Le discours d'Emmanuel Macron au Grand Orient de France en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mesdames et Messieurs les parlementaires, Messieurs les préfets, Messieurs, Mesdames les très respectables grands maîtres, Mesdames et Messieurs, chers amis, Je vous remercie, très respectables grands maîtres, d'avoir accepté que la parole circule jusqu'à moi, premier outil du franc-maçon, en fait compte en effet l'acceptation de l'autre, dans vos loges au Grand Orient et dans les autres obédiences représentées ici aujourd'hui se poursuivent sans relâche, ainsi conduit ce travail maçonnique, selon cette maillotique utile pour le pays et pour la République.
Et je voudrais, avant tout chose, chercher ici à dire l'importance de cette parole et votre contribution à l'occasion de ces 250 ans à la vie de la Nation et à notre République. Chacun sait qu'en vos loges la parole est hiérarchisée, structurée, organisée, légitimée, par un lent et patient travail de la pensée, de l'écoute et du partage. Et c'est ainsi que se conduit la recherche de la vérité.
Et à l'heure des réseaux sociaux, où les paroles indistinguent se mêlent et s'entremêlent, sans hiérarchie ni distinction, l'évoquions tout à l'heure, avec tous les risques que cela implique, Ce modèle pourrait paraître anachronique, mais, si vous y autorisez le profane que je suis à le dire, c'est un modèle qui, à l'évidence, n'est pas des nouvelles vertus de la patience, pour façonner une parole de raison porteuse de progrès, parole profondément attachée à la liberté de l'être humain.
Et je crois aussi qu'au moment où ailleurs, ce sont les armes qui parlent en Europe et dans le monde, et où chez nous s'élèvent des voix de confusion, de haine, de déraison et de division, cette parole doit être plus forte et mieux entendue. C'est ce qui motive, entre autres, ma présence ici parmi vous. Les 250 ans du Grand Orient sont naturellement l'occasion, mais je sais que, s'agissant de l'histoire de la franc-maçonnerie, qui commence, on ne sait quand, véritablement, s'inscrit dans des temps lointains, empreinte aux grands mythes, les dates ne comptent guère. Seul compte, aujourd'hui comme hier, l'avenir et le progrès humain possible.
Votre nom même signifie cette attention à l'aube toujours recommencée de l'idéal, c'est donc de cet idéal et de cet avenir que je viens surtout parler aujourd'hui. Cet avenir se construit certes à la lumière d'un grand héritage. Nous l'avons vu ensemble tout à l'heure. Issus de ces compagnonnages d'Ecosse, d'Angleterre, où des hommes éprouvés par la violence religieuse se sont retrouvés, en laissant leur discorde à la porte des loges, de proche en proche, la franc-maçonnerie vint un projet de société. Ce projet était celui des Lumières. Elle transmis cette pensée de liberté et de raison des salons en province. La franc-maçonnerie est à cet égard la fille aînée des Lumières.
Dans ces rites, bien sûr, où s'exalte l'éclat de la raison humaine, compte à transpercer le fanatisme. Dans ses idées, surtout, elle tient l'homme comme la mesure du monde. Elle consacre l'égalité entre les femmes et les hommes, de leur faculté de jugement, dans leur égalité profonde, par-delà les origines de la religion, dans leur perfectionnement possible et souhaitable, par l'éducation, la culture, leur aspiration au progrès. Elle dit que l'humanité est une et que l'avenir peut être porteur d'espoir. En 1773, dans des remous que je laisse à la sagesse de l'étude, le Grand Orient décida de s'appeler ainsi.
Alors ce noir, le fil profondément français, si vous me le permettez, de la franc-maçonnerie. Un fil qui, dès l'origine, présentait des traits propres à notre esprit national, le goût des distinctions et des hiérarchies. Je sais que les grades et les degrés, dans leur complexité, sont tenus pour être nés en France, bien qu'on les qualifie d'hécossais. Mais aussi et surtout, un caractère profondément démocratique, marié à une ambition d'ordre. Avec la création du Grand Orient, les vénérables jusqu'à leurs propriétaires, à vide, leurs charges sont élées. Et les loges disséminées sur le territoire doivent désormais répondre à pareil. La centralisation, ici aussi.
Par une même réforme, a été combattue l'inégalité naturelle et le poids excessif des particularismes. Une lutte contre l'assignation au profit de la liberté et de l'unité. Une oeuvre de liberté et de concorde au-dessus du chaos et de la fatalité. La franc-maçonnerie française était constituée à l'image des destins de la nation française. Démocratique, méritocratique, la franc-maçonnerie française est aussi universelle. Dès le XVIIIe siècle, elle accueillait à égalité ceux que la société d'alors vouait aux places obscures.
Les frères de confession juive, ceux de couleur, les femmes au sein des loges dites d'adoption, parmi elles, et comment pourrait-je oublier, une ancienne propriétaire du palais de l'Elysée, Baptiste d'Orléans, sœur de Philippe Égallité. Grand maître du Grand Orient est elle-même grande maîtresse surnommée citoyenne vérité à la Révolution. Il n'est plus émouvant que de lire ici, au sein du musée de la Rue Cadet, les débats graves et pondérés où les loges discutent de l'acception des uns et des autres. Nous l'avons refroidi tout à l'heure. Ces débats ont compris toujours à l'égalité et à l'humanisme. Et ces lettres et ces mots sont toujours non contemporains.
Il exista dès cette époque une affinité élective entre la franc-maçonnerie et le combat pour la liberté qui deviendra combat républicain. Destin jumeau, destin fraternel, face à l'opposition cléricale et aux fractures de l'histoire du XIXe siècle, dans l'alternance des rois et des empereurs, la franc-maçonnerie finit par s'identifier au projet républicain et la République s'éleva, pierre à soeur, qu'on ne s'y trompe pas, là encore. L'apport de la franc-maçonnerie est une vérité historique. Il n'y a ici ni complot, ni dessin secret. Regardons face à nous. Dans ce temple broussier, la fresque à l'Orient représente une allégorie féminine.
À ses côtés, trône des visages et des figures qui signifient la culture, l'espoir, lézard, tout dans ce décor paraît familier à tout citoyen, à tout français. Parce que dans l'œuvre de ce frère, le frère Poisson, surgissent les contours de la statue de la liberté de Barthogne ou la liberté vit dans le peuple de Delacroix, surgit l'ombre de Marianne, surgissent ces mots de Victor Hugo, République universelle, tu n'es encore que l'étincelle, demain tu seras le soir. Tout notre imaginaire français et républicain. Et pendant des décennies, l'œuvre maçonnique et le combat républicain se rejoignirent pour presque se confondre.
En témoigne cette déclaration universelle des droits de l'homme, texte fondamental pour l'une et l'autre. À la Révolution, les francs-maçons furent députés, soldats de leur idéal, mais aussi, hélas, à partir de 1793, victimes de la terreur bestiériste. Sous l'Empire, leur œuvre fut consolidée. À la restauration, des rois, précédemment maçons tirèrent profit de leur engagement. Sous la Seconde République, ce sont des maçons qui, inspirèrent l'abolition de l'esclavage, tentèrent le partage du progrès matériel en combattant la misère, sœurs jumelles de l'obscurantisme.
Et sans qu'il puisse s'agir d'une coïncidence, les francs-maçons lui donnèrent sa devise ou prirent celle de la République qui sait liberté, égalité, fraternité. Dans l'ombre que leur tendait leur fausse légende noire, la franc-maçonnerie formait cette République à couvert, qu'évoquent les historiens. À couvert, sous des toiles et protégeant de la curiosité inquisitrice des autorités, puisque l'installation du Grot-Orient-Rue Cadet date justement de cette période. Oui, République à couvert, car dans les banquiers et les commises, dans les cercles de pensée et dans les mots d'avocat ou de journaliste palpitaient cet idéal attendant son heure, vint la chute de l'Empire.
Vint le gouvernement provisoire de Léon Gambetta, le décret crémieux qui accorda enfin la citoyenneté aux Français juifs d'Algérie et permis leur émancipation républicaine. Je pourrais citer tant de noms du Grand Orient ou de la Grande Loge, mais nul besoin d'énumérer ici les pères fondateurs de notre République. Tous n'étaient pas maçons, mais tous en défendaient les valeurs. La franc-maçonnerie n'a pas fait à elle seule la République, mais la République sans elle ne se serait pas faite. La franc-maçonnerie fut l'atelier de la République, là où se poursuivait l'oeuvre commencée dans le temple.
La franc-maçonnerie donna à la République ses premières forces vives et à l'heure où le Parti républicain n'avait qu'une prise incertaine sur le pays que la monarchie menaçait de revenir, les francs-maçons furent dans nos villages, dans nos petites patries, ces commis voyageurs de la République dont parlaient Gambetta. Ils furent ces humbles militants pénétrés de l'idéal des Lumières, défendant la République face aux forces monarchistes comme face aux tenants de l'insurrection. La franc-maçonnerie donna à la République ses assises et son mouvement.
Seule organisation civique d'importance face à l'Église, elle engendra presque à elle seule le parti radical dont les membres tinrent debout les murs de cette maison neuve qu'était alors la République. Elle donna à la République non seulement cela, mais encore toute sa puissance spéculative qui procédait de l'activité intellectuelle intellectuelle des frères. Les loges de la raison furent les forces de nos lois. Loi de liberté avec la loi sur la liberté de la presse, loi autorisant les syndicats, loi de liberté d'association de 1901, loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État. Les lois de Jules Ferry sur notre école publique et laïque.
Les lois aussi pour l'égalité, la fraternité, le progrès humain avec la réforme de l'assistance publique, la rédaction d'un premier code du travail confié à Arthur Groussier, futur grand maître, ou la création des premières mutuelles. Toutes ces lois en écho du cri de justice, du cri contre la misère et l'oppression, contre la loi du plus fort élevé en loi naturelle, ce cri de Gavroche et ce cri de l'enfant de Valès. Tant de lois furent ici et ailleurs initiées, imaginées, discutées. Grâce à elle, à travers elle, la République conquit les cœurs et les urnes.
Malgré les tentatives factieuses, malgré un déchaînement d'antisémitisme qui prit Dreyfus pour victime et à travers lui l'esprit de la République comme cible, puisque s'en prendre à un juif, c'est toujours aussi chercher à atteindre le projet politique qui le reconnaît libre et égal, qui le reconnaît comme tel, c'est toujours chercher à atteindre la République. En 1896, comme un symbole, Léon Bourgeois devint président du Conseil à la tête de ce qu'on appela le gouvernement des loges. Léon Bourgeois, qui, venons de rendre hommage, plaidait pour une société solidaire, car l'individu, disait-il, naissait débiteur d'une dette envers la société.
Un citoyen naît avec des droits inaliénables, mais aussi avec des devoirs. Devoir d'engagement et de solidarité, devoir de se rendre redevable envers la nation qui nous instruit et nous construit. Léon Bourgeois plaidait dès lors pour l'organisation rationnelle de cette solidarité afin de conjurer les injustices de destin. Quittant le gouvernement, il devint l'artisan de la société des nations, reçu le prix Nobel de la paix, car cette solidarité dans la nation existait pour lui à l'échelle du genre humain. La même dette envers les autres, ce même devoir d'être utile aux autres.
Rien des hasards de la naissance ou de l'arbitraire du cours de la vie ne devait séparer entre eux les femmes et les hommes, ni les origines ni les frontières, car une vie vaut une vie. En cela, Léon Bourgeois ne portait pas seulement un projet franc-maçon. Il vouait ses forces à une ambition universelle et humaniste d'affranchissement et de raison, de progrès et de paix. Une ambition qui était alors profondément française et qu'il est toujours. Une vie vaut une vie. En 1899, vous le savez, au compte de l'affaire Dreyfus, fut érigé la statue de la République sur la place du même nom. L'un des témoins de cette pièce, de ce jour heureux de la nation, était Charles Pédy.
Et décrivant la foule, se massant sur les boulevards, il énumère dans le détail les guildes et les confréries, les syndicats d'ouvriers ou d'horlogers qui la composent. Et il note alors, je le cite, comme c'est beau, un nom qui désigne les hommes, les groupes, sans contestation, sans hésitation, par le travail quotidien. On sait ce que c'est au moins qu'un forgeron ou un charpentier. Je voudrais les citer tous car je ne sais comment choisir. Eh bien, dès ce triomphe de la République, il faut citer, avec les forgerons et les charpentiers, les maçons.
Oui, à chaque fois que la République oeuvra à l'amélioration de la condition matérielle et morale de l'humanité, la franc-maçonnerie française fut au rendez-vous. Les ennemis de la République ne s'y trompèrent pas. Le régime de Vichy bannit la franc-maçonnerie et spolia ses biens. Un film de propagande fut tourné reproduisant le temps qu'en nous. 500 francs-maçons furent assassinés en raison de leur appartenance et tant d'autres mourus pour défendre la patrie des Lumières. Je pense à Jean Zé, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts. Il fut dans notre histoire l'un de ceux qui bâtit une école de l'émancipation et de la liberté.
Il bâtit cette école comme un rempart aux forces de la haine dont il fut lui-même le martyr. Il bâtit une école dont tous nous sommes les aétés et dont nous devons tous être les gardiens. Après la guerre, la franc-maçonnerie poursuit son oeuvre. Dans le silence et la pénombre ou par tradition, par souvenir des persécutions aussi, elle se maintient. Et la cause des femmes doit beaucoup à leur oeuvre. Je pense au combat mené pour l'interruption volontaire de grossesse, un combat où lutta de haute lutte Pierre Simon de la Grande Loge de France.
Je pense aussi au rôle éminent qui joua le sénateur Henri Caillavé, rapporteur de la loi de Simone Veil, comme son action fut déterminante en faveur d'autres causes, toujours au nom d'une société où les choix éclairés des individus sont permis et reconnus. Le combat pour la cause des femmes contient tous les enjeux qui nous réunissent aujourd'hui. L'obscurantisme à cet égard n'a pas disparu. Il revient, il renaît. C'est pourquoi j'ai souhaité l'inscription dans notre Constitution de la liberté pour les femmes de recourir à l'interruption volontaire de grossesse. Face à de grands périls, nous devons assurer le progrès et la permanence.
Nous devons conserver ce que chaque époque a conquis de meilleur pour le transmettre. C'est, je le crois, le sens de toute aventure humaine, celui de toute aventure de pensée. C'est le sens même de la marche d'une nation. Et à travers ces combats, à la lumière d'aujourd'hui, ayant cherché de manière trop rapide à dire votre contribution à l'édification et la consolidation de la République et la vie de notre nation, permettez-moi de conclure mon propos par l'évocation de trois défis plus particuliers. Le premier concerne le rôle des francs-maçons.
Aujourd'hui, où les francs-maçons n'ont jamais, semble-t-il, été aussi nombreux, certains déplorent la faiblesse de leur influence, leur perte de pouvoir. La presse qui compte aller compter en a oublié ses inventaires marronniers. La chasse aux frères invisibles, suspect de tous les maux et clause, c'est en mieux. Tant j'ai dit ce que ce compagnonnage avait eu de fructueux et surtout de contingents tenant aux conditions même de la naissance de la République en France. Mais à l'ère du soupçon, ne doit pas succéder l'ère de l'effacement. Il faut conserver le lien vivant entre République et franc-maçonnique.
Comme doit demeurer le lien entre République et religion, car la loi de 1905 est loi de séparation et pas d'effacement. Elle est loi de liberté et pas de contestation. Et ce dialogue ne doit pas simplement concerner la République, mais toute la société. Et je sais combien d'entre vous sont engagés à cet égard et n'en ont pas attendu. Mais jamais une société discrète ne doit devenir ou donner le sentiment d'être une société nuaise. Je sais bien que les différentes obédiences en effet ne m'ont pas attendu pour prendre part au combat de l'époque en faveur de la laïcité, du droit des femmes, de la solidarité internationale avec l'Ukraine, tant d'autres.
Je pense notamment aussi au droit de mourir de la dignité portée en son temps, là encore, par Henri Caillavé ou Pierre Simon. Une cause qui doit trouver, comme je l'ai promis, une traduction dans une loi de liberté et de respect. Et je vous remercie pour la contribution que vous avez produite en due en lien avec le gouvernement qui va nous permettre de faire cheminer dans les prochains mois ce texte. Et je crois plus encore aujourd'hui. Il nous faut ensemble nous remettre à la forge et retrouver le sel de cet engagement premier. Vous m'avez lancé un défi, si je puis dire, tout à l'heure en parlant d'un programme qui est celui-même de notre République.
Je voudrais vous lancer presque le même en parlant d'une action au corps à corps dans la société qui doit retrouver la vigueur et le caractère libre et direct de ceux des premiers temps de notre République. Je crois que ce sera utile à la nation et à la République. Le deuxième défi, c'est que la franc-maçonnerie doit s'ancrer dans une époque qui lui ressemble au pays. Rien n'est plus étranger au goût contemporain que la quête de connaissances de soi et de l'autre, de l'émancipation et de l'affranchissement, de la sérénité et de la concorde qui prévalent dans le temps. L'ère du temps déteste ce temps suspendu de la parole et de la tenue.
Nos temps sont ceux de la volonté de revanche, de l'identitarisme, du fanatisme, du complotisme. Et bien précisément, prenez ma présence parmi vous aujourd'hui et ces mots comme une invitation à demeurer intempestif. Ne cédez pas car nous en avons besoin à ce monde du temps. Je pense qu'aujourd'hui, plus encore qu'hier, la maillotique qui seule permet à la raison de triompher sur les émotions, le temps suspendu qui seul permet à une société de sortir de la solitude et du fracas des paroles dans laquelle nous sommes plongés aujourd'hui. Ce rôle qui est plus que jamais utile.
C'est évidemment celui que l'école de la République enseigne et que nos universités transmettent doivent continuer de transmettre que nous voulons inculquer plus largement mais vous jouez ce rôle existentiellement et profondément car nos combats refont surface et aujourd'hui aussi l'antisémitisme refait surface. Vous l'avez évoqué dans les mots sur les murs. Il s'affiche sans crainte et sans honte. A cet égard, je veux ici être définitif. La République ne transisse pas et ne transigera pas et nous serons impitoyables face aux porteurs de haine. Mais derrière cette haine antisémite, il faut voir ce qui s'y trouve aussi. La haine des Juifs, la haine des francs-maçons procèdent du même hénat.
Ce sont deux préludes, deux prétextes à la haine de la République. Et je le répéterai sans cesse, là où l'antisémitisme en temps s'installer prospère avec lui toutes les autres formes de racisme et de haine identitaires très rapidement. Et veillons à toutes les confusions dans une époque où les uns préfèrent rester ambiguës sur la question de l'antisémitisme par souci de flatter de nouveaux communautarismes et les autres prétendent soutenir nos compatriotes de confession juive en confondant le rejet des musulmans et le soutien des juifs en refusant cela même de condamner clairement leur position passée et tous les mots définitifs d'hier.
Il n'y a pas de lutte véritable contre l'antisémitisme sans un réel universalisme qui voit dans chaque citoyen un être de droit et de devoir appartenant pleinement totalement à la République et la Nation. Et nous savons, vous savez, que les francs-maçons en seront comme d'autres des cibles évidents. dans cette époque en proie à la déraison, votre parole de raison a une place essentielle. Alors que les séparatismes et les fanatismes tentent de fissurer la nation visant au chaos, au mépris parfois de leurs engagements passés ici-même, il nous faut à nouveau pouvoir compter sur des soldats de l'idéal, prontes à rassembler ce qui était pâle.
Il nous faut restaurer l'autorité, la civilité, l'harmonie. Et ce n'est pas un combat que la République peut mener seule. Ce combat pour l'unité est à reconquérir et à reprendre chaque jour par la démonstration en parole et en acte, par cette capacité à renouer le fil de la parole, à sortir des différences, des assignations à résidence dans lesquelles une époque qui ne soumise qu'aux émotions et la solitude, un manquable vent enfermera les uns. et les autres. La réponse, vous voyez, n'est dans aucun communautarisme. Elle est dans cet universalisme qui suppose cette magnétique.
Le troisième défi, enfin, est que la grande idée de la franc-maçonnerie, celle de l'homme et du progrès, court un grand péril. Nous avons vécu en imaginant que la sombre prophétie de Michel Foucault sur la modernité, cette idée de l'homme qui s'effacerait comme à la limite de la mer, s'efface un visage de sable que cette idée est excessive. En sonnit toujours si sûr. Aujourd'hui, le risque existe de l'asservissement de l'homme par l'écran, de l'esprit humain par ses répliques artificielles, des peuples libres par de nouvelles forces totalitaires, des opinions éclairées par de puissants mouvements de haine, de notre civilisation industrielle par ses propres excès.
Il existe une crise profonde et structurelle, une crise de l'esprit et de l'espoir humaniste face aux grandes bascules technologiques, géopolitiques et climatiques. Je crois qu'il faut justement, dans cette période, renouer le fil d'un humanisme français et européen qui tienne ensemble la liberté, l'égalité et la fraternité, qui conjugue progrès et écologie, progrès et régulation du numérique, progrès et réinvention démocratique, progrès et justice. Un projet dont vous façonnez la forme dans vos cercles depuis 250 ans.
Celui qui fait l'homme libre en déliant les chaînes qui tiennent sa raison, les chaînes de l'assignation identitaire, les chaînes des intérêts sociaux, les chaînes des malheurs privés et de la pauvreté, les chaînes des dogmes et des asservissements politiques, les chaînes des fatalités et des événements. Ce sont ces chaînes qu'il faut briser et d'autres liens, ceux noués au sein de l'école, de la nation, d'une société apportant le progrès réel et l'élévation sociale, d'un monde fondé sur les règles et le droit qu'il faut au contraire faire vivre. Mesdames et messieurs, aussi longtemps que la franc-maçonnerie sera au travail, la République sera en éveil.
J'ai tâché ici de redire vos mérites, votre histoire et votre haute contribution à la France et à notre République, mais aussi de dire quelques-uns de nos défis communs qui supposent de reprendre la bataille des idées et de défendre avec force, audace, les méthodes et les principes qui sont les vôtres. Conservons ce lien séculaire sans embarras et sans excès, dans le plein respect de nos valeurs respectives, sans les confondre, mais en joignant leur force. Si je puis me permettre, j'ai vu. Vive la République et vive la France. Sous-titrage Société Radio-Canada
Emmanuel Macron