Les ARBRES, victimes aussi des CANICULES
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La couleur des arbres traduit directement l'état de leur physiologie. La chlorophylle présente dans les cellules végétales permet à la plante de réaliser de la photosynthèse, de transformer l'énergie solaire et le CO2 en sucre. Et donc, si l'arbre est vert, c'est le signe que ce processus fonctionne correctement et qu'il est en bonne santé.
Alors, c'est une généralité, évidemment. Il existe des variations dans la nature, certains ne sont pas tout à fait verts et sont en bonne santé. En revanche, ce qu'on sait, c'est qu'avec les vagues de chaleur, les sapins, par exemple, changent de couleur.
Brigitte Muche est généticienne et chef du département des ressources génétiques et forestières de l'Office national des forêts. En fait, on a remarqué sur les sapins, sur les cèdres de l'Atlas aussi, que les arbres qui étaient stressés devenaient bleus et changeaient de couleur. On le voit très nettement.
Vous prenez des plants de cèdre, vous diminuez l'arrosage. Et à côté, vous avez un arrosage classique. Eh bien, vous avez une couleur qui est différente.
Il y en a qui sont verts et il y en a qui sont bleués. Les sapins, c'est la même chose. Et ensuite, quand les arbres n'arrivent plus à réguler leur température, ils régulent leur température, notamment en transpirant, et que malgré tout, la température continue à augmenter, qu'en plus de ça, on a de la sécheresse, eh bien, les aiguilles virent au rouge et tombent.
Et là, c'est plus récupérable. La chlorophylle est détruite par la chaleur et d'autres pigments, les anthocyanes, donnent aux aiguilles des sapins cette couleur rouge. Ça, c'est pour les arbres qu'on dit résineux.
Les feuillus, en revanche, ne virent pas au rouge. Ils brûlent littéralement. Les feuilles deviennent beiges, presque translucides, et ça n'a rien à voir avec les couleurs d'automne.
Les cellules perdent leur eau. Elles n'ont plus de structure. Les poches d'air à l'intérieur s'effondrent et se collent.
Et la chlorophylle, là aussi, se dégrade. Bon, et au-delà de ces changements de couleurs, quels sont les autres effets des vagues de chaleur sur les forêts ? Eh bien, une diminution de la croissance.
C'est déjà documenté depuis longtemps, depuis 1995, par l'IGN, l'Institut National de l'Information Géographique et Forestière, sur toutes les espèces et dans toutes les régions. Lorsqu'une vague de chaleur se produit, les arbres arrêtent de respirer. Ils ferment leur stomate, sorte de petite bouche, pour limiter les pertes d'eau.
Il n'y a plus de photosynthèse, plus de captation du CO2, et donc ils cessent de grandir. L'autre effet, c'est qu'un arbre affaibli est, comme un humain, plus vulnérable. Il devient plus sensible, notamment aux parasites et aux maladies.
L'une des solutions pour aider les forêts à survivre aux vagues de chaleur, c'est ce qu'on appelle la migration assistée. La migration assistée, c'est quelque chose, en fait, qui reproduit ce que la nature a déjà fait. Je m'explique.
On dit toujours que les arbres, c'est relativement statique. Non, les arbres, ça bouge. Ça bouge de différentes manières, avec le pollen.
Et on le voit bien quand on est allergique aux pollens de bouleau, qu'on a du pollen partout autour de nous. Il peut se déplacer sur de grandes distances. Donc, ça permet de mélanger les gènes.
Et puis, les graines se déplacent aussi, généralement avec des auxiliaires, comme les oiseaux, qui peuvent faire de grandes distances. Et donc, on reprend cette idée de migration en se disant que là, si on calcule la vitesse du réchauffement climatique par rapport à ce que nos arbres sont capables de faire par les flux de pollen ou les flux de graines, même aidés par les animaux, on ne le comblera pas. Les arbres ne vont pas réussir à migrer assez vite pour coloniser des situations qui leur seraient favorables dans le futur.
Concrètement, la migration assistée consiste à récolter des graines de hêtres, par exemple, de hêtres marseillais, pour les planter auprès d'autres hêtres en Lorraine. Là, on déplace simplement des populations d'une même espèce, mais on peut aussi transférer une autre espèce d'arbre, mieux adaptée à la chaleur. C'est le cas du chêne tozin, par exemple, naturellement présent dans les Pyrénées, que l'on déplace en forêt de Compiègne, par exemple, là où il n'existe pas naturellement.
Attention, il ne s'agit pas d'introduire une espèce dite exotique. Parce que le chêne tozin est déjà une espèce française. Et cela limite fortement le risque qu'il devienne envahissant et qu'il supplante les espèces locales.
Ce phénomène de migration est très bien documenté dans le passé, lors des différents réchauffements climatiques qu'a connus notre planète, qui étaient, je le précise, sans commune mesure. Avec ce qu'on vit actuellement, les arbres ont migré, seul et à leur rythme. Mais cette fois, le réchauffement est si rapide qu'ils ont besoin d'un petit coup de pouce.
Ce projet français porte le nom de Jiono. Il a commencé en 2011. C'est cette expérimentation qui a démocratisé la migration assistée.
A présent, c'est le projet MIG Forest qui prend le relais au niveau européen. L'idée maintenant est d'étendre cela, non pas à une seule parcelle forestière, mais à un massif entier, avec plusieurs espèces, chênes, tilleuls, sorbiers et sapins, pour qu'ils conservent leur vigueur, et donc leur couleur, pendant les vagues de gel. Merci beaucoup Alexandra Delbo.