L'invité politique du 29/12/2023 : Antoine Léaument
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Antoine Léaumant, vous êtes député de la France Insoumise de l'Essonne, vous êtes aussi le monsieur aux communications digitales, surtout de Jean-Luc Mélenchon. Oui, c'est vrai, il va falloir justement au niveau de la communication changer de trois choses quand même en 2024, parce qu'on voit bien que ça peine un petit peu pour la France Insoumise, grosse impopularité, notamment de Jean-Luc Mélenchon.
Je ne crois pas que ça vienne des réseaux sociaux, puisque sur les réseaux sociaux nous enregistrons des vues qui sont exceptionnelles et exponentielles en ce moment, donc je ne crois pas que sur cette partie-là ce soit de travers. Par contre, effectivement, sur le système médiatique, il y a du travail à faire. Sur, je crois, la manière de parler des Insoumis, quand j'entends que parfois on nous qualifie sur certains plateaux de porte-parole du Hamas, ou qu'on dit que nous serions antisémites, tout ça est faux. Tout ça n'a pas de sens, n'a pas de valeur.
J'ai été moi-même traité d'antisémite pour avoir dit le jour de Noël qu'il fallait avoir une pensée pour ceux qui étaient sous les bombes à Gaza. Est-ce que ça fait de moi un antisémite de dire ça ? Je ne crois pas.
Non, en revanche, quand même, si je cite Daniel Obono, quand même, qui a parlé de mouvements de résistance, avant certes, de rétropédaler.
C'est parce qu'elle a dit exactement ce qu'a dit Daniel Obono, c'est que le nom du Hamas, dans la langue du Hamas, ça veut dire mouvement de résistance palestinien. Mais ça ne veut pas dire que nous considérons, nous, que ce soit un mouvement qui porte la résistance des Palestiniens.
Il y a aussi David Guéraud qui a parlé des fameux bébés dans le four. Il y a Jean-Luc Mélenchon qui ne qualifie toujours pas le groupe de terroristes. C'est quand même un signal mauvais qui est envoyé.
Si vous qualifiez le Hamas de groupe terroriste, alors vous comprenez le conflit israélo-palestinien comme une guerre au terrorisme. Ça, c'est la théorie de Samuel Huntington. C'est la théorie du choc des civilisations. Et cette guerre contre le terrorisme autorise tout, y compris donc le bombardement en masse de population, sans faire attention à là où tombent les bombes. Ça n'est pas une manière correcte de penser les choses. Par contre, nous n'avons aucun mal à qualifier les attaques qui ont eu lieu le 7 octobre d'attaques à caractère terroriste, puisqu'elles sont faites pour créer de la terreur.
Puisqu'y compris, le Hamas avait pris des images qui étaient destinées à créer de la terreur, images qui ont été ensuite reprises par Israël et qui ont été diffusées, y compris par la propagande israélienne. Donc, vous voyez que, d'une certaine manière, sur ce sujet-là, nous essayons d'avoir des mots clairs et justes pour pouvoir avoir une pensée politique qui soit de nature à porter une manière de faire, qui soit une manière utile à la fois pour le peuple français, à la fois pour le peuple israélien, à la fois pour le peuple palestinien.
Il y a justement, Ami Hachem, vous avez vu cette franco-israélienne de 21 ans qui a été libérée du Hamas après 55 jours de détention. Elle a pris la parole, elle va prendre la parole, surtout dans une grande interview à la télé israélienne ce soir. Écoutez ce que ça donne, justement, on vous fait réagir juste après.
Enfermé, dans une pièce sombre, il est interdit de parler. Vous ne devez pas être vu, vous ne devez pas être entendu. Vous êtes caché. Il y a un terroriste qui vous regarde 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il vous regarde, il vous viole avec ses yeux. Bien sûr, il y a la peur d'être violé, la peur de mourir, la peur tout court. J'étais dans sa maison, la maison de sa famille. Sa femme était à l'extérieur de la pièce avec les enfants. C'est la seule raison pour laquelle il ne m'a pas violée. Il est probable que si nous étions seules, sa femme détestait le fait que lui et moi soyons dans la même pièce. Elle détestait ça. Alors elle jouait avec moi.
Vous savez, par exemple, elle nous apportait des repas. Donc elle lui en apportait à lui et ne m'en apportait pas. Un jour, deux jours, trois jours, je ne mangeais pas. Elle jouait avec moi. Elle lui parlait de moi. Vous savez, toutes sortes de déclarations comme « Ses cheveux ne sont pas vrais », vous savez, en arabe. Antoine Léaumeau, quand vous entendez ça,
est-ce que vous ne vous dites pas quand même que les filles devraient condamner davantage, avec beaucoup plus de fermeté, les actions du Hamas ? Ce qui n'a, jusque-là, pas été fait.
D'abord, je me réjouis du fait que cet otage ait été libéré. Il y en a encore plusieurs dizaines qui sont en captivité et j'espère qu'ils seront libérés. Je crois que nous sommes très clairs sur la condamnation des actes du Hamas. Quand nous avons été les premiers à qualifier ces actes de crimes de guerre de potentiels crimes contre l'humanité, je ne sais pas si on peut avoir de mots plus durs, en fait, pour qualifier ces crimes du Hamas. Voilà.
Déjà, peut-être qualifier ce groupe de terroristes dans n'importe quelle condition.
Non, parce que, encore une fois, je vous répète, encore une fois, si nous qualifions le Hamas de groupe terroriste et uniquement de groupe terroriste, cela veut dire, alors, qu'il est possible de faire à peu près n'importe quoi parce que le cadre d'une guerre contre le terrorisme, c'est des cadres qu'on a déjà vécu et où vous ne respectez aucune des règles du droit international. Or, ça n'est pas le cas. Je veux dire, avant l'attaque du 7 octobre, préexiste une situation de conflit entre Israël et la Palestine. Cette situation, elle préexiste depuis de nombreuses années.
Si vous mettez le Hamas simplement derrière le mot Hamas, groupe terroriste, alors vous n'avez plus la possibilité d'avoir une lecture d'ensemble de ce qui s'est passé dans ce conflit.
On va revenir à Jean-Luc Mélenchon, si vous le voulez bien, parce que, quand même, dans un dernier baromètre mensuel Elab pour les échos, 17% des Français seulement ont une bonne image de lui, une image positive. Alors, quand même, est-ce qu'il ne faut pas un peu, à un moment, se dire qu'on va redescendre en pression vis-à-vis du discours ? Parce qu'on a beaucoup entendu, en ce moment, c'est ce qu'on dit beaucoup sur les pôtes de télévision, la fureur et l'écrit. C'est ce qui revient quand on essaie d'analyser le discours et la méthode, Mélenchon. Est-ce qu'il y a un problème avec ça ? Est-ce que c'est ça qu'il commence peut-être à lasser ?
Vous savez, moi, ça fait 10 ans, même plus que ça, 12 ans que je milite aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et à chaque fin de campagne présidentielle, je l'ai vu qualifié d'un certain nombre de choses différentes. Alors, au début, il n'aimait pas les journalistes. Ensuite, il était l'ami des dictateurs, du Venezuela, de Poutine, de Chavez, je ne sais quoi. Et puis là, désormais, il est qualifié par certains, je le disais tout à l'heure, de porte-parole du Hamas, d'antisémite, d'amis du terrorisme.
D'ailleurs, la manière dont vous avez posé les questions à l'instant sur ce plateau, montre que, quoi que je dise, finalement, je peux être qualifié de n'ayant pas dit assez de choses sur le Hamas alors que j'ai eu des mots très clairs. J'ai entendu autrement. Vous voyez, quand ces propos sont répétés de manière lancinante sur certains plateaux télé, je ne dis pas forcément par vos collègues ou par vous-même, mais par des gens qui sont invités sur des plateaux télé, qui racontent n'importe quoi. Parce que si vous allez voir quels sont les propos exacts de Jean-Luc Mélenchon sur ce sujet ou sur d'autres, chacun peut se rendre compte de la réalité de ces propos.
Bon, quand des propos sont déformés de manière systématique sur des plateaux télé, alors finit par s'installer l'idée chez les personnes qui regardent la télévision que, effectivement, Jean-Luc Mélenchon serait une personne trouble un petit peu. Mais ça n'est pas le cas. D'accord, mais là, pour l'opinion. Oui, je comprends bien, mais une partie de l'opinion est informée par les médias, regarde les médias et se base sur les médias pour avoir cette information-là. C'est pour ça que, tout à l'heure, quand vous m'avez posé la question sur les réseaux sociaux, je dis qu'il y a un certain nombre de personnes qui, désormais, viennent chercher l'information directement à la source.
Est-ce que ce sont les mêmes personnes que celles qui répondent à des questionnaires en ligne auto-administrés ? Je n'en suis pas sûr, parce que c'est comme ça que sont faits les sondages. Des questionnaires en ligne auto-administrés. Si vous voulez, on va venir dans ma circonscription et puis vous me présenterez les gens qui, dans ma circonscription, répondent aux questionnaires en ligne auto-administrés. Parce que moi, je n'en connais pas pour l'instant.
Et donc, l'image qui est donnée de Jean-Luc Mélenchon dans un certain nombre d'études d'opinion, dans un certain nombre de médias, ne correspond pas à ce que moi, je vis sur le terrain et à la manière dont les gens, notamment, me remercient ou nous remercient collectivement de tenir bon. de tenir bon sur à peu près tous les sujets. Et certains, alors je ne dis pas que c'est tout le monde et je comprends que certaines personnes ne soient pas d'accord avec nous, mais certains nous disent heureusement que vous êtes là parce que sinon, il n'y aurait plus personne pour défendre un certain nombre d'oppositions. Moi, ça me rend très fier, voyez-vous.
Et j'ai déjà vécu deux campagnes présidentielles aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, une troisième comme militant de base, mais deux, en tout cas, à ses côtés. J'ai déjà vécu des périodes dans lesquelles on disait c'est un horrible personnage, etc., etc. Bon, ça ne l'a pas empêché de progresser à chaque élection présidentielle.
Est-ce qu'il vous arrive de boire une bière avec Jean-Luc Mélenchon ? Oui. Oui ? Parce que figurez-vous que les Français, eux, ils n'ont pas très, très envie. Quand on leur demande, justement, c'est le fameux Beer Test. C'est un mouvement qui est né aux Etats-Unis qui cherchait à savoir avec qui les gens auraient envie de prendre une bière, les politiques. En France, c'est avec Édouard Philippe qu'on a le plus envie de boire une bière, 37%. Marine Le Pen arrive juste derrière, 36%. Gabriel Attal, 34%. Mais Jean-Luc Mélenchon, non. Et surtout, il perd 10 points dans cette étude.
C'est-à-dire qu'en fait, il a de moins en moins de capacité à donner envie aux gens d'aller boire un verre avec lui. Commençons par dire que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Bien raison.
Consomme avec modération. C'est quand même l'essentiel. Et ensuite, je comprends pourquoi. Puisque, comme on le disait à l'instant, comme l'image de Jean-Luc Mélenchon...
Ce n'est pas toujours de la faute des médias.
Mais non, mais entendez quand même qu'il y a une image qui est mise en place sur les médias qui ne correspond pas. En tout cas, moi, au Jean-Luc Mélenchon que je connais, si vous allez boire une bière avec Jean-Luc Mélenchon, eh bien, il pourra vous parler de son livre Faites Mieux, par exemple. Je crois que Jean-Luc Mélenchon est l'un des seuls politiques à essayer de proposer une pensée politique assez complexe, c'est vrai, assez profonde sur un certain nombre de sujets de la société. Et je crois que sur ce sujet-là, comme sur d'autres, sur l'histoire de France, par exemple, il est très passionnant de boire une bière avec Jean-Luc Mélenchon.
D'accord, mais alors là, vous dites qu'encore une fois, c'est essentiellement de la faute des médias de rentrer sur une mauvaise image. Mais qu'est-ce que les médias auraient à gagner ? Il n'y a pas de fatwa contre Jean-Luc Mélenchon ?
Non, mais je ne dis pas que les médias ont quelque chose à gagner. Enfin, un certain nombre de propriétaires de médias ont quelque chose à gagner dans le fait que Jean-Luc Mélenchon n'arrive pas au pouvoir. Parce que, comme il y a dans son programme le fait de déconcentrer les médias, c'est-à-dire d'éviter que les médias soient concentrés dans les mains de 9 milliardaires. 90% des médias, aujourd'hui, sont concentrés dans les mains de 9 milliardaires. C'est le cas, par exemple, de la chaîne sur laquelle nous sommes en ce moment. C'est une chaîne détenue par Bouygues, qui est un milliardaire. Donc, vous estimez qu'aujourd'hui, sur LCI, on n'est pas...
Non, j'estime que le propriétaire de votre chaîne n'a pas intérêt au fait que Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir. Mais le propriétaire n'intervient pas dans notre ligne. C'est pas lui qui nous dit quoi dire au sujet de Jean-Luc Mélenchon ou autre politique. Très bien, excellent. J'estime qu'un certain nombre de journalistes, effectivement, n'ont pas non plus intérêt à ce que Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir en raison du fait, par exemple, que nous proposons que ceux qui gagnent plus de 4 000 euros par mois payent davantage d'impôts que ceux qui gagnent moins de 4 000 euros par mois payent moins d'impôts. D'accord ?
Donc, ça, il y a un certain nombre de personnes sur des plateaux télé qui sont payées bien plus cher que les gens qui sont en régie, par exemple, qui n'ont pas intérêt, qui sont ceux qui sont sur les plateaux télé, qui n'ont pas intérêt à ce que Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir et qui, probablement, n'ont pas voté pour Jean-Luc Mélenchon aux deux dernières ou aux trois dernières élections présidentielles.
Donc, oui, il y a des intérêts de classe qui existent et qui font qu'un certain nombre de personnes n'ont pas intérêt à ce que Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir et qui, donc, d'une certaine manière, se prétendant neutre et objectif la plupart du temps, ont une parole qui ne l'est pas.
Typiquement, je peux vous dire qu'ici à LCI, on a une parole qui est neutre parce qu'encore une fois, il n'y a aucune influence. Attendez, je finis, je finis quand même. Et que, justement, nous sommes tous collectivement une rédaction avec des journalistes et que notre travail est d'être neutre. Donc, est-ce qu'il n'y a pas non plus un problème avec Jean-Luc Mélenchon, encore une fois ? Les sondages le disent. Les sondages n'ont pas été faits par les médias. Je sais bien que vous me dites que c'est l'image qui est perçue dans les médias qui vient altérer ce jugement, peut-être.
En tout cas, il y a quand même une autre réalité, c'est que, malgré tout, aujourd'hui, on commence à parler à gauche, peut-être un jour, d'une gauche sans Mélenchon, en tout cas d'Alefi sans Mélenchon. Selon vous, est-ce que c'est possible ? Est-ce qu'Alefi a un avenir sans Jean-Luc Mélenchon ?
C'est-à-dire que, ça aussi, ça fait 12 ans que j'en entends parler. Je vous l'ai dit, à chaque fin d'élection présidentielle, le problème, c'est Jean-Luc Mélenchon. Alors, la première fois... C'est peut-être qu'au bout d'un moment, ça peut être une vérité. Mais la première fois, il avait fait 11 %, ensuite, en 2013, c'était un problème. La deuxième fois, il a fait 19 % en 2018, c'était un problème. La troisième fois, en 2022, il a fait 22 % et en 2023, il est devenu un problème. Bon, je ne crois pas que ce soit une manière correcte de penser les choses. Serions-nous au niveau où nous sommes sans Jean-Luc Mélenchon ? La réponse est non.
Donc, je pense, au contraire, que Jean-Luc Mélenchon est un atout, pas un problème. Et, par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon ne va pas disparaître de la vie politique comme ça. Jean-Luc, c'est un militant politique. Il a appelé à faire mieux, il a dit qu'il souhaitait être remplacé et je crois qu'il a donné un conseil que devraient écouter un certain nombre de personnes qui aspirent à le remplacer, c'est faites-vous aimer. Ça, c'est un conseil qu'ils n'ont peut-être pas bien entendu, mais faites-vous aimer, c'est, je pense, le meilleur conseil que Jean-Luc Mélenchon ait donné à ceux qui veulent être candidats à l'élection présidentielle. Commençons par là.
Commençons par faire en sorte de rassembler, d'avoir des gens qui viennent porter, non pas leur propre personne, mais par porter un collectif. C'est exactement ce qu'a fait Jean-Luc Mélenchon. Je crois qu'on peut reconnaître, au moins à Jean-Luc Mélenchon, le talent d'avoir su, dans une jeune génération, découvrir des personnes, j'en fais partie d'ailleurs, découvrir des personnes qui sont, je pense, de bons dirigeants politiques.
Si vous regardez les députés de la France Insoumise au Parlement, à l'Assemblée nationale, vous avez, je crois, l'un des groupes les plus jeunes et en même temps, vous avez le plus d'orateurs qui prennent la parole dans l'Assemblée, qui défendent des points de vue, qui sont en même temps très compétents sur leur sujet, mais pour une raison simple, c'est parce que nous représentons dans notre essence même l'ensemble de la société française. Nous avons des profs, nous avons des gens qui travaillaient dans le secteur agricole, nous avons un chauffeur de taxi, nous avons plein de profils et de métiers qui sont représentés dans la France Insoumise.
Je crois que c'est l'un des talents de Jean-Luc Mélenchon d'avoir fait émerger cette jeune génération de députés.
Les derniers sondages montrent qu'au moins 50% des Français sont satisfaits de la loi immigration telle qu'elle est actuellement, telle qu'elle a été votée. Donc, est-ce que c'est dur pour vous d'accepter que cette loi immigration qui penche du côté du RN, tout le monde s'accord de le dire, le RN surtout, qui dit que c'est une victoire idéologique, pour vous c'est dur à accepter de voir qu'en fait, on est plus aujourd'hui peut-être dans le camp français, plus à droite qu'on est LFI ? Je ne crois pas.
Disons que, je pense que sur l'immigration, il y a beaucoup de préjugés, en réalité. Beaucoup d'images qui sont fausses. Par exemple, les gens surestiment largement le nombre d'immigrés en France. Donc, évidemment, si vous surestimez le nombre d'immigrés en France, les gens pensent que, par exemple, il y a 30% d'immigrés en France si vous faites un sondage dans la population française. Or, ce chiffre est faux. Un sondage qui a été fait ? Oui, un sondage qui a été fait. Et qui a été fait en même temps pour demander aux gens ce qu'ils pensaient de l'immigration.
Donc, vous voyez bien que si vous surestimez le nombre d'immigrés en France, vous pouvez aussi surestimer le rôle ou l'impact de l'immigration. Par ailleurs, je pense qu'il y a eu pendant longtemps, et y compris, il faut peut-être en prendre notre part à gauche, une manière de parler de l'immigration qui est ce n'est pas le sujet, on en parlera plus tard, ce n'est pas le sujet d'urgence des Français. Parce que pour nous, le sujet d'urgence des Français, c'est les questions démocratiques, la question sociale. Nous proposons l'augmentation du SMIC à 1 600 euros, par exemple, ou les questions écologiques. Et on a tendance à avoir dit souvent l'immigration, ce n'est pas le sujet.
Et donc à ne pas traiter les questions d'immigration. Or, il faut que, je pense, les Français aujourd'hui entendent que l'immigration n'est pas un risque, n'est pas un problème, que notre pays s'est construit par l'immigration. J'en suis le fruit, par exemple. Je suis le descendant d'immigrés belges et italiens. D'accord ? Nous avons construit notre pays comme ça. Il y a dans la France actuelle des descendants d'Italiens, de Belges, de Portugais, d'Espagnols, de vagues d'immigration qui sont arrivées pour des raisons diverses et variées, mais qui, contrairement à une idée reçue, ne se sont pas bien passées.
Je veux dire, pour les immigrés italiens, par exemple, il y avait des pancartes avec écrit « Interdit aux Italiens et aux chiens à l'entrée des parcs ». Voilà comment ça se passait à l'époque. Il y avait des ratonnades contre les Belges. Voilà comment ça se passait à l'époque. Donc, ça n'est pas vrai de dire que ça se passait mieux parce que c'est une immigration européenne, je ne sais quoi. Ce que la France a fait de grand, c'est d'avoir su faire des Français avec tout le monde. Pourquoi ? Parce que la France n'est pas une nation ethnique. La France est une nation politique qui se regroupe autour d'un principe fondateur liberté, égalité, fraternité.
Liberté, égalité, fraternité, c'est tout ce qui est absent de cette loi. Cette loi n'a créé aucun droit nouveau pour les Français. Elle a juste créé la suppression de droits pour des personnes qui sont d'origine étrangère. C'est ça qui s'est passé. Et je veux aller jusqu'au bout de ça parce qu'il y a quelque chose qui, comme Français républicains, me blesse profondément dans cette loi, c'est cette remise en cause du droit du sol. C'est le fait que quand on est descendant d'un étranger, entre 16 et 18 ans, il va falloir faire la demande de la nationalité française. Jusqu'alors, c'était automatique. Jusqu'alors, quand vous naissiez sur le sol de France, vous étiez français.
À vos 18 ans, vous deveniez un Français citoyen avec la capacité du vote. Or, c'est précisément comme ça qu'est définie l'égalité en France. Elle n'est pas définie en raison de principes qui seraient des principes intangibles. Elle est définie d'une manière très précise l'égalité devant la loi parce que nous sommes égaux dans notre capacité à la faire. Une personne égale une voix et le jour du vote, ma voix vote autant que celle de M. Bouygues, pour revenir sur ce que nous disions tout à l'heure. Et nous sommes égaux aussi devant notre obligation à respecter la loi. C'est ça l'égalité républicaine. Et cette loi, je trouve, la remet en cause puisqu'elle fait des différences entre les enfants.
Ceux qui sont nés avant et qui ont eu la nationalité de manière automatique, l'ont de manière automatique. Ceux qui sont nés après l'adoption de cette loi ne l'auront plus de manière automatique. Il y a donc désormais une différence entre des gens qui, à la fin, seront tous des Français.
Autre polémique, si vous le voulez bien, votre avis sur la polémique Gérard Depardieu avec, à plus forte raison, les propos tenus par Emmanuel Macron qui considère que c'est une fierté de la France. Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
Je suis très choqué que la parole des victimes soit ainsi oubliée. Parce que la force du mouvement MeToo, ça a été de montrer que les questions de violences sexistes et sexuelles, elles sont présentes dans toute la société et à tous les étages de la société. Et dans ce moment, avec y compris cette tribune que je trouve vraiment écœurante de soutien à Gérard Depardieu, ce qu'on oublie finalement, c'est la parole des victimes. C'est la parole de ces 13 femmes qui ont porté plainte pour viol ou agression sexuelle. Et c'est la mise en examen de Gérard Depardieu pour viol.
Donc je crois que l'important et la parole du président de la République ça aurait été d'abord de dire je vous crois en parlant des victimes.
Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous disent par exemple qu'il faut dissocier l'homme de l'artiste ? Parce qu'en réalité, Emmanuel Lacombe, ce qu'il a fait, simplement préciser qu'il s'extrayait de toute question judiciaire pour simplement parler cinéma en vérité. C'est une très vieille question que la distinction
entre l'homme et l'artiste. Aborder avec Romain Polanski notamment. Le cas où elle a été posée je crois de la manière la plus forte et la plus dure, c'est avec Céline qui était un auteur français très reconnu, y compris un auteur pacifiste qui a écrit de très beaux livres et qui en même temps était un antisémite notoire collabo de l'Allemagne nazie. Séparer l'artiste de l'homme, je crois que ça n'est pas possible car les artistes sont d'abord des êtres humains et c'est leur chemin d'être humain qui fait qu'ils sont des artistes. Donc, je crois que c'est impossible de séparer un individu de l'œuvre qu'il accomplit.
Et en l'occurrence, l'œuvre, il peut y avoir l'aspect positif mais quand il y a l'aspect négatif, il faut avoir la lucidité d'être capable de le dire et il faut avoir la lucidité d'être capable de dire ça suffit, il y en a marre. On ne peut pas soutenir des personnes comme Gérard Depardieu qui sont accusées par autant de gens d'avoir commis des violences sexistes et sexuelles. Moi, j'ai regardé le documentaire de France 2 en raison de la polémique parce que je ne regarde jamais complément d'enquête mais là, je l'ai regardé en raison de la polémique.
Je veux dire, franchement, moi, je ne suis pas une femme mais je ne suis pas sûr qu'une femme soit capable de regarder en entier ce documentaire-là. C'est d'une violence verbale, permanente, des propos dégueulasses mais vraiment toutes les dix secondes. C'est inadmissible et j'ai vraiment du mal à comprendre qu'on puisse soutenir une personne qui, voyant une fillette de dix ans, tient des propos dégueulasses. Donc moi, vraiment, je n'ai absolument aucun soutien pour Gérard Depardieu. Ça n'empêche pas de bien aimer ses films, ce n'est pas ça le souci.
Mais maintenant, il faut qu'il y ait une prise de conscience dans le milieu du cinéma que ça suffit d'avoir cette impunité vis-à-vis de quelqu'un qui tient ce genre de propos et qui, de toute évidence, tient aussi ce genre de comportement avec des femmes.
Merci beaucoup, Antoine Lioumont, d'avoir été notre invité politique ce matin en direct sur LCI.
Antoine Léaument