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interviewCNEWS (sur YouTube)· 9 juin 2026 3 min

L'édito de Thomas Bonnet : «Lyhanna : vague de défiance envers les politiques»

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Oui, parce que si on avait encore du mal à mesurer l'impact de la mort de Lihana dans l'opinion, la soirée d'hier nous donne une bonne indication. Dans de très nombreuses villes, on s'est mobilisé pour dénoncer le système judiciaire et sa manière de prendre en compte les affaires d'agression sexuelle contre les enfants. Ce n'est pas à Odin qu'une affaire génère une telle réaction, des manifestations jusque sous les fenêtres de Gérald Darmanin, place Vandô.

Je note en voyant les images que vous voyez à l'écran, la présence massive pour ne pas dire quasi exclusive de femmes, c'est sans doute aussi le signe du malaise profond ressenti depuis des années et que cette affaire fait ressurgir avant même les questions politiques. C'est la place qu'on donne à la parole des victimes qui est questionnée et ce sujet est mis au premier plan des préoccupations des Français à 10 mois maintenant de l'élection présidentielle. Alors, comment les hommes politiques peuvent-ils répondre à cette colère ?

D'abord, en posant le bon diagnostic sur la situation, il faut revoir l'organisation de la justice, sans doute flécher plus efficacement les budgets et par-dessus tout faire en sorte que les magistrats n'échappent plus à leur responsabilité. Ensuite, chacun pourra y aller de ses propositions. C'est à ça d'ailleurs que doit servir une campagne électorale.

On peut débattre aussi des responsabilités du garde des saut, du ministre de l'intérieur. Mais à mon sens, réduire le débat à la démission des uns ou des autres, ça serait passé à côté du vrai sujet. Surtout que la nouveauté dans le moment que nous traversons, c'est le rejet, le rejet massif que suscite la parole publique.

Le fait par exemple que la famille de Lana est demandé expressément qu'aucun responsable politique ne soit présent à la marche blanche dimanche et très révélateur ce sujet comme tant d'autres en fait pâtit aujourd'hui du décalage entre les paroles et les actes des responsables politiques. Vous nous dites qu'Emmanuel Macron incarne ce décalage. Ah oui parce qu'il est le président et donc il est le premier responsable.

C'est lui par exemple qui en 2022 lors du débat d'entre de tours face à Marine Le Pen avait dit vouloir faire de la protection de l'enfance une priorité des priorités. Lui aussi qui par ses choix n'a pas permis par exemple la création de milliers de places de prison. lui enfin qui a fragilisé notre économie au point que nos services publics dont la justice soit désormais au bord du précipice.

Hier s'est passé assez inaperçu mais pendant que le pays était encore plongé dans l'émotion et la colère, Emmanuel Macron, lui il était à Amien dans l'usine Goudière puis dans un centre hospitalier. En fait, c'était un peu une journée potemkin avec un président qui essayait de se raccrocher aux très rares éclaircis de son bilan. En fait, il y a pas meilleur résumé de la décennie qui va s'achever, celle qui aura vu un président enfermé dans un optimisme or forçonné et artificiel pendant que le pays lui est traversé de fractures gigantesques.

Jamais il n'aura pris la mesure de l'état d'esprit de l'opinion pour ensuite orienter son action politique. Et c'est ça aussi que devra permettre l'élection 2027, donner au français un président ou une présidente qui saura enfin entendre les humeurs populaires pour ensuite en tirer les conséquences qui s'imposent.