Beyrouth confidentiel avec David Hury
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Culture, les matins du samedi, Nicolas Herbeau. La cité corsaire de Saint-Malo en Bretagne accueille jusqu'à lundi le festival étonnant voyageur qui au cœur de ses remparts de granit a choisi cette année comme invité d'honneur le Liban d'une ville portuaire à l'autre, donc de la Manche à la Méditerranée. Il n'y a qu'un pas que les festivaliers et leur imaginaire n'hésiteront pas à franchir et vous allez les y aider, David Ury, bonjour. Bonjour Nicolas. Vous avez été longtemps journaliste indépendant et photoreporteur au Liban, pays et sa capitale, que vous dépeignez désormais dans des romans, dans des polars.
Merci d'être avec nous ce matin juste avant de rejoindre Saint-Malo puisque vous êtes l'un des participants de ce festival. Vous venez donc de faire paraître Beyrouth Paradise aux éditions Liana Lévy, le tome 2 de votre trilogie dédiée à Beyrouth et que vous avez choisi de nous faire découvrir, visiter, comprendre aussi par le biais d'une enquête policière. Pourquoi ce genre littéraire d'abord, David Ury ?
Ce genre littéraire pour moi ça a été un hasard total en fait. C'est un copain romancier marseillais, donc encore la Méditerranée, Cédric Fabre, je ne sais pas si vous l'avez déjà reçu, qui écrit des romans noirs plus que des polars, des romans noirs sur Marseille. Et c'est lui qui un jour de l'été 2023 m'a dit pourquoi tu n'écrirais pas un roman noir sur Beyrouth puisque je suis sûr que tu as plein de trucs à raconter. C'est venu vraiment par hasard comme ça au détour d'une discussion sur le Vieux-Port à Marseille. Et je me suis dit pourquoi pas en fait, parce que j'ai quand même beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à raconter sur Beyrouth.
Et Cédric, donc cet auteur marseillais, en deux heures, il m'a fait un cours sur le roman noir, à quoi ça ressemble et tout. Parce que je n'étais pas du tout lecteur. Et je me suis dit en fait, ça a l'air d'être une boîte à outils absolument merveilleuse pour raconter une ville comme Beyrouth, comme c'est une boîte à outils géniale pour raconter Marseille. Alors il y a parfois des similitudes d'ailleurs entre les deux villes. Et donc je me suis dit en fait, raconter Beyrouth, moi je n'avais pas du tout envie d'être dans la carte postale. J'avais envie de raconter. Ni dans le guide de voyage d'ailleurs. Pas du tout.
Enfin, quoi que, il y a certaines personnes, en fait les Libanais, les gens qui connaissent Beyrouth me disent « Ah mais je reconnais ma rue, je reconnais le petit magasin en bas de chez moi et tout ». C'était important pour moi. Donc le polar et le roman noir, en fait, c'était un prétexte pour parler d'autre chose en fait. Voilà, donc c'est un genre littéraire, je trouve qu'il s'adapte absolument parfaitement à Beyrouth.
Alors tu connais pas.
Vous avez reconnu, évidemment, Chris Deberg, musique très présente dans ce roman qui accompagne quasiment chaque trajet en voiture de ce personnage principal dont on va parler, cet enquêteur, Marwan Khalil, qui est à bord de son Alfa Romeo. Là, au moment où on parle, au moment où on entend dans ce roman cette musique, David Ury.
La musique et l'autoradio de Marwan, dans sa vieille Alfaeta de 1983, c'est vrai qu'elle est omniprésente. Elle était très présente dans le premier volet de la trilogie, donc Beyrouth Forever, avec un autre chanteur. Et là, cette fois-ci, je me suis dit, je vais encore piocher un chanteur qui est très, très aimé au Liban, qui remplit les salles. C'est un chanteur irlando quelque chose, je ne sais plus, Chris Deberg, qui a une image un peu has-been, mais qui a eu aussi des grands succès dans les années 80. Et Marwan, lui, il a des cassettes audio dans sa voiture, cassettes audio qui ont une importance particulière dans l'histoire aussi.
Donc, il écoute, dans cet épisode-là, il écoute Chris Deberg. Et en fait, j'utilise aussi, ça m'amuse, moi, en tant qu'auteur, d'utiliser certains bouts des paroles, des chansons, dans ma narration. Parce que finalement, je pense en particulier à toute dernière scène du roman, en voiture, de Marwan, sans faire de gros spoiler. J'ai eu peur, vous m'avez fait peur. Non, non, mais en voiture. Et en fait, la chanson a un sens qui est absolument parfait.
Justement, cet inspecteur, il faut en dire un mot, puisque c'est lui notre guide. C'est lui qui mène cette enquête. C'est un ancien inspecteur de la police criminelle, qui est donc désormais à la retraite et qui va ouvrir une activité de détective privé. C'est un personnage très important, presque très symbolique des habitants de Beyrouth.
Symbolique surtout d'une génération, c'est-à-dire une génération des hommes qui ont une dizaine d'années de plus que moi, en fait, ceux qui ont connu la guerre, qui ont porté les armes à la fin de la guerre. Lui, il était militien dans une milice qui s'appelle les Cataèbes, donc chrétien. Et puis, il s'est reconverti dans la police, comme beaucoup de gens se sont reconvertis dans plein de corps de l'administration à la fin de la guerre, après 90. Et c'est en fait, c'est quelqu'un de très symbolique, dans le sens où il a un sens de l'éthique un peu à géométrie variable. Il s'est compromis dans sa carrière.
De toute façon, quand on écrit des personnages de romans, on ne va pas mettre des gens tout lisses. Non, mais ils sont aussi bousculés par l'histoire, et c'est ça qui est assez intéressant. L'histoire, il la porte dans sa chair, il a été blessé pendant la guerre, il a un genou qui ne va pas bien, il s'est pris une balle de Kalachnikov.
Sa soeur est morte dans un attentat.
Sa soeur est morte en septembre 82, dans l'attentat qu'a coûté la vie au président Bachir Jemayel. Et puis... Et sa fille. Et sa fille, voilà. C'est aussi un des romans sur la relation père-fille. Sa fille qui est à Paris, et qui a été blessée au moment de l'explosion du 4 août 2020, donc a perdu un oeil, qui est balafré. Et lui, dans les deux romans, il essaie de reconnecter avec cette fille qui est exilée, comme beaucoup de jeunes libanais. Et ça, c'est un autre sujet, la question des générations. C'est là où on voit que vous avez plein de choses à raconter,
effectivement, sur le Liban et sur Beyrouth, parce qu'il y a des tiroirs dans tous les sens. Et c'est vraiment très riche et passionnant. Dans Beyrouth Paradise, je l'ai dit, c'est une enquête sur une jeune ukrainienne qui a disparu. C'est sa soeur qui vient voir le détective privé et qui lui demande de l'aide, de la retrouver. Valentina, elle travaillait dans un club de striptease, plutôt de haut-spanding. Alors, j'ai du mal à décrire. Ils ne font pas de striptease dedans officiellement. Effectivement, mais voilà, il y a tout ce sujet-là. Et c'est dans ce milieu-là, en tout cas, que s'ouvre le roman.
La question de la place des femmes dans cette société, des femmes étrangères, de la prostitution aussi.
En fait, moi, comme tout auteur, quand je commence un bouquin, je me dis de quoi j'ai envie de parler. Mon histoire, c'est encore un prétexte. Là, j'avais envie de traiter deux sujets qui étaient le droit des femmes. Alors, c'est très large, mais le droit des femmes à travers le droit des Libanaises, mais aussi l'exploitation sexuelle des femmes et des hommes, d'ailleurs, mais des femmes au Liban. C'est un pays, le Liban, qui vit une crise absolument, enfin, complètement dingue depuis 2019. Et plus c'est la crise, plus il y a de l'exploitation. C'est mathématique, quoi, et c'est effrayant, en fait.
Donc, le Liban était connu pour un type de prostitution qui est celui de, enfin, celle des Super Night Club, donc, dans la baie de Marmelten, dont je parle dans le roman au début, qui étaient des clubs faits principalement pour les clients arabes. Il y avait tous ces clubs-là. C'était vraiment, il y a 25 ans, c'était paillettes, c'était extrêmement lumineux, tout ça. Et puis, il y avait le casino du Liban à 500 mètres. Donc, voilà, il y avait tous les vices qui étaient réunis au même endroit. Et puis, aujourd'hui, tout ce quartier-là est complètement décrépit. Il y a encore quelques Super Night Club, mais ce n'est plus du tout l'âge d'or. Donc, j'avais envie de raconter ça aussi.
Ce changement aussi de monde, ce changement d'époque. Et puis, voilà, donc moi, j'avais envie de parler du droit des femmes, de l'exploitation sexuelle des femmes. Beaucoup de réfugiés, en fait, aujourd'hui. Des réfugiés syriennes. Voilà, c'est un sujet, je pourrais en parler des heures, parce que j'ai plein d'infos dessus.
Et puis, ouais. Comment, justement, vous faites ? Parce que, vous le dites, vous avez beaucoup de choses à raconter. Vous avez travaillé sur ces sujets en tant que journaliste. Et votre manière de nous embarquer dans cette affaire, dans cette histoire, parce qu'en fait, c'est de nous raconter Beyrouth, c'est de nous raconter le Liban, c'est de nous raconter ces communautés qui vivent côte à côte. C'est de nous raconter aussi cette crise dont vous parlez. Et on passe d'un quartier à un autre. On voit cette cartographie de Beyrouth, cette complexité aussi de cette histoire. On dit toujours, voilà, Beyrouth, c'est compliqué. Le Liban, c'est compliqué.
C'est certes peut-être un cliché, mais c'est aussi une réalité. Et que vous arrivez tout de même à nous montrer. En fait, j'ai raconté votre livre à une collègue, et je lui disais, mais c'est génial parce qu'il nous emmène dans un endroit et puis d'un coup, il se met à nous raconter la société, la géopolitique, comment est-ce qu'on place le Liban sur une carte, les rapports avec les pays du Golfe, justement.
J'ai essayé de rendre digeste plein de choses. Ce n'est pas évident, mais j'ai essayé de rendre digeste le monde politique, enfin, toute cette mafia politico-financière, très clannique, très féodale, en fait, qui tient le pays depuis toujours. Ce serait bien que ça change, d'ailleurs. Voilà, le côté géographique, moi, j'adore la géographie. J'adore Beyrouth et j'adore tous les quartiers de Beyrouth. Ils ont tous une identité particulière. Et puis, en effet, moi, mes personnages, principalement Marouane, le flic, mais il y en a d'autres dont on pourra parler, mais se baladent dans Beyrouth. Et en fait, ça me sert à chaque roman, à chaque fois que je commence mon plan.
Je me dis, tiens, où est-ce qu'il n'est pas encore allé, Marouane ? Donc, je me dis, là, dans le deuxième, je l'ai emmené vraiment à Dachy, dans la banlieue sud, où il lui arrive quelques misères. Dans le quartier arménien, aussi, ça me permet de parler de ce quartier arménien et de rappeler que le Liban, en fait, a toujours été une terre d'accueil. Les réfugiés, voilà, les victimes du génocide arménien, en fait, il y a tout un quartier arménien qui est très marqué. Et ça fait partie de l'identité libanaise, aussi.
Donc, ça me permet, voilà, de raconter aussi à la fois de la politique, de l'histoire, de la géographie, des, comment dire, des modes de vie, tout simplement, qui fabriquent ce puzzle qui est absolument... Bon, vous aurez compris que j'aime bien cette ville, que j'aime bien Beyrouth, que j'aime bien le Liban.
Mais vous le faites aussi avec beaucoup d'humour, par exemple, parce que la question de qui est chrétien, de qui est musulman, elle se pose, effectivement, à chaque instant, et notamment chez Marouane, qui, par exemple, quand il rencontre le chef de la police des mœurs, se dit, ah, lui, il est chrétien. Non, en fait, il est musulman. En fait, il est chrétien. Et il sait pas, il est perdu. Qu'est-ce que ça veut dire, aussi ? Voilà, cette cohabitation et cette idée de se poser cette question-là. Dans cette scène,
j'ai poussé le curseur vraiment très loin. Mais les Libanais, quand ils se rencontrent, bon, déjà, le prénom peut donner une indication sur la confession. Parfois, les prénoms sont mixtes, comme Marouane, comme Ziad, il y a plein de prénoms comme ça. Même dans les noms de famille, il y a des noms mixtes qui peuvent être portés soit par des chrétiens, soit par des musulmans. Donc, les gens se reniflent. Et puis, quand on sait pas exactement, on dit, mais de quelle région tu es ? Et puis après, de quel village tu es ? Pour savoir qui en est en face de soi. Là, dans cette scène-là, j'ai poussé vraiment le curseur assez loin.
Pour lui, Marouane, c'est du 50-50 et ça l'énerve de pas savoir si son interlocuteur est chrétien ou musulman. Parce que ça change les choses fatalement.
L'enquête de Marouane est complexe. Valentina a disparu. Et la question de la disparition, parce qu'on ne va pas aller sur cette enquête, je ne veux pas trop en dire, mais la question de la disparition, elle apparaît aussi par un autre biais qui est, lui, plus historique. Alors, ce que vous voyez se jouer derrière moi, c'est une scène absolument historique. La libération de la prison de Sade Naya, sans doute, la plus meurtrière du régime de Bachar el-Assad. Ils ont été plus de 30 000 à avoir été tués entre ces murs depuis le début de la Révolution. Des milliers d'entre eux, ils sont torturés parfois depuis les années 90.
Et ce que vous voyez autour de moi, ce sont des milliers, des milliers de familles qui ont fait monter cette colline pour essayer de retrouver leurs proches. On en voit d'ailleurs des prisonniers qui viennent d'être libérés, qui ont grimpé sur le toit de la prison. Certains tournent la tête, cherchent des visages connus, des membres de leur famille. Plusieurs personnes nous ont dit avoir fait des dizaines d'allées et venues dans les couloirs de cette prison pour essayer de trouver un frère, un cousin. Vous entendez derrière moi ? Ce sont les balles qui sont tirées par le groupe HTS, des islamistes qui sont venus hier à Damas et qui ont fait tomber le régime de Bachar el-Assad.
Et puis, ces gens qui courent parce qu'ils ont entendu la rumeur qu'une nouvelle cellule a été libérée, il faut savoir que depuis maintenant, plusieurs heures, les forces de HTS essaient de trouver des tunnels cachés, des salles dont ils ne trouvent pas encore l'accès dans les sous-sols de la prison où auraient été pratiquées pendant plusieurs dizaines d'années des tortures dont vont pouvoir peut-être témoigner les rescapés de la prison peut-être la plus symbolique du régime de Bachar el-Assad. Reportage en direct d'Arthur Saradin correspondant de Radio France et d'autres médias français au Liban. Là, il est en Syrie.
En décembre 2024, David Ury, chute de Bachar el-Assad et la libération de ces prisonniers de Sednaya. Il y a plusieurs milliers de Libanais dans cette prison.
Plusieurs milliers, on ne sait pas exactement. Mais moi, j'ai placé en effet l'action de Beirut Paradise une semaine après la chute de Damas et donc l'ouverture de ces fameuses prisons. Et voilà, l'histoire, moi, de ma prostitue disparue est aussi un prétexte pour raconter une histoire plus libanaise qui est celle des disparus de la guerre. On parle de plusieurs milliers de... Enfin, à peu près 17 000 disparus de la guerre civile 75-90. Il y a aussi des gens qui ont disparu après 90. Et les Libanais, en fait, les familles de Libanais aimeraient bien avoir des nouvelles comme les gens en Syrie quand les prisons ont été ouvertes.
Et on sait qu'il y a pas mal de Libanais, quelques centaines qui étaient en Syrie dans ces prisons-là. Et les premiers jours après l'ouverture de Sednaya, par exemple, on a vu des images de... Il y a eu deux Libanais en particulier dont je donne les noms dans le roman qui ont été sortis de Sednaya comme des héros triomphants sauf qu'eux étaient complètement... Enfin, c'était des fantômes. Ça fait 40 ans qu'ils sont là. Ça fait 40 ans et leur cerveau n'existe plus. Et à Beyrouth, il y a eu... On se rend pas compte mais à Beyrouth, la fin du régime de Bachar, ça a été un séisme.
Alors, ça a été évidemment une très bonne nouvelle et un séisme dingue pour les Syriens en Syrie mais au Liban aussi. Et donc, j'ai raconté ça aussi. Voilà, ça m'intéressait de raconter l'historique un peu... Enfin, c'est pas un cours d'histoire mais l'historique des relations entre le Liban et la Syrie parce que c'est complexe. Et puis, cette dimension, moi, ça me permet aussi de raconter un truc dans mon polar.
Voilà, non mais c'est ça qui est intéressant, David Duré. C'est que vous utilisez vraiment, c'est ce qu'on disait dès le début, mais vous utilisez le polar pour nous emmener dans cette complexité aussi. C'est-à-dire que là, si on parle de cette prison, c'est parce que Mike, l'un des meilleurs amis de Marwan, a un frère qui est disparu et ça l'obsède. Vous parliez de fantôme, c'est vraiment très fort et ça, ça noue aussi, ça donne une forme de complexité, de relief très important aussi aux personnages.
Quand on construit des personnages, il faut leur inventer une histoire. Et puis, comment eux réagissent vis-à-vis de cette histoire dans le présent et est-ce que ça les immobilise, est-ce que ça les inhibe, est-ce qu'ils se rebellent, est-ce que voilà. Donc, c'est encore une fois, l'histoire libanaise, il y a tellement d'ingrédients à piocher dedans pour écrire des romans. Alors, je ne dis pas que je vais écrire des romans sur Beyrouth toute ma vie, mais c'est vraiment, pour moi, c'est vraiment super intéressant.
Avec aussi, vous le dites, l'histoire du Liban, c'est la géographie aussi, le pays pris en tenaille entre la Syrie, Israël aussi, Damas et Tel Aviv qui occupent des parties qui ont occupé et qui occupent encore des parties du pays. le Liban, Beyrouth et votre roman, c'est aussi le quotidien et ça commence notamment par l'électricité, les coupures de courant que vous racontez et qu'on vous imagine, puisque je le répète, vous avez été 18 ans reporter là-bas, avoir vécu. Qu'est-ce que ça ? Comment ça entrave la vie du quotidien ?
On ne se rend pas compte en France, en fait. Je crois que l'eau, c'est le pire, en fait. L'électricité, on s'habitue, mais quand moi, j'étais encore à Beyrouth, il y avait trois heures de coupures par jour et Beyrouth était privilégiée. En dehors de Beyrouth, c'était pire. Mais aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse. C'est trois heures d'électricité par jour. Donc, on est obligé de payer un abonnement au générateur pour avoir alimenté un peu plus l'appartement, ce qui coûte très cher, beaucoup plus que l'électricité du Liban, ce qui pollue beaucoup parce que c'est que des moteurs à diesel, en fait. Tout, tout, tout.
En fait, il y a aussi un thème transversal dans mes romans sur le Liban, c'est la corruption et comment cette corruption se manifeste. Ça se manifeste aussi pour l'eau, pour l'électricité, pour ces fameux générateurs, ce qui crée de la pollution, mais une pollution atmosphérique complètement dingue à Beyrouth. Donc, oui, cette bataille permanente dans le quotidien des Libanais, ils sont admirables, mais je ne veux surtout pas utiliser un mot qui est insupportable et de plus en plus aux oreilles des Libanais, c'est la moule résilience, par exemple. Ce mot-là, en fait, ils ne peuvent plus l'entendre. c'est une adaptation pathologique aujourd'hui.
C'est extrêmement dur, ils sont en survie, dans du courage permanent. Moi, j'admire ça et je sais que c'est une des choses quand j'ai quitté Beyrouth, au bout d'un moment, j'étais usé par ça. Pas de résilience,
mais de l'espoir, l'espoir qui est une dorée rare. Il y a toujours de l'espoir et c'est ça qui est merveilleux. Et Marouane, qui répond à son ami, où veux-tu que j'aille d'autre ? Chez moi, c'est ici. Oui,
toutes ces générations. En fait, les parents aujourd'hui, soit de ma génération un peu plus vieux, ont tous rêvé d'envoyer leurs gamins étudier à l'étranger et puis que ces gamins-là fassent leur vie à l'étranger. Pour eux, il est hors de question et encore plus pour la génération des gens qui ont 75, 80 ans aujourd'hui. C'est impensable de quitter Beyrouth. Beyrouth, ils ont Beyrouth au cœur.
Qu'est-ce qui vous a poussé, vous, à vous installer dans ce pays en janvier 97 ? Vous l'avez quitté en 2015.
Il me faudrait à peu près 35 minutes pour raconter l'histoire.
Il vous aurait 30 secondes, ça tombe bien.
Un voyage fait par hasard complètement en 1992 et à l'été 92 et j'avais 19 ans et je suis tombé à être dingue amoureux de ce pays. Donc, je me suis promis d'y retourner.
Et c'est une mission aujourd'hui de raconter ce Liban-là par le bière romanesque ?
Non, ce n'est pas une mission. En revanche, je sais que dans les temps qu'on traverse aujourd'hui où le Liban est vraiment très meurtri, pour moi, le verbe est ma seule arme donc je l'utilise au maximum.
Merci infiniment d'être venu ce matin et bravo pour ce livre. Beyrouth Paradise chez Liana Lévy, David Ury. Bon voyage pour Saint-Malo où on vous retrouve dans le cadre du festival. Étonnant voyageur. Merci à vous. Les matins du samedi sont une aventure collective. Un grand merci à Margot Leridon, Victoria Girovain-Mont, Jean-Christophe Francis est à la réalisation ce matin et à la technique. C'était Mineta Diawara, le journal de 9h dans quelques secondes. A tout de suite.