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interviewBFMTV· 14 juillet 2026 39 min

Édition Spéciale - Attentat de Nice : l’hommage d’Emmanuel Macron - 14/07

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:15
Invité

Voilà les mots des représentants des familles de victimes, les quatre associations qui ont pris la parole tour à tour dans cet hommage aux 86 morts, aux centaines de blessés de cet attentat de Nice il y a tout juste 10 ans. Aujourd'hui, Alexandra Gonzalez, il y a un mot qui est beaucoup revenu, c'est le mot de blessure. Les blessures sont toujours là 10 ans après. Oui, des blessures physiques pour certains qui ont été meurtris par des séquelles à vie et aussi des blessures psychologiques, des traumatismes qui perdurent et notamment chez les enfants qui étaient très nombreux ce soir-là sur la promenade des Anglais en famille.

Plus de 3000 enfants étaient présents à ce moment-là, 15 d'entre eux sont décédés, mais des centaines d'autres sont restés marqués à vie par ce qu'ils ont vécu, par ce qu'ils ont vu il y a 10 ans. Certains ont perdu les membres de leur famille parce qu'ils étaient justement avec ses proches, d'autres ont vu des corps autour d'eux. Et d'après une étude qui a été menée, il y a près de 700 qui ont été suivis à l'hôpital pour enfants L'Anval à Nice. Ça, c'est pour ceux qui vivent à Nice. Mais il faut aussi penser à tous les autres enfants qui étaient à ce moment-là en vacances, en séjour, et qui sont rentrés chez eux.

La moitié des victimes étaient étrangères, ils étaient très nombreux ce soir-là. Et donc, ces enfants ont été ou sont encore victimes pour certains de crises d'angoisse, attaques de panique, cauchemars, maladies liées au stress, troubles alimentaires, troubles du sommeil, troubles de l'humeur, troubles de l'attention ou encore dépressions. Ces conséquences ont été listées par des psychiatres et des psychologues qui ont travaillé sur les blessures traumatiques de cet attentat. Les blessures toujours là. Il y a un autre mot qui est revenu dans ces discours des représentants des familles. C'est le combat continu. On est dix ans après cette attaque. Il y a eu un procès.

Effectivement, le terroriste a été tué ce soir-là, mais ses complices ont été jugés et condamnés. Mais il y a un aspect aujourd'hui qui continue depuis dix ans, qui est toujours en cours. Maître, c'est de savoir s'il y a eu des failles de sécurité ce soir-là sur la promenade des Anglais. Comment un camion, un énorme camion, un 19 tonne, a pu monter sur la promenade des Anglais, la quitter, y revenir et faucher des dizaines et des dizaines de vies.

2:32
Présentateur

C'est une attente qui devient insupportable pour les victimes aujourd'hui parce qu'il est important de pointer ces dysfonctionnements, expliquer ces dysfonctionnements. 11 repérages, c'est beaucoup, par un terroriste.

2:47
Invité

On écoute le discours du maire de Nice, Éric Ciotti.

2:50
Emmanuel Macron

Monsieur le Président de la République, Votre Altesse Sérénissime, Madame la Présidente de l'Assemblée Nationale, Messieurs les Ministres, Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Maires, Mesdames et Messieurs les Présidents des Associations de Victimes. Il y a dix ans, s'abattait sur Nice le pire des crépuscules. Ce soir-là, une foule heureuse venait de célébrer la glorieuse histoire de France en regardant le ciel. Des familles, les enfants sur les épaules, des Français, des Niçois, des visiteurs venus du monde entier. Le feu d'artifice venait de s'éteindre et chacun s'apprêtait à rentrer chez soi, le cœur léger.

Mais la mort, véhiculée par la haine, a surgi subitement. 1850 mètres, 4 minutes et 17 secondes. On suffit à un barbare pour assassiner 86 personnes et en blesser 458 autres. C'était il y a dix ans, c'était hier, c'est aujourd'hui, pour ceux qui y étaient et qui se demandent toujours pourquoi et comment. Cette nuit-là, les Niçois ont subi la terreur. Une fois l'attentat achevé, une fois le terroriste abattu grâce au courage extraordinaire de nos policiers, une fois le camion arrêté, la terreur a recouvert la promenade de son silence. Je me souviens de ce silence. Tous les Niçois s'en souviennent. Il était fait de rires tues et de musiques éteintes.

Il était tel qu'on a entendu pour la première fois. Les vagues remuaient nos galets. Seuls les cris de douleur des blessés le brisaient par à-coups. Ce silence était insoutenable. Il n'était tout simplement pas humain. C'était le silence vide et froid de la mort, tombé sur le lieu même de la vie. Voilà ce que l'islamisme a jeté sur nous, chez nous, il y a dix ans. Cette idéologie, haïssant la liberté des Français et leur mode de vie, avait fait preuve de l'unique puissance dont elle dispose, dont elle est capable. La mort, la mort, comme quatre ans plus tard, lors de l'attentat à l'intérieur de la basilique Notre-Dame de Nice. La mort, pour ceux qui ne se soumettent pas.

Ceux qui n'étaient pas là ne comprendront jamais. Les nuits sans sommeil, ni les images que le choc a gravé dans les yeux des témoins. Depuis dix ans, chaque famille de notre ville porte une part de ce fardeau. Les parents qui ont perdu un enfant ou plusieurs, dont le cœur se serre dès qu'ils voient une peluche. Les blessés qui ont vu la mort de Cyprès, qu'ils ont la détestable impression de trop la connaître aujourd'hui. Ceux qui ont vu et entendu le camion, et qui le voient encore, et qui l'entendent encore. Ceux que l'on vient d'écouter avec émotion, qui ont fondé des associations pour offrir secours, aide, réconfort, assistance, résilience aux victimes de l'attentat.

Promenade des anges, mémoriale des anges, live for Nice, une voix des enfants. Je leur dis, au nom des Niçois et des Niçois, ma plus profonde reconnaissance et mon entier soutien. Parler du 14 juillet à un Niçois rappelle instantanément que la plaie ouverte ne s'est jamais refermée et qu'elle ne se refermera jamais. S'il faut pleurer, pleurons. Car pleurer n'est pas indigne. Pleurons leurs 86 noms. Pleurons leurs joies perdues. Pleurons leurs sourires. Mais ce soir, je veux également dire mon admiration aux héros qui, dans la nuit du 14 juillet 2016, se sont battus pour que la lumière ne s'éteigne pas tout à fait.

Il était de ces héros, Franck Therrier, lorsqu'il a jeté son maigre scooter sous les roues du 19 tonnes pour enfreiner la course. Ils étaient de ces héros les policiers qui ont couru vers le camion qui s'avançait, évitant des dizaines voire des centaines de victimes supplémentaires. Ils étaient de ces héros pompiers, chirurgiens, médecins, infirmiers, qui se sont battus pour sauver le plus de vie possible, à l'enval, à Pasteur et partout où l'on a soigné. Ils étaient de ces héros du secours, du soin, de la solidarité, du réconfort, magistrats, policiers, fonctionnaires, pompiers. Ils étaient tout simplement la France dans ce qu'elle a de plus fort, de plus beau, de plus grand.

Ils étaient le meilleur de la France éternelle. Le lendemain, une chaleur accablante étouffait Nice. Nous nous étions donnés rendez-vous pour rendre le premier hommage aux morts. La plupart n'avaient pas dormi, hébétés. Nous marchions sous un soleil de plomb vers notre théâtre de verdure. En chemin, quelque chose changea. Les passants s'ajoutant aux passants. On aurait pu s'attendre à voir se masser une foule. On vit à la place se dresser un peuple. Et ce fut comme si l'ardeur du soleil avait disparu. Un frisson parcourut les chines de chacun. Et nous avons tous eu froid en ce jour de juillet. La France, comme une mère endeuillée, se tenait avec nous.

Car c'est bien d'elle qui a été frappée ce soir-là. Les 86 innocents n'étaient certes pas tous français. Les 19 pays d'où ils venaient ne parlaient pas les mêmes langues, ni de disposer des mêmes lois. Certains croyaient au ciel, d'autres n'y croyaient pas. Ils étaient chrétiens, juifs, musulmans. Ils étaient sur la promenade des Anglais parce qu'ils aimaient la France. Ils ont été assassinés un 14 juillet parce qu'ils fêtaient la France. Le jour où tous les Français se retrouvent pour célébrer un même idéal, venu du fond des âges, celui de la France éternelle. Le terroriste a choisi ce jour. Il a choisi cette fête. Il voulait nous la prendre. Mais il a échoué.

Comme ils échoueront toujours si nous savons être forts. C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière, disait Edmond Rostand. La patrouille de France qui vient de traverser le ciel de Nice a vu sous ses ailes briller cette lumière. Ce soir, à 21 heures, juste avant que nos bleus ne fassent la fierté de la France, le monde entier se recueillera en pensant à Nice et à ses victimes et à ses martyrs. Alors se lèvera pour la mémoire des 86 défunts et le deuil des survivants la reconnaissance éternelle d'une ville et d'une nation. se lèvera pour eux l'espérance des vivants se lèvera pour eux la lumière des aurores. Vive Nice, vive la République et vive la France !

13:13
Invité

Le maire de Nice, qui a évidemment salué les victimes et a rappelé ce qui s'était passé ce 14 juillet 2016, le passage du terroriste à bord de son camion, Eric Ciotti qui dit qu'après le passage de ce camion sur la promenade des Anglais, c'était le silence qui régnait. On entendait même le bruit des vagues sur nos galets, sur les galets de la promenade des Anglais. Pas un mot, pas un bruit dans ce qui devait être une soirée de fête. On était le 14 juillet, Alexis, 30 000 personnes sur la promenade des Anglais venues en famille, venues assister au feu d'artifice. C'est Emmanuel Macron qui va s'exprimer dans les milites qui viennent ?

Dans les toutes prochaines secondes, le président de la République est en train de se diriger vers la tribune. C'est vrai qu'Éric Ciotti a aussi dit dans son discours que c'était la France qui avait été frappée. C'est la France qui a été frappée ce soir-là. Il fêtait la France, les gens qui étaient là. Le terroriste a choisi ce jour particulier du 14 juillet, une tonalité que l'on va probablement entendre à nouveau dans le discours du président de la République. Emmanuel Macron qui va donc clore cette cérémonie. Dans la foulée, on entendra dans quelques minutes la Marseillaise également, et puis l'hymne des Niçois.

Monseigneur Aldès, Madame la Présidente de l'Assemblée nationale, Messieurs les Présidents de la République, Messieurs les Ministres, Messieurs les Premiers Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, M. le Procureur Général près la Cour de Cassation, M. le Procureur National Antiterroriste, M. le Préfet, M. le Président du Conseil Départemental, M. le Vice-président du Conseil Régional, M. le Maire, Mesdames et Messieurs les Élus, Mesdames et Messieurs les Présidentes et Présidents d'Associations, Chères victimes, chères familles, Mesdames et Messieurs, nous voici réunis dix ans après, afin de prendre la mesure de l'histoire.

Aucun d'entre nous n'a oublié, n'oublie et n'oubliera ce qui s'est passé ici à Nice le 14 juillet 2016. Jamais, dix ans. Et que peut le temps contre une nuit qui n'en finit pas ? Que peuvent les années contre une absence qui chaque matin impose le silence ? La vie a repris doucement son cours, mais n'a pas rendu les voix, les visages, les regards des êtres aimés qui manquent cruellement. Il y a dix ans, ce 14 juillet 2016, la promenade des Anglais était ce qu'elle avait toujours été.

Un ruban de lumière entre la ville et la mer, un lieu où les générations se mêlaient, où les familles réunies venaient regarder le ciel s'embraser au feu de la Concorde nationale, où les femmes et les hommes de tous les pays célébraient ensemble la liberté, notre République, notre nation. Et en un peu plus de quatre minutes, un camion lancé sur une foule de 30 000 personnes transforma cette fête en effroi. La promenade en champ de mort, le doux songe d'une nuit d'été en blessure française, 19 tonnes d'un périple emprunt de haine, le vertige d'une nuit de cauchemar. Ce soir-là, 86 vies furent volées, 86. 15 étaient celles d'enfants, vous l'avez rappelé.

450 furent blessés dans leur chair et des milliers d'autres le furent dans leur âme, parfois des années avant que la blessure ne trouve un nom. Il y a neuf ans, ici même, je vous avais dit que nous oublierions le nom du terroriste, mais que nous apprendrions par cœur le nom de nos morts. Je vous avais dit que vos morts étaient devenues nos morts et que l'État ne vous abandonnerait jamais. Et, Président, il ne vous abandonnera pas. Oui, nous n'avons oublié aucun nom, aucun visage, aucune histoire. Nous n'avons oublié ni ceux qui vivaient ici, sous cette lumière, ni ceux qui étaient venus pour quelques jours, quelques heures, parfois pour la première fois.

Ils étaient de tant de nations différentes, français, touristes, visiteurs, amis de la France, parce qu'ils partageaient ce soir-là notre fête et notre liberté. Ils sont entrés pour toujours dans notre mémoire nationale, à leur famille, dont beaucoup vivent loin de Nice, loin de la France. Je veux dire aujourd'hui, en présence des ambassadeurs de leur pays, que la distance n'a jamais créé l'oubli. Ils sont avec nous. Les frontières n'ont pas séparé nos deuils. Et vous avez dû parfois affronter la douleur dans une autre langue, accomplir des démarches depuis un autre pays, revenir ici pour un procès. Mais la France, vous devez soutien, vérité et fidélité.

Et je veux dire à tous nos compatriotes ici qu'elle ne les oublie pas. La République est là. La France est là. Et je veux à cet égard avoir un mot tout particulier pour les associations et leurs représentants, Anne Murice, Stéphane Herz, Patrick Prigent et Agur Benawissi, qui, je le sais, jouent un rôle essentiel pour accompagner ce mouvement de réparation. Merci à vous. Le 13 novembre dernier à Paris, dix ans après les attentats du Stade de France, des terrasses de Paris et du Bataclan, je disais que l'on ne pouvait donner de sens au 13 novembre, mais que l'on pouvait trouver un sens au 14 novembre et à chacun de ces lendemains. Rien ne donnera jamais un sens au 14 juillet 2016.

Mais nous pouvons ensemble donner un sens à tous les 15 juillet qui ont suivi par la mémoire, la justice, la fraternité et l'action. Et d'abord, par la reconnaissance. Car cette nuit-là, face à l'abîme, des femmes et des hommes se sont levés, puisant au plus profond d'eux-mêmes les ressources qu'ils savaient justes et fortes, celles de la République, pour faire prévaloir l'entraide des hommes. Une France à l'unisson, face à l'horreur. Les policiers municipaux et nationaux qui coururent vers le danger quand tout le monde cherchait à lui échapper. Ceux qui ouvrirent le feu et arrêtèrent enfin la course du camion bélier.

Les sapeurs-pompiers, les équipes du SAMU, les secouristes, les médecins, les infirmiers, les urgentistes, les aides-soignants, les agents hospitaliers qui virent arriver l'impensable et firent face avec sens du devoir et dignité. Les personnels du centre hospitalier de Nice qui déclenchèrent le plan blanc et transformèrent chaque service en poste de combat pour la vie. Les agents de la ville, les agents de l'État, les magistrats, les enquêteurs, les personnels scientifiques et médicaux légaux, ceux qui durent identifier, annoncer, recueillir, protéger.

Et puis toutes celles et tous ceux qui s'armèrent de courage pour poser un garrot, pour porter un blessé, pour guider un enfant, ouvrir une porte. Ceux qui tinrent la main d'un inconnu et restèrent auprès d'un mourant afin qu'il ne fût pas seul. Ceux qui, cette nuit-là, ne demandèrent pas d'où venait l'autre, quelle langue était la sienne, quel dieu était le sien, ou même s'il en avait un, ils virent une vie à sauver. Ils furent dans le chaos de la barbarie les dignes enfants de la fraternité française. Et à cette chaîne de fraternité, à tous les primo-intervenants, professionnels, volontaires, connus ou non, la nation redit en ce jour merci, encore et toujours. Merci.

Vous avez agi dans l'obscurité pour ramener la lumière de l'espérance. Vous avez été les premiers remparts de la République, chaîne d'union qui se forme quand l'essentiel est en jeu. Et cette chaîne ne devait pas se rompre après l'urgence. Et elle continue, dix ans après, plus forte que jamais. Il y a neuf ans, je vous disais que votre dignité ne pouvait, ne devait pas se heurter à la froideur bureaucratique. Et je sais que malgré le travail accompli, certaines et certains d'entre vous ont connu des démarches trop longues, des expertises éprouvantes, des courriers parfois incompréhensibles, des silences ressentis comme un nouvel abandon.

Je sais qu'une blessure psychique peut mettre des années à se révéler. Que l'état d'un enfant ne se laisse pas enfermer dans un calendrier administratif. Et qu'aucune procédure ne doit ajouter de la souffrance à la souffrance. Alors l'état, le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions et la délégation interministérielle à l'aide aux victimes ont appris, corrigé, transformé leur manière d'accompagner avec vous, grâce à vous. Près de 3 000 victimes ont été prises en charge et les indemnisations versées. Mais aucune somme ne rend une vie. Aucune indemnité ne mesure l'amour perdu.

Elle est la traduction matérielle autant que faire se peut de la solidarité nationale. Mais derrière chaque dossier, il y a un visage. Auprès de chaque victime, un interlocuteur. Pour chaque parcours de vie et de reconstruction, une réponse adaptée. C'est le sens des permanences organisées ici, de la médiation, de la transparence sur les droits et du soutien aux projets de vie, l'emploi, le logement, les études, la réparation des vivants. C'est le sens aussi du travail inlassable et indispensable mené avec les associations de victimes que je viens d'évoquer parce qu'elles ont transformé leur douleur en vigilance pour les autres et obligé les institutions à devenir meilleures.

Ce travail continuera. Il continuera pour celles et ceux dont l'état de santé n'est pas stabilisé. Il continuera pour les mineurs d'alors devenus jeunes adultes et pour les victimes étrangères que la distance ne doit jamais éloigner de leurs droits. La justice aussi fait son oeuvre. Le procès de première instance puis d'appel ont commencé à établir les responsabilités et ce travail de vérité et de justice se poursuivra avec calme, méthode et exigence. Le meurtrier principal n'était plus là pour répondre de ses actes et ce vide fut une épreuve supplémentaire. Mais la République refuse le silence et l'impunité. Nice, depuis plus de dix ans, porte les cicatrices de plusieurs attaques.

Le 3 février 2015, trois militaires furent attaqués parce qu'ils portaient l'uniforme de la France et protégeaient un centre de la communauté juive. Le 14 juillet 2016, une foule entière fut visée parce qu'elle célébrait la nation. Le 29 octobre 2020, un terroriste ayant traversé la Méditerranée entra dans la basilique Notre-Dame de l'Assomption et assassina Nadine de Villers, Vincent Locas et Simone Barreto Silva parce qu'ils avaient franchi la porte d'un lieu de culte parce que la liberté de conscience, donc de croire, est pour nous une liberté fondamentale.

Nous étions là aussi et j'étais là à vos côtés et à chaque fois la même idéologie islamiste et le même projet tuer, terroriser, dresser les Français les uns contre les autres, transformer le deuil en haine et à chaque fois Nice a répondu autrement. Nice a pleuré sans renoncer à vivre. Nice a protégé ses chrétiens, ses juifs, ses musulmans, tous ses enfants sans distinction car il n'est en France qu'une seule communauté, la nation indissociable de la République qui garantit par la loi à chacun le droit de croire ou de ne pas croire l'indivisibilité de la République, notre plus grande force en dix ans. Notre organisation a profondément changé et la France est plus forte.

La coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme a été créée. La direction générale de la sécurité intérieure est devenue chef de file et ses moyens ont été renforcés. Le parquet national antiterroriste a été institué et ses moyens aussi renforcés. Nos lois permettent d'agir plus tôt, de fermer les lieux où se prêche la haine, de surveiller bien davantage les individus dangereux, de protéger les rassemblements et de mieux prévenir la récidive. Depuis 2024, 16 projets d'attentats ont été déjoués.

et derrière ce chiffre, il y a des veilles sans sommeil, des surveillances discrètes, des décisions prises à temps, des vies sauvées qui ne sauront jamais qu'elles l'ont été. La menace a changé. Elle est souvent plus diffuse, plus rapide, plus solitaire. Elle se glisse dans les écrans, saisit les esprits fragiles, mêle fanatisme, fascination pour la violence et déséquilibre. Elle peut transformer un objet quotidien en arme. Mais elle peut revenir aussi des régions où le terrorisme prospère, comme nous l'avons malheureusement connu. Et c'est pourquoi nous devons continuer d'y agir, de surveiller, de lutter contre ces groupes.

Et je salue ici l'engagement aussi de nos forces armées et de nos services extérieurs, entre autres, en Afrique et au Moyen-Orient. Voilà pourquoi aussi notre justice doit être puissante et notre coopération européenne et internationale constante. Et je sais ici pouvoir compter sur l'ensemble des services de l'État pleinement mobilisés et vigilants pour nous protéger collectivement. mais je sais aussi avec vous en cette journée combien notre combat se joue bien avant le passage à l'acte par l'école qui enseigne la raison et l'esprit critique, au sein de la famille qui peut donner l'alerte, des services publics qui repèrent toute forme de rupture avec la société démocratique.

C'est notre société toute entière qui a pour but d'enseigner ce qui signifie d'être citoyen français. Ce combat, nous devons sans relâche chaque jour continuer de le mener avec la force de la loi, dans la fidélité de l'État de droit et en veillant à notre unité. C'est cela qui nous rend plus forts et rien d'autre. Chères familles, chères victimes, dix ans ont passé. Les enfants de la promenade sont devenus adultes. Certains sont nés après l'attentat et grandissent dans une ville dont ils découvrent peu à peu la blessure. À eux, nous devons transmettre ce qui a été notre réponse ce soir-là, les jours d'après et durant ces années.

Le courage, la justice, la fraternité, celles de notre nation et de notre République. Ce soir, 86 faisceaux de lumière s'élèveront au-dessus de la mer. Ils ne remplaceront personne. Ils ne consoleront aucune absence. mais ils diront que nous portons aujourd'hui comme demain le souvenir de chacun. Il y a neuf ans, je vous avais dit que le 14 juillet niçois ne serait plus jamais le même. Il ne l'est plus et ne le sera plus jamais. À la joie de la fête, s'est mêlée une gravité qui ne la quittera pas. Mais le 14 juillet n'a pas cessé d'être le jour de notre liberté.

Et Nice n'a pas cessé d'être cette ville d'art, de lumière, de langue mêlée, cette ville française et méditerranéenne enracinée et ouverte. Alors oui, dix ans après, la République est à vos côtés. Elle se souvient, accompagne, protège et combat pour eux, pour vous. disparus, blessés, survivants, pour la liberté qu'ils célébraient ce soir-là et que nous continuerons de faire vivre en leur nom notre liberté, notre égalité, notre fraternité. vive Nice, vive la République et vive la France. Aucun d'entre nous n'oubliera jamais ce qu'a dit Emmanuel Macron ce soir avant de revenir longuement à un discours d'une vingtaine de minutes. Alexis, la Marseillaise va retentir dans quelques instants.

Il est revenu aussi, Emmanuel Macron, sur la longueur des procédures judiciaires subies par ceux qui ont perdu quelqu'un ce soir-là à Nice. Oui, ce travail de vérité et de justice qu'il a détaillé, qui a bien sûr pu se poursuivre ces dix dernières années et qui doit se poursuivre. Dix ans après l'attentat de Nice, 86 morts, 400 blessés. Cérémonie qui va s'achever un peu plus tard dans la soirée, précisément à 22h34, l'heure à laquelle le camion avait fini sa course sur la promenade des Anglais. 86 faisceaux de lumière seront projetés dans le ciel niçois ce soir.