Le "code noir" enfin abrogé
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France Culture France Culture, l'esprit public. Astrid De Vilaine
Pendant des siècles dans notre pays, la loi a accepté l'indigne. Elle a accepté qu'un être humain puisse appartenir à un autre. Elle a accepté que des enfants soient arrachés à leur mère, que des femmes soient vendues, que des hommes soient marqués, offerts, fouettés, mutilés. Et tout cela, la loi l'autorisait. Légal. Voilà ce qu'était le code noir. Une mécanique pensée, organisée, assumée, qui chosifiait des êtres humains. Dans ce texte, l'esclave devenait juridiquement un bien meuble. Alors oui, abroger le code noir est nécessaire. Mais aucun vote ne pourra réparer à lui seul des siècles de vie brisées. Et la grandeur d'une république ne se mesure pas seulement à ce qu'elle commémore.
Elle se mesure aussi à la manière dont elle protège aujourd'hui encore. La dignité humaine. Permettez-moi, pour finir, de faire une nuance importante. Nous ne sommes pas des descendants d'esclaves. Nous sommes les descendants d'êtres humains, les libres, puis réduits en esclavage. Je vous remercie.
Le député écologiste Stevie Gustave à la tribune de l'Assemblée, jeudi 28 mai. Il soutient le texte déposé par Max Mathiazin, son collègue Lyot de Guadeloupe, descendant d'esclaves lui aussi. La proposition de loi est adoptée à l'unanimité d'un hémicycle clairsemé, 254 présents. Article 1er, abrogation de l'ordonnance de mars 1685 promulguée par Louis XIV, dite « code noir » qui régissait et organisait l'esclavage dans les Antilles françaises. Article 2, plus contemporain. La demande d'un rapport au gouvernement pour étudier les effets de long terme de l'esclavage dans les territoires concernés.
25 ans après l'adoption de la loi Taubira, commémorée le jeudi 21 mai à l'Elysée, qui reconnaît la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité, la question de la réparation est toujours au centre du débat, y compris en Haïti, qui a payé une dette pour être indépendante. Pourquoi ce texte du code noir refait-il surface aujourd'hui ? Comment se fait-il qu'il n'ait jamais été abrogé alors qu'il n'est plus en application depuis l'abolition de l'esclavage en 1848 ? Et que nous dit ce moment politique unanime de l'histoire mémoriale française ? C'est le thème de cette deuxième partie de l'esprit public, pardonnez-moi.
Avec vous, Marc Lazard, professeur émérite d'histoire et de sociologie politique à Sciences Po et à l'université de Luysse à Rome, Magali Lafourcade, magistrate, Julien Jeannet, constitutionnaliste, et Michel Cotta, éditorialiste. Juridiquement, je me tourne vers vous, le professeur de droit, Julien Jeannet, qu'est-ce que ça change ? Alors, juridiquement, pas grand-chose, symboliquement, beaucoup, et on en parlera sans doute. Et en même temps, juridiquement, c'est un phénomène assez intéressant, c'est-à-dire le fait d'abroger un texte mort, en quelque sorte.
On a donc cet édit de mars 1685, qu'on appelle le code noir, qu'il s'agit de faire disparaître de notre droit, alors même qu'il ne produit plus le moindre effet juridique, au moins depuis 1848, depuis le fameux décret Schulscher. Ce n'est pas la première fois que ça arrive. On a un certain nombre d'abrogations de ce type. On a des abrogations de dispositions qui sont devenues sans objet. Je pense notamment à une révision constitutionnelle de 1995, qui a fait disparaître la référence à la communauté française, qui était, vous savez, ce système d'organisation des liens entre la France et ses colonies entre 58 et 60, mais qui, depuis 1960, n'avait plus véritablement d'objet.
On a aussi des dispositions inappliquées depuis longtemps, mais qui auraient pu être appliquées, que l'on nettoie, en quelque sorte, de notre droit. Je pense notamment au délit de blasphème qui subsistait en Alsace-Moselle, qui a été abrogé en 2017. Et puis, on a des dispositions implicitement abrogées. Je pense notamment à une ordonnance du préfet de police de Paris de 1800, qui soumettait à autorisation la possibilité pour une femme de porter un pantalon. En 2013, le gouvernement a reconnu son abrogation implicite. Alors, la difficulté, c'est que, pour les juristes, l'abrogation implicite, ça existe.
Le Conseil d'État a notamment eu l'occasion, en 1958, de tirer les conséquences de l'entrée en vigueur de la Constitution nouvelle, du point de vue du maintien en vigueur de textes infralégislatifs, infraconstitutionnels, qui existaient avant 1958, et qui, en quelque sorte, ont disparu par le simple effet de cette Constitution nouvelle. Et là, la difficulté, juridiquement, je trouve, de ce cas de figure, c'est que, pour pouvoir abroger le Code noir, eh bien, il a fallu, au moins implicitement, exprimer l'idée selon laquelle il existait encore. C'est-à-dire qu'il y avait quand même de bons arguments pour défendre l'idée selon laquelle, depuis 1848, ce Code noir avait été implicitement abrogé.
Et pour l'abroger explicitement, eh bien, il faut dire, en réalité, il continue à exister. Donc, c'est un peu le paradoxe, d'un point de vue juridique, de cette situation-là. Évidemment, l'article 2 de la loi est celui qui a le plus d'effets juridiques, et je terminerai sur ce point, puisqu'il s'agit d'identifier d'éventuelles survivances coloniales dans le droit tel qu'il est appliqué, notamment en Outre-mer. Et à cet égard, c'est sans doute pas une mauvaise chose. Mais enfin, pour le reste, sinon, c'est avant tout une dimension symbolique. Magali Laforcade.
Alors, oui, c'est tout à fait, je rejoins, bien sûr, ce qu'a dit Julien Jeannet. Mais dans le droit, il y a aussi une fonction expressive. Et donc, il y a l'expression de valeur, même si les effets juridiques sont absents. Et donc, le fait d'abroger était quelque chose qui était aussi important, pas seulement sur le plan symbolique, mais aussi d'un point de vue juridique, même si, bien sûr, ce code noir était sans effet.
Ce que je voudrais tout de suite mettre, en fait, dans le débat, c'est que derrière cet unanimisme, derrière l'abrogation du code noir, où tout le monde se félicite de cette initiative, je voudrais rappeler un peu comment la France est perçue, parce que je travaille beaucoup avec les Nations Unies, avec le Conseil de l'Europe et l'Union Européenne. Et je voudrais souligner le fait que, déjà, la France a mis énormément de temps avant de mettre une infraction sur la traite des êtres humains, le trafic d'êtres humains et la réduction en esclavage.
Elle l'a fait que parce que la Cour Européenne des Droits de l'Homme l'a condamnée, à un moment donné, dans l'affaire Ciliadin, qui est une affaire qui a été particulièrement retentissante. Et donc, ce n'est qu'en 2003 qu'il y a eu cette infraction dans notre code pédale. Et donc, quand je parlais de fonctions expressives, par exemple, aujourd'hui, si vous faites du trafic d'êtres humains, vous en courez 7 ans d'emprisonnement. Si vous faites du trafic de stupéfiants, vous en courez 10 ans d'emprisonnement. Donc, finalement, un paquet de cannabis, de la résine de cannabis, ça vaudrait peut-être plus qu'un être humain si on reste dans cette idée de fonctions expressives.
Ça, c'était une première chose que je voudrais dire. D'un point de vue des Nations Unies, il y a une perception que ce crime d'esclavage, qui a duré pendant 400 ans, a énormément eu d'impact, avec des systèmes de domination, de discrimination, d'inégalité sur les personnes d'ascendance africaines. Et donc, les Nations Unies ont mis en place la décennie internationale des personnes d'ascendance africaine avec un groupe de travail dédié qui va visiter un certain nombre de pays. La France a une standing invitation, c'est-à-dire qu'elle est censée avoir une invitation ouverte de tous les groupes d'experts des Nations Unies.
Et j'ai devant moi le courrier des Nations Unies qui lui demande officiellement de recevoir ce groupe de travail. C'était une demande qui a été formulée en 2013, 2014, 2016, 2017, deux fois en 2022 et en 2023. Le courrier que j'ai date de 2023, mais il a peut-être été renouvelé depuis. La France n'a jamais répondu à cette demande. Et elle n'a pas répondu à cette demande. Elle est le seul pays de l'Europe de l'Ouest qui n'a pas accueilli ce groupe de travail.
Ensuite, en mars 2026, il y a eu la résolution à l'Assemblée Générale des Nations Unies qui consacre une déclaration portant qualification de la traite des Africains réduit en esclavage et de l'esclavage racialisé des Africains et qui qualifie la traite et l'esclavage de plus graves crimes contre l'humanité. La France fait partie de ces États qui se sont abstenus. Et ça, ça a été extrêmement mal vécu. Alors, l'argument de la direction juridique du ministère des Affaires étrangères, c'est qu'on ne peut pas hiérarcher les crimes. Mais bien sûr, sauf que les États qui ont soutenu cette résolution, c'est une résolution, ce n'est pas du droit dur, savent bien qu'on n'hiérarchise pas les crimes.
Sauf que ça a été très très mal perçu qu'elle fasse ce refus alors qu'elle aurait pu faire une explication de vote avec une réserve d'interprétation sur ce vote-là. Et enfin, je voudrais dire une dernière chose sur la Charte sociale européenne. Dans l'enceinte du Conseil de l'Europe, il y a la Convention européenne des droits de l'homme que tout le monde connaît plus tôt et puis la Charte sociale européenne. Pendant très longtemps, la Charte sociale européenne n'était pas applicable dans nos Outre-mer. Et il y a eu des ONG qui ont porté l'affaire devant le Comité social européen. Et la France a dit « Non, c'est tirosovable parce que je n'ai pas déclaré qu'elle était applicable.
» La SNCDH, la Commission nationale des droits de l'homme, a interpellé le gouvernement en expliquant que c'était contraire à ce qui est écrit dans notre Constitution sur le principe d'égalité, l'unicité du peuple français, etc., de ne pas reconnaître ces droits à ces populations-là qui, en plus, souffrent de difficultés dans le champ social et économique qui sont extrêmement fortes. Et ce n'est que très récemment que la France a fait cette déclaration d'applicabilité de la Charte sociale européenne. Donc, pour tous ces éléments-là, on a un regard sur notre pays qui est plein d'ambivalence et d'ambiguïté. Et ça, c'est important de le rappeler.
Pour compléter ce que vous venez de nous dire, Magali Lafourcade, je vous donne la parole dans un instant, Michel Cotta. Cette résolution de l'ONU qui proclame l'esclavage et la traite comme plus grave crime contre l'humanité, d'autres pays européens, pour ne pas dire tous les pays européens, il y a 52 abstentions avec le Royaume-Uni, par exemple, 3 contre, Etats-Unis, Israël, Argentine et 123 pour. Michel Cotta.
Oui, enfin, en 2001, il y a quand même eu la loi Taubira qui, justement, a classé l'esclavage dans un crime contre l'humanité. Donc, je prends acte, évidemment, de la non-réponse à l'ONU. Enfin, on a eu cette loi et j'ai un souvenir absolument, pas un souvenir récent, je me promenais l'autre jour dans la rue avec Christiane Taubira qui n'est pourtant pas souvent là. Je peux vous dire qu'elle était arrêtée mais sans arrêt. Nous étions à Issy-les-Moulinous, elle était arrêtée sans arrêt par des gens qui lui disaient merci madame, merci madame. J'étais moi-même étonnée pour cette loi.
Et donc, elle était très bien reconnue et en tout cas, en France, je me rappelle que ce débat de 2001 avait eu beaucoup, beaucoup d'importance et qu'elle l'avait menée d'une manière absolument remarquable. Alors, je suis d'accord peut-être avec la réticence vis-à-vis de l'ONU mais je note que ça avait été considéré comme un grand, grand progrès, progrès, un progrès de gauche fondamental en 2001. Alors, je note aussi qu'on a tendance à confondre et c'est ça qui me gêne. On a tendance à confondre les ravages de l'esclavage sur lequel nous sommes tous d'accord et ceux de la décolonisation et de la colonisation mais c'est pas tout à fait pareil. C'est pas tout à fait pareil.
Moi, je ne confonds pas les deux. Je ne suis pas hostile à une colonisation au XIXe siècle mais j'étais très hostile à la façon dont la décolonisation m'a été menée en France. Ça, c'est sûr. Ça m'a même été le réveil politique qui était la guerre d'Algérie. Bon, donc c'est important mais je trouve qu'attaquer la France sur ce terrain-là me paraît excessif. Voilà, peut-être que je suis optimiste, peut-être que j'en fais trop mais enfin, ça me paraît excessif.
Pourtant, Marc Lazard, ce sont bien dans les anciennes colonies que l'esclavage était en application puisque si je ne dis pas de bêtises, le code noir n'était pas applicable dans l'Hexagone à ce moment-là. Vous avez raison mais je crois que pour essayer de démêler un peu cet écheveau, je crois qu'il faut voir les différentes dimensions qu'il y a dans cette affaire. Il y a une dimension symbolique qui vient d'être rappelée et c'est évidemment très important. On l'a entendu avec ce que vous nous avez passé. Il y a une dimension émotionnelle très forte puisque plusieurs députés n'arrivaient pas à terminer leur discours et leurs collègues sont venus le saluer ou les saluer.
On sent qu'il y a quelque chose de très très fort, important et notamment pour les populations qui sont les descendants lointains lointains évidemment de cet esclavage et c'est un élément à prendre en considération. Il y a une troisième dimension qui est la dimension mémorielle et ça évidemment c'est extraordinairement compliqué parce que c'est l'affrontement des mémoires. la mémoire de l'esclavage, la mémoire de la colonisation, la mémoire des victimes et c'est quelque chose qui est monté en puissance sur beaucoup de sujets. Actuellement, là on parle aujourd'hui de l'esclavage mais sur beaucoup d'autres sujets.
Faire entendre effectivement sa souffrance, demander des réparations, vous l'avez évoqué, c'est un élément très important et la mémoire est militante, la mémoire est plurielle.
Rappelez Pierre Nora, je voudrais, Pierre Nora a décédé il y a un an justement, je voudrais rappeler ça, évidemment les travaux pionniers sur cette question du rapport entre histoire et mémoire et la mémoire est plurielle, elle peut être militante, elle peut être combative, il y a une dimension politique justement et derrière tout ça, il y a évidemment toute une relecture de l'histoire de France et en particulier qui cristallise sur la figure de Colbert actuellement puisqu'on attribue le connoir à Colbert alors qu'il est décédé en 1783, deux ans avant mais c'est vrai que c'était le travail préparatoire et c'est son fils qui va compléter l'édit, un édit.
Et puis il y a la dimension historienne et je voudrais juste non pas faire l'histoire du connoir dont je ne suis pas spécialiste mais pour préparer cette émission, d'abord j'ai été assez surpris de découvrir mais c'est la preuve de mon immense ignorance que la notion de connoir en fait n'apparaît qu'en 1718 par l'édition d'un certain nombre de textes, c'est-à-dire en 1685 on parle d'un édit, je parle sous votre contrôle Julien Jeannet et Magali Lafourcade vous êtes les juristes ici mais c'est en 1718 et donc on va si j'ose dire j'ai employé un mot terrible colorer l'ensemble de ces textes mais on voit qu'il y a des tensions terribles entre le travail des historiens car du fait du développement de la mémoire se sont développés des travaux historiques c'est pour ça que l'opposition n'est pas simplement terme à terme entre mémoire et histoire à partir du moment où il y a des mobilisations mémorielles ça donne des idées aux historiens pour parfois explorer des sujets auxquels ils n'avaient pas obligatoirement pensé on a un grand développement de travail historique sur l'esclavage et le meilleur spécialiste justement du code dit noir donc du code noir c'est un homme qui s'appelle un collègue d'ailleurs maître de conférences exactement habilité à diriger des recherches à l'université des Antilles qui s'appelle Jean-François Nior et qui a essayé d'intégrer beaucoup de nuances sur la question du code noir parce que là une formule qui a fait mouche et c'est tout à fait compréhensible au regard d'aujourd'hui c'est les esclaves sont considérés comme des êtres meubles et évidemment on pense tout de suite à des choses la définition de l'esclavage dans les temps anciens dans le cadre du code noir nous explique Jean-François Nior attention il y a une déshumanisation mais en même temps une reconnaissance d'une espèce humaine et d'ailleurs un des points c'est que les horribles traitements auxquels étaient confrontés et victimes les esclaves quand par exemple il y avait un délit de fuite ne pouvaient pas s'appliquer sur la peine de mort qui était réservée juste à la puissance royale qui essayait d'intervenir entre les propriétaires et les esclaves même si dans la réalité lorsqu'un propriétaire exécutait un esclave il n'avait quasiment aucun ennui avec la justice je vois qu'Acerie de Vilaine me fait des gestes à juste raison et ce que je veux dire c'est qu'il est très difficile aujourd'hui pour l'histoire d'essayer d'introduire des nuances par rapport à ce qui s'est passé et qu'on a tendance aujourd'hui par rapport à cette terrible souffrance que je ne nie nullement pour tous les descendants c'est qu'on juge à partir de nos critères d'aujourd'hui des choses qui au XVIIe siècle n'avaient pas exactement le même sens c'est réintroduire de la nuance historique qui est de plus en plus difficile aujourd'hui et le même Jean-François Niort s'est fait violemment attaquer par exemple par les nationalistes de la Guadeloupe il y a quelques années tout le débat sur la cancel culture faut-il ou pas cancel annuler Colbert on avait vu aussi en 2020 cette statue devant l'Assemblée nationale taguée certains réclament aussi que la sale Colbert de l'Assemblée soit dénommée et en effet pour poursuivre sans doute ce que vous êtes en train de nous dire par Marc Lazare souvent on entend dans l'argument de ne surtout pas cancel Colbert évidemment son rôle comme haut fonctionnaire de la République mais également le fait qu'il ait promis enfin non pardon de l'Etat mais qu'il ait mis le fait de pouvoir affranchir les esclaves dans le code noir c'est ça la nuance qui expliquerait qu'on pourrait sauver Colbert alors de façon générale moi je suis toujours plus enclin à mettre des explications sur les statues plutôt qu'à les déboulonner c'est une position personnelle ce qui m'intéresse pour rebondir sur ce que Marc Lazare vient de dire sur le rapport à la mémoire c'est de regarder cette question là du point de vue des Etats-Unis aussi c'est à dire que évidemment l'histoire n'est pas la même le rapport n'est pas le même au passé mais enfin il y a quand même aussi évidemment cette question de l'esclavage et de ses rémanences contemporaines qui est régulièrement placée au coeur du débat public les différences sont majeures on a évidemment aux Etats-Unis c'était un esclavage au coeur du territoire de l'Etat alors qu'en France il y avait l'idée selon laquelle c'était dans les Outre-mer ça n'était pas un esclavage en métropole ce qui évidemment change un peu les choses il y a le fait qu'en France on a déboulonné Schellscher en Martinique par exemple là aux Etats-Unis on a plutôt tendance à déboulonner des esclavagistes et il y a le fait qu'on a une clôture dans le temps très clair en 1848 contre laquelle d'ailleurs se battent certains des militants aujourd'hui là où aux Etats-Unis il est courant à chaque génération de noter une sorte de continuum entre l'esclavage les lois Jim Crow le racisme systémique l'incarcération de masse d'afro-américains aujourd'hui donc la continuité est beaucoup plus facile à défendre mais enfin cette question de la continuité aujourd'hui en France au moins dans les Antilles ou en tout cas en Outre-mer de cette question-là est évidemment vouée à être placée au cœur du débat public
ça va être tout l'objet
du deuxième article
moi je me méfie de ce qu'on appelle avec ce nouveau mot du chrony j'ai toujours peur lorsqu'il faut aujourd'hui donner son avis et dicter des lois et éventuellement préparer des réparations sur des événements qui ont eu lieu il y a des siècles dans un autre contexte donc l'Uchronie me fait peur avoir les valeurs d'aujourd'hui et mettre les valeurs d'aujourd'hui sur la fin de Louis XIV ça me paraît toujours très difficile
mais est-ce qu'il y a quand même des conséquences à votre avis Magalila Fourcade de cette histoire sur les populations héritières de cette histoire c'est l'objet de l'article 2 de la loi qui a été votée c'est-à-dire de faire un rapport là-dessus et le député qui l'a porté nous dit qu'elle est très attendue ce deuxième article-là enfin il est très attendu dans les Outre-mer notamment
je pense que personne ne peut mettre en doute le fait qu'il y a eu des conséquences voilà ces trois continents ont été profondément transformés par la traite des êtres humains l'esclavage et donc il y a eu des structures foncières il y a eu l'indemnisation des propriétaires d'esclaves alors que la France à l'époque était très endettée elle a choisi d'indemniser les propriétaires d'esclaves il y a des systèmes de domination de discrimination d'inégalité il y a les doctrines racialistes qui ont justifié ce système économique qui sont encore là notamment quand on fait le rapprochement avec les Etats-Unis comme le vient de le faire Julien Jeannet on voit que tout ça perdure et c'est pour ça que les personnes d'ascendance africaine qui ne vivent plus en Afrique mais dans d'autres continents subissent encore des systèmes de domination qu'il faut absolument explorer je crois que ce qu'a dit Marc Lazare sur l'importance de la contextualisation d'apporter des nuances est essentielle c'est-à-dire que là pour regarder tout ça et faire comme l'a dit Michel Cotin un peu le départ entre la question de la colonisation la question de l'esclavage il est très important de mener un travail de recherche scientifique c'est-à-dire un travail d'histoire qui soit scientifique c'est-à-dire c'est pas une bataille d'idéologie on voit laquelle elle gagne à la fin c'est un travail sur des sources qui est avec une méthodologie stricte etc et après il y a la question du droit parce qu'à partir du moment où la loi Taubira qui vous l'avez dit Michel Cotin a été une très très grande avancée et c'est pour ça qu'aujourd'hui le fait de s'abstenir sur cette résolution a été vu pour beaucoup de personnes dans le monde comme une régression de la part de la France incompréhensible même s'il y avait des arguments juridiques qui pouvaient s'entendre la question qui va se poser autour de la réparation il y a un principe qui est que quand il y a un crime la réparation va avec la reconnaissance du crime alors on a des auteurs qui ne sont plus de ce monde on a la question des biens pillés pendant la colonisation on a donc de multiples questions qui entourent ce sujet et c'est là où je crois qu'il faut réunir des historiens des juristes des experts des spécialistes du sujet qui pourraient faire avancer là-dessus mais tout de suite on a le problème politique qui est qu'on va être encore dans la repentance et ça je crois qu'il faut mener ce travail-là de bonne foi et c'était un des atouts d'Emmanuel Macron c'était d'ouvrir un travail mémoriel et là on est quand même très très loin du compte il faudrait remettre ce sujet au coeur de la réflexion
alors j'ai vu qu'Emmanuel Macron en effet avait entamé un travail international en lien notamment avec le Ghana pour des propositions sur le sujet je ne sais pas si vous en attendez quelque chose les uns et les autres et si oui quoi et peut-être un mot avant de passer à vos coups de coeur sur ce concept qu'on entend qui est un peu nouveau à mes yeux reconnaissance sans repentance Marc Lazard oui c'est vraiment une question délicate et je pense que comme le disait Magali Lafourcade je pense que c'est vraiment un sujet sur lequel il devrait y avoir alors là peut-être des commissions de travail comme vous le suggérez avec des historiens des juristes des représentants aussi de ces associations mémorielles pour essayer de dégager un consensus la reconnaissance effectivement ça a été dans la loi de Taubira que l'esclavage est un crime contre l'humanité c'est un élément tout à fait fondamental que la France reconnaisse ça et que effectivement ses ancêtres dans un autre contexte historique ont participé après la question des réparations une question particulièrement délicate sur laquelle personnellement je n'ai pas encore assez réfléchi je crois que parfois il faut savoir le dire
juste un petit fait qui s'est passé hier c'est que la ville de Bordeaux figurez-vous s'est vue à refuser le leg par héritage d'une collection particulière d'objets africains la ville n'a pas voulu s'en mêler et a dit à chacun des pays africains de s'adresser directement au notaire de la dame elle a refusé les objets africains que chacun peut demander c'est une sorte de réparation en quelque sorte
d'un mot Julien Jeanne Neff vous disiez tout à l'heure en France des boulognes solchères c'est peut-être aussi qu'on a oublié ceux parmi les descendants esclaves qui se sont battus oui tout à fait sans doute et par ailleurs par rapport aux Etats-Unis il y a beaucoup plus de figures qui depuis longtemps sont mises en avant de figures d'esclaves ou de noirs américains qui à un moment ont joué un rôle important à cet égard que ce qu'on a pu constater en France et donc à cet égard il y a une évolution des regards portés depuis aujourd'hui sur cette période ancienne
il y a eu de grands romanciers et de réglissants
on aura sans doute d'autres occasions de parler de ces sujets de mémoire et d'histoire merci à tous les quatre on passe à vos coups de coeur qui veut commencer ?
allez-y Julien Jeanne Neff constitutionnaliste auteur du tract de Gallimard contre la proportionnelle paru en 2024 mon coup de coeur est un ouvrage un petit ouvrage publié par Patrick Veil intitulé de l'immigration en France chez Grasset il y a quelques jours alors Patrick Veil vous le connaissez sans doute c'est un historien et juriste grand spécialiste des politiques migratoires de la laïcité et qui dans ce petit livre d'intérêt public jette une lumière crue sur un phénomène qui provoque évidemment souvent des fantasmes des fractures qui sera certainement au coeur des prochains mois et de l'élection présidentielle à venir et il revient à des choses très concrètes il propose une cartographie de l'augmentation de l'immigration il analyse les choix statistiques qui ont été faits est-ce qu'on compte les étudiants ou pas qui pour beaucoup repartent de France après la fin de leurs études il met en lumière l'insuffisance de certaines politiques publiques depuis plusieurs décennies en la matière et fait un certain nombre de propositions comme la création d'un ministère de l'immigration ou l'amélioration de l'accès au travail des immigrés en France c'est un petit ouvrage clair précis qui est nourri de réflexions historiques et dont la lecture me paraît absolument importante aujourd'hui
Michel Cotta éditorialiste les derniers grands c'est chez Plon je ne sais pas si c'est un coup de coeur ou un message de sympathie mais il s'adresse à l'arbitre femme de Roland Garros on a parlé du football du football tout à l'heure alors c'est une très jolie arbitre femme qui a arbitré
vous donnez les bons points physiques ce matin
qui a arbitré non mais justement qui a arbitré le 28 mai ça va être pour les contester qui a arbitré le 28 mai un match opposant le français Kouamé au 1 Paraguayen alors cette fois un chien un Paraguayen enfin un effet elle est en effet très jolie mais j'ai remarqué immédiatement dans les réseaux sociaux quelque chose que je trouve incroyable il y avait d'un côté tous ceux qui ne s'occupaient que de son physique parmi les astronautes comme si lorsqu'un arbitre était homme on se disait tiens il est beau il est laid et deuxièmement la réaction même sans être féministe la réaction que j'ai découverte du battu du match qui dit que pour arbitrer ce match il aurait mieux valu un homme à sa place et sa réponse son explication a été ce type de match doit être arbitré par un homme c'est très différent pour une femme de le faire et la raison mauvais joueur peut-être et la raison non la raison la foule était trop dense et alors la femme n'a pas osé n'a pas eu le courage le courage étant naturellement réservé aux hommes alors il a été sacrément
soutenu Moïse Kouamé dans ses deux matchs à Roland-Garros Marc Lazare je vais vous désobéir vous avez deux coups de cœur non j'en ai deux je sais ne vous inquiétez pas tout le monde désobéit je désobéis d'abord pour le Paris Saint-Germain qui est mon équipe qui a gagné cette deuxième Champions League donc je suis très content c'est mon vrai coup de cœur et mon cœur a résisté à la tension du match hier et puis le deuxième coup de cœur plus sérieusement c'est une brochure qui a été publiée une note publiée par la Fondation pour l'innovation politique qui s'appelle Reform UK donc le parti de Farage en Grande-Bretagne dans l'ère post-Brexit populisme guerre culturelle nouvelle droite c'est une note absolument remarquable très fournie qui nous fait comprendre pourquoi il y a ce progrès le progrès de ce parti national populiste les risques que cela comporte le tout restitué dans une perspective historique qui rappelle qu'il y a aussi une histoire de l'extrême droite et la plus grande surprise c'est que je ne connaissais pas l'auteur Jules Lemaire je suis allé voir qui c'était étudiant en deuxième année de master à Sciences Po quand on dit que les étudiants sont de mauvaise qualité et bien chapeau Jules Lemaire et c'est bien le professeur qui parle merci Marc Lazard Magali Lafourcade d'un mot votre coup de coeur
moi c'est un documentaire qui est à voir sur France Télévisions qui s'appelle le RN 72 à la conquête de l'Ouest qui est un documentaire de Camille Girard et de Florent Maillet et qui suit Marie-Caroline Le Pen et Philippe Olivier son époux qui est aussi un grand stratège dans la Sarthe
c'est très intéressant infiniment à tous les quatre d'être venus dans l'esprit public ce matin pour ces deux thèmes que vous pourrez retrouver bien sûr en podcast sur le site de France Culture et l'application Radio France merci à vous de nous avoir suivis comme tous les dimanches on se retrouve la semaine prochaine très bel après-midi à l'écoute de France Culture et à l'écrivain
à l'écrivain