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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 11 septembre 2025 25 min

Alain Juppé : "Le rôle des politiques, c'est d'écouter les Français, même quand ils s'expriment de façon contestable"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, la grande matinale. Et avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin un ancien Premier ministre, aujourd'hui membre du Conseil constitutionnel. Il publie chez Talendier l'heure du choix pour une déclaration d'indépendance des Européens. Vous pourrez dialoguer avec lui au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Alain Juppé, bonjour. Merci de m'accueillir. Bonjour. Soyez le bienvenu sur Inter. Ce livre est une réflexion sur la France et l'Europe. Vous y abordez avec clarté, lucidité, les blocages qui traversent notre société. La manière aussi de les dépasser.

Alors selon les thèmes et les chapitres, on perçoit de la sérénité, mais parfois aussi de l'inquiétude. On va y venir dans un instant. Mais d'abord, quelques mots sur la situation politique en France, qui résonnent d'ailleurs avec de nombreuses pages de votre livre. François Bayrou a donc été renversé. Sébastien Lecornu a donc été nommé. Le président qualifie le moment de crise parlementaire. Quand d'autres vont jusqu'à parler de crise de régime. Alain Juppé, comment qualifiez-vous le moment que traverse la France aujourd'hui ?

1:19
Alain Juppé

Au risque de vous décevoir, je ne répondrai pas véritablement à cette question, tout simplement parce que je ne peux pas le faire, compte tenu de mon statut qui m'oblige à une certaine impartialité ou une certaine neutralité. Ce que j'ai essayé de faire dans mon livre, c'est de remettre cette crise actuelle que nous vivons tous en perspective, dans une vision plus distanciée, si je puis dire, parce que nos démocraties sont en crise, toutes en crise.

Et je crois que c'est aussi l'heure du choix pour nous, Français, entre conforter la démocratie à laquelle nous tenons et ses libertés et principes fondamentaux, ou laisser dériver le système vers des régimes qui respecteront moins bien nos libertés fondamentales.

2:05
Présentateur

Alain Juppé, bien sûr, vous êtes tenu à ce devoir de réserve. Et l'idée ici n'est pas de vous demander ce que vous pensez du nouveau Premier ministre, mais simplement de poser un constat sur les institutions. On entend un certain nombre de commentateurs, de responsables politiques dire « on en est à la fin de la Quatrième République », dans un moment où plusieurs crises se mêlent. Est-ce que les institutions, vous en faites partie si j'ose dire, vous êtes membre du Conseil constitutionnel, est-ce que vous avez le sentiment que les institutions sont à bout de souffle ?

2:32
Alain Juppé

L'année dernière, nous avons célébré, c'était 2024, ou 2023, je ne sais plus, l'anniversaire de la Constitution en 1958. Vous calculerez, ça doit être le 65e, si je me souviens bien. Et je me souviens des discours qui ont été faits à cette époque-là pour rendre hommage à la stabilité de nos institutions. Vous voyez qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, elles sont ce qu'elles sont, elles peuvent être interprétées de manière différente. Je vois mal ce que serait la Sixième République dont on nous parle beaucoup. Je m'arrêterai là pour ne pas entrer dans un débat plus politique.

3:08
Présentateur

On nous parle beaucoup de la Quatrième en ce moment.

3:10
Alain Juppé

Ça, on y est revenu, oui. On y est revenu. Non, sur un seul point, qui est celui de l'instabilité gouvernementale, naturellement. Je voudrais quand même rappeler qu'à la fois entre les deux guerres mondiales, je renvoie au livre de Gérard Harrault, nous étions seuls, et puis au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, ce qui a affaibli la France et qui l'a conduit soit à la déroute de 1940, soit à la crise de 1958, ça a été l'instabilité gouvernementale et ministérielle. Donc, c'est là un enjeu tout à fait essentiel, mais je n'irai pas plus loin dans la réforme des institutions.

Je crois très fondamentalement quand même que ce n'est pas en changeant les lois électorales, par exemple, qu'on résout les crises. Il faut s'attaquer davantage aux problèmes de fond d'aujourd'hui.

3:55
Présentateur

Ce que l'on constate aussi dans le débat public, Alain Juppé, c'est, et vous en parlez dans votre livre, le pessimisme des Français, vous comparez d'ailleurs aux autres peuples européens. Ce que l'on constate aussi, c'est une polarisation de plus en plus forte du débat public. Vous qui avez toujours défendu une forme de modération, vous le revendiquez d'ailleurs, comment est-ce que vous voyez cette France déchirée qui, semble-t-il, n'arrive plus à créer de commun ? On n'est même plus capable en France de se mettre d'accord sur les termes du débat.

4:26
Alain Juppé

Bon, ce n'est pas tout à fait nouveau. Non, mais c'est peut-être de pire en pire. Quand on regarde l'histoire de notre République, la France a toujours été, et les Français ont toujours été un peuple grognon et même révolutionnaire. Ce que je constate, c'est qu'il y a un formidable besoin dans l'opinion publique aujourd'hui de réassurance, si je puis dire. Les Françaises et les Français attendent un discours politique qui leur donne des perspectives sur l'avenir. La situation est difficile. Je ne vais pas le nier. Nous sommes devant des défis considérables. Le défi environnemental, le défi démographique et migratoire, le défi numérique. Mais nous pouvons rebondir.

Nous avons la possibilité de répondre à ces défis. Et c'est ce que j'essaye de dire dans mon livre aussi. Je vous rappelle que le dernier mot du livre, c'est le mot « espérance ». Oui.

5:12
Présentateur

Dans le débat toujours, Alain Juppé, et en tenant compte de votre devoir de réserve, vous avez évidemment entendu ceux qui considèrent que la seule solution pour sortir de l'ornière, c'était une nouvelle dissolution. C'est par exemple ce que pense l'ancien président Nicolas Sarkozy. Dans votre livre, vous suggérez de recourir davantage au référendum tout en ayant conscience de leurs limites. Consulter les Français directement, c'est une façon de sortir de ce climat où il est si difficile de créer du commun, pour reprendre les mots de Benjamin.

5:49
Alain Juppé

Je l'ai dit tout à l'heure, notre démocratie représentative est en crise. Et on en connaît les symptômes. Quand vous regardez l'évolution de la participation aux élections depuis 10 ou 20 ans, ça ne cesse de baisser. L'abstention ne cesse d'augmenter. Les partis de gouvernement, aujourd'hui, sont en déclin et en crise. Et l'image que les Français se font des hommes et des femmes politiques est absolument détestable. Nous avons donc là un vrai problème qui n'est pas proprement français. Et le corollaire, c'est la montée des populismes. Je définis le populisme, moi, comme l'attitude qui consiste à dire au peuple ce qu'il attend qu'on lui dise, même si on sait que ce n'est pas juste.

Et puis, montée aussi de la recherche des hommes forts, des chefs, ce qui risque de nous amener vers une dérive autoritaire. Il faut donc apporter des solutions à cette crise profonde de défiance. Et je trace trois pistes. La première, vous avez raison de l'évoquer, c'est de redonner davantage la parole français, y compris sur les questions nationales. Alors, ça peut être le référendum, à condition de ne pas monter des usines à gaz qui ne peuvent pas fonctionner. Il y a dans la Constitution aujourd'hui un référendum d'initiative partagée qui a été, je ne vais pas entrer dans le détail, conçu pour ne pas fonctionner. Et il ne fonctionne pas.

Donc, si on veut véritablement redonner la parole aux Français, il faut modifier les choses pour que le référendum d'initiative populaire puisse fonctionner. Il y a d'autres techniques. Il y a celle des conférences citoyennes. Certains ministres, d'ailleurs, à un moment donné, ont mis en ligne des projets de loi pour demander aux Français de s'exprimer sur ces projets. Voilà, les réseaux sociaux peuvent avoir aussi une utilité. La deuxième voie que je préconise, c'est d'aller un coup plus loin dans la décentralisation. Pourquoi est-ce que les maires restent les seuls responsables politiques qui ont une image relativement positive dans l'opinion ?

Parce qu'ils sont proches de leurs concitoyens, parce qu'on peut leur parler directement. Et je crois qu'un coup plus loin dans la décentralisation et dans la déconcentration, c'est-à-dire dans l'État local plutôt que dans l'État parisien, serait une solution. Et puis enfin, la troisième piste, qui est peut-être plus technique que je trace, mais qui est très importante, essayons d'introduire en France une culture d'évaluation. Avant de faire une nouvelle loi,

7:56
Présentateur

regardons si les lois antérieures ont fonctionné ou pas. Toujours, quand on lit votre livre, on voit la façon dont il résonne avec l'actualité sur la question de la situation financière de la France. Vous parlez de la dette, des chiffres records, de la dette française par rapport notamment à nos pays européens. Est-ce que vous considérez que l'on dramatise trop la situation financière de la France ou qu'il y a un véritable risque ? Et je vais vous citer, parce que vous allez sans doute me répondre que c'est difficile pour vous de... Merci d'anticiper ma réponse. La citation arrive.

Vous dites sur la situation économique de la France, peut-on dire que la France est menacée aujourd'hui d'un excès de libéralisme ? Ne pourrait-on pas, en sens inverse, s'inquiéter d'un recul des libertés économiques et sociales au profit d'une forme de collectivisation rampante ? Si on en est là aujourd'hui, Alain Juppé, c'est à cause d'une collectivisation rampante ?

8:50
Locuteur

Non.

8:50
Alain Juppé

Ça, j'évoque à ce propos une phrase de Valéry Giscard d'Essain qui avait expliqué qu'au-delà de 40% de prélèvements obligatoires, on était dans le socialisme. C'est une référence historique. Je suis désolé de vous décevoir, mais j'ai pris soin dans mon livre de ne pas aborder cette question qui est la plus chaude dans l'actualité politique aujourd'hui, qui est celle des comptes publics. Voilà, c'est aux responsables politiques qui sont aux banettes aujourd'hui de s'en débrouiller. Je rappelle simplement que quand je suis arrivé au gouvernement en 1995, j'avais dénoncé l'état calamiteux des comptes publics. Et à l'époque, la dette frisait 60% du produit intérieur brut.

Il y a de quoi rêver aujourd'hui, non ?

9:30
Présentateur

Vous consacrez un chapitre de votre livre aux attaques contre la justice, contre l'état de droit, l'institution également à laquelle vous appartenez aujourd'hui, le Conseil constitutionnel. Conseil critiqué, quand il censure partiellement la loi immigration, quand il censure la loi Dupont. Le Conseil constitutionnel fait-il de la politique, Alain Juppé ? Non.

9:55
Alain Juppé

Et l'objectif de mon livre, c'est précisément de répondre aux critiques, aux attaques et même aux menaces. Nous sommes l'objet, puisqu'il y a des propositions de réforme en ce moment qui transformeraient le Conseil constitutionnel en un simple comité consultatif, c'est-à-dire à supprimer en réalité son rôle dans l'équilibre des pouvoirs. Et je crois qu'il est très important de dire ce qui nous sommes et ce que nous faisons. Le Conseil, il est le garant des libertés fondamentales des Français et de l'équilibre des pouvoirs. C'est ça, notre rôle aujourd'hui. Au sommet de la pyramide des textes, il y a la Constitution.

Et notre rôle, c'est de vérifier que le législateur respecte la Constitution, rien de plus. Nous avons du pouvoir. Nos décisions sont sans appel. Elles s'appliquent à toutes les autorités de la République. Mais nous ne sommes pas un pouvoir à l'égal du pouvoir exécutif ou du pouvoir législatif. Je prends deux ou trois exemples. Nous prenons la peine très souvent dans nos décisions de dire que nous n'avons pas le même pouvoir d'appréciation et de décision que le Parlement. Et sur certains sujets, notre contrôle est très distancié sur toutes les questions de société. Par exemple, ça a été le cas lors du débat sur l'interruption volontaire de grossesse ou encore sur la fin de vie.

Ensuite, nous ne pouvons pas nous autosaisir. Nous ne pouvons pas de notre propre chef aller voir si tel ou tel texte est conforme à la Constitution. Nous devons être saisis soit par des parlementaires, soit dans le cadre de la question citoyenne, par le Conseil d'État ou la Cour de cassession. Troisièmement, laissez-moi terminer sur ce que nous sommes vraiment. Comme l'a dit l'un de nos prédécesseurs, illustre, nous avons la gomme mais pas le crayon. C'est-à-dire que nous pouvons censurer une disposition mais ne pouvons pas la réécrire. Et je vais prendre un exemple précis qui est la loi Duplomb que vous avez évoquée tout à l'heure.

C'est la loi qui vise à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur. Alors Dieu sait si on nous a reproché la décision que nous avons prise. Qu'est-ce que nous avons décidé ? La loi n'abroge pas l'interdiction des substances néonicotinoïdes. L'interdiction subsiste. Ce qui prouve que ces substances sont dangereuses. Sans ça, on ne les interdirait pas. C'est la loi française. Et la loi Duplomb n'y change rien. Ce que la loi Duplomb change, c'est la possibilité de déroger à cette interdiction. Or, nous nous sommes déjà prononcés sur ce sujet il y a trois ans. A l'époque, il s'agissait des battraves sucrières.

Et nous avons dit ok, on est d'accord pour qu'il y ait une dérogation à condition qu'elle soit limitée dans le temps, dans l'espace, qu'elle ne s'applique qu'à une filière non seulement désignée et sur les modalités d'application pardon, on rentre dans le détail, qu'on enrobe les semences et qu'on ne pulvérise pas dans la nature ces substances. Si les auteurs de la loi Duplomb avaient respecté ce cadrage, il n'y avait aucun problème. Ils ne l'ont pas respecté. Ils ont fait une disposition sans véritablement de limites dans le temps qui peut s'appliquer à toutes les filières agricoles. C'est open bar si je peux parler français pardon, ou guichet ouvert.

Et c'est pour ça que nous l'avons censuré. La loi est mal écrite aujourd'hui. Bien sûr. Et d'ailleurs, ce qui est significatif c'est que enfin, de façon générale oui, très souvent on assiste à un phénomène qui est quand même assez préoccupant. C'est que quand un texte de loi arrive en discussion au Parlement, il a, prenant une hypothèse, 30 articles. Quand il en sort, il en a 100. Pourquoi ? Parce que tout au long du débat parlementaire on a adopté des amendements parfois à l'initiative du gouvernement d'ailleurs qui sont souvent fabriqués à la va-vite sur un coin de table et qui ne tiennent pas la route lorsqu'on les examine juridiquement.

Et voilà pourquoi nous veillons à l'intelligibilité à la sincérité de la loi. Et c'est pour protéger le citoyen parce que si la loi est obscure c'est le juge qui va l'appliquer qui va retrouver une marge d'appréciation. Est-ce à dire pour autant

13:30
Présentateur

que vous êtes infaillible ? Je vais prendre un exemple et peut-être... Non, bien sûr que toi.

13:34
Alain Juppé

La réponse est déjà trop.

13:35
Présentateur

Qui a frappé ceux qui nous écoutent quand le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau proposait d'allonger les délais de rétention des étrangers dangereux dans les centres de rétention administrative. Il voulait passer ce délai de rétention de 90 à 210 jours. Le Conseil constitutionnel il retoque cette mesure. Est-ce que vous pouvez comprendre que parfois les Français, les citoyens se disent mais ça on ne comprend pas. On ne comprend pas comment le Conseil constitutionnel peut censurer cette mesure ? Encore plus quand on regarde par ailleurs la durée moyenne de rétention administrative dans les autres pays européens.

14:04
Alain Juppé

Nous passons notre temps à essayer de concilier des principes contradictoires. Prolonger la durée de détention au nom de la sécurité ok, c'est une exigence constitutionnelle. Protéger les libertés des citoyens qui exigent qu'on ne mette pas les gens en détention pour une durée indéfinie ou en tout cas très longue sans motif véritable c'est aussi le rôle qui est le nôtre. Donc nous essayons de trouver ce point d'équilibre entre la protection des libertés individuelles et la sécurité.

14:33
Présentateur

Encore un mot Alain Juppé avant de parler de la situation internationale et de l'Europe puisque vous y consacrez une longue part dans votre livre sur la relation entre la justice et les politiques. Il y a un parti en France qui a fait le choix notamment récemment de charger les juges le Conseil constitutionnel c'est le Rassemblement national notamment après la condamnation de Marine Le Pen à une peine d'inéligibilité avec exécution provisoire en première instance.

Bien sûr vous ne commenterez pas cette décision puisque vous serez d'ailleurs peut-être amené vous au Conseil constitutionnel à se prononcer sur cette peine dans les mois qui viennent mais sur le principe est-il normal qu'une future candidate à l'élection présidentielle responsable politique de premier plan soit potentiellement empêchée de concourir là encore sur les grands principes et sur les questions que peuvent se poser ceux qui nous écoutent ce matin ?

15:17
Alain Juppé

Enfin la loi est la même pour tout le monde quand quelqu'un transgresse la loi la justice est là pour faire appliquer la loi à partir de là est-ce que l'exécution provisoire d'une décision de justice est conforme à la constitution ? Je ne vais pas naturellement répondre à cette question parce qu'elle ne sera soumise vraisemblablement puisque Mme Le Pen a annoncé son intention de déposer ce qu'on appelle une QPC une question prioritaire de constitutionnalité sur la question donc nous jugerons à ce moment-là mais enfin personne n'est au-dessus les lois aujourd'hui

15:45
Présentateur

Allez on passe au standard inter Stéphanie nous appelle du Pas-de-Calais Bonjour Stéphanie Oui bonjour et merci de prendre mon appel donc moi j'ai une question pour M. Juppé qui parle d'écouter les français je suis complètement d'accord avec lui donc je me demande déjà pourquoi suite aux consultations qu'avait fait M.

Macron dans les différentes villes dans les salles des fêtes toutes les doléances qui ont été écrites qui ont été rédigées sont un peu tombées aux oubliettes je pense qu'il suffirait de les synthétiser déjà pour avoir un bon aperçu de ce que pensent les français et la deuxième chose après la dissolution les français aussi se sont exprimés en faveur du nouveau Front populaire et dans les trois derniers premiers ministres nommés aucun n'est issu de ce souhait qu'avaient exprimés les français donc je trouve que c'est dommage de ne pas les écouter Merci infiniment Stéphanie pour cette intervention quand les français parlent et s'expriment que ce soit après le mouvement des gilets jaunes ou dans les urnes on ne les écoute pas voilà ce que dit notre auditrice Alain Juppé qu'en pensez-vous ?

16:44
Alain Juppé

c'est le sentiment qu'ont les français et il est parfois justifié or le rôle des politiques c'est d'écouter les français même quand ils expriment leurs opinions de façon un peu contestable comme ça a été le cas hier avec quelques manifestations violentes il n'en reste pas moins que ça veut dire quelque chose et qu'il faut y réfléchir sur la question précise qui m'est posée je crois que les cahiers de doléances viennent d'être publiés ouverts donc on pourra effectivement on pourra effectivement voir ce qu'on peut ce qu'on peut y trouver sur la deuxième question bon là on est vraiment dans le jeu politique je ne m'exprimerai pas ce que je constate simplement c'est que lors de la dernière élection législative il n'y a pas eu de majorité aucune tendance politique aucun parti politique aucune alliance politique n'a aujourd'hui de majorité à l'Assemblée Nationale ce qui pose un problème naturellement

17:35
Présentateur

sur la situation internationale Alain Juppé voilà ce que vous écrivez notamment sur l'Ukraine la guerre menace les frontières de l'Union Européenne et l'actualité vous donne raison lors d'une attaque contre l'Ukraine dans la nuit de lundi à mardi des drones russes ont violé l'espace aérien polonais Pierre Aski en parlait il y a quelques minutes la pression mise sur Vladimir Poutine notamment par le président américain Donald Trump elle ne sert à rien les occidentaux les européens sont contraints à une forme d'impuissance face à Vladimir Poutine

18:03
Alain Juppé

j'espère bien que non monsieur Trump avait annoncé qu'une fois élu il lui faudrait 24 heures pour résoudre la crise c'est réussi ce qui nous amène à considérer les allers-retours de monsieur Trump avec une certaine comment dire prudence ou un certain scepticisme pourquoi est-ce que j'ai intitulé mon livre l'heure du choix c'est parce que je pense que l'Europe est effectivement au moment de choisir entre deux voies la première voie c'est la vassalité se soumettre à la tutelle des grands empires que nous ne veulent pas du bien l'objectif de monsieur Poutine est très clair il a une stratégie très claire il veut installer à Kiev un régime fantoche à ses ordres comme il l'a fait en Biélorussie et il veut disloquer l'Union Européenne et il prend des initiatives tous azimuts y compris sur les réseaux sociaux pour atteindre son résultat est-ce que nous allons et de l'autre côté monsieur Trump doulache à partir du moment où il explique que le fameux article 5 de l'Alliance Atlantique ne s'appliquera pas automatiquement qui est la clause

19:03
Présentateur

d'assistance mutuelle

19:04
Alain Juppé

entre les pays s'ils sont attaqués s'il n'y a plus de confiance il n'y a plus d'alliance naturellement alors cette situation alors j'ajoute que le sud global vous avez vu le spectacle qu'on a eu à Pékin avec sur la tribune le président chinois le président nord-coréen et le président russe c'était vraiment les grands démocrates à l'affiche donc face à cette situation nous risquons de n'être mis en tutelle est-ce que nous choisissons l'autre voie qui est celle de l'indépendance et c'est la raison pour laquelle comme la présidente je crois de la commission européenne si j'en crois la chronique de Pierre Asky l'a dit est-ce que nous choisissons la voie de l'indépendance c'est-à-dire de la puissance il n'y a pas d'indépendance sans puissance il faut donc que l'Europe conforte son statut de puissance économique de puissance technologique de puissance militaire et de ce point de vue le trumpisme a un effet plutôt positif puisque les européens se sont rendus compte que s'ils n'assumaient pas eux-mêmes leur sécurité c'est pas les américains qui viendront à leur secours mais ça s'est traduit concrètement Benjamin de Babel il y a la loi de programmation militaire française qui est un effort considérable il y a un effort massif des allemands pour améliorer leur système de défense et ainsi de suite donc il y a bien une prise de conscience et ça m'incite à penser que rien n'est perdu de ce côté-là

20:19
Présentateur

mais est-ce que là encore pardon Alain Juppé vous ne faites pas preuve d'un peu de naïveté ou d'irénisme quand on voit cet été les dirigeants européens qui se rendent dans le bureau Oval pour aller essayer d'obtenir d'amadouer le président Trump quand on voit Ursula von der Leyen qui après les droits de douane décidés par Donald Trump dit bon je résume au fond c'est pas terrible mais on va s'en accommoder est-ce que vraiment on va vers une indépendance des européens vous avez l'impression qu'ils prennent la mesure de cette situation internationale que vous décrivez ? pardon de ma réponse oui et non oui et non oui je viens de le dire c'est votre devoir de réserve

20:49
Alain Juppé

non c'est pas mon devoir de réserve c'est mon essai d'analyse lucide on m'a souvent reproché ma naïveté moi je préfère être un peu naïf que définitivement pessimiste et collapsologique on arrête pas de nous expliquer que tout est foutu que le monde s'effondre et que l'humanité va disparaître il y a des arguments en faveur de ça mais il y a aussi des arguments pour dire qu'on peut réagir et sur la défense je viens de le dire alors en sens inverse vous avez raison rien n'est acquis et quand je dis qu'il y a des signes positifs et des signes négatifs les signes négatifs ils sont là pourquoi ?

d'abord parce que nous sommes divisés certains pays de l'Europe ne partagent pas ce point de vue or ces questions se décident à l'unanimité encore en Europe la Pologne met en cause la Hongrie vous l'avez entendu tout à l'heure et deuxièmement dans les décisions qui sont prises il y a quelque chose qui me préoccupe beaucoup on va augmenter les budgets militaires pour nous donner les moyens d'assurer notre sécurité ok ça c'est le signe positif où va-t-on acheter les armements dont nous avons besoin aux Etats-Unis si c'est pour les acheter aux Etats-Unis comme c'est le cas aujourd'hui 64% de nos commandes vont aux Etats-Unis à ce moment-là ça ne sert strictement à rien sinon à faire bénéficier l'industrie américaine de nos propres efforts de défense or nous avons une industrie d'armement qui est parfaitement capable de répondre la France est le deuxième pays exportateur d'armement au monde après les Etats-Unis loin derrière mais avant la Russie alors sur le plan moral on peut s'en réjouir ou le regretter mais enfin c'est une réalité économique et je ne vais pas citer toutes les grandes entreprises françaises qui sont capables de produire des avions des chars des sous-marins etc c'est la même chose en Allemagne c'est la même chose en Italie donc voilà quand je dis que c'est l'heure du choix est-ce que nous allons vraiment nous réveiller et nous donner les moyens d'affirmer notre puissance

22:27
Présentateur

un mot supplémentaire Alain Juppé sur les Etats-Unis de Donald Trump la violence qui sévit dans le pays hier soir un influenceur conservateur proche du président Trump Charlie Kirk a été assassiné pendant une conférence qu'il donnait dans l'Utah la polarisation est-elle dans ce pays que les désaccords idéologiques se règlent désormais avec des armes à feu ?

22:53
Alain Juppé

C'est difficile de comprendre comment pourquoi la démocratie américaine dont nous pensions que c'était une grande démocratie dérive comme elle dérive aujourd'hui car c'est le règne de la force et de la violence quand les chiffres de l'emploi ne sont pas bons le président des Etats-Unis révoque le responsable de l'institut de la statistique ça consiste à casser le thermomètre pour lutter contre la fièvre voilà et qui s'oppose à cette espèce de règne de la force et de la violence contre le droit aux Etats-Unis les juges ce sont les seuls aujourd'hui le parti démocrate est en muet ce sont les seuls qui essayent de contrebalancer un peu les initiatives de M.

Trump est-ce qu'ils seront désavoués ou pas désavoués par la Cour suprême mais on voit bien là que l'état de droit qui repose sur la séparation des pouvoirs est un élément essentiel de notre démocratie qu'est-ce que c'est que la séparation des pouvoirs nous avons fait une révolution pour l'assurer jusqu'en 1789 c'est le même personnage qui fait la loi qui dirige le gouvernement et qui rend la justice ça s'appelle le roi ou le monarque et nous avons fait 1789 avec la déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui écrit dans son article 16 que lorsqu'il n'y a pas séparation des pouvoirs et garantie des droits il n'y a pas de constitution la séparation des pouvoirs c'est qu'il y a un pouvoir législatif qui fait la loi un pouvoir exécutif qui dirige le gouvernement et une autorité judiciaire qui rend la justice c'est ça la garantie des libertés du citoyen

24:20
Présentateur

et que comme Montesquieu vous le citez le pouvoir arrête le pouvoir c'est cette citation

24:24
Alain Juppé

Montesquieu dit quiconque a du pouvoir est porté à abuser du pouvoir exemple Trump et si par la disposition des choses le pouvoir n'arrête pas le pouvoir et bien il n'y a plus de démocratie

24:34
Présentateur

et bien merci Alain Juppé d'avoir été au micro d'Inter ce matin l'heure du choix pour une déclaration d'indépendance des Européens votre livre publié chez Talendier en librairie aujourd'hui merci encore merci merci d'avoir compris mon devoir de réserve on l'a entendu voilà