Mode et LGBTQ+ : l'engagement en demi-teinte
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La mode virtuelle conservatrice, [musique] c'est la question que l'on peut se poser en regardant les collections et les vitrines du mois de juin 2025, mois des fierté qui célèbre et rappelle les combats des communautés LGBT QI plus. Les drapeaux arc-en-ciels ont disparu où se sont fait plus discret. Les grandes maisons de luxe, comme les marques plus grand public prennent leur distance avec la Pride.
Après avoir multiplié les capsules Rainbow, elle préfère aujourd'hui le profil bas. Selon l'étude Pride Pulse Insight de l'organisation Gravity Research, 39 % des entreprises prévoyaient ainsi de réduire leur participation à la Pride en 2025. La mode n'est pas forcément progressiste, [musique] me direz-vous.
Par le passé, pourtant, elle a longtemps été un terrain de rébellion. Dans les années 80, elle était à l'avant-garde. Jean-Paul Gautier envoyait des hommes en jupe sur les podiums.
Thierry Mugler faisait défiler des artistes cuir. Versatché et Mosquino soutenaient ouvertement [musique] les associations de lutte contre le sida. La mode osait dire ce que la société jugeait tabou.
Encore récemment autour du mouvement Black Lives Matter, [musique] les attentes des consommateurs étaient jugées très claires. Les gens valorisaient les marques qui épousent leurs valeur. Selon Ipsos, en 2021, [musique] 60 % des Français disaient privilégier une marque qui s'engageait sur un sujet de société.
La politisation de la mode a donc connu un nouvel élan, mais cet [musique] élan s'accompagne aujourd'hui d'un baclash. Chaque prise de position déclenche immédiatement une polémique amplifiée par les réseaux sociaux. Une campagne mal perçue devient une affaire mondiale en quelques heures.
L'épisode Budlight aux États-Unis l'a montré. La marque ayant engagé un partenariat avec une influenceuse transsexuelle avait subi un boycotte massif et renoncé à cette collaboration. Ce climat d'hyperpolarisation rend l'activisme de marque risqué.
Les chercheurs Caroline Hardelé et Benjamin Simenauer parlent même d'injonction contradictoire. D'un côté, les consommateurs réclament des engagements clairs. De l'autre, ils dénoncent l'opportunisme commercial.
Trop timide, une marque est accusée de l'acheter. Trop voyante, elle est taxée de manipulation. Résultat, beaucoup se retirent de l'espace public, limitent leur campagne à des messages discrets sur les réseaux sociaux ou se contentent de dons sans communication.
La Pride, autrefois transformée en immense opération marketing, devient un sujet à manié avec des pincettes. Mais ce désengagement est aussi symptomatique d'un virage plus large. La mode se replie sur des positions consensuelles, parfois même conservatrices.
Alors qu'elle avait su porter haut la cause LGBTQ+ au temps du sida, elle recule aujourd'hui au moment même où selon l'ONG Ilga Europe, les droits stagnent ou régressent dans plusieurs pays européens. C'est une différence majeure avec les années 80. À l'époque, la mode prenait le risque de perdre des clients.
Aujourd'hui, elle fait ses calcul. Bien sûr, il reste des créateurs qui s'engagent, des jeunes marques qui revendiquent haut fort leur identité, des podiums qui continuent d'être subversifs. Mais les grandes maisons, elles préfèrent éviter l'affrontement. [musique] Elles savent que dans un monde où les inégalités sociales s'aggravent et où chaque geste est scruté en ligne, la cause LGBT QI+ n'est plus perçu comme un levier glamour, mais comme un terrain miné.
Alors, la mode est-elle devenue conservatrice ? entièrement, mais elle est devenue prudente, stratège, soucieuse de protéger son image et surtout son chiffre d'affaires, autrement dit moins militante. Yes.
Christian Jacob