le faire avec des jours fériés supprimés ? Faut-il le faire en augmentant la durée de travail hebdomadaire ? Faut-il le faire en reculant plus l'âge de la retraite ? C'est un débat, mais je crois, nécessaire de travailler plus en France.
Et puis, j'observe que certains disent qu'il faut peut-être prendre de l'argent aux entreprises. De nouveau, il y a une grande question qui est, faut-il renforcer la compétitivité d'économie française ? Ou est-ce que ça n'est pas nécessaire ? Ma conviction, puisque vous m'interrogez aujourd'hui, est que c'est indispensable à l'intérêt général. Si on renforce la compétitivité de l'économie, c'est-à-dire la compétitivité des entreprises, on peut viser deux objectifs. Améliorer le pouvoir d'achat des Français, d'une part, et améliorer la situation de l'emploi, c'est-à-dire créer des emplois. Au total, Louis Dauphrenne, est-ce que ce plan est idéal ? Bien entendu, non. Il a le mérite d'exister.
Et je trouve qu'il y a quelque chose qui ressemble un peu au bal des hypocrites. À entendre tous ceux qui ne sont pas au gouvernement tomber sur François Bayrou pour lui reprocher de ne pas présenter un plan idéal que personne d'autre n'aurait su proposer et bâtir.
Mais Michel de Rosenne, avec l'année blanche, peut-on dire qu'il n'y a pas d'augmentation d'impôts dans la mesure où s'il y a le gel des prestations sociales et des retraites et que l'inflation continue malgré tout et que les barèmes ne sont pas alignés, indexés, il va y avoir mécaniquement une hausse d'impôts ?
Alors, il y a plus que ça, Louis Dauphrenne, car avec un souci légitime de demander un effort à tous et de demander notamment un effort à ceux qui peuvent contribuer le plus, il n'y a pas seulement l'année blanche, mais François Bayrou a annoncé aussi, avec des modalités qu'il propose de définir avec le Parlement, qu'il y aura une contribution spécifique demandée aux plus riches des Français. Notons-le, parce que quand j'entends la secrétaire générale de la CGT ou quand j'entends les responsables des partis de gauche ou du Rassemblement national, on pourrait croire que ce que propose François Bayrou est de ne faire payer que les plus modestes des Français. Ça n'est pas vrai.
Un effort est prévu par toutes les catégories de Français et notamment les plus fortunés. Et je trouve ça normal.
Peut-on espérer, Michel de Rosen, je rappelle que vous êtes à la tête d'un équipementier automobile qui a une dimension mondiale, 200 000 employés dans le monde. Est-ce que ça, aujourd'hui, est-ce qu'un plan comme celui qu'a présenté François Bayrou peut, dans le contexte que l'on connaît qui est très difficile pour l'automobile aujourd'hui, l'automobile européenne, est-ce qu'on peut espérer que ça aille dans la bonne direction ? Autrement dit, est-ce que ça peut faire en sorte que des usines ne soient pas délocalisées ou que des centres de recherche-développement ne soient pas délocalisés ?
Écoutez, Louis-Hoprène, j'aurais tendance à présenter la question de la façon suivante. « Aucun pays ne peut tenir si ses finances publiques ne sont pas en ordre. Car quand les finances publiques ne sont pas en ordre, les taux d'intérêt exigés par les marchés pour prêter de l'argent au pays augmentent. » Nous sommes dans la situation aujourd'hui incroyable, en juillet 2025, que la France paye des taux d'intérêt plus élevés que l'Italie, plus élevés que la Grèce, qui était, souvenons-nous, il y a une quinzaine d'années au bord de l'abîme.
Et donc, ces taux d'intérêt, ils s'imposent non seulement à l'État, aux collectivités locales, mais aussi aux Français et aux Françaises qui veulent demain acheter un logement ou acheter une voiture, et ils s'imposent aussi évidemment aux entreprises. Et donc, oui, il y a actuellement, je reviens à votre question, il y a une crise de l'industrie automobile européenne. Elle est sérieuse. Et pour y faire face, il y a des mesures à prendre, et notamment de remettre l'économie française et les finances publiques françaises en ordre pour que les taux d'intérêt payés par les consommateurs comme par les entreprises baissent au lieu d'augmenter.
Il y a deux mots que François Bayrou n'a pas utilisés, c'est « immigration et écologie ». Qu'en pensez-vous ?
Alors, je sais, Louis Dauphine, vous parlez d'immigration, qu'il y a à l'extrême droite de l'échiquier politique, des gens qui croient qu'il suffirait de taper sur les immigrés, sur l'immigration, pour résoudre tous les problèmes que la France et des Français. Je crois cette vision erronée, fausse, et qu'au total, oui, il faut gérer l'immigration, c'est vrai, on ne peut pas la laisser se développer n'importe comment, mais la France a besoin des immigrés, comme l'Allemagne, notre grand voisin, a aussi besoin des immigrés. Maintenant, votre deuxième mot, c'était « écologie ».
Oui, exactement.
Écologie. Écoutez, on ne peut pas reprocher à François Bayrou de ne pas avoir adressé dans son discours, qui était un discours concentré sur le budget, de ne pas avoir adressé tous les sujets. Je remarque par exemple aussi, il n'a pas parlé de défense, parce qu'en fait, c'est le président de la République qui en avait parlé trois jours auparavant. François Bayrou, je le connais, il a des convictions en matière d'écologie. Le but de son discours était de présenter une maquette budgétaire, ce n'était pas de parler d'écologie. Ses convictions dans ce domaine ne sont pas à démontrer.
Michel de Rosen, vous qui avez réfléchi à la fraternité, aujourd'hui on fait reposer depuis longtemps la fraternité sur l'État-providence, sur l'action permanente de l'État, et François Bayrou a pu dire à quel point nous étions accros à la dépense publique. Est-ce qu'en matière de fraternité, il y a un modèle à revoir, il y a quelque chose à repenser qui permette de rendre notre modèle plus évolutif, de le faire évoluer, et en même temps qu'il tienne ses promesses ?
Certainement. S'il y a une caractéristique singulière de la France, c'est quand apparaît un problème, c'est de se tourner vers l'État en se demandant « mais que fait l'État ? » S'il y a quelqu'un, s'il y a un pauvre SDF dans la rue, les gens ne vont pas se dire « qu'est-ce que je peux faire pour l'aider ? » Je peux peut-être me nourrir, je peux peut-être essayer de lui trouver un logement, ou essayer de lui trouver un job, les gens vont plutôt dire « mais c'est vraiment incroyable, que fait l'État ? Comment se fait-il qu'il y ait un SDF sur le trottoir de ma rue ?
» Et donc, plutôt que d'attendre tout de l'État, ma conviction est que les Français et les Françaises doivent se demander ce que les citoyens peuvent faire, et je crois à la responsabilité, en particulier Louis Dauphrenne, de deux catégories de Français. Les parents ont un rôle essentiel à jouer pour montrer l'exemple à leurs enfants et leur expliquer que la fraternité, ça n'est pas un mot qu'on se contente d'écrire sur les édifices publics, mais c'est une valeur qui doit inspirer la vie de chacun. Donc il y a le rôle des parents. Et comme vous le savez, les parents, ce qui compte, c'est moins ce qu'ils disent que ce qu'ils font.
Les parents doivent être sur la fraternité exemplaire pour éduquer leurs enfants. Et la deuxième catégorie de Français qui ont un rôle essentiel à jouer, c'est les enseignants. Il faut que les enseignants expliquent, aussi bien à l'école primaire qu'à l'école secondaire que dans l'enseignement supérieur, ce que sont ces valeurs qui, pour trop de gens, ne sont que des mots. Eh bien, il faut leur raconter, il faut leur lire Victor Hugo, il faut leur raconter des histoires concrètes, il faut faire réfléchir les collégiens pour que ces valeurs deviennent pour elles des sources d'inspiration.
Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin, Michel de Rosen, qui préside le conseil d'administration de l'équipementier automobile, Forvia essayiste, auteur notamment de La Fraternité, publié chez Odile Jacob. Merci Michel de Rosen, à bientôt. Merci Louis de Offren, bonne journée.
Merci Louis de Offren. L'intégralité de cet entretien avec Michel de Rosen est à retrouver en podcast rcf.fr.