Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewSud Radio (sur YouTube)· 4 avril 2026

L'archive : le discours magistral de Georges Pompidou à propos de l'affaire Gabrielle Russier

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Et l'archive Sud Radio ce matin qui est anthologique, l'homme dont je vais vous parler ce matin est d'abord normalien et agrégé de lettres, destiné à être et à rester professeur. L'histoire avec un grand H le poussa à devenir l'un des plus proches conseillers du cabinet du général de Gaulle, tout en président l'aboc Rothschild à une période au point de participer à l'élaboration de la constitution de 1958. Il devint par la suite premier ministre, puis président de la République, loyal, visionnaire, sérieux, littéraire, un homme qui sent bon la gitane sans filtre de ces années-là, la cravate en tricot, les vieux livres rangés sur une étagère, lus cette fois-ci, et le silence d'un bureau où l'on pense encore avant de parler.

Fidèle au général de Gaulle, certes, mais meurtri aussi par le grand homme qu'il admirait, meurtri par le manque de soutien, notamment au moment de l'affaire Markovitch, quand les rumeurs et les bassesses vinrent salir sa femme et son couple jusqu'aux abords du pouvoir. Un homme politique, animé par la puissance des mots, capable de prendre la plume pour signer deux ouvrages encore lus et servant de référence, aujourd'hui encore, je pense à l'anthologie de la poésie française, et mieux gordien. Est-ce que c'est bon ?

Vous l'avez. L'homme dont je vous parle, c'est Georges Pompidou. Alors que cette semaine, nous célébrons les 52 ans de sa disparition, brutale, un 2 avril 1974, j'aimerais que nous puissions nous rappeler de cette puissance et de cette intelligence.

Il y a une affaire, notamment, sur laquelle j'aimerais revenir, une affaire qui traverse l'année 1968, ses fièvres, ses hypocrisies, ses faux progrès et des vraies lâchetés, une affaire qui inspirera beaucoup le cinéma, le monde de la culture et de l'art, une affaire qui continue aujourd'hui à servir de référence dans les problèmes entre l'État et la société, c'est l'affaire Gabriel Russier. Quand je dis que cette affaire a inspiré énormément le monde de l'art et de la culture, vous entendez ici la musique et la chanson « Mourir d'aimer » de Charles Aznavour, suite à cette affaire. L'archive que je veux vous faire écouter se situe en septembre de l'année 1969, précisément le 22.

Jean-Michel Royer, pour le Radio Montecarles, journaliste, pose à Georges Pompidou, président de la République, une dernière question lors d'une conférence de presse. Une question sur le suicide de Gabriel Russier, cette professeure de français accusée d'être tombée amoureuse de l'un de ses élèves et que l'acharnement judiciaire, universitaire, moral, a lentement conduit au suicide. Tendez l'oreille attentivement, s'il vous plaît, parce que tout est beau.

Les journalistes qui avaient encore de l'éloquence, les silences volontairement réduits ici pour que ce soit quand même agréable à écouter, mais qui traduisent une profondeur de la pensée du président. Et dans ce cas aussi une émotion réelle. Le président Georges Pompidou ne dira pas ce qu'il a fait dans le détail après cette tragédie, mais on sait qu'il demanda une enquête pour établir les responsabilités des décisions judiciaires et universitaires qui avaient conduit à un tel dénouement.

On sait aussi qu'il s'interrogea sur la manière dont le cas de Gabriel Russier avait pu être soustrait au bénéfice de l'administie promulguée après l'élection présidentielle. Plus tard d'ailleurs, le canard enchaîné révélera qu'il évoquera dans cette affaire la justice comme ce monstre froid. Vous allez l'entendre, ce n'est pas un grand discours, ce n'est pas une déclaration martiale, c'est autre chose.

Georges Pompidou et son esprit poétique le 22 septembre 1969 est un verre de l'éluard comme il le dit à la fin pour dire ce que la République n'arrive pas toujours à réparer. M. Royer, dernière question.

Jean-Michel Royer, Radio Monte Carlo et l'actualité. M. le Président, puisque vous avez permis qu'en fin de parcours, nous débordions un peu des questions fixées à l'origine, je voudrais vous faire sortir carrément de l'épure et vous interroger sur un fait divers.

À Marseille, une femme, un professeur, 32 ans, est condamnée pour détournement de mineurs. Elle se suicide. Vous-même, qu'avez-vous pensé de ce fait divers qui pose, je crois, des problèmes de fond ?

Je ne vous dirai pas tout ce que j'ai pensé d'ailleurs sur cette affaire, ni même ce que j'ai fait. Quant à ce que j'ai ressenti, comme beaucoup, eh bien, qu'on prenne qui voudra, moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfants perdus, celles qui ressemblent aux morts, qui sont morts pour être aimés. C'est de l'éluard.

Merci, mesdames et messieurs.