Face à Face : David Lisnard - 21/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, face à face, à Pauline de Malherbe. Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour David Isner, vous êtes le maire de Cannes, vous êtes aussi le président de l'association des maires de France et on va l'entendre avec vous. Il y a un grand découragement des maires qui sont parfois menacés, sont souvent impuissants, qui démissionnent parfois et disent que l'État les a abandonnés. Mais je voudrais qu'on commence par les questions d'insécurité. Vous en avez fait quasiment votre marque de fabrique. Vous faites partie de ceux qui estiment qu'il ne faut pas de tabou, qu'il faut dire les choses.
Bordeaux, on parle de récupération politique, on s'invective entre politiques, mais sauf que pendant ce temps-là, il y a quand même une grand-mère et sa petite-fille qui ont été très violemment agressées à Bordeaux par cet homme qui avait été à de multiples reprises condamné. Que faut-il faire ?
Évidemment, il faut mener un combat pénal. Il faut retenir de la capacité exécutive. Aujourd'hui, beaucoup de dossiers ne sont pas suivis par désorganisation de la justice, malgré la qualité des magistrats, des instructeurs, etc. Vous parliez de récupération, j'ai entendu ça hier soir. Il ne faut pas banaliser. La banalisation serait pire, parce que ces faits ne sont pas des faits divers. Ce sont des faits qui sont révélateurs d'une impuissance publique, qui est au cœur de la crise de la démocratie, qui alimente l'abstention électorale, qui alimente la crise de l'incivisme. Il y a une spirale infernale qui alimente les extrêmes. Donc, aujourd'hui, c'est du bon sens. Il ne s'agit pas...
Bien sûr que ces phénomènes sont compliqués, mais on ne peut pas se contenter de dire cela. Comment un multirécidiviste, multicondamné peut encore être dans les rues ? C'est aussi simple. C'est ce qui crée l'exaspération. Il est 15 fois condamné.
Il a été condamné pour conduire, sans permis de conduire, recel, stup, vol en réunion, menace de mort, dégradation, port d'armes, violence en réunion, rébellion. Et à cela s'ajoutent des troubles psychiatriques graves.
Il y a un délitement civique. Et puis, le garde des Sceaux hier disait que l'on ne peut pas dire que la justice est laxiste parce qu'il y a surpopulation carcérale. Ça, c'est de la récupération, c'est du populisme. Il y a surpopulation carcérale en France, non pas parce qu'il y a surcondamnation. On est en dessous du taux d'incarcération de la moyenne européenne. Il y a surpopulation carcérale parce qu'il y a sous-équipement carcéral. Ça fait combien de temps qu'on parle 20 ans ? 20 ans qu'on attend les 15 000 à 20 000 places de prison nécessaires. Il ne s'agit pas de dire qu'il faut mettre tout le monde en prison non plus. Je suis attaché à l'État de droit.
Mais il faut qu'une peine, elle soit exécutée. On avait travaillé...
Y compris dès les petites peines. C'est-à-dire qu'en France, on le sait, désormais, la décision a été que les peines de moins d'un an de prison, voire même de moins de deux ans dans certains cas, ça peut être sur le papier écrit « prison ferme ». Concrètement, ils ne vont pas en prison. Il y a un aménagement systématique.
Il faut laisser aux magistrats leur libre appréciation. Mais ceci étant, il faut que les peines soient appliquées.
Dès trois mois, en Hollande, par exemple, c'est l'inverse. Quelques jours de prison, vous les faites.
Oui, parce qu'il faut que la peine soit graduée, proportionnelle. Ça, c'est l'État de droit. Mais nous avions travaillé, fait une tribune avec Naïma M. Fadel et Maurice Berger, le pédopsychiatre, sur la violence chez les mineurs qui s'est développée de façon exponentielle depuis 30 ans en France. Et la sanction fait partie de l'éducation. Mais il faut que cette sanction, elle soit perçue. Il faut qu'elle soit effective. Et regardez ce drame de cette jeune fille qui a été poignardée, brûlée. Chahine, après, qui avait été violée, qui voulait garder son enfant. Le meurtrier avait 17 ans et 3 mois de mémoire. Il a eu la maturité pour la poignarder.
Il a eu la maturité pour la brûler, pour vouloir faire disparaître, finalement, les traces de son crime abominable. Et il a vu la maturité pour la mettre enceinte, accessoirement. Eh bien, l'excuse de minorité n'a pas été levée. Et donc, la peine maximale encourue a été réduite de moitié. Il sortira avant l'âge de 30 ans.
Et cette jeune fille a souffert le marché et a fini par mourir.
Et puis, avec cette espèce d'accoutumance à l'idée que le corps de la femme est souillé parce qu'elle est enceinte. Il est pour vous très symptomatique, ce cas, Chahine ? Mais tous les cas, regardez l'assassinat d'Yvan Colonna, un terroriste corse assassiné par un terroriste islamiste dans les prisons. Ce n'est pas un fait divers. Ça révèle le fait que dans nos prisons, qui sont l'expression de l'autorité régalienne, en fait, nous sommes sur un état de droit des mafias. C'est des mafias qui contrôlent beaucoup de prisons. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que l'autorité de l'État est bafouée ?
Ça veut dire que plus l'État, depuis 40 ans, c'est ce que j'appelle le social-étatisme, a prélevé, on a le record du monde des impôts et des charges, plus il a dépensé, nous avons le record du monde par rapport à la richesse produite de dépenses publiques, moins il a été efficace sur ses missions de base, c'est-à-dire celle de protection des habitants. Et d'ailleurs, tout le monde le ressent, le président de la République l'a analysé, mais il faut sortir des séquences de communication, parce qu'il faut parler de récupération.
Quand il y a eu l'Annecy, cette tragédie, de voir des bébés poignardés, le ministre est venu, le premier ministre est venu, on n'a pas dit qu'il faisait de la récupération. Le président y est allé, personne n'a dit qu'il faisait de la récupération. Donc il faut arrêter de porter des sentences morales à tous ceux qui ne sont pas dans le pouvoir actuel et qui s'expriment pour comprendre des phénomènes de société et apporter des solutions, ce qui est notre cas. Et puis surtout, que la politique ne soit plus un théâtre d'ombre. David Lissnard. Qu'on bosse sur des solutions et non pas sur des séquences de communication.
David Lissnard, si je reviens précisément sur ce que vous venez d'évoquer, est-ce que ça veut dire que, un, vous êtes favorable à l'application des peines dès les petites peines ? Oui. Oui, qu'il n'y ait plus l'idée que moins d'un an on va en prison ?
La peine, ce n'est pas forcément une peine de prison. Ça peut être un travail d'intérêt général.
Si vous sortez d'un tribunal avec une condamnation à trois jours de prison, vous faites les trois jours de prison. Si vous êtes condamné à un mois de prison, vous faites le mois de prison.
Mais oui, et ce n'est pas du tout extrémiste, c'est très raisonnable. Il faut que la peine soit adaptée en démocratie, en république.
Et deuxième chose que vous avez évoquée, la présomption de minorité dans le cas du tueur de Chahine, vous êtes pour que cette présomption de minorité ne soit pas valable dans des cas aussi dramatiques que celui-là.
Pour les cas les plus graves, il faut qu'elle soit abaissée à 13 ans, elle n'est plus à 16 ans, bon là, ce n'était pas le cas, et qu'elle puisse être levée dans les cas les plus graves.
Elle aurait dû, pour vous, être levée. Ce meurtrier ne devrait pas sortir avant l'âge de 30 ans.
Et que la réduction de peine ne porte pas sur 50%, mais sur 20%. Ce qui permet aussi de ne pas être obstrué par le Conseil constitutionnel sur l'individualité des peines.
Vous avez parlé du développement de la violence des plus jeunes.
Il faut protéger la société, si vous voulez. Il ne s'agit pas de mettre tout le monde en prison, mais quelqu'un qui menace les autres, qui est une menace pour la société, doit être isolé de la société.
En l'occurrence, d'ailleurs, si on revient sur le cas de Bordeaux, il était une menace parce qu'il a commis des délits plus ou moins graves, mais effectivement, des délits, des dégradations, des violences, des ports d'armes. Mais il était une menace aussi parce qu'il souffrait de troubles psychiatriques graves. Il est d'ailleurs, au moment où on se parle, hospitalisé.
Beaucoup de ces faits révèlent l'effondrement du système psychiatrique français, notamment hospitalisé.
Est-ce que ça aussi, ça doit être une des réponses ? Au fond, ce que l'on appelait l'asile dans l'ancien temps, c'est-à-dire mettre ceux qui menacent le trouble, ceux qui menacent le trouble à l'ordre public, voire même de violence. Notre société doit-il être mis, comme on disait à l'époque, à l'asile ?
Je ne sais pas si je vais faciliter la transition par rapport au thème que vous annonciez, mais beaucoup de maires qui ont des hôpitaux, malheureusement, nous ne présidons plus les conseils d'administration puisqu'on a enlevé de la démocratie locale dans les hôpitaux depuis 20 ans, mais constatent que les services de psychiatrie, encore plus peut-être que les urgences, sont très souvent en délitement, avec un manque de moyens évident. Et que, comme pour la justice tout à l'heure, comme pour le Covid à l'époque, sur la réanimation ou les masques, on adapte la doctrine à la pénurie. La doctrine d'État s'adapte à la pénurie de ces moyens réels. Pourquoi ? Alors, comment on arrive à dépenser ?
C'est-à-dire, en fait, on manque de tout, et donc on justifie, comme pour les prisons, quand vous disiez, les gens vont en prison puisque, regardez, les prisons s'empêchent.
Et j'en reviens à ce que je disais tout à l'heure. Comment se fait-il qu'on dépense plus qu'ailleurs d'argent public, qu'on ait des fonctionnaires moins bien payés qu'ailleurs, des fonctionnaires très bien formés, et qu'on paye plus d'impôts qu'ailleurs ?
Quand on vous écoute, il n'y a rien qui fonctionne.
Si, non, non, il y a plein de choses qui fonctionnent dans un très beau pays, on va rebondir. Enfin, il y a un déclassement éducatif, il y a un déclassement sécuritaire, tout ça, on peut le sourcer. Depuis 6 ans, 51% des augmentations des violences volontaires sur la voie publique, plus 15% des homicides. Il ne peut pas y avoir de biais cognitif là-dessus.
Mais quand vous dites, David Lissnard...
Pourquoi ça ne marche pas ? Parce qu'on est bouffé par la bureaucratie. Parce qu'aujourd'hui, on est dans un système hyperconformiste, qui produit de la norme, avec des idées qui sont toutes les mêmes, qui ne savent produire que des textes d'encadrement, qui, dès qu'il y a un fait divers, ont fait une loi, ont fait de la surréglementation, et on a l'impression d'avoir réglé le problème. Alors que ce n'est pas ça, la vie. La vie, c'est de trouver des solutions, de réunir des personnes qui bossent. C'est ce que dit Jean-Louis Borloo, c'est ce que je dis, c'est ce qu'on a un certain nombre à dire. Et alors c'est difficile de le traduire en langage politique. Et pourtant, il le faut.
Parce qu'il faut apporter une alternative et en finir avec 40 ans de... Il faut en finir avec le régime des technocrates, comme il fallait en 1958 et en finir avec le régime des partis.
Et c'est aussi une des raisons qui décourage de nombreux maires de France. On va y venir. Mais encore un mot, vous avez dit que... Vous aviez écrit cette tribune avec un pédopsychiatre qui constatait l'augmentation considérable de la violence chez les mineurs. Vous l'attribuez à quoi ?
Vous vous rendez compte de la question, comme elle est ouverte ? Oui, mais il y a plusieurs choses.
C'est-à-dire que pour savoir comment solutionner le problème, il faut peut-être savoir d'où ça vient.
Il y a un problème judiciaire, pénal, et il y a un problème culturel, très complexe, qui fait que depuis la crise de l'Occident, la crise de la culture, Anna Arendt le disait merveilleusement bien, et toute la déconstruction qui fait que parfois nos enfants manquent de repères. Un des premiers livres que j'avais co-écrit avec Jean-Michel Arnault était sur refaire communauté pour en finir avec l'incivisme. Ils ont montré ces délitements civiques. Vous savez, la théorie du carreau cassé, elle est formidable.
C'est-à-dire qu'à chaque dégradation de l'espace public, que ce soit une rue sale, des carreaux cassés dans un immeuble, ou l'espace public du débat, c'est-à-dire qu'on dénigre quelqu'un, non pas pour ce... Enfin, on n'attaque pas ses arguments, on n'attaque sa personne. C'est le début pour vous. On assimile l'État aujourd'hui, hier, vous avez vu le tweet d'une célèbre députée, trop célèbre écologiste, qui faisait une sorte de sophisme en disant que De Gaulle avait été déclaré terroriste en 1940, et donc que déclarer terroriste aujourd'hui, le soulèvement de la terre, je ne sais quoi, c'est-à-dire qu'on assimile le gouvernement actuel à la nazie, c'est honteux. Ça, ça crée de l'incivisme.
Donc, tout ce délitement... Bien sûr, il y a un délitement civique culturel, global, c'est aussi la chute de l'instruction publique, c'est la chute de la raison critique, c'est pour ça qu'il faut... Regardez, le bac philo ne compte plus.
Mais David Isra, j'ai un peu l'impression depuis que vous êtes à ce micro, certes, vous avez plein de points
qui sont précis,
mais c'est un peu quand même le grand fourre-tout
de tout ce qui ne va pas, quoi. Non, c'est tout simplement de dire qu'on est à la fin d'un cycle, et qu'aujourd'hui, il faut recréer une espérance. Et c'est parce qu'on est un grand pays que dans le XXIe siècle de l'intelligence artificielle et du numérique, qu'on a besoin de créativité, que la France est le pays de la créativité. Mais on doit retrouver de l'ordre. Il n'y a pas de liberté sans ordre. Un ordre juste, disait l'ancienne candidate à la présidence de la République, c'est une très belle expression.
Il y a un point sur lequel vous vous êtes également exprimé, ça se passe à Nice, mais ce n'est pas bien loin de chez vous. Christian Estrosi, qui a déploré en fin de semaine dernière des prières musulmanes dans des cours d'école organisées par des élèves de CM1 ou de CM2, ainsi que des minutes de silence pour Mahomet. Mahomet, l'inspecteur de l'Académie a été saisi. Visiblement, il y a des personnalités qui sont venues parler aux élèves de la question de la laïcité. Est-ce que c'est comme ça qu'on doit régler ce problème-là ?
J'ai en parlé il y a deux jours dans mon bureau avec Florence Bergeau-Blaquer. Je disais hier une interview
de Karine Azo-Pardi,
qui ne sont pas des gens encartés. Cette chercheuse qui a travaillé
sur l'entrisme des frères musulmans.
Et depuis plusieurs années, on a un certain nombre à essayer de produire là-dessus. Il faut s'attaquer à cette radicalisation à bas bruit qui crée une pression immense sur d'abord les musulmans qui ne sont pas radicalisés, qui sont une immense majorité, heureusement, et sur toute la société. Et qui, à chaque fois, inverse nos argumentaires démocratiques en disant vous êtes pour la liberté de nous habiller, laissez-nous nous habiller en tenue intégrale pour aller au collège, etc. Non, une société, elle a besoin aussi d'interdits et elle a besoin de...
Vous parlez d'interdits, vous évoquez les tenues, est-ce que la baïa doit être clairement 100% interdite ?
Évidemment. En tout cas, interdite dans les établissements scolaires. Oui, bien sûr, bien sûr.
On parle évidemment des établissements scolaires.
Et regardez toute l'ambiguïté quand l'imam de Bordeaux, qui de façon assez sournoise, dit que ça ne répond pas à une injonction religieuse. Il se moque de nous. Est-ce que vous connaissez des hommes qui portent ce costume ? Non, est-ce que vous connaissez des non-musulmans qui portent ce costume ? Non, c'est comme le burkini à l'époque. Alors ensuite, qui a été condamné par les islamistes les plus radicaux parce qu'on voyait trop les formes.
Le burkini, vous faisiez partie de ceux qui avaient condamné, qui avaient même pris des arrêtés. Vous étiez le premier. Et ça marchait. C'est la question que j'allais vous poser. Est-ce que ça a été...
Bien sûr, parce qu'une société, c'est aussi... Moi, je suis profondément républicain pour l'universalisme et qu'importe la religion, l'origine, de la condition sociale, on doit être porteur de la même... La France est multi-ethnique mais elle n'est pas multiculturelle. Et donc, à un moment donné, il y a des règles de mode de vie en commun qui doivent être respectées et qui doivent résulter de la démocratie. Et on estime, bien sûr, que ça paraît être absurde peut-être de réglementer des avis. Mais quand il y a une dynamique sociale, politique, très forte... Parce que c'est un message politique pour vous déporter le burkini hier ou la baille aujourd'hui. C'est avéré.
Et comment les féministes ne sont pas plus toniques là-dessus ? En tout cas, les néo-féministes parce que les vrais féministes comme Elisabeth Badinter, elles, elles portent... Ou celles que j'ai citées tout à l'heure, elles portent un message fort. Comment on peut accepter ces signes de soumission qui est souvent volontaire la soumission ? Je ne sais pas parce que c'est volontaire que ce n'est pas une soumission de dénigrement du corps de la femme, de vouloir faire du corps de la femme une chose de sale, à masquer. Enfin, c'est délirant. C'est une régression civilisationnelle intense.
Et donc, il faut bien sûr mener un combat culturel, expliquer, être à l'écoute, mais il faut interdire, notamment dans les établissements scolaires.
David Lysnard, vous êtes non seulement le maire de Cannes, mais vous êtes aussi le président de l'Association des maires de France. Il y a eu bien sûr le cas de Saint-Brévin-Lépin. Il y a eu le cas plus récemment d'un conseil municipal entier qui a démissionné. C'est le grand découragement des maires de France ?
On va dire ça parce que ça reste le plus beau des mandats. Mais en tout cas, il y a une vérité statistique déjà. C'est que sur la dernière décennie, 2013-2023, il y a deux fois plus de démissions d'élus municipaux, adjoints, maires, conseils municipaux que sur la décennie précédente. Depuis 2020, on a passé la barre des 1400 maires démissionnaires. Et avec l'AMF, qui avait été la première à alerter sur ce phénomène, on réalise chacun une étude avec le Cévi-Pof, le centre de recherche de Sciences Po. et dans les motivations des démissions, on voit monter les violences, les violences physiques, mais aussi les violences réputationnelles.
C'est-à-dire, vous voyez dénigrer sur les réseaux sociaux, vous voyez vos enfants jeter en pâture, etc. Mais la première cause de découragement, c'est la surcharge bureaucratique. Ce sont les injonctions contradictoires qui font que dans la même journée, on va vous dire, il ne faut rien d'industrialiser dans votre canton, comme on disait avant, il faut créer des logements sociaux. Mais attendez, vous ne pouvez pas utiliser un mètre carré parce qu'on va anticiper le zéro artificialisation net. Toutes ces injonctions contradictoires. Ce que vous voulez dire,
c'est qu'ils se sentent complètement tiraillés, qu'ils n'arrivent pas
à trouver des solutions concrètes. C'est-à-dire qu'on perd en pouvoir d'agir.
Vous disiez tout à l'heure que les maires avaient été sortis des conseils d'administration des hôpitaux,
par exemple. Maintenant, on a un conseil de surveillance et ça fonctionnait mieux quand nous présidions les conseils d'administration. Mais il y a une espèce de doxa au sommet de l'État qui est complètement archaïque, qui croit que plus l'ensemble est grand, plus il est performant, plus l'État s'occupe des choses, plus c'est juste. Or, ça peut être juste, mais c'est souvent faux. Moi, je suis pour un État fort qui sanctionne à posteriori, vite, tous ceux qui sortent des clous et de façon juste. Mais qu'en revanche, on cesse d'entraver a priori la créativité, l'action.
Or, je l'ai vécu en entreprise, je le vis dans une mairie de façon exponentielle, vous avez une inflation non seulement des coûts, mais des textes, le code de l'environnement.
C'est ce que vous disiez tout à l'heure sur la règle des technocrates.
Le code de l'environnement faisait 100 000 mots en 2012. Il fait 1 million de mots que tu fais par 10 en 2022.
Quel maire a le temps de lire ce code ?
Mais quel citoyen français, nul n'est censé ignorer la loi, a le temps de lire tous les codes. Donc, quand le droit devient abscon, c'est une régression démocratique. On perd en capacité d'action et malheureusement, la crise de la démocratie dans laquelle on est, c'est une crise du civisme que nous évoquions tout à l'heure, mais c'est une crise de la pratique politique. C'est une crise de l'exécution.
Est-ce que vous aurez des maires qui seront à nouveau candidats
à leur propre succession ? Oui, mais il y a de moins en moins de vocations. Donc, c'est au détriment des populations. Un maire, c'est un habitant mandaté par les habitants qui est rendu compte aux habitants. On nous a supprimé trois fiscalités locales en 15 ans. On n'a jamais autant payé d'impôts. Vous avez refusé,
vous avez même boycotté une réunion avec le gouvernement et avec Bercy sur le financement, sur les finances publiques. Pourquoi ?
Alors, pas simplement les maires, mais aussi régions de France et aussi départements de France. C'est-à-dire que les trois associations...
C'était l'opération Chasse-Vide. Vous avez dit,
on refus cette... C'était une mascarade. Et ce sont des associations transpartisanes avec beaucoup de membres... D'ailleurs, il y avait la gauche, de la droite... Et des proches du gouvernement qui sont... Moi, toutes mes décisions sont prises à l'une... Et je précise d'ailleurs
que vous représentez tous les maires de France quel que soit leur bord politique.
Exactement, y compris ceux qui sont très proches de l'exécutif et toutes nos positions sont prises à l'unanimité. Il faut quand même en avoir conscience. Pourquoi ? Parce qu'on ne veut plus... Leur même tantisme est un échec dans la décision. En même tantisme qui permet de comprendre la complexité du monde, c'est très bien. Mais les décisions doivent être simples. On ne peut pas vous dire en même temps que vous devez multiplier par deux vos investissements verts, que vous devez décarboner votre activité dans les communes, etc. Et en même temps, vous dire de réduire les dépenses.
L'exploitation des sols. On sait que dans la crise du logement, il vous est reproché finalement aussi à vous les maires de ne pas donner plus de permis de construire.
Juste pour revenir, rendez-vous compte qu'au moment où on nous invite à cette séquence de com sur le Conseil des sciences publiques, le jour même que l'État nous impose d'augmenter notre dépense de masse salariale alors qu'on essaie de les réduire de 2 milliards d'euros. Le point d'indice de 1,5.
Mais c'est-à-dire
que c'est totalement contradictoire ? Mais voilà. Donc, ces injonctions contradictoires font que ces politiques erratiques tous les jours... Mais qu'est-ce qu'il faut répondre ? Vous n'étiez pas là et ils ont dit quoi ? Le plan vélo, le plan contre la précarité menstruelle des femmes, le plan handicap, le plan... Tout ça, c'est formidable dans les objectifs. Mais c'est des plans qui sont annoncés par l'exécutif et qui sont financés par les autres. Et que vous, les maires,
vous devez...
Et qui sont... Je vous donne un chiffre. La nouvelle réglementation thermique des écoles, nous avons la responsabilité des écoles communales. La nouvelle réglementation thermique qui nous tombe dessus, elle fait 1 800 pages. Voilà. Et ce n'est pas une fatalité. Moi, je veux dire, il ne faut pas renoncer.
David Lissard, il y a deux points sur lesquels vous êtes en première ligne. C'est la question des déserts médicaux et la question du logement. Le logement, j'en parlais à l'instant. de construire, pardon. Est-ce que, oui ou non, vous avez une responsabilité là-dessus ? Est-ce que vous n'estimez pas que les maires octroient trop peu de permis de construire ? C'est la faute de qui ? C'est la faute des maires ou c'est la faute de la loi ?
Dans votre mairie, un maire, c'est un habitant parmi les habitants. Je le disais tout à l'heure. En zone urbaine, quand vous accordez des permis de construire, on vous dit que vous êtes un bétonneur. Et ce n'est pas bien de bétonner. Et d'ailleurs, un tel point, c'est que le zéro artificialisation net interdit l'artificialisation des sols. En tout cas, il va la réduire de 50% puis l'interdire. Et puis, dans la même journée, on vous dit qu'il faut réduire, il faut construire 400 logements sociaux pour répondre à la loi SRU, etc. Donc, un, injonction contradictoire.
Deux, le droit de l'urbanisme est devenu un droit incompréhensible, contradictoire, qui se fait au détriment de ceux qui respectent les règles. J'ai eu des commerces pour changer une taille d'enseigne ou une taille de vitrine. Vous avez les commissions de sécurité, les commissions d'accessibilité, l'ABF, les services d'urbanisme, etc. Une multitude d'avis conformes. Vous portez un projet d'industrialisation au-delà de ce qu'on nous agite avec les grandes gigafactories. En fait, quand je vous écoute,
je me dis que vous ne pouvez pas faire grand-chose.
Si, mais on fait de moins en moins. Or, on compte de plus en plus sur nous. La commune, c'est moderne la commune parce que c'est une unité historique, humaine, d'innovation. Et c'est là qu'on recoule le tissu social. C'est une petite république dans la République, la commune. C'est en ça que c'est beau. C'est Tocqueville qui disait que la commune met la liberté à portée du peuple. Et donc, ce que l'on veut, c'est retrouver de la responsabilité, de la confiance que l'État nous sanctionne a posteriori si on ne respecte pas des textes plus simples. Mais que l'on vous laisse,
mais que vous l'on vous laisse
au départ, plus de manettes. Qu'on arrête la tutélisation des communes de France comme on arrête de sur-bureaucratiser nos entreprises.
David Lissnard, maire de Cannes, maire LR de Cannes et président de l'Association des maires de France. Merci d'être venu à ce micro.
David Lisnard