Discours au centre culturel francophone de Kigali
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« c'est une décision que nous avions prise avec le président Kagame il y a trois ans. »
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« On a dit à l'Organisation internationale de la francophonie, on a une idée, il y a quelqu'un de formidable qui pourrait diriger l'organisation, elle est rwandaise. »
- 3:12PrésentateurFait
« Le français est devenu la langue du monde par l'esprit d'invention, d'innovation, de conquête, par la colonisation. »
- 3:30PrésentateurFait
« par aussi les pires crimes parfois qui ont été commis et aller en conquérir d'autres et les soumettre. »
- 8:21PrésentateurChiffre
« 40% de la population du Rwanda a moins de 15 ans. »
- 9:21PrésentateurPromesse
« il y aura évidemment ici une politique de bourse que nous allons renforcer dans les prochaines années »
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Mesdames, messieurs les ministres, madame la secrétaire générale d'Organisation internationale de la francophonie, mesdames, messieurs les ambassadeurs, mesdames, messieurs les parlementaires, monsieur le maire de Kigali, mesdames, messieurs, chers amis, j'aperçois, malgré les lumières, à la fois des visages familiers et au fond ce brassage que ces lieux seuls savent inventer.
La délégation qui nous accompagne, que je remercie pour sa mobilisation, et puis celles et ceux qui font chaque jour vivre la langue française, la culture, l'éducation dans votre ville, votre pays, des Françaises, des Français, des binationaux, des amis, et puis certains autres qui sont arrivés là et d'autres, j'espère, qui viendront pour découvrir. Et être avec vous avant de retrouver dans quelques instants le président Kagame, après une journée si émouvante pour nous tous, signifie beaucoup pour moi. D'abord parce que rouvrir ce lieu, on l'évoquait avec Louise, c'est, je crois, quelque chose qui était attendu.
Et c'est une décision que nous avions prise avec le président Kagame il y a trois ans. Et je veux remercier l'ensemble des équipes sur place qui ont œuvré sous votre autorité, monsieur le ministre, mais qui, un assemblement depuis trois ans, en lien avec les autorités rwandaises, ont tout fait pour que ce lieu puisse voir le jour et que vous puissiez le faire vivre, et que nous puissions ainsi avoir à nouveau un centre culturel francophone du Rwanda. Et cela illustre en effet ce que ces dernières années nous avons fait ensemble, vous, c'est-à-dire que tout le monde nous a pris pour des fous quand il y a trois ans.
On a dit à l'Organisation internationale de la francophonie, on a une idée, il y a quelqu'un de formidable qui pourrait diriger l'organisation, elle est rwandaise. Je ne vous cache pas qu'il n'est plus arrivé que des personnes en France nous regardent avec un drôle d'air. Il y a des gens dans la francophonie qui ont dit mais pourquoi le Rwanda ? Et c'était une évidence. Et ce lieu va être un lieu justement partagé avec la francophonie. C'est pour ça que je suis très heureux que Louis soit à nos côtés avec les ministres, avec Jean-Yves. Et je vais être très rapide, vous dire juste trois convictions. La première, c'est que cela doit être le lieu, en effet, de la francophonie.
Pas simplement de la France, du français. Non. Qu'est-ce que c'est que notre relation à la francophonie aujourd'hui ? C'est ce qu'il y a derrière ce français devenu langue-monde. Le français est devenu la langue du monde par l'esprit d'invention, d'innovation, de conquête, par la colonisation. Et donc par l'ambition de Françaises et de Français il y a des siècles et des siècles, par leur capacité à aller en convaincre d'autres, par aussi les pires crimes parfois qui ont été commis et aller en conquérir d'autres et les soumettre. Mais la beauté de ce qui est arrivé aux Français, c'est qu'il a été volé, constamment réinventé, et que c'est devenu la langue de beaucoup d'autres pays.
Et que cette langue vit dans un dialogue permanent, d'abord avec elle-même, et donc elle est parfaite, elle s'est sans cesse créolisée, réinventée, comme d'ailleurs le français, au sein de l'Hexagone, on a eu ce débat un peu étrange il n'y a pas longtemps, avec ses langues historiques et ses patois, et constamment en tension perpétuelle. Et bien le français vit cette aventure depuis des siècles de ne plus appartenir à la France. Et je tiens à cela, au fait qu'il y ait des femmes et des hommes qui écrivent, inventent, innovent dans une langue qui est la leur, et qui la réinvente sans cesse. Et l'épicentre de cette langue est ici, au cœur de l'Afrique.
Parce que c'est là qu'il a ses locuteurs, ses écrivains les plus jeunes, les plus inventifs. Pour reprendre un mot que nous échangions avec Louis quand elle était dans mon bureau, le jour, justement, de la journée mondiale de la francophonie, parce qu'ici, vous techniquez le français. Et donc, il arrive des choses que, dans l'Hexagone, on n'invente pas, mais qu'il faut qu'on sache se réapproprier. Ce lieu, ça doit être cela. Et ça doit l'être pour la langue, comme pour tous les arts. Et je tiens vraiment à ce que nous puissions faire du français, pour moi, cet espace de cette nouvelle alliance que j'évoquais ce matin et que je proposais à la jeunesse rwandaise.
C'est-à-dire quelque chose qui est une relation d'équilibre, où cette langue qui dialogue avec d'autres langues, qui est bousculée, travaillée par d'autres, peut revenir, mais d'égal à égal, car elle est en co-possession, en co-réinvention. C'est aussi pour cela que nous allons continuer d'accompagner ce projet par la formation d'enseignants, par de l'innovation. Et je veux saluer aussi le travail que fait l'Agence française de développement, qui va intervenir justement sous l'autorité du ministre et en soutien au nouveau plan national d'enseignement du français du Rwanda, en pleine coopération avec l'OIS. Ça, nous y tenons beaucoup.
La deuxième conviction, c'est que ce lieu, évidemment, va devenir un lieu de culture et il appartiendra à celles et ceux qui veulent inventer, créer. On a vu une magnifique exposition, Prémisse, merci, Sir Nelson, avec l'ensemble des artistes qui étaient présents. On a vu un tout petit échantillon de ce que Hachim Mb appelle cette Afrique qui vient. Et moi, je suis toujours frappé de la force, la vitalité de cette culture, de cette création africaine.
C'est aussi pour cela que je veux ici qu'on invente chaque jour ce que Ndenéfal a su faire et proposer à la France dans le cadre de la saison Africa 2020 qui se poursuit jusqu'en septembre, qui a été de donner les lieux les plus centraux, les plus institutionnels de la France à des artistes contemporains africains. Pour dire comment ils voient leurs relations, mais plus simplement, comment ils réinventent le monde aujourd'hui. Ce lieu doit servir à cela. Et si nous savons tous être à la hauteur, à beaucoup plus, c'est-à-dire à stimuler la création, l'innovation à Kigali et au-delà, à faire circuler la création vers d'autres capitales et à savoir instaurer ce dialogue permanent.
Et je l'ai déjà vu dans l'exposition Prémisse, une forme d'intertextualité constante, car nos imaginaires sont liés. Et nous n'avons pas simplement à les lier dans l'immédiateté des échanges d'informations ou d'émotions, mais ils sont liés par l'art, par la création, par la réinvention de références communes, repensées, réinventées, redécouvertes. Redécouvrir Marseille et Françoise Dolto au premier étage à Kigali n'était pas quelque chose que j'attendais, mais c'est arrivé. Et je pense que ce lieu, c'est à vous de le faire, mais c'est ainsi qu'il faut le réinventer. Et puis la troisième conviction que je voulais partager avec vous, c'est la jeunesse.
On a beaucoup parlé d'histoire, de nos mémoires, mais 40% de la population du Rwanda a moins de 15 ans. Et donc elle vit avec un passé des silences infiniment plus lourd qu'elle. Et je le disais tout à l'heure à quelques étudiants, on doit tous ensemble vous aider à lui, surtout lui redonner l'insouciance et le goût de l'avenir, qui est le sien.
Et je souhaite furieusement que ce lieu soit celui de votre jeunesse, de nos jeunesses, c'est-à-dire un lieu qui n'oublie rien, qui continue à lire les livres d'Annick, qui est là avec nous aujourd'hui, de Scolastic et de quelques autres formidables écrivains et écrivaines qui ont parcouru cette histoire, mais qui l'ont réinventée elles aussi à quelques milliers de kilomètres, mais que la jeunesse rwandaise décide de s'approprier ce lieu.
Alors il y aura des cours, il y aura des enseignements, il y aura évidemment ici une politique de bourse que nous allons renforcer dans les prochaines années avec une logique de coopération avec les instituts d'enseignement supérieur et de recherche rwandais. Et il y a tout ce qu'on n'a pas prévu, tout ce que nous n'avons pas su faire et que la jeunesse sera inventée ici. Et je le crois très profondément, parce que je pense que cette jeunesse africaine est une chance inouïe pour le Rwanda, pour l'Afrique, mais pour nous tous. Et nous n'avons, nous, qu'un défi, mais il est immense, c'est de l'éduquer, c'est de l'élever. Cette chance, nous en ferons un drame si nous abandonnons la jeunesse.
Et je le dis pour les Africaines et les Africains dans leur pays, mais je pense que c'est aussi un devoir des Européennes et des Européens. Nous en ferons une chance collective si nous faisons tout pour vous aider à la rendre aussi belle, aussi grande, aussi intelligente qu'on le peut. Que ce lieu y contribue ainsi un peu. Voilà les trois convictions que je voulais partager avec vous aujourd'hui. Que ce centre culturel francophone du Rwanda soit ce lieu d'un Français en partage, qui est la francophonie. D'un Français qui se pense dans les échanges et le multilinguisme et qui va se bousculer avec tant d'autres langues. Que ce soit le lieu de la culture et de la création.
Que ce soit le lieu d'une jeunesse à qui nous devons tout. Je souhaite une chose, c'est que dans 10 ans, dans 20 ans, dans 30 ans, on puisse parler de cet endroit parce qu'une petite fille y aura découvert un livre et qu'elle aura décidé d'enseigner le français. qu'on pourra parler de cet endroit parce qu'un artiste devenu internationalement reconnu y aura construit une vocation. Qu'on parle de cet endroit parce que de grands décideurs de votre pays, comme tu le disais tout à l'heure pour ton enfance, y auront appris, découvert, pensé, le monde. Ça, c'est à vous de le faire. Et c'est à nous de le réussir. Alors merci et bonne route. Merci.
Merci. Merci. Merci.