"Presque 12 000 patients sont en attente active de greffe", rappelle le directeur de la Direction de la Greffe d’Organes
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, le 5-7. Il est 6h21, il n'y a jamais eu autant de personnes greffées en France, plus de 6000 opérations l'an dernier, 6148 précisément. Et pourtant, il y a encore énormément de patients en attente, et les volontaires pour le don d'organes ne courent pas les rues, il y a même de plus en plus de réticences. Alors comment sauver davantage de vies, comment inciter au don ? Bonjour Benoît Averlan. Bonjour. Vous êtes le directeur du prélèvement et de la greffe d'organes au sein de l'agence de la biomédecine, qui organise chaque 22 juin une journée de sensibilisation au don d'organes et à la greffe.
Il faut d'abord rappeler la règle, par principe, tout le monde est donneur, c'est si on ne veut pas donner ses organes qu'on doit se manifester, c'est ça ?
Absolument, c'est exactement le sens du consentement présumé, tout le monde est donneur, et si l'on n'est pas d'accord avec ça, et c'est notre droit le plus strict, il faut juste le faire savoir d'une manière ou d'une autre.
Et pourtant le prélèvement n'est pas automatique ?
Alors le prélèvement n'est surtout pas automatique, on ne va pas pratiquer quelque chose d'aussi complexe sans, au préalable, comme la loi nous le dit d'ailleurs, rencontrer les proches et échanger avec eux pour juste confirmer ce consentement.
Mais ça veut dire que les proches ne sont peut-être pas au courant déjà du souhait de la personne décédée ou peuvent aller à l'encontre aussi de son souhait ?
C'est exactement ça.
Il n'y a pas de carte de donneur, on ne peut pas dire je veux donner.
Exactement, c'est tout le sens de cette campagne, c'est que la façon la plus évidente de transmettre sa position, 80% des français nous disent qu'ils sont plutôt favorables au prélèvement de leurs organes après leur mort, c'est justement d'en parler autour de soi, de faire connaître sa position, et ça c'est très très important.
Donc ça veut dire qu'il faudrait changer la règle ?
Il ne faut surtout pas changer la règle, et notre pays est l'un des pays dans lesquels on prélève le plus, donc cette règle, c'est une bonne règle, il faut juste faciliter cette transmission de position.
D'autant que vous enregistrez de plus en plus de réticences. De la part de qui, est-ce que ça vous avez les profils et comment vous l'expliquez ?
Alors on progresse beaucoup, très positivement, dans les tranches les plus âgées de la population, il faut rappeler aussi qu'il n'y a pas de limite d'âge pour donner. En revanche, on note depuis quelques années une augmentation, et pas qu'en France d'ailleurs, en Espagne, en Italie aussi, c'est un peu le même phénomène, une augmentation d'une forme d'opposition ou de réticence chez les plus jeunes couches de la société qui sont les donneurs de demain. Donc il faut vraiment qu'on trouve les messages, les médias, pour leur parler et leur expliquer et justement décrypter avec eux.
Les freins les plus importants, c'est la peur de ne pas avoir la bonne position, puisqu'on demande en fait aux proches, non pas leur avis, mais bien un témoignage. Ce témoignage est extrêmement compliqué à transmettre et à imaginer quand on ne sait pas du tout la position de celui ou de celle qui est décédée. Et donc leur première crainte, c'est de se tromper. Donc c'est une forme d'opposition prudentielle. Après, il y a quelques réticences qui sont véhiculées par la société. Parfois la peur d'une équité, la peur de ne pas respecter le corps. Tout ça, c'est totalement faux. C'est une intervention chirurgicale. L'équité est totale et on travaille...
Il y a des fausses rumeurs aussi, qui circulent aussi sur les réseaux sociaux.
C'est pour ça qu'on y travaille, c'est pour ça qu'on investit les réseaux sociaux pour essayer de parler aux plus jeunes, pour leur expliquer que c'est une affaire de solidarité et de partage.
Est-ce qu'il y a des freins liés à la religion aussi ?
Alors, pour nous, il n'y a pas de freins liés à la religion. On a largement travaillé avec toutes les religions monothéistes. Elles ne s'y opposent pas. On a assuré que ça n'était pas un motif d'opposition. En revanche, ça peut être une façon, un prétexte qui est posé pour essayer de se protéger.
C'était important de rappeler tout ça en préambule. Un peu long, mais important, parce que les besoins sont toujours plus importants en France. 966 personnes sont mortes l'an dernier, faute de greffe. Aujourd'hui, de quoi avez-vous besoin en particulier ?
On a absolument besoin que les gens transmettent cette position. Comme on l'a dit dans l'introduction, nous avons besoin d'augmenter l'accès à la greffe. Il y a presque 12 000 patients qui sont en attente active de greffe aujourd'hui, ce matin, et on en a greffé, comme vous le signaliez, et qu'un peu plus de 6 000. Donc, on a besoin de greffer des gens davantage, et de tous les organes, et de tous les tissus. Donc, c'est vraiment un besoin global.
Alors, la question va peut-être vous paraître bizarre ou formulée bizarrement, mais qui peut donner ? Il faut mourir ? Dans quelles circonstances pour pouvoir donner ?
Alors, le mode de prélèvement le plus fréquent, c'est ce qu'on appelle la mort cérébrale, c'est-à-dire que le cerveau est atteint d'une manière ou d'une autre et détruit de manière irrémédiable. On maintient la circulation pendant quelques heures, le temps de faire un diagnostic et de prélever. Donc, ça, c'est le cas le plus fréquent. On peut aussi donner, lorsqu'on est en arrêt circulatoire, lorsqu'on les médecins décident de l'arrêt des thérapeutiques, et on peut donner aussi de son vivant. Et ça, il faut le rappeler, la plus grosse partie des dons du vivant, ce sont des dons de reins. Et donc, la greffe rénale, c'était plus de 600 grammes.
Exactement, et on peut vivre sans aucune difficulté et sans dommage avec un seul rein.
Et quand on est mort, quand on donne, on donne tout ?
Lorsque l'on est mort, on donne tout, pas toujours. Il y a des proches ou des gens qui, de leur vivant, font savoir une forme de restriction. Mais la plupart du temps, lorsqu'on est favorable au prélèvement de ses organes, on donne tout ce qu'on a.
Une personne greffée, est-ce qu'elle vit normalement ?
C'est de l'intérêt, justement, de la greffe. C'est aujourd'hui une thérapeutique qui, dans le cadre d'une défaillance terminale d'organes, rend à la personne une vie tout à fait normale. Il y en a qui font du sport, du sport à très haut niveau, du sport de compétition. Donc oui, c'est possible.
Et sur quoi la science doit encore progresser aujourd'hui ?
Alors, on travaille dans plusieurs domaines. D'abord, la façon de garder les organes un peu plus longtemps. Vous savez que...
C'est quelques heures, seulement.
C'est quelques heures, voilà. Donc, c'est vraiment une course contre la montre.
On a écouté un reportage, justement, dans le journal de 6 heures sur ce sujet-là.
Et la deuxième chose vers laquelle on est en train de commencer à réfléchir, c'est ce qu'on appelle la xénogreffe. C'est-à-dire utiliser des organes d'autres espèces en greffe humaine. C'est quelque chose qui avance. Des animaux ? Absolument. Des organes d'animaux, essentiellement de cochons transgéniques. Et c'est quelque chose qui avance de manière assez intéressante ces dernières années.
Merci beaucoup, Benoît Verland, d'être venu ce matin dans le studio du 5-7, directeur du prélèvement et de la greffe d'organes à l'Agence de la biomédecine. Merci beaucoup.