Refus de la taxe Zucman par Sébastien Lecornu : "C’est une bonne nouvelle", réagit le PDG de Cdiscount
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C'est une bonne nouvelle ?
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Une journée que les French Day, ça va être à peu près 50% d'activité en plus par rapport aux journées traditionnelles.
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« Je pense que c'est une bonne nouvelle parce que taxer notamment les actifs professionnels, forcément ça crée une menace sur les entreprises, sur l'emploi. »
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« Par exemple, sur cette période des fringés, on va avoir de la téléphonie reconditionnée qui est un secteur qui a un très fort développement puisqu'il coche à la fois la question du pouvoir d'achat et puis de la consommation plus responsable qui sont deux enjeux forts pour les consommateurs français. »
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France Info, l'invité éco, Fanny Guinochet. Bonsoir, Thomas Métivier, vous dirigez Cdiscount, leader français du e-commerce. Alors sur ce marché du e-commerce en ligne, votre plateforme de vente est juste derrière Amazon. Pour dire aux auditeurs, on trouve chez vous de la téléphonie, de l'électroménager, des meubles, de la décoration. Merci d'être avec nous sur France Info.
Merci Fanny Guinochet.
Alors avant d'en venir à l'actualité économique de votre entreprise, de votre secteur, on vient de l'entendre. Sébastien Lecornu, le Premier ministre, annonce qu'il n'y aura pas de taxe Zuckmann. Il fait cette annonce dans Le Parisien. On sait que les entrepreneurs se sont beaucoup mobilisés. C'est une bonne nouvelle ?
Je pense que c'est une bonne nouvelle parce que taxer notamment les actifs professionnels, forcément ça crée une menace sur les entreprises, sur l'emploi. Je pense que c'est effectivement une bonne mesure. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas aussi aller vers plus de justice fiscale. Mais en tout cas, la taxe Zuckmann n'était sûrement pas la bonne solution.
Bon, donc ça c'est un soulagement ce soir pour vous ?
Oui, je pense que c'est une bonne chose pour l'économie française.
Alors sinon, dans votre secteur, jusqu'à lundi, mardi, tout le week-end, ce sont les French Day. Alors depuis 7 ans, deux fois par an, moi j'ai découvert ce qu'étaient les French Day. Ce sont des commerçants français en ligne qui se sont regroupés pour valoriser notre commerce tricolore. Bon, depuis Amazon et d'autres sites étrangers sont venus aussi. Et ce sont des grosses journées pour vous, on imagine ?
Oui, tout à fait. C'est une journée d'un temps fort commercial qu'on a créé il y a 7 ans avec d'autres e-commerçants français. Et l'idée, c'était de créer un temps commercial pour avoir des bonnes affaires pour nos clients entre les temps forts, on va dire, naturels et classiques que sont les soldes et puis Black Friday.
Alors c'est-à-dire que par rapport au Black Friday, ça représente quoi les French Day ?
Une journée que les French Day, ça va être à peu près 50% d'activité en plus par rapport à les journées traditionnelles. Alors ça reste plus petit que Black Friday qui est quand même le sommet commercial de l'année.
Vous faites quoi par exemple pour le Black Friday ?
Pour venir sur le Black Friday, sur le grand week-end du Black Friday, du vendredi jusqu'au lundi, on va faire plus de ventes que 15 jours classiques. Donc voilà, c'est vraiment des journées très importantes et qui s'expliquent parce que c'est à la fois les meilleures offres de l'année qu'on va avoir pour construire avec nos fournisseurs, avec nos 10 000 vendeurs partenaires. Et puis c'est aussi la montée vers Noël où évidemment on se repart à garnir le sapin.
Alors pourtant, on parle beaucoup de problèmes, de difficultés, de pouvoir d'achat des Français et ils consomment donc massivement chez vous.
Écoutez, on est aux côtés des Français dans tout leur moment de consommation, même si on voit effectivement que ces dernières années, il y a eu quand même un effet sur le pouvoir d'achat. Nous, on est un bon baromètre. On a un Français sur trois qui nous rend visite tous les mois. On fait plus de 3 milliards d'euros de ventes chaque année. Et en fait, on voit par exemple que les fins de mois sont plus difficiles.
Vous le voyez à quoi par exemple ?
On le voit notamment parce qu'on fait un peu moins de ventes en fin de mois qu'en début de mois. Et là où ça baissait vraiment à partir du 20 du mois il y a quelques années, maintenant ça baisse plutôt à partir du 15. Donc quelque part, les fins de mois arrivent presque 5 jours plus tôt.
Donc dès que les Français sont payés quasiment, là vous voyez un pic des ventes.
On voit très nettement. Aujourd'hui, par exemple, c'était le jour de paye des fonctionnaires. Il y a eu une accélération des ventes par rapport à hier. Et ça va aller en s'accélérant ces prochains jours avec les payes du secteur privé qui s'étalent entre maintenant et les premiers jours du mois d'octobre.
Quels sont les produits top 10 que l'on vient chercher chez vous ?
Par exemple, sur cette période des fringés, on va avoir de la téléphonie reconditionnée qui est un secteur qui a un très fort développement puisqu'il coche à la fois la question du pouvoir d'achat et puis de la consommation plus responsable qui sont deux enjeux forts pour les consommateurs français. On va trouver du petit électroménager. Je pense aux friteuses sans huile, les airfryers qui sont un peu le carton de ces 12 derniers mois. On va avoir aussi des achats plaisir, par exemple des lits cabanes pour les enfants. On va avoir des trottinettes électriques pour pouvoir se déplacer.
Et notre but, c'est vraiment d'être aux côtés des Français sur tous ces enjeux de consommation, notamment autour de l'équipement. C'est notre singularité. Nos deux points de singularité, c'est d'être sur l'équipement et puis d'être sur les meilleurs prix, les meilleures offres qui est notre ADN depuis 25 ans.
Et ce sont surtout les jeunes qui viennent, parce qu'on pense commerce en ligne, notamment beaucoup de ventes via les smartphones. Ce sont essentiellement une clientèle de jeunes ou pas du tout ?
On a un tiers des Français qui vient tous les mois. Donc, on est assez représentatif de la population française. On a une population, on a une clientèle qui est un peu plus provinciale, un peu plus populaire que la moyenne des Français. Mais aussi parce qu'ils savent que chez nous, on défend leur pouvoir d'achat et on leur permet de consommer moins cher et aussi de consommer mieux. Parce que c'est la deuxième tendance. C'est effectivement cette question de la consommation responsable. Aujourd'hui, 30% de notre activité est faite sur des produits plus responsables. C'était 10% il y a trois ans. Donc, on voit que c'est quand même une tendance.
C'est-à-dire reconditionnés, fabriqués en France ?
Reconditionnés, fabriqués en France, des produits qui vont moins consommer, qui sont plus facilement réparables, qui vont effectivement avoir des labels environnementaux. Et ça nous aide aussi à les identifier. Parce que nos clients nous disent à la fois que consommer plus responsable, ils ont envie. On est tous conscients de l'enjeu environnemental. Mais en même temps, il y a le prix. C'est la bataille qu'on tient depuis 25 ans. C'est le juge de paix ? Non, pas seulement. On voit que pour le coup, quand on montre qu'un produit est plus réparable ou qu'il consomme moins, les clients sont prêts parfois à mettre un petit peu plus cher.
Et notre bataille, c'est de leur donner le choix pour à la fois défendre leur pouvoir d'achat et puis les aider dans cette consommation.
Thomas Métivier, vous n'avez pas 40 ans. Vous êtes polytechnicien, ingénieur du corps des mines. Vous avez rejoint Cédiscount en 2016. Alors d'abord au sein de la direction stratégie. Puis vous avez gravi peu à peu les échelons. On rappelle que Cédiscount, alors certes, c'est aujourd'hui une plateforme qui vend un certain nombre de produits. On vient de les énoncer. Mais au départ, c'était juste un site de revente de DVD et de CD. Et puis, c'est 2000 salariés aujourd'hui. Le siège est resté à Bordeaux. Donc là, d'ailleurs, vous venez de Bordeaux. Et ça fait donc 10 ans que vous êtes chez Cédiscount. Et DG depuis deux ans et demi.
Et votre particularité, c'est que vous avez d'abord démarré dans le public, dans l'administration. Vous avez débuté votre carrière comme commissaire, notamment au redressement productif en Aquitaine, sous Arnaud Montebourg et un certain Emmanuel Macron. Pourquoi vous avez rejoint le privé ?
Écoutez, je pense que j'ai toujours eu un goût pour la chose économique. Vous l'évoquiez, quand j'étais dans le public, j'étais aux côtés des entreprises. Alors, celles qui se développaient, puis celles qui avaient parfois un peu plus de difficultés. Aussi, sur le sujet des politiques de l'emploi. Et pour le coup, ça a été un souhait de ma part de passer de l'autre côté, rejoindre le secteur privé.
Ça ne payait pas assez, le public ?
Non, ce n'était pas le sujet. C'était plutôt un sujet de capacité à avoir l'impression d'être là où les choses se passent le plus. Et pour le coup, le e-commerce, c'est un secteur où on est aux avant-postes, à la fois de la révolution technologique. Vous avez évoqué le mobile tout à l'heure. On peut penser également à l'intelligence artificielle où on est parmi les leaders.
Et justement, l'intelligence artificielle, je vous coupe un pardon, mais comment ça percute vos métiers ?
Écoutez-nous, aujourd'hui, elle est au cœur de notre capacité à répondre aux enjeux de nos clients. Il faut avoir en tête que Cédiscount, c'est 20 millions de produits, c'est 400 hypermarchés, les uns à côté des autres. Et quand un client nous pose une question dans le moteur de recherche, on a 200 millisecondes pour lui trouver les bons produits.
Donc ça, il y a des histoires de références. Ça vous aide à mieux référencer les produits ?
Mieux référencer, avoir des produits de meilleure qualité et puis réussir à répondre rapidement aux questions de nos clients. On l'utilise aussi pour améliorer notre prévision de vente, lutter contre la fraude, malheureusement.
Du coup, ça veut dire que ça remplace certains emplois ?
Non, ça vient plutôt en complément. Pour le coup, je vais prendre un exemple. On a mis en place un petit chatbot quand les clients ont des questions sur des produits. Historiquement, on le faisait uniquement avec des conseillers qui répondaient directement aux clients, mais du coup, on le faisait sur un nombre restreint de produits. Aujourd'hui, on a toujours le même nombre de conseillers, mais au lieu de répondre sur quelques milliers de produits, on est capable de répondre sur nos 20 millions de produits. Et puis, on dit aux clients que c'est un chatbot et s'ils ont une question auxquelles on n'arrive pas à répondre avec le chatbot, ils peuvent échanger avec un conseiller.
Donc voilà, on développe le service pour nos clients.
La souveraineté française, ça vous tient à cœur. Et en préparant cette émission, vous me disiez combien finalement des marques comme Chine et Temu vous agaçaient parce qu'ils viennent grignoter vos parts de marché. Alors, on pourrait se dire que c'est l'habillement, mais en fait, non. Ils viennent sur le petit équipement, la déco. Qu'est-ce qu'il faudrait faire, selon vous, pour limiter cette concurrence ?
Écoutez, je pense que déjà, ce qui est important de noter, c'est que la concurrence, c'est quelque chose qui est bien. Nous, on est dans un secteur ultra concurrentiel, très dynamique.
Alors, ils ont le droit d'arriver en cassant les prix.
Nous, notre problème qu'on a avec ces acteurs-là, il y a trois éléments qui posent problème. Le premier, c'est que sur les produits, on a un problème de qualité des produits. Il y a des produits qui ne sont pas de bonne qualité, qui sont des produits parfois de contrefaçon, et il n'y a pas de volonté réelle de lutter contre ça. Le deuxième, c'est la façon dont ils sont vendus. Notamment, il y a des règles en France sur les pratiques commerciales qui doivent être logales.
Donc, ils ne respectent pas les normes ?
Non, notamment autour des questions de données personnelles, des questions d'expérience, de façon de vendre les produits. Et puis, le troisième, c'est la question des prix. Et là, on est clairement dans une situation de dumping, c'est-à-dire qu'ils vendent des produits à perte, c'est interdit en France.
Alors, qu'est-ce qu'il faut faire ?
Moi, je dis une très simple, c'est qu'aujourd'hui, c'est des acteurs qui devraient être fermés. On ne devrait pas accepter que des acteurs viennent sur le territoire français, sur le territoire européen, en ne respectant aucune de nos règles, des règles que nous, on respecte, sur lesquelles on est contrôlés, et qu'on leur laisse. Et derrière, il y a évidemment plus un enjeu géopolitique.
Mais ça veut dire que vous trouvez que nos politiques sont trop laxistes ?
En tout cas, ce que je constate aujourd'hui, c'est qu'on a des acteurs qui ne respectent aucune de nos règles et qui sont autorisés à se développer, à perdre des centaines de millions d'euros chaque année pour pénétrer le marché, perturber, et on en voit les effets. À la fin, c'est des magasins qui ferment, c'est des centres-villes qui se dépeuplent. Et ça, je pense qu'on a eu une vague de désindustrialisation, on a abandonné des secteurs industriels complets. Malheureusement, j'ai été du côté de l'État en voyant des usines fermées. Mais aujourd'hui, le risque, c'est d'abandonner le commerce comme on a abandonné l'industrie.
Donc, ça va être le message que vous allez porter au prochain ministre du Commerce ?
On a porté à la ministre actuelle et qu'on portera évidemment à la prochaine ministre. Et c'est important parce que c'est l'emploi, à la fin, en France, qu'il faut qu'on défende. Parce qu'à la fin, cet emploi-là, c'est ce qui fait de la dynamique de notre pays, qui fait aussi la consommation et qui fait le succès de nos entreprises.
Alors, on a bien entendu interdire les concurrents qui font de la concurrence déloyale et du dumping. Merci Thomas Métivier, PDG de Cédiscount, d'avoir été notre invité éco sur France Info ce soir.