Que peut-on encore faire face à l'urgence climatique ?
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Face aux dérèglements climatiques et à ses conséquences, on peut adopter de nombreuses positions différentes. Nier, comme les climato-sceptiques l'ont fait, ils sont de moins en moins nombreux, voire même complètement ringardisés. Il y a aussi l'option de se dire « foutu pour foutu, ne changeons rien et allons-y gaiement ». Celle un peu lâche de penser que le réchauffement, c'est pas moi, c'est les autres, et ne rien tenter pour éteindre l'incendie. Ou alors, on peut décider de prendre les choses en main et de s'interroger sur ce qu'il est possible de faire. Passer au solaire, prendre beaucoup moins sa voiture, manger moins de viande, préférer le train à l'avion, pas grand-chose en soi.
Mais bout à bout, ça peut faire la différence. Parce que chaque kilo de carbone qu'on ne brûle pas en notre avenir, forcément meilleur. Car oui, il y a des raisons d'espérer. Alors attention, pas de fausse naïveté, mais plutôt un optimisme réaliste. La bataille du climat ne se joue plus contre ceux qui ne croient plus au réchauffement, mais contre ceux qui pensent que ça ne sert plus à rien d'entreprendre quoi que ce soit. Urgence, climatique, qu'est-il possible de faire ? C'est la question qu'on se pose aujourd'hui. Thomas Chauvino, le débat de midi sur France Inter. Et bien sûr, on attend vos solutions sur l'appli ou sur le site de France Inter.
Mais comme tous les jours, on commence l'émission en ouvrant le journal. Et c'est l'Obs qu'on feuillette ce matin avec vous, Clément Lacombe. Bonjour.
Bonjour Thomas Chauvino.
Vous êtes directeur adjoint de la rédaction. En couverture cette semaine, les talibans. Mais on retrouve aussi dans le journal une longue, longue interview d'un économiste, Thomas Piketty, qui publie une brève histoire de l'égalité. Ça sort le 26 août prochain. Et qui soutient sa pensée dans l'idée du progrès social.
Exactement. Donc c'est un livre important. Thomas Piketty, il en publie souvent, des livres. Il a publié très longs livres qui ont eu des effets considérables. Des best-sellers mondiaux, puisqu'on se les a arrachés aux Etats-Unis, en Chine, etc. Là, cette fois-ci, c'est un livre plus court. C'est-à-dire, du coup, plus accessible. C'est un bout de chien qui fait environ un peu plus de 300 pages. Et c'est un livre de combat. C'est comme ça qu'on peut vraiment qualifier ce livre. En fait, il fait un peu la synthèse de tous ses travaux, toutes ses recherches, toutes ses études. Et il donne des pistes. Des pistes qui peuvent servir à tout un chacun.
À vous, à moi, à toutes les personnes qui peuvent voter l'an prochain. Et effectivement, la thèse centrale de son livre, c'est de raconter que les inégalités n'ont rien d'inéluctable. Les inégalités, c'est un sujet dont on parlait très peu il y a encore 20 ans. Et c'est vraiment Thomas Piketty, les travaux qu'il a pu mener, les recherches qu'il a pu faire faire avec toutes les personnes qui ont travaillé avec lui. C'est lui qui les a vraiment nourris, qui a montré les chiffres, qui montrait que le mouvement de l'inégalité s'était accru. Et lui dit désormais que ce mouvement vers l'inégalité n'est pas inéluctable, qu'il y a des solutions.
Et même qu'à très long terme, la marche du progrès humain, du progrès social, c'est une marche vers l'égalité. Et qu'en fait, ce qu'on a constaté ces 40 dernières années, notamment dans le monde occidental avec l'accroissement des inégalités, c'est que ça va à contre-courant du temps, à contre-courant du temps long, à contre-courant de ce qui se passe. Et que donc, il y a une possibilité de rendre une société plus égalitaire. Et que c'est avant tout un choix politique.
Alors vous parlez de solutions qu'il propose justement. Quel type de solutions on peut découvrir à la lecture du bouquin de Thomas Piketty ?
Alors, on peut découvrir des solutions sur une imposition qui soit plus progressive, c'est-à-dire le fait que, ben voilà, vous payez, quand vous gagnez davantage de revenus, vous payez davantage d'impôts. Donc il montre bien que par le passé, les taux d'imposition sur les revenus étaient bien plus importants que ce qu'ils n'étaient aujourd'hui. Et d'ailleurs, c'est à une époque où la croissance était bien supérieure à celle qu'elle est aujourd'hui. Donc l'idée selon laquelle une imposition plus basse facilite la libre concurrence et facilite la création de richesses, etc., il va à l'encontre de ça.
Il propose également, par exemple, la dotation à chaque jeune de 25 ans d'un héritage de 120 000 euros. Tout ça parce qu'on sait que l'héritage, c'est vraiment le moment où se transmet énormément les inégalités puisque 55% des sommes transmises chaque année par le biais d'un héritage vont seulement à 5% des personnes. Donc l'idée, c'est vraiment d'avoir une dotation en capital qui puisse permettre à tout un chacun d'avoir une chance dans sa vie, au moment ou au début de sa vie, de partir un petit peu sur un pied d'égalité. Vous allez parler d'environnement un petit peu plus tard dans l'émission.
Eh bien, lui, il propose une carte carbone individuelle pour enregistrer, en quelque sorte, les émissions de carbone. Et puis, il propose aussi la mise en place de ce qu'il appelle un souverainisme universaliste, c'est-à-dire qu'on remette en quelque sorte en cause la question de la libre circulation des capitaux. Vous savez, aujourd'hui, il peut y avoir des flux de capitaux qui traversent le monde. En un clic de souris, vous pouvez envoyer de l'argent un peu partout dans le monde.
Et donc, son idée, c'est de dire que cette libre circulation des capitaux empêche la taxation des plus hauts revenus, notamment parce qu'en fait, c'est ces gens-là qui ont la possibilité de faire circuler l'argent un peu partout dans le monde. Et donc, lui, il souhaite qu'on revienne vers un souverainisme qui soit non pas nationaliste, guerrier, bellicueux, etc., mais avec une dimension universaliste, c'est-à-dire qu'on prenne en compte l'intérêt général et pas uniquement l'intérêt particulier du pays.
Alors, il barre en brèche aussi quelques idées reçues, et notamment celles sur la croissance, en re-questionnant le principe même de la croissance.
Ouais, exactement. Donc, en fait, on lui pose la question sur le principe, est-ce qu'il faut sacraliser la croissance, est-ce qu'elle n'est pas... Voilà, et lui, ce qui répond, c'est que la croissance, elle ne peut pas valider de croissance unidimensionnelle, permanente, éternelle, qu'elle n'a aucun sens parce qu'il y a une limite.
La limite, c'est celle des ressources, c'est celle de l'environnement, et donc que la croissance en tant que telle est un indicateur important, mais qu'on doit aussi prendre en compte d'autres indicateurs très importants, donc, par exemple, des indicateurs sur le revenu, sur les héritages, sur l'éducation, sur la santé, sur l'environnement, et qu'on peut citer des objectifs en ce sens-là.
Bien, merci Clément Lacombe. Ce sujet, cette longue interview de Thomas Piketty, est à retrouver dans les pages de l'Obs de cette semaine. Merci à vous, bonne journée. Bonne journée.
Le climat et l'environnement sont des sujets plus cruciaux désormais, en partie grâce à l'investissement des jeunes. Mais si l'on regarde cela d'une autre perspective, presque rien n'a été fait, car l'émission globale de CO2 n'a pas diminué.
Les propos de Greta Thunberg au Forum économique de Davos en 2020, une émission aujourd'hui en partenariat avec Courrier international qui publie l'Atlas du réchauffement climatique. Quatre invités pour parler de ce dérèglement. Donc aujourd'hui, Virginie Lepetit, bonjour. Bonjour. Vous êtes rédactrice en chef adjointe chez Courrier international. Lou Espargillière, bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste pour le média en ligne qui s'appelle Vert, Vert.éco, l'adresse du site. Sophie Zopa, bonjour. Bonjour. Vous êtes experte auprès du GIEC. François Gouran, bonjour. Bonjour. Ingénieur prévisionniste à Météo France.
Virginie Lepetit, ça fait quatre ans que vous sortez tous les ans un atlas du réchauffement climatique. Qu'est-ce qu'il a de particulier, celui-ci ?
Alors, les trois précédents n'étaient pas sur le réchauffement climatique. Il y a eu un atlas de l'eau, un atlas des inégalités, on vient d'en parler, un atlas des nouvelles routes. Et cette année, en fait, le réchauffement climatique traversait absolument tous ces thèmes. Ils étaient omniprésents. Et cette année, on s'est dit qu'on ne pouvait pas faire l'impasse, même si le sujet semblait très vaste pour en faire un atlas. En fait, on s'est dit que c'était devenu incontestable. En fait, les effets sont tellement présents, puissants, que c'était le sujet de l'été.
Et voilà, on a décidé d'essayer de faire non pas le tour de la planète, parce que ça serait un peu ambitieux, mais de montrer quelques points et quelques points concrets où les effets se font sentir et où peut-être les solutions aussi se profilent.
Alors, c'est un atlas sur le principe du journal Courrier International, qu'on connaît bien, où vous reprenez des articles de la presse du monde entier, et dont un article du Guardian qui ne parle pas de dérèglement climatique ni de réchauffement climatique, mais d'urgence climatique. Oui.
Oui. Alors, le Guardian, qui est un quotidien britannique, a décidé en 2019, en fait, de changer de vocabulaire et de parler d'urgence climatique pour montrer, ou de crise, enfin, en tout cas, d'utiliser des mots qui ne décrivent pas un phénomène, mais quelque chose de beaucoup plus angoissant, qui est une catastrophe, en fait. Et ce n'est pas le seul journal à l'avoir fait. Il y a aussi le journal Scientific American, qui, lui, en avril de cette année, a décidé de faire ça aussi. Et apparemment, il y a eu des sondages de faits. Il y a 13 000 scientifiques qui pensent que c'est le bon terme urgence, que maintenant, on ne peut plus parler de changement ou de dérèglement.
On est dans autre chose. On est passé à autre chose. Louis Spargillière, on est dans l'urgence ? On est tout à fait dans l'urgence. Et effectivement, le Guardian a une couverture des sujets climatiques qui est vraiment en pointe au niveau mondial. Et il y a un autre terme qui s'affectionne beaucoup, c'est crise climatique. Bon, c'est dans cette même veine, dans la même idée de dire qu'on n'est plus sur un dérèglement qui serait un phénomène sur un temps long et puis des petits ajustements à faire. Non, c'est un vrai bouleversement. Toutes les cartes seront bientôt rebattues. Et donc, il faut traiter ce sujet comme une crise. Et donc, dans Vert, c'est pareil.
C'est des réflexions qu'on a eues. Et on ne parle pas des dérèglements, justement, on parle de crise d'urgence, de bouleversements. Voilà, c'est les termes qu'on choisit.
François Gourand, le climatologue que vous êtes, à l'échelle de la climatologie, donc qui se calcule sur le temps long, est-ce que vous constatez, vous, précisément, ces dérèglements dont on vient de parler ? Enfin, cette urgence, du coup, puisque nous disons maintenant le mot urgence.
Oui, alors, moi, précisément, prévisionniste météo, mais plutôt météorologue. J'ai des collègues climatologues, mais c'est vrai que moi, je suis plutôt sur le côté météo du quotidien. Mais c'est quand même intéressant parce que, pour nous, très clairement, la répétition, je dirais, des phénomènes qui étaient autrefois complètement exceptionnels, comme par exemple, on a eu récemment avec les canicules dans le sud-est, des températures supérieures à 40 degrés. Bon, ça existe depuis très longtemps. Mais avant, il y avait de nombreuses années en France, par exemple, où il n'y avait pas 40 degrés nulle part. Maintenant, on voit que c'est très banal.
Donc, ces phénomènes qui étaient un peu hors norme à l'époque et qui s'expliquaient par des situations météorologiques très spéciales, ils deviennent complètement intégrés à notre quotidien. Et je pense que l'enjeu pour nous est d'essayer de ne pas les banaliser pour autant parce que ça a des impacts très forts et que ce n'est pas du tout des choses auxquelles nos sociétés et notre environnement est préparée, en réalité.
Alors, quand on lit, par exemple, que l'année 2020 était l'année la plus chaude, avec 1,25 degré supérieur aux années de la période pré-industrielle qui allait de 1850 à 1900, 1,25 degré, pour moi, quand je regarde mon thermomètre à l'extérieur, c'est rien du tout. Et pourtant, les conséquences, peut-être un détail pour vous, s'il faut reprendre cette chanson, peut-être un détail pour nous, mais pour vous, météorologues, ça veut dire beaucoup.
Oui, parce que déjà, ce 1,25, ces valeurs que l'on donne à l'échelle globale, c'est bien justement à l'échelle globale. Et en réalité, déjà, ça cache des disparités régionales qui sont très importantes et également des différences entre les océans et les terres, puisqu'en fait, ce réchauffement est supérieur à cette valeur-là sur les terres qui sont habitées, contrairement aux océans, en tout cas par les êtres humains en général. Et donc, du coup, effectivement, c'est des valeurs supérieures déjà sur les terres et encore plus, plus on va vers les latitudes élevées.
Donc nous, je dirais en France, où nous sommes à des latitudes tempérées, en général, sur 1,25 degré, on est peut-être déjà légèrement au-dessus, mais plus important encore, cette moyenne, en fait, cache les événements extrêmes qui, eux, ont tendance un petit peu à l'image de ce qu'on a observé au Canada, par exemple, à la fin du mois de juin, cette canicule incroyable avec quasiment 50 degrés sous abri, des événements totalement hallucinants, en fait, qu'on n'a vraiment jamais vus, qui vont bien au-delà de cette moyenne.
Donc, en fait, la moyenne est certes intéressante et donne un diagnostic et c'est pertinent et révélateur, mais en réalité, ça cache des phénomènes extrêmes qui, eux, sont d'une ampleur bien plus grande.
Sophie Zopa, vous êtes l'une des autrices du dernier rapport du GIEC. Quand on lit les cinq scénarii différents que le rapport nous a donnés, on se rend compte qu'on peut aller d'une petite catastrophe à une très grande catastrophe. Mais jamais ce rapport ne dit que le point de non-retour a été atteint. Est-ce que ce point de non-retour est atteint ou pas, Sophie Zopa ?
Alors, ça dépend des composants du système climatique. Le rapport est quand même clair sur le fait que pour certaines composantes, notamment l'océan et la fonte des glaciers, on a atteint largement des points de non-retour et qu'on ne pourra pas, à l'échelle de ce siècle, revenir en arrière, et même sur des millénaires pour certaines composantes. Donc, ce point de non-retour, de ce point de vue-là, des changements climatiques, il est atteint. Là où le point de non-retour n'est pas atteint, c'est sur la température à laquelle on va pouvoir stabiliser le climat.
On explique dans ce rapport et dans ce résumé pour décideurs que si on le souhaitait, on pourrait, du point de vue purement physique, stopper le réchauffement climatique à son niveau actuel. Ça n'est pas possible, puisqu'on sait qu'on va continuer encore à émettre du CO2. Mais on voit que si on arrive à mettre en place les changements structurels qui permettent de réduire drastiquement nos émissions de CO2, on peut espérer rester en dessous de 1,5 à 2 degrés. Bien sûr, la fenêtre est assez étroite et c'est peut-être en ça qu'il est important de parler d'urgence climatique, pas uniquement du point de vue des impacts, mais aussi du point de vue de l'urgence à agir.
Longtemps, le GIEC a parlé au futur et aujourd'hui, on est en plein dans ces changements. Et aujourd'hui, l'urgence de changer de système et de ne plus émettre de CO2 est vraiment là, face à nous, dans la décennie qui arrive.
Mais ce que vous dites, c'est qu'il n'y a pas de fatalité.
Il n'y a pas de fatalité. C'est réellement une proportionnalité entre le CO2 que l'on va continuer d'émettre et qui va s'ajouter aux émissions qu'on a déjà émises. C'est de ça que va dépendre le niveau de réchauffement auquel on va réussir à stabiliser la température. Donc, il n'y a pas de fatalité. Et c'est vraiment les choix que l'on va faire.
Alors, on va revenir peut-être dessus tout à l'heure, les choix individuels, mais aussi et surtout les choix collectifs qui vont permettre de nous placer ou pas sur une trajectoire dans lesquelles on respecte l'accord de Paris et dans lesquelles on dépasse peu les 1,5 degrés qui déjà ont des conséquences dramatiques dans beaucoup de régions et sur les écosystèmes.
Sur franceinter.fr, Émilie nous dit « Bonjour, je trie, je mange moins de viande, je roule à vélo, mais quand j'ai vu Richard Bromson cet été émettre 10 ans de CO2 d'un Français moyen, peut-on tordre un peu le bras aux riches et aux industriels pour s'en sortir ? » Sabine qui nous dit « Depuis des années, je réduis mes déchets, j'ai la chance d'acheter des légumes bio et locaux. » Jusqu'à il y a quelques semaines, je me demandais comment améliorer tout ça. Je culpabilisais lors de mes trajets en voiture et puis il y a eu ces deux vols touristiques dans l'espace, les bras m'en sont tombés. Je suis en colère depuis, je pense qu'on se moque de nous.
Aucune réaction de la part des dirigeants et ils ont le culot de nous faire culpabiliser. Face à l'urgence climatique, que faire au quotidien ? C'est la question qu'on se pose aujourd'hui dans le débat de midi. Et on attend toujours vos commentaires, vos réactions. Sur le site de France Inter, il est midi 20.
Petit jeu, une chanson signée « Ours ».
C'est Thierry Dupin qui choisit la musique. Stéphane Ronxin réalise l'émission avec à la technique aujourd'hui Florian Dorimini. Thomas Gentil, Colin Gruel, Mathieu Bellini et Sophie Perroigué préparent tous les jours le débat de midi. Merci à vous tous. Le débat de midi, à retrouver pendant tout l'été à midi sur France Inter et en podcast sur franceinter.fr Quatre invités aujourd'hui pour parler de l'urgence climatique. Virginie Lepetit, rédactrice en chef, adjointe de Courrier international, partenaire aujourd'hui de ce débat de midi. Lou Espargillière, journaliste pour le Média en ligne vert. Sophie Zopa, co-autrice du dernier rapport du GIEC.
François Gourand, ingénieur prévisionniste à Météo France. Et puis ces messages qui nous arrivent. Didier nous dit « Bonjour, merci de rappeler que selon les ingénieurs de Carbon4, les gestes individuels ne peuvent ensemble représenter que 25% des efforts nécessaires pour atteindre les objectifs des accords de Paris sur le climat. Les 75% restants sont à la main du collectif, c'est-à-dire l'État et les entreprises. Virginie Lepetit, ce n'est pas parce qu'il n'y a que 25% des gestes que nous pouvons faire qu'il ne faut pas les faire, justement.
Oui, alors effectivement, chaque geste compte, vous avez cité le climatologue Michael Mann en introduction d'émissions en disant « Chaque tonne de carbone économisé rend notre avenir meilleur ». Le problème, et on a un article qui en parle, c'est que réduire son empreinte carbone individuelle, ça a de l'effet quand on est riche, c'est-à-dire quand on émet beaucoup de carbone. Donc qu'est-ce que ça veut dire être riche ? Les 10% les plus riches de la planète, c'est ceux qui gagnent plus de 31 000 euros par an. Et c'est cette population-là qui émet 50% des émissions individuelles. Et c'est chez eux, en fait, que ça compte.
Alors, on ne parle même pas du tourisme spatial, comme le rappelaient les auditeurs, qui a un non-sens total, effectivement. Mais donc, c'est sur ces gens qui prennent beaucoup l'avion, qui consomment énormément, c'est là que ça va compter. Après, ça n'empêche pas que participer et faire des gestes individuels est une façon aussi d'agir, en fait, de ne pas être simplement spectateur. Et c'est aussi une façon de garder l'espoir. C'est ce qu'on dit dans le premier article, c'est ce que dit le journaliste américain David Mongori. Il s'est posé la question « Comment garder l'espoir ? » Il est allé la poser à des climatologues et à d'autres scientifiques, à des psychologues aussi.
Et l'espoir, il est aussi dans l'action.
Et il est sans naïveté.
Et il est sans naïveté aucune. C'est-à-dire, même si c'est une goutte d'eau, cette goutte d'eau-là, c'est la mienne.
Louis Spargillière, qu'est-ce qu'on peut faire pratiquement ?
Alors, effectivement, ce chiffre est très frappant dans le rapport de Carbon 4. Ils disent bien que même si on active tous les leviers à l'échelon individuel et qu'on est héroïque sur les petits gestes, on n'a effectivement la main que sur un quart des émissions. Ça ne doit pas dédouaner les entreprises de faire leur part de boulot. Et l'État, puisque c'est aussi les services publics qui sont dans les 75% restants. Mais en fait, 25%, c'est déjà beaucoup. Et en fait, on aurait tort de se dire, bon ben voilà, on rejette tout sur l'État et les collectivités et les entreprises. Maintenant, à l'échelon individuel, il y a des actions qu'il est possible d'entreprendre. Maintenant, on les connaît.
Manger moins de viande. En moyenne, les Français mangent plus d'un kilo de viande par semaine. Donc ça fait quasiment deux steaks hachés par jour. C'est colossal. Et puis en plus, l'élevage, ce n'est pas que des émissions de CO2. C'est une consommation d'eau qui est terrible. On parle de 14 000 litres d'eau pour un kilo de bœuf. C'est des terres qui sont accaparées pour l'élevage aussi. Une protéine végétale, c'est sept fois moins de terre qu'une protéine animale. Je vais se faire le calcul dans l'autre sens. Il y a éviter de prendre l'avion. Là encore, on revient sur la question des riches. Puisque c'est une infime portion de l'humanité qui prend l'avion et qui la prend régulièrement.
Et en fait, cette portion-là, elle est responsable de 5 ou 6% du réchauffement climatique à elle seule. Il y a tout un tas d'autres actions. Moi, ce que je voulais dire sur les petits gestes, ce qui est vraiment important, c'est qu'effectivement, ça donne de l'espoir. Ça permet de ne pas rester dans la prostration. Ce qui fait naître beaucoup de mal-être, de déco-anxiété. Peut-être qu'on en parlera tout à l'heure. Et ça permet aussi de travailler pour, selon moi, l'altruisme.
C'est-à-dire qu'à chaque fois que je décide de prendre un peu plus de temps ou de compliquer un peu ma journée pour, mettons, mieux trier mes déchets, mettre mes déchets alimentaires dans le compost, à chaque fois, je fais ça pour le collectif. Et de la solidarité et de l'altruisme, on en aura bien besoin.
Tout ce que vous nous donnez là comme solution sont des solutions qu'on connaît depuis longtemps. Prendre moins l'avion, manger moins de viande, ça fait des années et des années qu'on le répète. Pourquoi est-ce qu'elle marcherait mieux aujourd'hui qu'avant ?
Parce que peut-être qu'on ne l'a pas fait jusqu'à maintenant, déjà. C'est une première chose. Et puis parce que, simplement, les gens sont pas mal rentrés dans un truc. Les écolos nous emmerdent. Moi, j'aime ma bidoche. Et puis, en fait, c'est presque une affirmation de son mode de vie que de ne rien faire sur ces sujets-là. Et je sais que pour beaucoup de gens, c'est très compliqué. Parce que, voilà, on est dans un pays très tourné autour de la gastronomie. On a beaucoup de plats en viande. Et pour beaucoup de gens, on a l'impression que c'est renier tout leur mode de vie que de réduire la portion de viande. Récemment, on m'a demandé, alors si vous mangez pas de viande, vous mangez quoi ?
Des pommes de terre et du persil ? Et voilà, ce monsieur pensait que je me nourrissais que de ça. Et en fait, voilà, donc il faudrait rappeler aux gens que ce n'est pas parce que vous ne faites rien que vous êtes satan. Simplement, vous pourriez en faire un peu avant de faire tout. On ne demande à personne d'arrêter complètement de prendre la viande du jour au lendemain. Mais c'est quand même un chemin qu'il faut commencer à prendre. Et on peut commencer à le prendre avec ses petits gestes avant de se tourner vers un échelon plus collectif. Virginie Lepetti.
Oui, mais ce qui est une certitude et ce qu'on rappelait tout à l'heure, c'est que tous ces gestes, en fait, sont limités par les infrastructures, le système et la politique énergétique et environnementale du pays dans lequel on vit. C'est-à-dire qu'on peut changer des choses à l'échelle individuelle, mais si les infrastructures restent les mêmes, le pays, son industrie, son mode de déplacement, etc., émet quoi qu'il en soit. Donc il faut aussi, à l'échelle des nations et à l'échelle même globale, des décisions soient prises, des décisions politiques et des décisions de long terme.
Sophie Zopa, vous qui avez collaboré à l'écriture du dernier rapport du GIEC, on sait que le prochain rapport sera justement consacré aux solutions à mettre en œuvre. Mais qu'est-ce qu'on peut faire, nous, en tant qu'individus, même si c'est que pour 25%, on l'a dit, du réchauffement ? Qu'est-ce qu'on peut mettre en place facilement ?
Alors, comme vous l'avez raté, un rapport viendra en mars qui, lui, analyse les solutions, leurs coûts et leurs bénéfices. Maintenant, il y a quand même eu plusieurs rapports du GIEC précédemment, et notamment des rapports spéciaux sur 1.5 ou sur l'usage des terres, dans lesquels il est clairement montré qu'il y a quand même un gaspillage énorme de nourriture dans nos pays et du coup d'émissions qui pourraient être évitées par ce gaspillage, tandis qu'il y a toute une partie de la population mondiale qui a des difficultés à se nourrir. Donc, il y a un problème de juste répartition. Vous l'évoquiez à la fois sur l'inégalité en tant qu'émetteur.
On n'est pas la même chose quand on habite en France ou quand on est dans un pays qui a des revenus moindres. Également, des fortes inégalités dans les impacts de ce changement climatique. Donc, il est certain que cette transition, elle doit être juste et accompagnée, qu'elle ne peut pas se faire que par des gestes individuels. Mais aujourd'hui, il y a une pression qui est mise par les individus et la jeunesse notamment pour que vraiment on prenne des mesures qui soient à la hauteur des enjeux. Comme le recommandait le Conseil pour le climat, il est nécessaire que toutes les décisions politiques soient passées au crible de leur impact environnemental.
Et puis, il y a aussi un point qui dépend indirectement des individus qui sont aussi les flux financiers et notamment les banques qui investissent encore en France aujourd'hui massivement dans les énergies fossiles. Or, il y a eu un rapport de l'Agence internationale de l'énergie qui dit qu'on ne peut s'inscrire dans une trajectoire compatible avec l'accord de Paris que si on cesse immédiatement d'investir dans des nouvelles installations d'énergie fossile. Donc, se renseigner aussi sur sa banque et ce qu'elle fait de l'argent éventuellement qu'on y met, c'est aussi un moyen de mettre la pression.
On a pu voir sur l'alimentation que les efforts des consommateurs, quand ils sont informés, ça pousse aussi les industriels à faire aussi des efforts. Donc, il va de soi que c'est une rencontre entre en même temps une demande de la société dont on sent qu'elle est de plus en plus forte dans nos pays et aussi des changements de l'offre puisque ce n'est pas chaque individu qui peut décider de l'abandon des combustibles fossiles. Voilà, chacun peut faire des efforts, mais il y a besoin de changements systémiques majeurs qui dépendent là de nos États et aussi des industriels qui doivent aussi faire cet effort puisqu'encore une fois, tout le monde va être impacté par le changement climatique.
Donc, il ne s'agit pas simplement de se dire que c'est simplement la société qui doit évoluer.
Virginie Lepetit, la question de l'automobile, du déplacement se pose évidemment énormément. Alors, il y a tout un article consacré à la voiture électrique. Est-ce que oui ou non, la voiture électrique, ça peut être bon pour l'environnement ?
Alors, en tout cas, on vient de citer l'Agence internationale de l'énergie dans ses recommandations. Elle disait aussi qu'il fallait qu'on arrête de construire des véhicules thermiques d'ici à 2035 si on voulait être raccord avec les objectifs de l'accord de Paris. Et donc, pour répondre à votre question, cet article, il a essayé d'identifier les émissions de carbone sur l'ensemble de la vie de la voiture. Et en fait, parce qu'un véhicule électrique, c'est polluant. C'est polluant par bien d'autres façons que simplement les émissions carbone. Ça utilise des métaux lourds. Enfin bon, il y a pas mal d'autres pollutions.
Mais ce qui ressort de cet article, c'est sur la durée de la vie du véhicule. Plus on l'utilise, la voiture électrique, moins elle émet en quelque sorte. C'est-à-dire qu'elle va économiser en termes de pollution beaucoup plus tout au long de sa vie qu'une voiture thermique. Donc, a priori, oui, même sur le long terme et même sur une durée de vie globale du véhicule, ça va être intéressant d'utiliser des véhicules électriques. Encore faut-il savoir d'où vient l'électricité. Pourquoi ? Parce que l'électricité, elle peut être fournie par des centrales à charbon, par des centrales nucléaires ou bien par des éoliennes. Et ça, c'est pas la même électricité. Lou Espargillière.
Oui, non, mais c'est un problème majeur qui n'est pas suffisamment pointé du doigt. C'est que si on ajoute sans cesse de nouveaux besoins en électricité, il faut bien que la production suive. Et ça, cette question, elle n'est pas du tout posée. Or, pour la voiture, ce qu'il faudrait vraiment réfléchir, c'est en fait la baisse, la réduction de la place de la voiture individuelle. Bon, un chiffre comme ça, aujourd'hui, les transports sont responsables d'un tiers des émissions nationales. 15% pour la voiture. Donc effectivement, ça, c'est un levier majeur aussi à l'échelon individuel.
Mais on voit que le gouvernement a refusé de se saisir de la loi climat pour introduire de nouvelles contraintes et en tout cas essayer de préparer sa transition vers moins de voitures ou une mobilité plus électrique. Et par exemple, la Convention citoyenne pour le climat, dont les travaux ont servi de base à la loi climat et résilience qui vient d'être votée par l'Assemblée et le Sénat, demandait par exemple de taxer les plus gros véhicules, les SUV, qui aujourd'hui sont responsables, en fait, sont la deuxième plus grosse source de croissance des émissions de CO2 à l'échelle mondiale. C'est le chiffre absolument sidérant.
Donc c'est parce qu'aujourd'hui, une voiture sur deux qui est vendue est un SUV que les émissions de l'automobile continuent d'exploser. Et donc la Convention citoyenne pour le climat a recommandé de taxer tous les véhicules de plus de 1,4 tonnes. Et le gouvernement s'est arrêté sur le chiffre de 1,8 tonnes qui concerne deux modèles commercialisés en France, c'est-à-dire rien du tout.
François Gourand, on a du mal à imaginer, quand on est au volant de sa voiture, qu'on contribue aussi au réchauffement climatique.
Oui, c'est sûr, mais bon, vous voyez bien que c'est par des moyens indirects, évidemment, par les émissions qui sont invisibles en plus. Donc bon, à l'échelle individuelle, c'est difficile de le percevoir tous les jours. Mais bon, le résultat est quand même qu'au bout du compte, les températures augmentent assez inexorablement. Et comme ça a été dit, sans action un peu énergique, une autre ampleur que celle qu'on fait jusqu'à présent, malheureusement, c'est voué à continuer. Et nous, météorologues, à voir les températures s'envoler année après année. C'est un peu désespérant. Est-ce que c'est une question d'éducation, selon vous, François Gourand ? Oui, certainement, certainement.
Et on a tous, on parle des gestes individuels. Il y a une éducation qui a ces gestes individuels, comme ça a été rappelé, à faire, à refaire ou à continuer à marteler. Et puis nous, en tant que Météo France aussi, on contribuait aussi peut-être en adaptant un petit peu notre vocabulaire par rapport, par exemple, aux canicules, aux épisodes de chaleur l'été, qui sont vraiment en train de devenir des événements menaçants.
Et donc, il faut présenter ça comme des problèmes à venir et ne pas se réjouir quand le soleil revient, parce que bien souvent, il s'accompagne de températures extrêmement chaudes, qui vont avoir des conséquences directes ou indirectes importantes pour nos activités, et même pour la santé, j'ai envie de dire. Donc, parler, par exemple, je pense aussi en termes d'éducation, quand on voit revenir à la pluie, ce n'est pas une dégradation pluvieuse, ce n'est pas une dégradation du temps, mais une amélioration du temps, finalement, puisqu'il faut voir que la pluie, elle est bénéfique, elle est nécessaire.
Alors, évidemment pas quand elle tombe trop fort en un seul coup et qu'il y a des inondations terries, mais dans bien des cas, elle est quand même tout à fait nécessaire après des longues périodes de sécheresse et de chaleur. Donc, on a aussi notre part à jouer en termes d'adopter le bon vocabulaire pour essayer de préparer les gens, enfin, de participer à notre manière, à une bonne éducation par rapport au temps tel qu'on le reçoit et qui n'est pas la manière dont on a été habitué. On a grandi, enfin, ce n'est pas de cette façon-là qu'on a grandi avec ces concepts-là dans la tête, quoi.
Justement, sur franceinter.fr, Charles nous écrit, beaucoup de gens parlent de la météo pour décrédibiliser l'urgence climatique. Vous avez vu, il fait froid cet été. Franchement, ça veut dire qu'il se trompe à Météo France. Et c'est un troll que vous avez souvent. C'est ce que vous nous avez raconté quand on a préparé l'émission. Comment croire ce que dit Météo France quand ils ne sont pas foutus de nous faire la météo sur 3 ou 4 jours ? Comment peuvent-ils prévoir le climat dans 30 ou 40 ans ?
Alors, déjà, la météo sur 3 ou 4 jours, en général, ça marche quand même très bien. Alors, évidemment, c'est comme toujours, on pointe les cas où c'est un peu plus délicat, où il y a forcément des erreurs dans les simulations. Mais quand même, globalement, on montre que nos prévisions à court terme sont généralement très fiables.
Mais plus sérieusement, sur les prévisions à plus long terme, ce ne sont pas du tout les mêmes modèles météo qui sont utilisés pour les prévisions à court terme qui tiennent compte vraiment de l'aspect chaotique de l'atmosphère, avec donc certains phénomènes qui sont par nature plus complexes à appréhender, avec en plus parfois des échelles extrêmement fines dans la prévision demandée. Donc ça, c'est par nature des phénomènes qui peuvent être plus compliqués à prévoir, même à très court terme. Un orage, par exemple, ça reste quelque chose de très compliqué à prévoir dans le détail, à l'heure près, à l'endroit près, même aujourd'hui.
Par contre, les modèles climatiques, ce n'est pas du tout basé sur les mêmes données, avec notamment le rôle des océans, qui ont des effets d'inertie sur des périodes beaucoup plus longues, des effets beaucoup plus sûrs également. Enfin, c'est d'autres mécanismes qui entrent en jeu. Et malheureusement, si je puis dire, ces modèles-là, sur lesquels s'appuient les rapports du GEC, ils sont globalement très bons depuis le début, puisque globalement, ils sont confirmés par l'effet année après année. Donc, c'est deux choses totalement différentes.
Donc, on ne pas confondre évidemment un court terme et long terme. Et puis, c'est peut-être François qui a trouvé la meilleure des définitions. pour les personnes qui pensent que 1,5 degré, ce n'est pas grand-chose. Demandez-leur comment ils se sentent quand ils ont 38,5 de fièvres. Le réchauffement climatique, c'est un peu comme une fièvre chez l'être humain. Je ne sais pas si on peut vraiment dire ça comme ça de votre vue scientifique, mais en tout cas, à 1,5 degré, on survit, mais on est quand même très malade. 4 ou 5 degrés, on meurt, Virginie Le Petit.
Je trouve que c'est une très, très bonne image, effectivement. La fièvre climatique, oui, oui. Parce qu'on l'a dit au début, c'est 1,5 degré, ce n'est pas réparti équitablement sur la planète. Les océans ne les absorbent pas de la même façon que les terres. Et ça dérègle tout. C'est vraiment quelque chose qui vient bouleverser le système. Donc, on ne mesure pas, je pense, encore toutes les conséquences, mais de toute façon, c'est trop.
On voit beaucoup de toits solaires, enfin de toits, oui, on peut appeler ça des toits solaires, l'énergie solaire, en tout cas, de cellules photovoltaïques sur les toits quand on se promène en France. Il y en a de plus en plus, en tout cas, ça c'est une certitude. Est-ce que c'est efficace ?
Alors, c'est efficace à un échelon très local et individuel pour faire chauffer son dos, pour répondre à certains des besoins. Alors, ça ne marche pas tout le temps, puisqu'il y a aussi cette question de l'intermittence. Quand il n'y a plus de soleil, ça arrête de fonctionner. Par contre, à une échelle plus grande, je ne suis pas sûr que ce soit forcément un modèle pertinent. En fait, ce qu'on a vu notamment, puisque là, on est en train de basculer sur la question des énergies renouvelables plus généralement, c'est que, historiquement, les énergies renouvelables se sont toujours ajoutées aux énergies fossiles.
C'est-à-dire que, dans l'histoire, il n'y a pas de moment où, en fait, le charbon, à l'échelle mondiale, décroît et on remplace ça par des panneaux solaires. Donc, si le principe, c'est de dire, on va réduire notre dépendance aux énergies fossiles et à l'échelle locale, on va faire des petits objets. Alors, on peut faire des méthaniseurs maison, maintenant, aussi, pour mettre son compost et avoir un peu de gaz tous les jours. On peut faire de l'hydrothermie et de la géothermie. Il y a tout un tas de choses qu'on peut faire à l'échelle d'une maison, d'une commune, d'un village ou d'un bassin de population. Mais, simplement, il ne faudrait pas que ça vienne s'ajouter.
Et on parlait des voitures électriques comme d'un nouveau besoin avec de nouvelles sources d'énergie. Il ne faudrait pas que ça s'ajoute, en fait, au mixte énergétique historique qui, lui, est totalement fait, quasiment à 80%, je crois, fait d'énergie fossile.
Sophie Zopa, sur cette question, justement, de l'énergie, puisque c'est votre spécialité.
Alors, non, ma spécialité, c'est vraiment la chimie de l'atmosphère et la physique du climat. Donc, je n'ai pas d'avis spécifique sur l'énergie, si ce n'est la nécessité de sortir rapidement des énergies fossiles. Vous l'évoquiez tout à l'heure, il y a également des co-bénéfices à sortir de ces énergies fossiles, et notamment en termes de qualité de l'air, puisque la plupart des utilisations de ces énergies fossiles, de cette combustion d'énergie fossile, émets aussi des oxydes d'azote, des particules qui sont toxiques. Et qui ont des conséquences extrêmement graves sur la santé et les écosystèmes.
Donc, il y a également des co-bénéfices qu'on a peu évoqués sur le fait de changer ces systèmes de production d'énergie et les process industriels de combustion également.
Alors, vous êtes également directrice de recherche au CEA, donc le commissariat à l'énergie atomique. Et la question de l'énergie nucléaire se pose et divise, y compris les écologistes, puisque c'est la seule qui aurait peu d'impact, en dehors de la question des déchets, évidemment, sur le réchauffement climatique.
Alors, oui, effectivement, sur le réchauffement climatique, l'énergie nucléaire est une bonne énergie. Après, comme vous le dites, il y a cette problématique des déchets et également de l'acceptabilité de cette forme d'énergie. Après, moi, je ne suis pas spécialiste des différentes formes d'énergie et je ne préfère pas me prononcer sur ce point ici. En plus, comme vous le dites, je travaille au CEA, donc je pense qu'il est préférable que ce soit plutôt vos autres interlocuteurs qui interviennent sur cette question.
Je vais leur poser la question. L'Ouest par Gilière, justement, c'est une énergie qui fait grincer les dents, mais est-ce que le nucléaire, pardon de poser cette question comme ça, mais est-ce que le nucléaire peut être considéré comme une énergie verte ?
Alors, c'est marrant que ce soit moi qui réponde et pas la scientifique. On voit bien là que les journalistes prennent généralement moins de précautions pour s'exprimer sur des sujets que des scientifiques. Non, la question du nucléaire, effectivement, elle divise vraiment, notamment dans les rangs des écologistes, comme vous l'avez dit. Il y a ceux qui disent que c'est une énergie quasiment totalement décarbonée et donc, si on veut maintenir notre niveau de vie ou un niveau de vie analogue sans les émissions de CO2, il n'y a pas photo, c'est la seule solution.
L'Allemagne, qui a voulu mettre fin au nucléaire, elle a dû compenser la fermeture des centrales nucléaires avec du charbon pendant très longtemps et elle n'en est pas tout à fait sortie encore. Donc, ça veut dire que dans cette transition qui a été assez brutale, puisque d'un coup, en fait, les Allemands ont dit stop, et bien, il a fallu des années où on a fait une zone tampon avec beaucoup de charbon. Donc, en fait, le nucléaire, c'est un débat impossible. Moi, je ne prétends pas du tout avoir la solution et d'envers, vous ne lierez jamais qu'il faut abandonner le nucléaire ou se tourner vers le nucléaire. Je pense que personne n'a toutes les clés.
Il y a des incidents nucléaires qui sont produits et qui peuvent annihiler une région entière. Et en même temps, c'est la promesse d'une énergie abondante et d'une technologie qu'on maîtrise plutôt bien en France. Donc, ça dépend si vous avez foi en la technique et en le savoir-faire français ou pas du tout.
Alors, on l'apprenait hier, un laboratoire américain a réalisé une avancée historique dans la fusion de l'atome. Justement, la fusion du nucléaire est considérée par ses défenseurs comme l'énergie de demain, parce qu'elle, elle produit peu de déchets contrairement à la fission de l'atome qui est utilisée en ce moment dans les centrales nucléaires. Donc, il y a peut-être là également une piste à suivre, Sophie. Virginie Lepetit, pardon.
La fusion, c'est un espoir et un sujet de recherche, y compris en France, depuis déjà plusieurs décennies. On n'y est pas encore, parce que je crois que ça a duré une microseconde. Enfin, c'était très très bref. Mais, pour les décisions à prendre dans l'immédiat, ça ne sera pas la solution. Et effectivement, si la question, c'est est-ce qu'on doit s'engager ou se réengager dans le nucléaire, c'est vraiment un débat public à avoir, parce que le nucléaire, comme les décisions qui sont prises actuellement sur les émissions de CO2, le nucléaire, ça engage un pays et ça engage l'humanité pour, en termes de production, 50 ans à peu près, ou 60 ans, ou 70 ans suivant la prolongation des centrales.
En termes de traitement des déchets, c'est des centaines de milliers d'années ou de stockage des déchets. Donc, ça veut dire qu'on hypothèque, en fait, l'avenir sur des centaines de milliers d'années. Je ne dis pas que ce n'est pas une décision à prendre. Simplement, ce n'est pas la même chose en termes d'engagement que de construire une éolienne. Donc, c'est des débats qui sont, à mon avis, de grands, grands débats politiques et publics. Mais c'est une solution immédiate pour réduire les émissions de CO2. Et ça, c'est sûr.
Sur franceinter.fr, ces messages qui continuent de nous arriver. Yvette nous dit « Bonjour, je me demande si les petits gestes, ce n'est pas du flan. Je circule en vélo, je mange peu de viande. J'estime faire ma part. Mais cet été catastrophique montre bien que nous n'allons pas sauver la planète. Alors, pourquoi continuer à parler de petits gestes alors que la planète brûle ? » Jocelyne nous dit « Arrêtez avec arrêtez de manger de la viande. Je viens d'une région de moyenne montagne, l'Aveyron, où pour des raisons de climat, de géographie, il n'est possible de faire autre chose que de l'élevage. Quid du devenir des paysans ? Jamais personne n'en parle. » Et puis, ce message d'Adrien.
« Bonjour. Le mouvement Climat estime que signer des pétitions au marché pour le climat ne suffit plus. Les rapports du GIEC ne sont pas pris à bras-le-corps par les gouvernements. Le recours à la désobéissance civile non violente n'est-il pas désormais légitime ? »
Vaste question, très vaste question qui divise encore une fois le mouvement écologiste. Il y a ceux qui considèrent que, historiquement, les nouveaux droits ont toujours été conquis par la non-violence. Et il y a ceux qui disent que même dans le mouvement des droits civiques aux États-Unis, il y avait une part de violence. Il y a eu des destructions de commissariats, de choses comme ça. Il y a un chercheur suédois qui s'appelle Andreas Malm, qu'on a interviewé dans Vert, et qui pose cette question.
Lui, justement, il analyse l'histoire des mouvements sociaux en révélant à chaque fois la part de violence qu'il y a eu et qui a toujours fini d'une certaine manière par contraindre à une réaction politique qui ne veut pas forcément dire une conquête. Et lui, il a écrit un bouquin qui s'appelle « Comment saboter un pipeline ?
» Alors, il ne dit pas comment le faire, mais il dit que, par exemple, le mouvement écologiste pourrait décider de diriger la violence, évidemment pas contre les personnes, puisque c'est absolument pas souhaitable, et puis il n'y a aucun exemple historique où ça a fini par fonctionner, mais contre des objets et contre les pipelines, parce que quel objet plus bête, plus aveuglément, comment dire, absurde qu'un pipeline qui traverse des milliers et des milliers de kilomètres, qui permet à du pétrole d'être acheminé et d'irriguer la planète entière et qui sont des zones généralement un peu militarisées, etc. Et donc, il explique que ça pourrait être une des actions.
Sophie, décidément, Virginie Le Petit, dans le Courrier international, il n'est pas question de violence, mais au contraire, d'espérance.
Il est question d'espérance, c'est l'article qui ouvre le numéro, l'Atlas, et sur la dernière partie, on parle aussi d'adaptation et d'action. Et dans les adaptations, du coup, j'aimerais rebondir sur la remarque sur les agriculteurs et les éleveurs, dans les adaptations, il y a les adaptations nécessaires aussi de l'agriculture, parce que, effectivement, les agriculteurs sont des acteurs du climat, mais ils vont aussi être dans les premiers, ils sont en première ligne dans les effets, ils vont les subir de plein fouet.
Et donc, on a aussi voulu faire un focus sur l'Inde, loin de nous, où on adapte les cultures et on se met à cultiver de la lavande, qui résiste beaucoup mieux à la chaleur, mais aussi sur la France, où on va aussi être probablement amené à changer les cépages de tous les vignobles, parce qu'ils ne résisteront pas. Alors ça, ce sont deux exemples qui peuvent paraître anecdotiques, ça va toucher le quotidien en réalité de nombreux agriculteurs. Et sur l'élevage, la question qui va se poser, c'est est-ce que les bêtes pourront résister ? Enfin, je veux dire, sans parler de consommer ou pas de la viande, est-ce que le cheptel pourra résister au climat tel qu'il sera ?
C'est une autre question, ça.
L'urgence climatique au menu du débat de midi aujourd'hui. On attend toujours vos réactions, vos commentaires sur le site ou sur l'appli. Vous êtes bien sur France Inter et nous sommes ensemble jusqu'à 13h.
If you get blown off for soon Filling in the parts of your life that have disappeared Mercating In the dark It shows up Polaris,
une chanson signée d'Amon Albar et toute la programmation musicale est à retrouver sur le site de l'émission Thomas Chauvino Le débat de midi Quatre invités pour parler de l'urgence climatique aujourd'hui Virginie Lepetit rédactrice en chef adjointe de Courrier International Lou Espargillière qui est journaliste pour le Média en ligne Vert Sophie Zoppa qui est co-autrice du dernier rapport du GIEC et François Gourand ingénieur prévisionniste à Météo France et puis ces messages qui continuent de nous arriver Mathilde nous dit quand allez-vous parler de la responsabilité des salariés les dirigeants ne sont pas les seuls à pouvoir orienter les entreprises qui sont les principales responsables devenir citoyens dans son entreprise est la clé de la réussite de la transition écologique la loi climat a d'ailleurs modifié le code du travail pour permettre aux représentants du personnel de se saisir de ces questions et puis Christophe qui nous dit le rôle du citoyen est de montrer par ses achats et ses comportements qu'il agit à son niveau c'est aussi de le montrer à nos hommes et femmes politiques qui verront ainsi que la majorité des citoyens les attendent pour enfin déclencher les actions au niveau structurel de l'Etat si on regarde un petit peu les prévisions qui sont faites François Gourand on découvre que par exemple en 2100 l'été pourrait durer 6 mois dans l'hémisphère nord 6 mois d'été
oui alors effectivement sans action un peu vigoureuse de lutte de réduction des émissions de gaz à effet de serre en effet on pourra avoir des températures enfin ce qu'on appellera ce qu'on appelle aujourd'hui l'été c'est à dire en fait un climat juste beaucoup plus chaud effectivement pourra occuper la moitié de l'année par endroit nous on parle à Météo France dans des scénarios pessimistes de vagues de chaleur donc c'est vraiment les parties les plus chaudes de l'été qui pourraient durer quasiment 3 mois donc 3 mois de canicule presque envisageable à la fin du siècle donc on comprend bien déjà au bout de quelques jours c'est déjà insupportable avec des conséquences importantes sur la santé que 3 mois on n'est pas du tout prêt pour ça donc on voit bien qu'en tout cas ce que les simulations nous montent c'est qu'il faut absolument tout faire pour éviter de se retrouver dans ces circonstances-là et donc de réduire rapidement et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre mais finalement oui on peut dire l'été dure 6 mois et éventuellement disparition de l'hiver aussi avec la neige notamment en moyenne montagne et la disparition des gelées en pleine avec tous les problèmes que ça pose notamment dans l'agriculture ça aura si on va vers cela de manière forte des conséquences incalculables et catastrophiques
Sophie Zopa ce que vous nous avez dit quand on a préparé l'émission c'est que c'est finalement assez inédit dans l'histoire de l'humanité d'être capable de se projeter ainsi dans les périls futurs
oui alors je pense qu'il y a déjà des précédents sur des problématiques environnementales et notamment le trou dans la couche d'ozone qui avait pu être mesuré on avait anticipé l'impact des composés des composés halogénés et ça a permis du coup de changer ces process industriels c'était plus simple puisqu'il y avait moins de process qui étaient impliqués alors qu'aujourd'hui nos émissions elles sont liées à l'ensemble des aspects de nos modes de vie depuis la mobilité le chauffage l'accès à l'énergie donc c'est beaucoup plus difficile à réformer en France en particulier où on a quand même une grande partie d'énergie qui est peu carbonée et où du coup il faut s'attaquer par exemple au transport on voit que c'est extrêmement complexe puisqu'il faut changer des habitudes qui ont été acquises donc complexe
mais pas impossible
complexe mais pas impossible surtout en regard des enjeux vous parliez tout à l'heure d'éducation il y a l'éducation bien évidemment aux gestes qui vont permettre de changer la donne on a dit il y a des changements systémiques qui sont indispensables mais il y a également besoin d'éducation en termes d'adaptation à ces changements puisqu'on subit déjà dans toutes les régions du monde les conséquences de ces changements climatiques et on a pu le voir sur les événements récents en Allemagne
les inondations catastrophiques en Allemagne et en Belgique
les inondations catastrophiques en Allemagne et en Belgique et en partie en France et aussi bien que les vagues de chaleur aux Etats-Unis il y a besoin d'adaptation dans tous les secteurs votre intervenante soulignait par exemple l'agriculture on a une augmentation des sécheresses agricoles parce qu'on a plus d'évaporation donc il est absolument nécessaire d'éduquer les gens et d'éduquer dans tous les domaines voilà ça n'est pas qu'un problème qui appartient aux scientifiques aujourd'hui les citoyens doivent être éduqués autour de ça les industriels aussi parce que lorsqu'ils font des investissements d'installation d'industrie en tel ou tel endroit quand les conditions autour changent les process peuvent non plus être possibles donc il y a vraiment besoin que tout le monde s'approprie ces sujets et il y a une responsabilité aussi des médias dans cette appropriation puisqu'on a vu que la couverture de la sortie de ce rapport ça a duré une journée ces trois mois ces trois ans pardon de travail où on analyse des dizaines de milliers de publications et puis finalement on va retenir une petite phrase un petit truc catastrophiste mais en réalité il y a vraiment besoin d'expliquer comment nous scientifiques travaillons qu'est-ce qu'on voit en termes de conséquences qu'est-ce qu'on peut faire pour que ça n'arrêche pas et voilà rien n'est joué il faut continuer à faire des efforts et les efforts vont devoir être croissants pour vraiment éviter des conséquences dramatiques
alors ce qu'on lit dans le courrier international et ce qui m'a d'ailleurs surpris c'est qu'en 2020 les reportages sur le changement climatique ne représentaient aux Etats-Unis que 0,4% des informations diffusées or on a l'impression d'être saturé de ces infos les incendies en Grèce en Algérie au Maroc les inondations en Belgique on vient d'en parler en Allemagne Belgique la plus grave catastrophe que le pays ait jamais connue comment on explique cette distorsion
déjà 2020 aux Etats-Unis ça a quand même été une année extrêmement chargée au niveau politique donc ça explique aussi sans doute la faible couverture des médias sur le changement climatique nous en Europe effectivement on a couvert ça mais je pense que malgré tout comme ce sont des informations extrêmement anxiogènes les gens ont l'impression de saturer aussi beaucoup plus vite on retient beaucoup plus ces informations-là et on n'a pas forcément envie de les entendre aussi il y a cette idée qu'on vous annonce la fin du monde bon vous avez quand même plutôt envie de couper le son que d'écouter tout ce qui va suivre mais il faut continuer et il faut effectivement peut-être informer sur des choses plus concrètes
comme on a essayé de le faire aujourd'hui merci à tous les quatre d'avoir été en direct avec nous aujourd'hui dans le débat de midi c'est fini pour aujourd'hui mais on se retrouve demain pour parler psychanalyse et divan écran et divan est-ce que l'écran peut remplacer le divan on attend déjà vos commentaires et vos réactions sur le site ou sur l'appli de France Inter et vos réactions