Gilles Simeoni
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:00OuverteRéponse directe
Bonjour Gilles Siméoni, vous êtes avocat, vous étiez maire de Bastia jusqu'à votre élection comme président de l'exécutif de la collectivité territoriale de Corse.
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Avant de parler de violence, vous avez rendez-vous aujourd'hui avec Marie-Lise Lebranchu au ministère de la Décentralisation, pour négocier quoi ?
- 0:50RelanceRéponse partielle
Vous avez formulé quand même à plusieurs reprises, y compris depuis votre élection, une série de revendications.
- 1:28RelanceRéponse partielle
Manuel Valls a opposé une fin de non-recevoir à vos principales réclamations : une nation corse, une langue corse reconnue comme langue officielle, un statut pour les prisonniers politiques corse.
- 2:13OuverteRéponse partielle
Qu'est-ce qui vous semble prioritaire dans ce qu'on a énuméré à l'instant ?
- 2:34RelanceRéponse partielle
Vous mettez devant ou en avant des questions identitaires, davantage que les questions économiques.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:08PrésentateurChiffre
« Le 6 décembre, la liste que vous conduisiez obtenait 17% des voix, puis 35% une semaine plus tard après fusion avec la liste conduite par Jean-Guy Talamoni »
- 1:00Invité politiqueFait
« Nous aimerions d'une part discuter de la collectivité territoriale unique, ce sera le cas, mais d'autre part aussi élargir la perspective et le débat avec la recherche d'une véritable solution politique d'ensemble »
- 1:41Invité politiqueFait
« Ce sont aussi, et j'allais dire surtout, des délibérations qui ont été votées par l'Assemblée de Corse, qui représentent quand même la voix du peuple corse »
- 2:05Invité politiqueFait
« On est obligé de constater que refuser de prendre en compte le vote d'une Assemblée démocratiquement élue, c'est quelque chose qui pose un problème en démocratie »
- 2:28Invité politiqueFait
« La question économique et sociale est aussi d'une brûlante actualité en Corse »
- 2:53Invité politiqueFait
« Nous voulons construire notre émancipation économique et sociale de façon concomitante à notre émancipation politique »
- 3:24Invité politiqueFait
« Moi, je n'ai pas été élu pour accentuer les fractures de la société Corse. J'ai été élu pour construire des consensus le plus large possible »
- 5:35Invité politiqueFait
« Le football, malheureusement, charrie aussi autour de ce sport qui, comme tous les sports, devrait être un vecteur de partage, de fraternité, de joie »
- 6:33Invité politiqueFait
« J'ai constaté qu'il y avait un certain nombre de témoignages concordants qui faisaient état de brutalité policière, de témoignages concordants qui faisaient également état d'injure »
- 6:50Invité politiqueFait
« Au moment où je parle, il semble qu'il n'y ait pas de certitude. Par contre, il y a des éléments convergents qui me laissent penser que la version officielle ne correspond pas forcément à la réalité »
- 8:10Invité politiqueFait
« Il y a en Corse, dans toutes les communautés et dans toutes les religions, des gens qui se parlent, qui travaillent ensemble, qui se respectent profondément »
- 8:36Invité politiqueFait
« Un malaise, à un moment donné, avec des phénomènes de racisme, avec des phénomènes de communauté qui, au lieu de vivre ensemble, vivent de façon parallèle »
Temps de parole
- Gilles Simeoni69 %
- Présentateur31 %
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Bonjour Gilles Siméoni, vous êtes avocat, vous étiez maire de Bastia jusqu'à votre élection comme président de l'exécutif de la collectivité territoriale de Corse. Le 6 décembre, la liste que vous conduisiez obtenait 17% des voix, puis 35% une semaine plus tard après fusion avec la liste conduite par Jean-Guy Talamoni devenu depuis président de l'Assemblée de Corse. Avant de parler de violence, c'était le sujet du journal, vous avez rendez-vous aujourd'hui, vous aviez rendez-vous avec Marie-Lise Lebranchu au ministère de la Décentralisation, ce sera Jean-Michel Baillet puisque le remaniement est intervenu depuis, pour négocier quoi ?
Qu'est-ce qu'un leader nationaliste, vous-même et un leader indépendantiste, Talamoni, peuvent réclamer et espérer obtenir ?
D'abord, lorsque nous sommes reçus au ministère, nous ne sommes pas reçus en notre qualité respective de leader autonomiste ou de leader indépendantiste.
Oui, mais vous avez formulé quand même à plusieurs reprises, y compris depuis votre élection, une série de revendications.
Tout à fait, mais nous y allons, et j'y vais en tant que président du conseil exécutif, c'est-à-dire en tant que représentant de la Corse. Donc nous, nous aimerions d'une part discuter de la collectivité territoriale unique, ce sera le cas, mais d'autre part aussi élargir la perspective et le débat avec la recherche d'une véritable solution politique d'ensemble à une situation conflictuelle qui dure depuis des décennies en Corse. Et malheureusement, sur cet aspect-là, pour l'instant, Paris reste sourd et muet.
Paris, c'est Manuel Valls, en l'occurrence, qui vous a reçu il y a quelques semaines et qui a opposé une fin de non-recevoir à vos principales réclamations, une nation corse, une langue corse reconnue comme langue officielle, un statut pour ce que vous appelez les prisonniers politiques corse.
Tout ça, c'est non ? C'est non pour l'instant, mais ce ne sont pas seulement des revendications, ce sont aussi, et j'allais dire surtout, des délibérations qui ont été votées par l'Assemblée de Corse, qui représentent quand même la voix du peuple corse, et ce sont des délibérations qui ont été votées, y compris par des élus qui ne sont pas nationalistes, donc des questions fondamentales qui font l'objet de un large consensus en Corse et qui, malheureusement, ne sont pas, pour l'instant, prises en considération.
Je pense que cette situation ne peut pas perdurer, parce que, quoi qu'on pense du bien fondé au plan politique de ces revendications, on est obligé de constater que refuser de prendre en compte le vote d'une Assemblée démocratiquement élue, c'est quelque chose qui pose un problème en démocratie.
Qu'est-ce qui vous semble prioritaire dans ce qu'on a éluméré à l'instant ?
Vous savez, choisir une priorité, c'est en éliminer d'autres. Je dirais que la Corse, aujourd'hui, croule sous le poids des urgences, elles sont multiples, elles s'accumulent et se renforcent mutuellement. C'est vrai que la question économique, par exemple, que vous n'avez pas évoquée, la question économique et sociale, est aussi d'une brûlante actualité en Corse.
C'est vrai, mais on a l'impression que vous, vous mettez devant ou en avant des questions identitaires, davantage que les questions économiques.
C'est peut-être aussi parce que la lecture que font les médias de nos positions se réduit à ce qui peut paraître le plus saillant, ou en tout cas le plus atypique. Mais nous, nous avons une vision globale de ce qu'est la Corse aujourd'hui et de ce que nous allons essayer d'en faire. Et donc, nous voulons construire notre émancipation économique et sociale de façon concomitante à notre émancipation politique.
La France, c'est un pays étranger, un pays ami. Ça, c'est la formule de Jean-Guy Talamoni.
Oui, Jean-Guy Talamoni est un indépendantiste. Donc, il n'y a rien d'anormal à ce qu'ils disent que la France est un autre pays que la Corse. Il dit aussi que la France est un pays ami. Donc, on n'est pas dans une logique belliciste ou de querelle. Mais ceci étant, il y a beaucoup de Corses aussi qui se considèrent pleinement français. Je vous l'ai dit tout à l'heure, moi, je n'ai pas été élu pour accentuer les fractures de la société Corse. J'ai été élu pour construire des consensus le plus large possible. Et donc, je prends en considération la situation de la Corse qui est complexe. Il y a des Corses qui se sentent profondément français et il faut les respecter.
Il y en a d'autres qui considèrent que la politique de l'État est une politique de négation de nos droits collectifs. Et je crois qu'il faut, à un moment donné, sortir des logiques d'affrontement pour construire des logiques de convergence. C'est ce que je m'évertue à faire et c'est ce que nous faisons ensemble dans le cadre de la majorité territoriale.
Quand Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, refuse de s'associer à l'hommage rendu au préfet Claude Erignac. Il n'aggrave pas les fractures.
Il n'a pas refusé de s'associer à l'hommage. Il a d'ailleurs rendu à l'hommage. Il n'est pas venu à la série.
Il refuse d'être présent, oui.
Par contre, moi, en ma qualité de président du conseil exécutif, j'ai considéré que ma place était là. Tout simplement, d'abord, bien sûr, par respect par rapport à la personne disparue et par rapport à sa famille, mais aussi au plan politique, parce que je crois que les symboles sont importants et que lorsqu'on prépare une réconciliation, il faut donner des gages. C'est ce que nous, nous faisons, et tous les nationalistes le font. Pour l'instant, au plan politique général, je dirais que cette volonté de dialogue n'est, semble-t-il, pas partagée du côté de Paris.
C'est une place aussi du président de l'Assemblée de Corse ?
Écoutez, il a expliqué dans un communiqué ce qu'était sa position. Je la respecte. Moi, j'ai considéré que je devais y aller.
Vous vous sentez français, vous, Gilles Timéoni ?
C'est une question qui est compliquée. Aujourd'hui, je suis dans une logique confrontée à un État qui refuse de prendre en compte notre peuple. Donc, bien évidemment, je suis français par la langue, je suis français par la culture, je suis français par mon vécu, mais je suis aussi par mon vécu un militant et aujourd'hui un élu qui constate que son peuple n'est pas reconnu, alors que je pense qu'il faudrait le faire. Donc, c'est vrai que nous sommes aujourd'hui clairement dans une position qui est une position de combat politique pour faire reconnaître l'existence de notre peuple et l'existence de ses droits.
Encore des violences. Donc, on en parlait dans le journal. Après Bastia, nouvelle manifestation hier soir à Corté, en soutien aux huit supporters du club de Bastia, arrêtés après les violences du week-end à Reims. C'est un problème, les supporters de football en Corse ? Gilles Timéoni, ce n'est pas les premiers incidents.
Non, mais j'ai envie de dire que le football, malheureusement, charrie aussi autour de ce sport qui, comme tous les sports, devrait être un vecteur de partage, de fraternité, de joie. Ils véhiculent quelquefois l'excès. Ça arrive à Bastia, ça arrive ailleurs. Je crois que globalement, aussi bien le club que la majorité des supporters, y compris ceux qui sont présentés comme des ultras, ont fait des efforts ces dernières années. Il continue d'y avoir des dérapages.
Quelquefois, c'est regrettable, mais je pense qu'on ne peut pas occulter tout le travail de fond qui est fait et le fait aussi que le Sporting Club de Bastia est une formidable locomotive, une formidable vitrine pour l'ensemble de la Corse.
Mais vous défendez les supporters ou vous accusez... Vous défendez les forces de l'ordre ? Vous les accusez, les forces de l'ordre ? Parce que j'ai vu des propos accusatoires, hier, que vous avez tenu, sur le comportement des forces de l'ordre.
Je n'ai pas eu des propos accusatoires. J'ai constaté qu'il y avait un certain nombre de témoignages concordants qui faisaient état de brutalité policière, de témoignages concordants qui faisaient également état d'injure. Je n'étais pas sur place, donc je ne suis pas permis d'affirmer. J'ai dit simplement qu'en l'état de ce trouble qui était créé, en l'état aussi de la blessure extrêmement grave subie par un très jeune homme, il fallait une enquête impartiale pour savoir comment ces choses se sont passées.
Il n'y a pas de certitude sur l'origine de la blessure de ce jeune homme ?
Au moment où je parle, il semble qu'il n'y ait pas de certitude. Par contre, il y a des éléments convergents qui me laissent penser que la version officielle ne correspond pas forcément à la réalité.
C'est-à-dire que vous pensez, vous vous tenez, vous, pour l'idée que c'est un tir de flashball de la police qui l'a blessé ?
Écoutez, c'est ce que dit la victime elle-même. C'est ce que disent un certain nombre de témoins. Et je note par ailleurs que la version officielle a évolué puisque dans un premier temps, le dimanche, on disait qu'il n'y avait eu aucun tir de flashball avant de préciser le lundi qu'il y avait eu effectivement un tir mais que celui-ci avait atteint la victime à l'abdomen et donc qui n'était pas à l'origine de la blessure.
À suivre. Quelques phrases encore sur cette autre image de la Corse qui a marqué, qui a heurté une partie de l'opinion française durant les fêtes de fin d'année de Noël. Des actes anti-musulmans. Gilles Siméoni, il y en a un peu partout en France et davantage depuis un an. Mais la Corse est le seul endroit de France où il y a eu ce qu'on peut appeler des ratonnades. Comment l'expliquez-vous ?
D'abord, je pense qu'on ne peut pas toujours lire ce qui se passe en Corse à l'aune des épisodes les plus déplaisants. Il y a aussi en Corse... Non, ça existe. Ça existe malheureusement et nous l'avons dénoncé. Nous l'avons dénoncé par les mots et nous le combattons par les gestes et par les faits concrets. C'est-à-dire par des politiques, y compris des politiques de fond qui sont peut-être moins apparentes que ces épisodes auxquels vous faites référence. Mais ceci étant, je voudrais dire aussi qu'il y a en Corse, dans toutes les communautés et dans toutes les religions, des gens qui se parlent, qui travaillent ensemble, qui se respectent profondément.
Et puis, nous l'avons dit à satiété, mais nous le répétons encore, nous avons de notre identité une conception ouverte. La Corse a toujours fabriqué des Corses et ça doit continuer à être le cas. Ceci étant, il y a eu des dérapages. Donc, ça exprime un malaise profond qu'on rencontre dans toutes les sociétés.
Quel type de malaise ?
Un malaise, à un moment donné, avec des phénomènes de racisme, avec des phénomènes de communauté qui, au lieu de vivre ensemble, vivent de façon parallèle, jusqu'à après être dans des logiques de défiance, voire d'affrontement. Et je crois que le rôle du politique et le rôle des politiques, c'est d'identifier les problèmes et d'y répondre par des politiques de fond. Les politiques de fond, c'est la justice sociale, c'est le logement, c'est l'emploi, c'est le dialogue entre les cultures, c'est un modèle de société qui repose sur une intégration réussie.
Il y a plus de racisme en Corse qu'ailleurs en France ?
Très sincèrement, je ne le pense pas.
Et dans le même temps, vous estimez, avec Jean-Guy Talamonik, que les élus Front National sont indésirables en Corse ?
Non, moi je ne considère pas que les élus, quels qu'ils soient, soient indésirables en Corse.
C'est le communiqué que vous avez publié la semaine dernière à l'occasion de la venue d'élus européens d'extrême droite. Je l'ai communiqué sous les yeux.
Oui, oui, mais je ne l'ai pas dit dans le communiqué, lisez-le bien, que les élus sont indésirables. J'ai dit que la Corse était une terre qui, par son histoire et par son présent, était aux antipodes des valeurs véhiculées par les élus d'extrême droite. Ceci étant, le communiqué fait aussi référence à la liberté de réunion et à la liberté de circulation. Moi je suis resté...
Mais à la suite de ce communiqué, il y a eu des manifestations qui ont bloqué en partie ces élus sur la route de l'aéroport.
Sauf que la manifestation n'a rien à voir avec le communiqué. Après, il y a des gens qui ont pris des décisions. Moi je n'ai pas participé à ces manifestations. C'est vrai ? Je ne les ai pas soutenus. Et je considère que...
Vous ne les avez pas encouragées ces manifestations ?
Non, je ne les ai pas encouragées tout simplement parce que je considère qu'il faut combattre les idées de Front National. Mais ce n'est pas le meilleur moyen de les combattre. Donc moi j'ai pris une position de principe pour rappeler les valeurs auxquelles je crois et les valeurs que je défends. Ceci étant, il y a des gens qui viennent en Corse. À partir du moment où ils ne commettent pas d'infraction, il faut respecter leur choix de venir là.
Et il y a deux pins centenaires qui n'ont pas survécu à ces troubles. Effectivement. Gilles Siméoni, président de l'exécutif Corse. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs de France Inter.
Gilles Simeoni