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InterviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 2 avril 2025 11 minComplaisantActualité / polémiqueJusticeInstitutions & élections

Procès Marine Le Pen : « L’inéligibilité est une sottise démocratique », estime Jean-Marie Rouart

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:10OuverteRéponse directe

    Vous avez sorti la semaine dernière donc un essai intitulé « Drôle de justice » chez Albin Michel.

  • 0:30OuverteRéponse directe

    On dit souvent qu'il faut laisser la justice faire son travail, qu'il ne faut pas commenter les décisions de justice. Eh bien vous, Jean-Marie Roir, vous dites le contraire.

  • 2:21OuverteRéponse directe

    Vous dites que la loi et la justice, parfois, ont fait le jeu de l'ordre social et de l'ordre moral.

  • 2:40RelanceRéponse directe

    De là à conclure que les juges font le boulot de la réaction de l'ordre social, il n'y a qu'un pas que vous franchissez de temps en temps.

  • 3:03OuverteRéponse directe

    Quant à ce jugement qui l'empêche de se présenter en 2027, est-ce que vous considérez comme certains que c'est une sanction insupportable ?

  • 5:11RelanceRéponse directe

    Vous dites qu'il n'y a personne pour juger les juges. Et là, vous dites qu'ils sont trois à avoir décidé du sort de Mme Le Pen.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:52Invité politiqueFait
    « Les juges se sont gourés un certain nombre de fois. L'affaire Calas, l'affaire Sirven, l'affaire du Chevalier de la Barre, et également l'affaire Dreyfus. »
  • 1:48Invité politiqueFait
    « La loi a souvent été très injuste. La loi qui obligeait les malheureux à passer sous la torture avant d'être jugés dans l'ancien régime. »
  • 3:21Invité politiqueFait
    « C'est la conjugaison de deux choses, de députés, de parlementaires qui sont impulsifs, qui lancent des lois n'importe comment. »
  • 4:05Invité politiqueFait
    « Ce serait comique si ce n'était pas tragique. »
  • 4:15Invité politiqueFait
    « La malheureuse personne, que trois personnes puissent décider de l'élection présidentielle de notre destin, mais c'est ne pas connaître l'histoire de France. »
  • 5:32Invité politiqueFait
    « Les juges sont comme vous et moi, sauf que vous et moi, nous avons un cœur. Et que les juges sont enfermés, à cause que je désigne le coupable, c'est l'école de la magistrature. »
  • 6:03Invité politiqueFait
    « Au Canada, il faut avoir été 10 ans avocat avant de pouvoir être juge. »
  • 6:23Invité politiqueFait
    « Ils ont accéléré les choses, puisque maintenant, il y a de moins en moins de juges dans les tribunaux. »
  • 6:40Invité politiqueFait
    « On a repris la loi de Vichy pour introduire l'échevinage, c'est-à-dire des magistrats, dans les jugements d'assises, alors qu'avant, pendant 200 ans, c'était le juré populaire. »
  • 6:50Invité politiqueFait
    « L'influence du président du tribunal sur les juges. »
  • 9:53Invité politiqueFait
    « Il m'a demandé d'apporter un devoir que je n'avais pas fait chez lui. Je suis allé chez lui, j'ai frappé la porte, j'ai senti quelqu'un derrière la porte, il n'a pas ouvert la porte. »
  • 10:04Invité politiqueFait
    « J'étais convoqué en conseil de discipline et j'étais viré du collège pour homosexualité. »

Temps de parole

  • Invité politique68 %
  • Présentateur31 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Monsieur l'académicien, bonjour. Jean-Marie Roir, bienvenue dans ce studio. Vous avez sorti la semaine dernière donc un essai intitulé « Drôle de justice » chez Albin Michel. Et vous y évoquez de grandes affaires judiciaires qui vous ont mobilisé, des verdicts qui vous ont laissé perplexes ou qui vous ont scandalisé, des jugements que vous avez considérés comme des injustices, et des affaires criminelles finalement qui sont inspiratrices des indignations littéraires. Alors on dit souvent qu'il faut laisser la justice faire son travail, qu'il ne faut pas commenter les décisions de justice. Eh bien vous, Jean-Marie Roir, vous dites le contraire, l'exact contraire.

Il ne faut pas laisser la justice faire son travail.

0:43
Invité politique

Non, mais heureusement, il y a les écrivains. Et vous avez remarqué qu'au fond, ceux qui ont rendu la justice tout au long de notre histoire, ce ne sont pas les juges. Les juges se sont gourés un certain nombre de fois. L'affaire Calas, l'affaire Sirven, l'affaire du Chevalier de la Barre, et également l'affaire Dreyfus. Enfin, on pourrait multiplier les erreurs...

1:04
Présentateur

Surtout l'affaire Dreyfus.

1:05
Invité politique

On pourrait multiplier les erreurs commises par les juges, alors que les écrivains... Heureusement que les écrivains étaient là pour réparer les pots cassés. Que réparent-ils ? Que réparent les écrivains ? C'est formidable. Écoutez, maintenant, heureusement, la mémoire de Calas, la mémoire de Sirven, on a... Grâce aux écrivains, on peut croire à la justice. Parce qu'au bout du compte, qu'est-ce qui reste ? Que la France est le pays de la justice. Mais je dois dire, ce qui devrait rendre les juges très modestes, c'est le nombre d'erreurs qu'ils ont pu commettre. Le nombre d'erreurs qu'ils ont pu commettre. Et ils n'ont jamais contesté les lois. Tandis que les écrivains ont contesté les lois.

Regardez les différences sur les lois, parce qu'on sacralise la loi. Mais attention, la loi a souvent été très injuste. La loi qui obligeait les malheureux à passer sous la torture avant d'être jugés dans l'ancien régime. Mais la loi sur l'avortement... Moi, j'ai connu l'époque où les malheureuses femmes qui se faisaient avorter étaient condamnées à la prison. Et vous savez bien qu'en 1942, on a guillotiné... La loi sur l'avortement les a émancipés. Non, mais elle a changé, la loi. C'est une bonne loi. La loi sur l'adultère a complètement changé. La loi sur l'homosexualité a complètement changé. Donc, vous voyez...

2:21
Présentateur

Vous dites que la loi et la justice, parfois, ont fait le jeu de l'ordre social et de l'ordre moral.

2:26
Invité politique

Complètement de l'ordre social et de l'ordre moral. Je vais vous prendre deux exemples qui sont écrasants. C'est Socrate et Jésus. S'ils ont été condamnés, c'est pas parce qu'ils étaient coupables. C'est au nom de l'ordre moral et de l'ordre social.

2:40
Présentateur

Bon, de là à conclure que les juges font le boulot de la réaction de l'ordre social. Il n'y a qu'un pas que vous franchissez de temps en temps, mais parfois, vous vous abstenez Jean-Marie Roy. Non, je le franchis tout. Complètement. Alors, vous le franchissez. On y reviendra. Bon, alors, évidemment, votre livre « Drôle de justice », il a un titre qui pourrait être le commentaire de certains partisans de Mme Le Pen ou de certains observateurs de la vie politique et judiciaire. Quant à ce jugement qui l'empêche, évidemment, avec l'exécution provisoire, de se présenter en 2027, est-ce que vous considérez comme certains que c'est une sanction insupportable ?

3:15
Invité politique

Mais je considère que c'est un cafouillage démocratique invraisemblable. C'est la conjugaison de deux choses, de députés, de parlementaires qui sont impulsifs, qui lancent des lois n'importe comment. L'inégibilité est une sottise démocratique. C'était « il faut vraiment être idiot pour les députés » et surtout avec la conséquence sur l'élection présidentielle. L'élection présidentielle est au-dessus de tout. C'est le peuple qui arrive. Mais cette rencontre entre des impulsifs qui changent les doigts comme de chemise et qui sont prêts à les changer à nouveau sur cette question.

4:00
Présentateur

Éric Ciotti est devenu le grand « engage la croisade de la remise en question de l'inégibilité ».

4:05
Invité politique

Ce serait comique si ce n'était pas tragique. Mais en face de ça, vous avez des juges psychorigides. Parce que les juges, et ça on peut en parler, ce qu'il y a de terrible, c'est que la malheureuse personne, que trois personnes puissent décider de l'élection présidentielle de notre destin, mais c'est ne pas connaître l'histoire de France. Toutes les révolutions en France sont parties sur des affaires de justice. C'est très carréable. Alors, cette dame qui a choisi d'éliminer Marine Le Pen, de risquer de l'éliminer, c'est une femme sûrement très compétente, c'est une femme sûrement qui a fait de très grandes études, mais elle est hors sol. Elle est en dehors. Elle n'a pas compris.

Et quand elle a vu la réaction de Poutine, de Trump, quand elle a vu le monde entier réagir et la contester, et même la magistrature elle-même, puisque la décision de finalement accélérer l'appel, c'est un camouflet pour cette juge.

5:09
Présentateur

Jean-Marie Roir, vous dites qu'il n'y a personne pour juger les juges. Et là, vous dites qu'ils sont trois à avoir décidé du sort de Mme Le Pen. Tout cela se fait quand même au terme d'un procès. Il y a des avocats, il y a des accusations, il y a des preuves. Enfin, la justice fait son travail. Mais vous estimez que la sanction est trop lourde.

5:32
Invité politique

Les juges sont comme vous et moi, sauf que vous et moi, nous avons un cœur. Et que les juges sont enfermés, à cause que je désigne le coupable, c'est l'école de la magistrature. L'école de la magistrature a sorti des juges de la vie. Ils sont entre eux, avec toutes les influences politiques que ça peut comprendre. Et finalement, autrefois, il fallait être avocat pour être juge. C'est d'ailleurs le cas au Canada. Au Canada, il faut avoir été 10 ans avocat avant de pouvoir être juge. Ce qui vous amène à une humanité, parce que c'est ça qui est important. Dans la vie, il y a l'esprit de géométrie, mais il y a l'esprit de finesse. Il faut avoir du cœur.

Vous estimez que la justice en France, s'est enfermée dans un entre-soi. Mais complètement. Mais complètement. Et d'ailleurs, ils ont accéléré les choses, puisque maintenant, il y a de moins en moins de juges dans les tribunaux. Vous avez même des cours criminels où il n'y a plus un seul juré populaire. et on a repris la loi de Vichy pour introduire l'échevinage, c'est-à-dire des magistrats, dans les jugements d'assises, alors qu'avant, pendant 200 ans, c'était le juré populaire.

Et ça a amené des conséquences effroyables, dont l'une que je connais bien, puisque c'est l'affaire Omar Haddad, où Omar Haddad, jugé pour un crime abominable, a été condamné à 18 ans de prison avec les circonstances atténuantes. Quand vous voyez l'état du cadavre mutilé, maltraité, ça veut dire quoi ? L'influence du président du tribunal sur les juges. Jean-Marie Rouard,

7:14
Présentateur

vous êtes critique, donc, de la justice, mais vous développez dans ce livre Drôle de justice, une thématique intéressante, c'est que l'injustice, qui n'est pas systématique, mais quand elle apparaît, elle apparaît souvent parce que dénoncée par des écrivains, des littérateurs, on a un exemple aujourd'hui, un exemple très contemporain, c'est Boilem Sansal. Alors, ce n'est pas la justice française, c'est la justice algérienne, mais il y a une mobilisation des intellectuels en faveur de Boilem Sansal. Est-ce que vous estimez que ce couple infernal entre injustice et littérature est bien résumé

7:50
Invité politique

par cette affaire ? Bien sûr, c'est un des éléments de cette affaire, parce que la justice, nous vivons au cœur de l'injustice, en permanence, sur le plan privé, sur le plan public, nous voyons des choses injustes. Et à quoi servent les écrivains ? Ils ont été le contrepoison, l'antidote à cette injustice permanente. Qu'est-ce qu'ils font ? D'une certaine façon, ou bien ils interviennent dans les affaires judiciaires, et beaucoup sont intervenus, ou bien, quand il n'y a rien à faire, ils donnent un sens, ils donnent un sens à l'injustice, parce qu'ils transmuent cette injustice, ils la hissent à un niveau universel. Ils en font un cri.

Ils en font une œuvre d'art, et ils donnent un sens à cette injustice. Et je crois que c'est un peu comme, c'est pour ça que je cite l'Abestoc, avec les fusillés du Mont-Valérien, ils étaient chargés de les confesser, il n'y avait plus rien à faire, ils allaient être fusillés, et par la prière, ils essaient de donner un sens à leur mort. Eh bien, je crois que la littérature, c'est donner un sens à ce sentiment, ce ressenti, pour employer un mot horrible, ce ressenti d'injustice. Dans ce livre,

8:58
Présentateur

qui contient deux parties, il y a une pièce de théâtre, drôle de justice, et puis avant, il y a une analyse de votre inspiration judiciaire, si j'ose dire, puisqu'il y a un fil conducteur dans votre œuvre, et vous vous en êtes aperçu un peu après coup, c'est notamment la justice et la lutte contre la justice. Mais tout cela est né à l'école. Vous avez eu une affaire à l'école avec un professeur de littérature qui vous a traumatisé parce qu'il vous a envoyé en conseil de discipline. Il faut raconter ça aux auditeurs de Radio Classique parce que ça permet de comprendre la façon dont Jean-Marie Roire se cabre et se réveille face à la justice.

9:31
Invité politique

Non, parce que justement, j'ai essayé d'en tirer un parti littéraire. Donc ce professeur qui était un merveilleux professeur de lettres, qui était directeur d'un collège, avait une passion pour moi parce que j'étais à 14 ans un fou. J'avais lu la chartreuse de Parme, j'avais lu Guerre et Père, enfin j'étais un fou de littérature. Il est tombé tellement... Il est tombé en amour de vous. En amour, disons. Ça ne se faisait pas et ça ne se fait toujours pas. Et un jour, il m'a demandé d'apporter un devoir que je n'avais pas fait chez lui. Je suis allé chez lui, j'ai frappé la porte, j'ai senti quelqu'un derrière la porte, il n'a pas ouvert la porte. Très bien, je suis rentré chez moi.

Et le lundi matin, j'étais convoqué en conseil de discipline et j'étais viré du collège pour homosexualité. Je me suis dit vraiment... Alors ça a été un petit émoi dans ma famille, je me suis très compréhensif. Et puis, on m'a fait passer à l'Institut Clare-Pareil, on m'a fait passer des tests, on m'a montré des femmes nues, des hommes nus. Incroyable. J'ai préféré les femmes nues, j'étais assez orthodoxe. Je le suis resté d'ailleurs, mais enfin, bras là. Mais ce qui m'a intéressé dans cette affaire, c'est qu'au fond, il m'avait incriminé pour ce qu'il était lui-même. Il avait cette tendance. Et vous savez, j'ai essayé d'en tirer un parti.

Je ne me suis pas lamenté en me disant oui, j'étais viré. Non, j'ai essayé. Et c'est ça la force de la littérature, le pouvoir de la littérature, c'est essayer de donner un sens à ses malheurs.

10:50
Présentateur

Une injustice, un conseil de discipline et un renvoi de Jean-Marie Roir à l'origine de son goût pour la dénonciation des erreurs judiciaires. Jean-Marie Roir, merci d'avoir été notre invité ce matin. Je rappelle le titre de cet essai et de cette pièce de théâtre « Drôle de justice ». Ça vient de paraître chez Alba Michel. À bientôt, monsieur l'académicien. À suivre le rappel des titres. Merci d'avoir regardé cette vidéo !

11:14
Locuteur

Merci d'avoir regardé cette vidéo !