Mort de J.-M. Le Pen : « Je trouve nul de se réjouir de la mort d’un homme », déclare Jérôme Guedj
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– Jérôme Gadj, on va commencer par la mort de Jean-Marie Le Pen. Donc on a appris hier, Jean-Marie Le Pen qui est décédé à l'âge de 96 ans, comment vous réagissez à cette mort ?
– Je ne serai pas de ceux qui tourneront autour du pot. Jean-Marie Le Pen a été un adversaire politique, parfois même un ennemi. Donc ça fait remonter tous les combats qu'on a menés politiquement, mais parfois même au-delà, presque culturellement, sur un rapport à la politique. Mais je le dis, je ne peux pas non plus me… je ne me réjouis jamais de la mort d'un homme, évidemment.
– Il y a eu des rassemblements hier soir.
– Oui, j'ai trouvé ça nul, je vous le dis, j'ai trouvé ça nul. Je pense qu'il faut une certaine grandeur d'arme pour être capable de ne pas se réjouir de la mort d'un homme, quel qu'il soit. Donc j'ai combattu l'homme, ça a même été une matrice de mon engagement politique. Donc je trouve nul de se réjouir de la mort d'un homme, je trouve nul aussi d'édulcorer le parcours de celui-ci. Voilà, donc pour moi Jean-Marie Le Pen, ce n'est pas une grande figure de la vie politique.
– Vous faites référence au truc de François Bayrou ?
– J'ai trouvé hallucinant, lunaire, le message de François Bayrou.
– Qui parle d'un combattant et d'une figure de la vie politique.
– Oui, et surtout de dire au-delà des polémiques. Enfin, Jean-Marie Le Pen, c'est une vingtaine de condamnations pour contestation de crimes contre l'humanité, incitation à la haine raciale. Enfin, je veux dire, ce n'est pas un enfant de cœur. Ça a été un adversaire dans l'enceinte politique, mais qui a aussi transgressé les lois de la République et le parcours de celui qui a eu des expressions antisémites, qui a banalisé une forme de violence politique. Enfin, je me rappelle les images de cette campagne des législatives de 1997 de Jean-Marie Le Pen cavalant dans les rues après la candidate socialiste, je crois que c'est dans les Yvelines.
Donc, racisme, antisémitisme, colonialisme, bref, on est dans une forme d'ADN de l'extrême droite.
– Alors, il a marqué la vie de la Ve République ? Il s'est son parti au second tour de l'élection présidentielle ?
– Évidemment qu'il a marqué, mais réduire Jean-Marie Le Pen à cela, c'est édulcorer tout un parcours et d'une certaine manière le blanchir, pardonnez-moi cette expression.
– Il l'a banalisé pour vous ?
– Oui, oui, je ne trouve pas ça digne du rapport qu'on doit avoir, y compris avec le RN, enfin on peut dire les choses. François Bayrou, il est Premier ministre parce qu'un front républicain s'est exprimé le 7 juillet, voilà. Et donc, à chaque fois qu'on aura l'impression que le message de ce front républicain est oublié, et ça passe par appeler un chat un chat. Quand Jean-Marie Le Pen décède, on rappelle ce qu'a été l'ADN de l'extrême droite et d'une certaine manière comment le RN d'aujourd'hui en est l'héritier.
– Mais justement, vous avez l'impression qu'il fait ça pour ne pas froisser les électeurs du Rassemblement national dont il pourrait avoir besoin ?
– Pardon, mais ça clignote tellement que ça en devient ridicule. – On ne peut pas dans le même temps, on va en parler tout à l'heure, j'étais dans les discussions ces derniers temps avec Éric Lombard, qui dit à qui veut l'entendre qu'il préfère discuter et négocier avec des membres de l'arc républicain qu'avec le RN, qu'il préfère discuter avec la gauche qu'avec le RN. Donc on ne peut pas, d'un côté, le parti est légitime, il existe, il y a des élus, je ne conteste pas ça, mais on peut quand même s'attaquer aux idées et ces idées, je le redis, c'est une continuité.
Elles ont un fusée dans la vie politique, mais c'est une continuité qui a commencé par, non pas les polémiques, non pas les outrances de Jean-Marie Le Pen, mais les provocations et parfois les transgressions, voire les violations de la loi portées par Jean-Marie Le Pen.
– Mais est-ce que si on revient un peu en arrière, ce n'est pas François Mitterrand qui a mis en lumière Jean-Marie Le Pen ? Est-ce qu'il n'a pas joué un jeu dangereux en le mettant en lumière médiatiquement, à l'heure de vérité, et en lui permettant d'accéder à l'Assemblée nationale avec la proportionnelle ?
– Vous êtes en train de dire que c'est François Mitterrand qui faisait la programmation de l'heure de vérité à l'époque ? Non mais je connais l'histoire, le questionnement, ne serait-ce que la proportionnelle en 86, etc. L'extrême droite existait dans le pays, elle explose dans les années 80, la première élection à Dreux en 1983 de mémoire. Donc poser la question de savoir si c'est un jeu…
– Et il explose aussi avec l'instauration de la proportionnelle. Est-ce que François Mitterrand n'a pas joué un jeu dangereux en s'en servant pour affaiblir la droite et essayer de limiter la casse à ses législatives ?
– Mais je prolonge dans la période qui va s'ouvrir, si demain il y a une proportionnelle, est-ce qu'on dira que c'est une manière d'accroître aussi le score du Ration nationale ? Moi je suis favorable à la proportionnelle par principe, parce que je pense que c'est la manière de représenter la diversité des courants existants dans le débat politique. Donc je préfère combattre sur ce terrain-là plutôt que de faire comme si ces sujets-là n'existaient pas. Donc moi je m'adresse, dans mon engagement politique, je m'adresse matin, midi et soir à tous les électeurs, y compris aux électeurs du Rassemblement national.
J'essaye de transformer leur colère qui s'exprime vers de mauvaises réponses en adhésion à des propositions sur les sujets de relégation, d'accès aux services publics, de pouvoir d'achat. Et pour faire cela, il faut assumer cette confrontation avec eux.
– Dernière question sur Jean-Marie Le Pen, hier plusieurs députés LFI ont souligné l'antisémitisme de Jean-Marie Le Pen, avec insistance même. C'est des questions sur lesquelles vous êtes opposés avec LFI, l'antisémitisme, notamment quand ils n'ont pas voulu participer à la Grande Marche. Est-ce que ça vous rassure de ce point de vue-là ?
– J'ai toujours considéré que ça devait être un combat unitaire, parce qu'on est sur le cadre dans lequel s'exerce le débat politique.
– Ça ne l'était pas forcément jusqu'à présent.
– Et quand ils refusent de participer à la Marche du 12 novembre, c'est un très mauvais signal. Quand je me fais vilipender sur ces questions-là par Jean-Luc Mélenchon, c'est plus qu'un mauvais signal. J'ai dit qu'il y avait des dérapages de nature antisémite, et ce n'est jamais un dérapage. Donc moi, voilà.
– Donc là, quand il le souligne, c'est plutôt un bon signal.
– Je préfère qu'il le fasse. Évidemment, c'est une telle évidence. Il est condamné pour des propos touchants à l'antisémitisme. Et puis, culturellement, ça transpire dans beaucoup de ces expressions. Rappelez-vous, ça avait y compris mis en porte-à-faux Marine Le Pen au moment où elle prenait sa succession à la présidence du Raffondation nationale. Le jour même de cette passation de pouvoir, il ne peut pas s'empêcher de faire une saillie antisémite. Je me rappelle se moquant d'un journaliste et faisant allusion à son nez. Donc on est dans les clichés les plus basiques de l'antisémitisme. – Sous-titrage ST' 501
Jérôme Guedj