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interviewEurope1fr· 13 juillet 2026 7 min

Réarmement de la France : Emmanuel Macron peut-il revendiquer un engagement tenu ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Alors aujourd'hui Emmanuel Macron a fait son discours aux armées, il dit que l'engagement a été tenu. Est-ce que c'est un effet en trompe-l'œil Georges Fenech ?

0:08
Intervenant

Moi j'ai du mal, je suis désolé, mais j'ai un peu de mal avec notre président de la République dès lors qu'il notamment parle aux armées, parce que je garde ma souvenir cruelle, amère, la manière dont il avait congédié et humilié devant les troupes un certain général de Villiers. Et à partir de là, si vous voulez, d'avoir affirmé avec cet autoritarisme un peu enfantin, je suis votre chef, je suis votre chef, à dix mois maintenant de son départ, les réunir comme ça dans la cour de l'hôtel Brienne en plein canard, je dirais, alors qu'eux ils étaient à l'ombre. Et ces troupes, c'est vrai qu'elles ont le mérite de résister à toutes les températures.

Et puis il y a quelque chose de, je dis très franchement, le ressenti, vous me demandez, le fait d'invoquer l'histoire, ça restera dans l'histoire, les moyens colossaux que nous avons mis depuis 2017 dans le budget militaire. Incontestablement, le budget militaire a progressé, puisqu'il est arrivé à 64 milliards d'euros, c'est incontestable. Mais pour le reste, quid par exemple de cette fameuse défense européenne que M. Macron a toujours considéré comme étant quelque chose de réaliste, on n'a même pas été fichu, de faire le scaf, l'avion de combat fait du futur. – Il en a parlé d'ailleurs. – Avec nos amis allemands. – Avec nos amis allemands.

Et puis franchement, quand je pense au recul de la France dans le monde, quoi, même du point de vue militaire, nous étions présents en Afrique, au Tchad, partout, nous n'y sommes plus. Dieu sait pourtant si nous avions des forces Barkhane, des forces serbanes, etc., qui ont protégé la France d'ailleurs du terrorisme en provenance du Sahel. Donc, moi, voilà, j'ai du mal à entendre ce discours du président de la République qui n'a plus de majorité et qui annonce comme ça avec beaucoup de, je dirais, d'arrogance, « Vous avez ma confiance. » Mais est-ce que les Français ont encore confiance dans le président qui lui dit avoir confiance dans ses troupes ?

Voilà, bon, tout ça, à vous dire, un sentiment un peu de gêne dans la forme et puis dans le fond aussi, même si incontestablement, il y a eu un rattrapage du budget militaire.

2:22
Invité

Eh bien, je vais vous gêner encore plus parce que je vous propose d'écouter Emmanuel Macron.

2:26
Emmanuel Macron

L'an dernier, à cette même place, je demandais d'aller plus vite, d'aller plus fort. Je demandais donc d'accélérer encore cet effort de défense et fixer pour objectif d'avancer à 2027 l'ambition initialement prévue pour 2030 d'atteindre un budget de 64 milliards d'euros pour nos armées. 64 milliards d'euros en 2027, c'est en 10 ans. Un doublement du budget des armées. Nous l'avons chaque année tenu à l'europrès et ce sera fait. Oui, l'engagement a été tenu, les faits sont là et l'histoire jugera.

2:59
Présentateur

Jean-Claude, est-ce que c'est un point positif du bilan d'Emmanuel Macron ? En a-t-on trouvé un ?

3:05
Intervenant

Celui-ci, on ne peut peut-être pas lui contester. C'est l'heure des bilans. Il va, j'imagine, en faire plusieurs sur la défense. Je partage tes réticences en matière de défense européenne. Qui dirigera ? Qui sera le patron ? C'est extrêmement compliqué à imaginer. Néanmoins, grâce au général, et ça n'a pas été remis en cause par le président actuel, on a quand même une défense nucléaire qui fait que ça nous met dans une situation de protection qui est très forte. Mais la manière dont se battre, la manière dont on va engager nos forces, est en train de changer du tout au tout, avec l'arrivée des drones notamment.

Et il y a, c'est vrai, et sur ce point on ne peut pas le contester, il y a un budget important qui a été alloué à l'armée française. Et j'espère, encore une fois, qu'on va aller au bout. Mais, encore une fois, il ne faut pas se raconter l'histoire. La défense européenne, même si nous aurons demain 20, 25 ou 26 pays dits des coalisés qui ont pris l'engagement d'aider l'Ukraine par tous les moyens, notamment financiers, mais pas seulement. C'est une réalité. La défense européenne ressemble un petit peu à quelque chose quand on lui parle de l'Ukraine. Ça ne va pas suffire. Je ne sous-estime pas pour autant la menace russe, on verra bien ce qui va arriver.

Mais je doute, franchement, qu'après le succès en Ukraine, le président Poutine soit prêt à nous rentrer dedans, ça m'étonnerait beaucoup. Néanmoins, on a, avec les réticences américaines aujourd'hui, à faire face à un défi extraordinairement complexe, bâtir une défense européenne qui tienne la route, qui financièrement existe, vis-à-vis des États-Unis notamment. Encore une fois, c'est possible. Mais qui va la commander ? Dans quelles circonstances on pourra dire « Ok, on va intervenir dans tel ou tel secteur de l'actualité européenne ? » C'est quelque chose de très compliqué. Nous sommes de vieux pays. On n'est pas, hélas, l'Amérique.

Nous sommes des vieux pays qui parlons des langues différentes et on aura beaucoup de mal à bâtir une vraie défense européenne. Je souhaite de tout cœur me tromper, parce que ce sera un signe très positif. Je ne suis pas sûr, hélas, que ce sera aussi facile de le faire que de le dire.

5:32
Présentateur

Je voulais recueillir votre avis également sur cette phrase « La France et l'Europe prêtes à défendre la liberté et le droit au prix du sang s'il le faut. » Comment vous analysez cette phrase, Georges Fenech ?

5:41
Intervenant

Là aussi, s'il vous plaît, il nous a habitués, malheureusement, le président, à une menace d'une guerre imminente qui serait à nos portes. C'est tout juste si les blindés russes ne seraient pas au bord des Champs-Elysées. Souvenez-vous, lorsqu'il nous promet un kit de survie en cas d'attaque nucléaire, on est tous terrorisés, ou quand il envoie son SEMA, le chef d'état-major des armées, nous dire qu'il va falloir payer notre sang. Sacrifice de nos enfants. On est toujours à la limite. Il y a toujours une phase de trois ou deux dans les discours. C'est ce côté-là qui est un peu gênant. Et là, il récidive encore en parlant du sang, mais le sang de qui ?

De nos militaires, c'est-à-dire ceux qui sont dans des théâtres extérieurs, mais il y en a de moins en moins, même s'il y en a encore. Ou le sang des Français, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on va rétablir une armée de conscription ? Je ne sais pas ce qu'il veut dire exactement. Non, moi je suis très critique à l'égard de la politique en matière de défense. Pour moi, malgré l'augmentation budgétaire, elle ne rassure pas aujourd'hui dans le contexte international qui est le nôtre. et la manière d'avoir géré en plus le conflit au Moyen-Orient en envoyant se promener notre Charles de Gaulle et venir et repartir et revenir. On ne sait pas ce qu'on a fait exactement.

Personne n'a très compris ce qui s'était passé. Le Dormuz est toujours bloqué. On a l'impression de ne pas avoir été ni informé de quoi que ce soit, ni avoir pu agir en quoi que ce soit. Nous sommes en réalité, pardon du mot, nous sommes spectateurs de notre destin.