Carole Delga : "Nous avons besoin de députés qui soient plus connectés au réel !"
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Bonjour, les élus doivent être exemplaires. Ben oui, mais exemplaire, exemplaire, c'est pas aussi simple. Exemplaire par rapport à quoi ? Par rapport à qui ? L'exemplarité, ça dépend de votre expérience, de votre sensibilité, de vos priorités. Et c'est tout le problème pour un élu de la République. Il ne peut pas se permettre d'être seulement exemplaire pour les militants de son parti, puisqu'une fois élu, il représente la totalité des citoyens du territoire en question. Il leur doit à tous l'exemplarité. Alors disons le mot, c'est impossible. Voici un exemple d'exemplarité exemplaire non unanime. Prenez un train. L'intercité 3970, départ de foie à 21h07 tous les soirs.
En lisant la gazette ariégeoise, on apprend que la députée Bénédicte Thorin utilise ce train pour rejoindre Paris chaque semaine. 10 heures de voyage au lieu de 50 minutes en avion, c'est exemplaire. Bravo, bon bilan carbone, bon pour l'environnement. Les 11 députés de Haute-Garonne n'ont qu'à faire la même chose. Ça tombe bien, l'intercité s'arrête aussi à Toulouse-Mattabio, 22h18. Et puis ensuite, on prendrait ceux du Tarn-et-Garonne, Montauban, 22h53. Et à 7h du matin, vous auriez 15 députés exemplaires qui débarquent, garde Austerlitz, frais, dispo, pour rejoindre l'Assemblée en Vélib. Mais ça serait trop simple.
Vous trouvez ça exemplaire, vous, quand vous êtes élu toulousain de prendre le train alors que 30 000 de vos électeurs travaillent chez Airbus ? Il ne faut pas désespérer Blagnac, a déclaré Sartre, ou Nougaro, ou quelqu'un d'autre. Mais c'est impossible, vous dis-je, l'exemplarité absolue. À moins d'être un grand, un très grand. Deux hommes politiques ont réussi l'impossible. Exemplaires pour l'environnement, mais aussi exemplaires pour la transition et la tradition aéronautique de Haute-Garonne.
Ils ont choisi le parachute, Lionel Jospin, l'élu parisien, parachuté à Sainte-Gabel en 88, et Philippe Douste-Blasi, député maire de Lourdes, parachuté à Toulouse en 2001, arrivé par les airs, mais sans moteur. L'histoire ne dit pas s'ils ont fait du covoiturage pour rentrer tous les deux à Paris quand la fête fut finie. Alors, dans un souci de Concorde Nationale, non pas le Concorde, il y a un trop gros bilan carbone, la Concorde Nationale, l'harmonie occitane, nous certifierons, même si nous n'en savons rien, que notre invité est venu en avion et repart en train. Nous recevons aujourd'hui, dans le sens politique, Carole Delga, socialiste et présidente du Conseil Régional d'Occitanie.
Bonjour. Bonjour. Nous allons avec vous, et en reprenant le fil de votre parcours, de votre vie politique, intimement liée à vos racines personnelles, chercher le sens de votre engagement en Occitanie, votre engagement au Parti Socialiste, et plus généralement, ce qui est pour vous le sens d'une politique de territoire, que ce territoire est la taille de votre commune, de votre grande région, ou pourquoi pas la taille d'un pays qui s'appellerait la France. Soyez la bienvenue, Carole Delga. L'Occitanie, c'est ce qu'on a appelé une nouvelle grande région au moment des fusions des anciennes petites régions. Donc 2016, on additionne Midi-Pyrénées à Languedoc-Roussillon, ça donne l'Occitanie.
6 millions d'habitants, 13 départements, 5 heures de route pour aller d'un bout à l'autre, en l'occurrence de Pont-Saint-Esprit, dans le Gard à Lourdes, dans les Hauts-de-Pyrénées. Vous présidez cet ensemble, Carole Delga, depuis sa création. Quel est le sens d'un tel découpage en dehors des économies de fonctionnement ?
C'est un découpage qui, tout d'abord, permet d'avoir une capacité de développer de l'emploi. Puisque j'ai été vice-présidente de la région Midi-Pyrénées, et nous partageons avec Martin Malvy le fait que nous avions besoin de plus grandes régions pour pouvoir structurer réellement des filières économiques. Vous avez cité l'avion, donc l'aéronautique. Clairement, en ayant l'Occitanie comme région, on a pu développer de l'activité aéronautique aussi sur l'est de la région, sur le bassin autour d'Alès, et redonner aussi un avenir industriel, par exemple, au bassin autour de Béziers.
C'était une expression à la mode, il y a une dizaine, une quinzaine d'années, en général, c'est assez péjoratif. Le millefeuille territorial, des strates de collectivité qui rendaient le fonctionnement ou qui rendent le fonctionnement de nos institutions assez lourd et opaques pour le commun des mortels. Vous en avez une grande expérience, Carole Delga, de ces collectivités territoriales. Est-ce que le sens de l'histoire doit, selon vous, aller vers un rétrécissement de ce millefeuille ?
Je pense qu'il doit y avoir surtout une clarification des missions des différentes collectivités territoriales. Il faut que nos concitoyens identifient clairement quelles sont les missions des communes, des départements, des régions, des intercommunalités. Aujourd'hui, en fait, il y a encore trop de confusion, et c'est pourquoi, en tant que présidente de région de France, j'appelle à une nouvelle ère de décentralisation, parce qu'en donnant plus de pouvoir localement, on a une plus grande réactivité et il y a une adaptabilité des décisions. Parce que, qu'est-ce que nous reprochent les Françaises et les Français ?
C'est que les décisions sont trop longues et elles ne sont pas adaptées à leur réalité de vie. Et c'est pourquoi il faut la décentralisation. La décentralisation, c'est faire en sorte que la décision, elle soit plus rapide, elle soit conforme aux réalités de vie et les différences territoriales.
On reviendra dans quelques minutes sur France Culture, à votre enracinement personnel et politique près de Toulouse, dans le village de Martre-Tolozanne. Là-bas, tout le monde vous connaît, vous appelle Carole, mais ne sait pas ce que vous faites exactement. Quel est votre mandat ? Donc, présidente d'un truc, la variante parfois, c'est la maire de la région, M-A-I-R-E. Est-ce que la création de cette très grande région n'a pas rendu les choses encore plus abstraites ?
Non, je ne pense pas, et même au contraire. Parce que, sur les grandes régions, nos concitoyens ont pu comprendre quelle était la force de frappe en matière économique, le développement à l'international, la force que nous avons eue au moment du confinement, où ce sont les régions, majoritairement, qui ont acheté les masques avec les autres collectivités territoriales. mais nous avons agi sur la question, par exemple, de l'éducation. Nous avons une bien plus grande visibilité. Et je pense que, pour avoir une Europe forte, il faut avoir des régions fortes.
Et ces grandes régions, en fait, correspondent au mouvement européen, où il y a de plus en plus de pouvoirs qui sont donnés aux régions, même si, clairement, en France, on est un pays beaucoup trop centralisé. Et les régions françaises sont des naines, par rapport à leurs consoeurs d'autres pays, allemandes, mais même espagnoles, parce que nous n'avons pas les moyens budgétaires qui sont significatifs.
Alors, contrairement à l'immense majorité des élus régionaux, départementaux, communaux d'ailleurs, vous n'êtes pas entré dans les collectivités par la porte-élection, par le mandat, mais par le contrat. Carole Delga, d'abord fonctionnaire territorial à la mairie de Limoges, et puis dans un syndicat des eaux en Haute-Garonne, et enfin la région Midi-Pyrénées, une quinzaine d'années dans la fonction territoriale, en quoi cela donne aujourd'hui un sens peut-être différent à votre action d'élu, votre politique de présidente de région ?
En fait, c'est un engagement qui date d'il y a longtemps, c'est-à-dire quand j'ai fait mes études, alors j'étais en économie et en économétrie exactement, je voulais être utile. Et donc j'ai découvert, en travaillant l'été, le monde des mairies, des départements, et là je me suis dit, mais c'est super, là on arrive à changer la vie des gens, on est utile. Et donc j'ai laissé tomber une carrière certainement prometteuse dans le domaine de la banque, de la finance, pour travailler pour les collectivités locales. Et donc ça correspond vraiment à une aspiration de vie, une aspiration profonde.
Et donc je travaillais aux côtés d'élus, et puis après je suis devenue moi-même sur le devant de la scène en tant qu'élu. Ça me donne une très bonne connaissance des rouages administratifs, c'est-à-dire que la technostructure, sur moi, elle ne prend jamais le pas, parce que je connais bien tous ces enchevêtrements, et c'est vrai que ça me donne, par rapport à d'autres élus, d'autres présidents de région, une grande liberté, parce que je ne me laisse jamais enfermer par le droit ou par des contraintes budgétaires, parce que le droit doit être au service d'un projet politique.
Qu'est-ce qui fait que vous décidiez de changer le sens de votre implication ? Qu'est-ce qui fait que la fonctionnaire territoriale que vous êtes, en 2004, adhère au Parti Socialiste, devient maire de sa commune en 2008, et conseillère régionale en 2010 ?
Alors je pourrais vous dire le hasard, mais plus précisément, c'est la générosité de gens qui m'ont entourée, parce que, en fait, je ne pensais vraiment jamais à me présenter à une élection, et ce sont donc les conseillers municipaux de ma chère commune, de Marthe-Tolozanne, qui sont venus me chercher en 2007, en me demandant de me présenter avec eux aux municipales de 2008, et en me demandant d'être tête de liste, c'est-à-dire de pouvoir devenir maire. Donc c'est cette générosité, c'est la générosité des autres qui m'a poussée, qui m'a donné confiance en moi, mais sinon, spontanément, je n'y aurais pas pensé.
Mais vous saviez que c'était une bascule ?
Ah, je savais, oui, que c'était une bascule, oui, oui, tout à fait, mais alors, dans la journée, il y a eu plusieurs étapes, parce qu'ils sont venus me voir le matin, et j'étais en train de jardiner, et donc dans mon jardin, ils viennent me voir en disant on voudrait te parler, ils sont venus à Troyes, on voudrait te parler des prochaines élections municipales. Et donc, parce qu'on aimerait que tu partes avec nous aujourd'hui, ben écoutez, pourquoi pas ? J'ai dit, mais là, j'étais en train de jardiner, je leur dis, on vous se voit ce soir à l'apéro, venait à l'apéro, à la maison, voilà.
Et puis, donc, ils sont arrivés le soir, et donc, dans la journée, j'ai cheminé, je me suis dit, tiens, je vais faire partie du conseil municipal, ça serait sympa. Mais le soir, en fait, ils m'ont bien précisé leur intention, et donc, c'était plus être dans l'équipe, c'était être la tête de l'équipe. Et donc, c'est vrai que, voilà, j'ai été très émue de leur confiance, et bon, et donc, j'ai dit oui, voilà, j'ai dit oui spontanément, parce que j'ai senti que c'était une belle aventure.
Et très émue, très élue aussi.
Oui, oui, oui. Premier tour ? Oui, élue au premier tour.
Premier mandat, vous le sollicitez, donc vous le décrochez en 2008 dans votre commune, vous devenez maire d'un village, vous avez grandi, vous vivez encore là-bas aujourd'hui, Martre-Tolozanne, 2600 habitants, pour situer, c'est une soixantaine de kilomètres au sud de Toulouse, l'autoroute des Pyrénées, la ligne TER qui vont vers Tarbes et Pau, passe par là, donc vous, c'est l'anti-parachutage. Quel rôle joue cet hyper enracinement à la fois dans votre action de présidente de région et dans ce que vous imaginez pour préparer idéalement le parti socialiste à gouverner en 2027 ?
Alors, Martre-Tolozanne, pour moi, tout d'abord, c'est un équilibre, c'est un repère, c'est mon refuge, c'est là où, voilà, tout le monde me connaît, voilà, tout le monde m'appelle Carole, tout le monde est spontané avec moi, ils savent que je suis élue d'un truc, à la région, mais ils savent qu'en fait, quand ils ont un problème, ils viennent me voir et que je fais tout pour les aider et ça me donne vraiment une grande connaissance des réalités de vie parce que le pouvoir isole et d'avoir la faculté d'être toujours très connecté aux problématiques du quotidien, moi, mes voisins, ils me parlent très rarement de la région, ils me parlent, je vis dans un quartier pauvre, donc ils me parlent, voilà, des petites retraites parce qu'il y a des personnes âgées, ce sont des familles souvent aussi qui sont en grande difficulté, de la difficulté d'élever les enfants, la fin du mois qui est difficile, donc voilà, c'est pour ces gens-là que je travaille, oui, c'est au nom des miens que je fais de la politique.
Martre Tolozane, d'abord, c'est là qu'a été tourné pendant votre adolescence l'été en pente douce, ce film merveilleusement poisseux avec Pauline Laffont, Villeray et Bacri, mais c'est surtout une commune tout à fait classique, c'est-à-dire une école, un EHPAD, un nombre d'exploitations agricoles divisé par deux en 20 ans, donc à peu près la moyenne nationale. Est-ce que ça a du sens, Carole Delgat, de considérer votre village comme un village témoin des inquiétudes, des espoirs, des collègues du pays ?
Alors, avec, bien sûr, un manque d'objectivité, parce que c'est le cœur qui parle, c'est un village exceptionnel, Martre Tolozane, c'est un village exceptionnel parce qu'il est magnifique, parce que c'est une bastide circulaire, parce qu'il y a encore de l'artisanat d'art, de la faïencerie, mais en effet, c'est un village où il y a la vraie vie.
Il y a la vraie vie, c'est-à-dire qu'on sent le désespoir qui monte dans nos campagnes, puisque c'est au cœur du Cominge, mais terre natale, et donc on sent ce désespoir qui monte, on sent l'extrême droite qui prend des proportions très élevées, je ressens la métripe, ce sentiment de déclassement, je sens aussi la résignation de mes concitoyens, et c'est contre tout cela que je me bats.
C'est votre grand-mère maternelle qui vous élève chez elle jusqu'à vos 6 ans, dans ce village entre Toulouse et les Pyrénées. Comment une grand-mère peut-elle à ce point déterminer par ses convictions, le sens de la vie d'une très jeune enfant ?
Je pense que tout d'abord, celles et ceux qui vous élèvent, ils déterminent votre destin par l'amour qu'ils vous donnent. Et moi, j'ai été merveilleusement aimée par ma grand-mère, par ma famille, et puis ma grand-mère, en fait, avait une foi, mais alors, indestructible dans l'école. Et donc, on était dans un milieu très modeste, voilà, ma famille avait connu, voilà, de nombreux problèmes, de nombreux drames, et elle a été convaincue que je réussirais par l'école parce que mon institutrice, donc, Madame Ducôles, lui avait dit, Carole est intelligente, elle est très intelligente, elle va réussir.
Et donc, ma grand-mère m'a martelée jusqu'à son dernier souffle que je réussirais et que, alors, c'était sa phrase, ne t'inquiète pas, on va s'en sortir, voilà, c'était, on va se sortir, voilà, des difficultés, de la misère et elle était, elle avait une croyance en moi absolue aussi forte que dans celle de l'école de la République et ça a marché.
La mairie en 2008, Martre Tolozane et puis tous les deux ans, une étape supplémentaire, élu régional en 2010, député en 2012, 2014 entré au gouvernement comme secrétaire d'Etat, 2016 présidence de région. Quel sens vous donnez rétrospectivement, Carole Delga, à ses huit années vertigineuses ? Est-ce que dans ces moments-là, on maîtrise sa propre trajectoire ?
Oui, j'ai le sentiment de l'avoir toujours maîtrisé mais d'avoir toujours saisi toutes les opportunités. Voilà, c'est vrai que j'ai eu de la chance parce qu'on m'a fait des propositions mais à chaque fois, je les ai saisis avec audace, certains même diront peut-être parfois avec un brin d'inconscience mais j'ai toujours considéré qu'en travaillant beaucoup, j'arriverai à réussir dans ces fonctions-là puis c'est la passion de servir les autres. Voilà, moi je fais de la politique pour servir les gens et pour améliorer leur quotidien.
Alors dans ces fonctions-là que je viens de citer, vous avez expliqué ne pas avoir tellement apprécié votre mandat de député car il vous éloignait trop des gens. Il y a deux façons de comprendre ça, Carole Delga. Première façon, c'est un mandat qui éloigne, point. Et puis deuxième façon, c'est un mandat qui éloigne donc il faudrait pouvoir le cumuler à un autre mandat qui rapproche, maire ou président de collectivité par exemple. C'est quoi la bonne version pour vous ?
Ce sont ces deux éléments parce que j'ai trouvé que le travail de parlementaire dans l'hémicycle était très très peu efficace. La procédure législative est très très longue. Il y a beaucoup de place pour les discours qui sont souvent creux, peu pour la réalisation et de plus, des députés, puisque maintenant il y a le non-cumul des mandats qui n'ont vraiment aucun enracinement. Oui, je pense que ce sont des députés moins efficaces et c'est pourquoi, voilà, moi je me désole de voir ces dernières semaines ce que retiennent les Français et les Français des débats à l'Assemblée nationale et qui sont complètement anecdotiques et qui ne sont pas de niveau.
Donc oui, je pense qu'au niveau de l'Assemblée, il y a une procédure législative à profondément modifier pour être beaucoup plus efficace et je pense aussi qu'il faut avoir des députés qui sont plus connectés au réel parce que vous savez franchement quand vous passez quatre jours à Paris dans des fauteuils en velours bien confortables vous êtes quand même complètement déconnectés du réel. Moi, il y a des moments où je suis très étonnée des contenus, des discussions qu'il peut y avoir à l'Assemblée nationale.
On ne va pas perdre du temps octobre 2022 à faire trop de politique fiction et à vous interroger sur 2027 parce que est-ce que vous voulez être candidate PS à la présidentielle ? Ça n'aurait pas beaucoup de sens de vous poser la question politique aujourd'hui. En revanche, je voudrais avoir une approche plus personnelle sur cette candidature à l'Elysée qu'on évoque ça et là. en découvrant que vous n'aviez pas apprécié le côté parisien enfermement du mandat de député, je pensais à une très belle nouvelle qu'avait écrite le regretté Denis Thilinac en 2014. Ça s'appelait Le Merle et le Président.
Il y peignait quelqu'un qui ressemblait fort à Jacques Chirac dans son palais de l'Elysée pris d'une mélancolie mais d'un blouse affreux en voyant par la fenêtre de son bureau un merle dans le jardin totalement libre lui. Est-ce que vous ne seriez pas sujette Carole Delga à ressentir le même accès de déprime si d'aventure vous retrouviez dans un grand bureau d'un grand palais parisien ?
Non, je pense que ma liberté c'est vraiment un sujet que je ne négocie jamais. Jamais je ne négocie et donc je suis profondément libre je garde cette liberté de mon enfance et je l'ai toujours préservée y compris récemment donc quelles que soient les fonctions vers lesquelles j'irai je pense que cette liberté je la garderai et même si jamais je devais aller faire de nouveau vers des bureaux parisiens puisque j'ai été secrétaire d'état je garderai toujours un fort ancrage territorial parce que le terrain c'est vraiment mon moteur c'est mon carburant.
Et pour donner un sens global à tout cela Carole Delga vous appelez de vos voeux une révolution sur les rapports entre l'état et les collectivités alors qui l'encadre cette révolution ? Est-ce que c'est vous éventuellement vous les socialistes ou vous personnellement en 2027 ? Est-ce que c'est une nouvelle décentralisation tout simplement qu'il faut inventer ?
Oui je pense que le parti socialiste doit faire des propositions fortes en effet sur une nouvelle ère de la décentralisation parler simplement pour donner plus de pouvoir localement c'est notre ADN nous les socialistes et il faut vraiment réformer complètement un système qui est complètement embolisé aujourd'hui avec Emmanuel Macron on a vécu on a vécu une recentralisation un éloignement très fort des préoccupations des françaises et des français d'où d'ailleurs la majorité relative et donc il faut que nous portions un nouveau projet de reconnaissance des territoires plus de pouvoir mais aussi une capacité de différenciation moi je suis très très attachée à ce sujet en tant que présidente de région de France je défense cela pour tous les territoires de France c'est à dire aussi bien pour la Corse avec le principe d'une autonomie progressive et puis également avec un principe de différenciation pour les territoires d'outre-mer parce que
y compris dans les institutions
oui y compris dans les institutions on a la maturité politique pour donner plus de liberté locale que ce soit pour reconnaître l'insularité de la Corse et reconnaître aussi la culture corse mais que ce soit aussi pour s'adapter à cette richesse que nous avons avec les territoires d'outre-mer et il ne faut pas qu'ils se sentent toujours exilés mais au contraire il faut qu'ils se sentent intégrés à la république France Culture
Sens Politique Arnaud Bousquet
Dans cette émission Carole Delga nous illustrons chaque semaine le parcours politique de nos invités politiques au sens très large le militantisme le pouvoir mais aussi la conscience politique illustration à partir d'archives sonores et voici la première vous concernant vous ne savez pas encore ce que nous avons choisi un extrait d'une déclaration que vous avez faite Carole Delga peut-être très récente peut-être plus ancienne je ne précise ni le moment ni le lieu ni l'identité de ceux qui vous entourent à ce moment-là on écoute l'archive vous allez la découvrir avec nous et puis vous nous expliquerez le contexte et le sens que vous aviez voulu donner à vos mots ça vous va ? Très bien
La gauche La gauche s'est toujours illustrée par sa volonté de réduire les inégalités entre les individus en s'attaquant aux injustices économiques et sociales Le cœur de notre action nous les socialistes notre raison d'être c'est l'humanisme et ton gouvernement manuel auquel j'ai eu l'honneur de participer n'a jamais quitté cet objectif des yeux Alors j'entends j'entends le discours de certains qui estiment que la droite et la gauche c'est un peu la même chose que la droite et la gauche sont conciliables que c'est un clivage dépassé qu'il faut savoir aller au-delà au lointain et je remarque qu'il y a un point commun entre toutes ces personnes ces personnages qui tiennent des discours il y a une chose au centre au centre de leur motivation le moi le je et jamais la dynamique collective
Carole Delgar est-ce que vous avez identifié et daté ce moment ?
Je pense que c'est 2017 et ça devait être lors des primaires socialistes c'est ça ?
Alors c'est le 29 août 2016
2016 d'accord
Nous sommes dans la banlieue de Toulouse la ville de Colomiers petit meeting ou une grosse réunion comme vous voulez de soutien à la candidature de Manuel Valls à la présidentielle de 2017 devant vous il y a Manuel Valls mais aussi d'anciens ministres et personnalités socialistes comme Najat Vallaud-Belkacem Marisol Touraine Claude Bartholone Stéphane Lefol au moment de ce discours quel est le sens de votre engagement aux côtés de Manuel Valls pour la présidentielle qui se tient pour le rappel huit mois plus tard
Tout d'abord à ce moment-là j'étais indignée j'étais indignée par la trahison d'Emmanuel Macron par ce goobie bulga qui voulait vendre et qui l'a réussi à vendre aux françaises et français sur le ni droite ni gauche parce que je savais l'imposture qu'il y avait derrière l'insincérité voilà donc j'étais indignée j'étais révoltée de cela et je trouvais que c'était important de rappeler ce que c'était qu'être de gauche qu'elles étaient les idéaux de la gauche qu'elles étaient les actions de la gauche et en effet je faisais campagne pour Manuel Valls dans le cadre de la primaire des socialistes
A cet instant donc fin août 2016 François Hollande est président de la république Manuel Valls est toujours premier ministre vous considérez déjà que le président sortant qui pourtant est de votre famille politique ne peut pas rester pour un quinquennat supplémentaire
non je ne le considère pas à cette époque là je ne le considère pas mais je veux dire on voit bien ce qu'Emmanuel Macron est en train de de préparer donc et je trouve qu'il a trahi François Hollande je veux dire François Hollande avait toute sa confiance moi j'ai été au gouvernement sous Manuel Valls avec Emmanuel Macron et je voyais bien il gagnait tous les arbitrages
c'était votre ministre de tutelle d'ailleurs
cela a été mon ministre de tutelle
vous étiez secrétaire d'état au commerce à l'artisanat à la consommation à l'économie sociale et solidaire et lui était à Bercy
oui ça j'ai commencé avec donc Arnaud Montebourg Arnaud Montebourg exactement et puis après pendant 4 mois avec Arnaud et puis après 9 mois avec Emmanuel Macron ça ne s'est pas bien passé donc oui j'étais révoltée par ce par en fait ce discours que portait Emmanuel qui était quand même basé sur une trahison vis-à-vis de la confiance que lui avait accordé François Hollande et puis c'était aussi c'était en fait un subterfuge très habile mais c'était un subterfuge de croire que la droite et la gauche étaient la même chose et c'était tromper le peuple de gauche et puis le peuple de gauche a été trompé il s'en est rendu compte pendant 5 ans
et vous rappelez votre fierté d'avoir appartenu au gouvernement dirigé par Manuel Valls gouvernement profond des membres de gauche dites-vous aujourd'hui Manuel Valls est honnée à peu près par tout le monde à gauche et vous parlez même de traître quand vous l'évoquez éclairez-nous en quelques secondes sur les 9-10 mois où tout bascule entre Colomiers août 2016 et les législatives 2017 une espèce de big bang pour le PS illustré par la trajectoire de Manuel Valls
oui moi à cette époque-là je retenais l'action politique par rapport à la protection des français sur les attentats de Manuel et donc je pensais qu'il était le bon candidat et puis on a perdu les primaires c'est Benoît Hamon qui les a gagnés donc j'ai fait complètement campagne pour Benoît et ça personne ne peut me l'enlever les deux plus gros meetings qu'il a fait c'est à Montpellier et à Toulouse et puis s'approche donc l'élection présidentielle Emmanuel Valls m'appelle un lundi matin pour me dire je vais appeler à voter Emmanuel Macron donc pour le premier tour et là je lui dis tu te perds je lui dis tu te perds et nos chemins se séparent je lui dis définitivement parce que ça c'est c'est une trahison à ce que nous avons essayé de construire ensemble c'est une trahison par rapport à la confiance que j'avais mis en toi et puis voilà malheureusement on connaît la trajectoire de Manuel Valls je dis malheureusement parce que je pense que c'est un vrai gâchis et il s'est perdu en effet
et de bonne source car le rôle d'Elga vous croyez savoir qu'Emmanuel Macron au début de l'été 2022 cet été là réfléchissait à l'hypothèse de vous proposer de devenir première ministre vous avez fait savoir que vous n'étiez pas à vendre quel est le sens de ce message
c'est un message de cohérence c'est un message de sincérité c'est un message de droiture en effet des proches d'Emmanuel Macron lors de sa réélection m'ont contacté en me disant nous sommes nombreux à penser que ça serait bien que tu sois la première ministre alors je leur ai dit écoutez c'est très gentil mais vous rappelez de suite Emmanuel et vous lui dites qu'il n'en est pas question ça sera un non définitif non non moi je suis ferme sur mes valeurs je suis debout au travail pour les françaises et les français mais pas de compromission pas de tambouille politicienne France Culture sens politique
Arnaud Bousquet
le sens de la compatibilité possible ou non admissible ou non entre gauche et droite au sein d'un même gouvernement on a entendu avec notre premier archive qu'il n'y avait pas de place selon vous pour le compromis qui serait alors compromission et puis il y a la question importante aussi des différentes gauches les gauches sont-elles compatibles ça fait plus d'un siècle que le problème car s'en est un fracture et affaiblit votre camp je vous propose à ce sujet Carole Delga la deuxième archive de l'émission Vincent Péillon ancien ministre de l'éducation nationale participe à un documentaire télé que notre camarade Jean-Noël Janenet consacre à Jean Jaurès Vincent Péillon évoque Jaurès et sa tentative d'unifier les socialistes
Jaurès veut faire l'unité des socialistes qui sont éparpillés en plein de familles mais au moment où il fait ça il va concéder un peu à la tendance dite guédiste marxiste matérialiste donc il est là non plus le pur intellectuel Jaurès non plus Jaurès lui-même mais Jaurès le chef de parti qui cherche à rassembler et donc il fait des compromis et quand on lit l'histoire du socialisme on voit que ce divorce entre deux théories socialistes et deux attitudes dont Jaurès essaye de faire la synthèse on va les retrouver à tout moment de l'histoire de la gauche ce qui explique que le parti socialiste qui a eu parfois des pratiques opportunistes au pouvoir a toujours tenu des discours très marxistes de lutte des classes et donc un écart formidable dont nos concitoyens ont d'ailleurs parfois souffert entre le discours et les pratiques
Vincent Péillon s'exprimant dans le documentaire Jean Jaurès toujours vivant réalisé par Bernard Georges co-écrit avec Jean-Noël Jeannenez tellement à dire j'imagine Carole Delga avant de vous poser des questions juste votre réaction à cette analyse qu'a Vincent Péillon du sens de l'histoire socialiste depuis 120 ans
oui je pense qu'en effet il est nécessaire de pouvoir toujours rassembler et ça c'est fondamental il faut que nous les socialistes nous sachions rassembler et il faut aussi que nous les socialistes nous sachions rassembler à gauche et au-delà pour pouvoir gagner pour pouvoir transformer la vie des gens et la question de la lutte des classes c'est vrai que c'est pour nous un totem c'est à dire que nous quand on est socialiste ce qu'on refuse c'est l'enfermement c'est la soumission à sa condition sociale nous nous voulons une société qui permet à chacun et à chacune de choisir son destin de s'émanciper de se libérer du poids des conventions ou de sa condition donc c'est un sujet difficile c'est un exercice en effet qui demande beaucoup d'abnégation mais c'est indispensable
un vol d'oiseau je calculais une centaine de kilomètres entre Martre Tolozanne votre commune et Castres où est né Jaurès il y a un siècle et demi j'imagine que si vous venez de consacrer un livre à Jaurès les convictions et le courage paru chez Privat c'est pas seulement par affinité régionaliste quel est le sens de cette biographie politique que vous avez réalisé
c'est durant le confinement que j'ai relu beaucoup de textes de Jean Jaurès qu'il avait écrit pour la dépêche du midi et j'ai trouvé que c'était parfaitement d'actualité et qu'on retrouvait les convictions et qu'on retrouvait le courage parce que je trouve que dans cette séquence politique que nous vivons depuis plusieurs années il y a un manque crucial de conviction de clarté sur ce qu'on veut pour le peuple et qu'il y a un manque en effet de courage parce que c'est la compromission c'est la tambouille on achète les positionnements des uns et des autres pour des histoires de place et donc c'est comme ça d'ailleurs qu'on fait prospérer malheureusement l'extrême droite
Dans l'extrait que nous avons choisi d'écouter et puis d'analyser avec vous Carole Delga Vincent Péion évoque la répétition du scénario invariablement inexorablement depuis Jaurès pour le parti socialiste allié pragmatisme dogme marxisme opportunisme et puis finalement décevoir et faire souffrir c'est ce que dit Vincent Péion c'est le sens que vous donnez à la NUP aujourd'hui qui ne serait que la énième répétition du vice de fabrique du socialisme
Non mais je ne vais pas être dans des analyses courtes sur la NUP
parce qu'il faut être
conscient de ce que vit la France c'est à dire c'est une montée vraiment très inquiétante de l'extrême droite quand vous êtes sur le terrain quel que soit le terrain que ce soit des grandes villes des territoires ruraux que ce soit l'Occitanie ou que ce soit les Hauts-de-France on sent qu'il y a un tel désespoir chez les Français qu'il y a maintenant une adhésion une adhésion à Marine Le Pen et à ses idées d'extrême droite donc la question de la gauche est-ce qu'elle doit être unie ?
Oui forcément indiscutablement elle doit être unie est-ce que la proposition qui avait été faite de la NUP c'est-à-dire d'avoir quand même Jean-Luc Mélenchon comme chef de file et premier ministre est-ce que c'était une bonne idée ? j'ai dit non à l'époque c'était une mauvaise idée et je continue à le dire on ne peut pas avoir une gauche qui s'aligne derrière Jean-Luc Mélenchon et les idées de la France insoumise qui lui-même
se situe hors de la République vous le disiez quel est le point de bascule là aussi ce qu'il y a plusieurs d'ailleurs points de bascule au-delà desquels on n'est plus dans la République
tout d'abord moi je tiens à rappeler que la gauche unie c'est indispensable je suis pour l'union de la gauche et je pense qu'on doit avoir vraiment un pôle central autour du parti socialiste et qu'on ne peut pas être dans un alignement avec les idées de la France insoumise discuter avec la France insoumise je suis d'accord mais il y a un axe majeur qui fait pour moi la différence entre ce que dit Jean-Luc Mélenchon et ce à quoi je crois et ce que je fais c'est que Jean-Luc Mélenchon sur la question de l'extrême droite il accepte le vote blanc et ça moi je ne peux jamais l'accepter et je pense que quand on est socialiste on ne peut pas accepter cela on ne peut pas accepter le vote blanc contre l'extrême droite c'est extrêmement grave cela et donc il faut savoir travailler avec l'ensemble de l'union de la gauche mais avoir des principes intangibles et si j'ai été en désaccord avec la NUP version mai 2022 c'est parce que il fallait souscrire il fallait se soumettre à Jean-Luc Mélenchon premier ministre et ça ce n'était pas possible et donc moi l'union de la gauche je suis pour mais dans une forme équilibrée et nous devons nous devons être unis pour pouvoir accéder au pouvoir et donc bien entendu qu'il est nécessaire de discuter avec la France et les soumises avec toutes les forces de gauche mais nous devons être clairs sur nos convictions et par exemple j'ai regretté que quand Jean-Luc Mélenchon avait déclaré la police se tue le parti socialiste n'est pas réagi parce que non la police ne tue pas la police elle protège prioritairement quand il y a des bavures on les sanctionne mais en revanche je salue le fait que Olivier Véfort n'ait pas été d'accord sur l'analogie entre la révolution française et la manifestation du 16 octobre parce qu'on ne doit jamais jamais appeler à la violence quand on est en responsabilité
concrètement pour contrer la montée du rassemblement national vous évoquiez le niveau national on peut rester dans votre grande région le rassemblement national dans les Pyrénées-Orientales par exemple département de votre région fait le grand chelème aux législatives après avoir gagné la ville de Perpignan quelle alternative vous proposez avec vos partenaires pour les prochaines années et pour pas que ça se reproduise lors des scrutins à venir
tout d'abord rappeler qu'au régional de 2015 l'extrême droite a fait 34% et au régional de 2021 c'est à dire 6 ans après a fait 24% donc il n'y a pas de fatalité contre l'extrême droite il n'y a pas de fatalité et je l'ai prouvé sur un territoire de 6 millions d'habitants c'est un petit pays en faisant reculer de 10 points le Front National comment ?
tout d'abord en affichant nos valeurs en expliquant que les idées de l'extrême droite elles sont dangereuses pour la République elles sont en dehors de la République et que nos morts que nous honorons dans les monuments aux morts de France ils se sont battus pour la République pour que la France soit indépendante et que pour la devise républicaine liberté, égalité, fraternité existe réellement et ensuite il faut amener des solutions à nos concitoyens la rentrée la moins chère de France c'est en Occitanie parce qu'en Occitanie on fournit les ordinateurs les manuels scolaires et le transport scolaire est gratuit le train le moins cher de France c'est en Occitanie la région Occitanie elle aide les maires pour les polices municipales donc nous agissons
donc transposer cela au niveau national
oui, il faut transposer cela au niveau national
Carole Delga comme chacun de nos invités vous n'êtes pas venu les mains vides on demande un petit travail aux participants une archive sonore de leur choix on va donc maintenant partager ce que vous avez sélectionné pour nous Carole Delga d'abord dites-nous qui vous avez choisi de diffuser aujourd'hui dans le sens politique
alors tout d'abord Pierre Bourdieu Pierre Bourdieu sociologue bien sûr un clin d'oeil à nos Pyrénées communes mais surtout une profonde admiration sur ce qu'il a écrit ce qu'il a pensé sur la question du capital culturel et sur la nécessité de lutter contre l'enfermement
On observe que les inégalités de réussite scolaire ne sont pas expliquées complètement à partir des inégalités économiques donc il a fallu inventer une notion que j'ai appelée capital culturel c'est-à-dire l'idée que nous héritons de notre famille pas seulement des moyens matériels mais nous héritons des instruments de connaissances d'expression des savoir-faire des savoirs des techniques des modes des manières de travailler par exemple c'est-à-dire des tas de choses qui sont transmises inconsciemment par la famille et qui contribuent énormément à la réussite scolaire
Le sociologue héberné Pierre Bourdieu interview que nous daterions comme ça au début des années 80 Carole Delga quel est le sens de votre choix aujourd'hui pour vous arrêter quelques minutes à l'antenne de France Culture sur Bourdieu et ce concept de capital culturel
Ce concept il est fondamental parce que la première des inégalités ce n'est pas le capital économique c'est-à-dire l'héritage ou le financier ou le patrimoine c'est cette question en effet du capital culturel c'est toutes ces conditions qui viennent du milieu social qui permettent de s'exprimer facilement Bourdieu a vraiment là aussi beaucoup écrit sur la question du langage c'est-à-dire qu'on vient d'un milieu aisé on s'exprime plus facilement alors qu'on vient d'un milieu modeste rien que l'expression orale demande un effort et c'est pourquoi par exemple moi dans mon projet culturel régional la thématique c'est l'oralité c'est parce que je sais qu'à travers l'oralité c'est un outil pour combattre le déterminisme social et puis Bourdieu il a vraiment bien expliqué aussi donc en fonction du milieu social vous avez de façon presque innée certaines dispositions et que donc il faut qu'au niveau de l'école au niveau de l'éducation nationale il y ait des moyens puissants pour lutter contre ces inégalités de naissance et là c'est tout le sens de mon combat sur ce que je fais en Occitanie dans le cadre des missions qui sont les miennes sur les lycées ce que je fais au niveau culturel aussi mais c'est le sens aussi de mon engagement politique au niveau national c'est pour ça que je défends la semaine de 4 jours et demi parce que quand vous avez une semaine de 4 jours et demi à l'école vous avez plus de temps pour découvrir les pratiques artistiques vous avez plus de temps pour vous former aux langues parce que par exemple quand on passe devant un musée si on vient d'un milieu social favorisé vos parents ils vous y amènent spontanément au musée si vous venez d'un milieu social qui a des difficultés vous n'avez pas les sous pour payer l'entrée du musée et puis même rien que ce grand bâtiment il vous impressionne et donc il faut casser tous ces murs il faut donner la possibilité vraiment de rayonner puis Bourdieu il a développé un autre sujet qui est fort c'est la question de la province il a dit en fait que quand il est arrivé à une école normale supérieure en fait il était toujours dévisagé et chacun lui trouvait une étrangeté et moi cette étrangeté je la sens bien de la part de mes collègues dans le monde politique qui sont quand même souvent depuis très longtemps et leurs familles sont dans ce milieu là en fait on est étrange quand on vient de loin quand on vient du fin fond des Pyrénées quand on vient d'un milieu social très modeste mais cette étrangeté en fait c'est une richesse parce que ça vous permet d'avoir une sensibilité et la province Apollinaire disait que c'était un continent oublié et moi je voudrais passer un message à tous ces provinciaux et de leur dire que non en fait en Occitanie on bâtit une contre-province parce qu'il n'y a pas de province vaincue et on veut au contraire donner de la force et de l'espoir à l'ensemble des Françaises et des Français
et vous personnellement et on terminera là-dessus Carole Delga votre capital culturel dont vous avez donc hérité selon Bourdieu vos donneurs de ce capital culturel sont exclusivement des donneuses une grand-mère une mère une institutrice
une marraine aussi qu'est-ce que ça change que ça ne soit
que des femmes
ça change que toutes ces femmes m'ont donné beaucoup d'amour et surtout m'ont donné beaucoup de liberté c'est-à-dire qu'elles m'ont toujours indiqué qu'en travaillant tout était possible en travaillant bien à l'école en travaillant bien dans son métier et ça c'est un formidable atout donc je travaille beaucoup et la vie m'a ouvert les bras m'a donné des possibles que je n'imaginais pas et oui ces femmes elles me donnent elles m'ont donné donc moi maintenant à l'âge qui est le mien j'essaie de transmettre à d'autres jeunes filles de leur dire oui tout est possible ayez confiance en vous croyez en vous et le monde sera ouvert et la vie sera belle
je vous remercie Carole Delga d'être aujourd'hui venue sur France Culture partager trois quarts d'heure de Sens Politique votre file d'Ariane suivie de Martre Tolozane à Paris dans votre engagement politique depuis 20 ans la présidence de la région Occitanie est désormais dans la volonté de rénover la gauche et de reconstruire le parti socialiste Carole Delga je voudrais aussi rappeler les références on a évoqué cette figure aujourd'hui rappeler les références du livre que vous venez de consacrer à Jean Jaurès les convictions et le courage c'est son titre édité chez Priva et paru au printemps dernier nous refermons l'émission qu'Anne-Claire Bazin m'a aidé à préparer que Martin Desclozo a réalisé avec aujourd'hui Grégory Wallon à la technique merci à tous les trois et si vous voulez réécouter Sens Politique toutes les émissions depuis la première vous attendent sur l'appli Radio France et sur le site franceculture.fr Sous-titrage Société Radio-Canada
Carole Delga