3 morts américains : le point de bascule ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir. A.Levallois, vous êtes spécialiste du Moyen-Orient et présidente de l'Iremmo.
Je rappelle votre livre. Bonsoir à vous. P.Allémonière est là.
Vous êtes grand reporter. Vous êtes allée plusieurs fois en Iran. Vous avez rencontré M.Ahmadinejad, l'ancien président lors de sa 2e présidence.
Je rappelle votre livre. Bienvenue à tous les 4. 2 soldats américains tués en Jordanie ce week-end, un porté disparu et un 3e mort en Irak.
Trump a toujours prévenu que la mort d'Américains pouvait créer un point de bascule. On y est? - Gal F.Chauvancy: Pas forcément.
Je voudrais voir l'impact qu'ont ces morts aux Etats-Unis. C'est ça, le problème. C'est une guerre qui dure depuis des semaines, sinon des mois.
Ne pas avoir des morts, c'est extraordinaire, pour être un peu cynique. D.Trump a eu beaucoup de chance, dans la mesure où...
On est à 16 morts américains, peut-être 17 aujourd'hui. Sur tant de jours de guerre, l'armée américaine s'en tire très bien, et surtout D.Trump s'en tire bien.
Il n'a pas à justifier de la perte de soldats à un nombre inconsidéré. C'est l'impact de l'opinion publique américaine qui peut impacter ou pas. Est-ce qu'elle va réagir?
Les Iraniens ne font pas tout à fait ce qu'il faut pour que ça se calme. Peut-être que cette opinion publique américaine, même si elle est contre la guerre, elle dira qu'il faut y aller. - S.Brakhlia: Ca fait 5 mois de guerre, 17 militaires américains morts, plus de 400 blessés.
Le bilan est lourd pour les Américains. On est face à l'Iran. - G.Fenwick: Si vous voulez mesurer l'acceptabilité du bilan, il faut la mettre au regard de l'acceptabilité du conflit lui-même, qui est une guerre de choix et non pas de nécessité et qui, en l'espace de 6 mois, a réussi à devenir aussi impopulaire que la guerre au Vietnam en 6 ans.
La phrase qui ressort beaucoup, c'est celle prononcée par le président de l'époque à la guerre du Vietnam, qui dit à la presse qu'il avait le sentiment d'être comme un auto-stoppeur au bord de l'autoroute en pleine tempête de grêle. "Je ne peux pas courir, pas me cacher, mais je ne sais pas comment mettre fin au déluge." On a l'impression d'un président américain dans une ornière et qui n'a que des mauvaises options devant lui.
C'est l'intensification d'un conflit très loin des frontières, que les Américains ne comprennent pas et dont ils ne veulent pas très majoritairement. Un sondage est sorti et révèle que seulement 30 % de la population approuve. C'est la guerre la plus impopulaire depuis que ce genre de sondage est effectué.
Soit il sort de là, jette l'éponge sans le verbaliser, parce que D.Trump n'est pas du genre à reconnaître une défaite, ou alors, un conflit de basse intensité avec des éruptions occasionnelles, comme celles qu'on s'apprête à commenter ensemble et qui va à nouveau embourber les Etats-Unis. D.Trump avait promis d'éviter un nouveau conflit proche et moyen-oriental dans lequel les Américains s'enlisent. - S.Brakhlia: Une guerre qui pourrait continuer malgré un protocole d'accord.
Le président iranien a assuré que son pays allait infliger des leçons inoubliables aux Etats-Unis. Il n'a pas intérêt à ce que ça s'arrête. - A.Levallois: Toute la question est de savoir ce que cherchent les uns et les autres.
Trump veut se sortir de ce bourbier. Il ne sait pas comment le faire. Les Iraniens ne l'aident en rien à trouver une porte de sortie.
Ce qui se passe actuellement est la démonstration de cet accord qui a été signé, un accord où rien n'avait été négocié. On s'interrogeait déjà sur ce plateau sur la viabilité de cet accord lorsqu'il a été signé, tant les points importants n'avaient pas été abordés. Chacun l'interprétait à sa façon.
Nous sommes dans cette séquence. Les Iraniens, sachant très bien dans quel état se trouve Trump, voulant arrêter mais ne sachant pas comment s'en sortir, exercent une pression. On dit beaucoup que les Iraniens sont forts parce qu'ils arrivent à tenir tête.
Mais c'est quand même un régime très affaibli. Même si c'est les Gardiens de la révolution qui prennent les décisions. C'est un régime affaibli, un pays extrêmement affaibli par ce conflit, par des années de sanctions sur l'économie.
On a un pays qui a un pouvoir qui essaie de capitaliser le plus possible pour s'en sortir et pour essayer de sauver la face et se maintenir au pouvoir. L'obsession numéro 1 des Gardiens de la révolution, c'est comment se maintenir au pouvoir coûte que coûte, quitte à abandonner certains aspects sur la vie au quotidien des Iraniens. On est vraiment dans cette logique.
Chacun joue sur le temps. Les Américains pensent qu'ils vont finir par affaiblir l'Iran en continuant à bombarder et qu'ils vont obtenir le résultat qu'ils souhaitent. Les Iraniens se disent que Trump n'a pas de temps puisqu'il y a des élections de mi-mandat prochainement.
Ils pensent que c'est lui qui va arrêter le premier. On est dans une guerre des nerfs. Chacun se dit qu'avec le temps, il va gagner.
Je pense qu'il n'y a rien que des perdants dans ce genre de situation. - S.Brakhlia: Les Américains ont trop sous-estimé les Iraniens ou est-ce que nous, le monde entier, a surestimé l'armée américaine? - P.Allémonière: Un peu des 2.
On a surestimé l'armée américaine, surtout une fois qu'on a découvert que dans l'opération avec les Israéliens, il y avait eu une décapitation du régime. Après, on a sous-estimé la capacité de résilience et la capacité militaire des Iraniens à reconstituer leurs stocks, leurs armes. Il y a aussi le soutien au niveau de leur industrie, de la Chine.
On se retrouve devant 2 protagonistes. L'un veut faire plier l'autre par la force et pense qu'avec quelques jours en plus, quelques semaines en plus, il arrivera à faire plier le régime iranien. Il compte là-dessus en ne mettant pas d'hommes au sol.
Voir arriver des cercueils massivement aux Etats-Unis...
Il peut en supporter 16 ou 17. Mais on n'en est pas aux 4000 morts de la guerre en Irak ou aux 2000 et quelques... - S.Brakhlia: C'est pour ça que le général dit qu'il s'en sort plutôt bien. - P.Allémonière: Les Iraniens, de leur côté, espèrent, et je pense qu'ils se trompent, que D.Trump, pressé par le temps et par les élections qui s'approchent, va vouloir arrêter ou signer n'importe quoi.
On est dans 2 rapports de 2 protagonistes qui veulent faire plier le camp d'en face en espérant sur le temps. Mais à l'intérieur de ces 2 protagonistes, on a des fractures très profondes. On va y revenir, je pense. - S.Brakhlia: Ce qui est étrange, c'est que les négociations continuent.
Il y a des bombardements et ça continue de négocier. - G.Fenwick: Ce n'est pas si étonnant.
Un cessez-le-feu est une modalité de la guerre. Le cessez-le-feu est une sorte de pause tactique pendant laquelle les belligérants se réarment, reprennent leur souffle et préparent le retour à une phase de basse, moyenne, voire haute intensité, potentiellement. Par ailleurs, et ça a souvent été dit, à tel point que c'est presque un cliché, la guerre est l'extension du domaine de la politique.
C'est notre manière de dialoguer, par les armes, en l'occurrence, et de manière très macabre. Mais ce n'est pas si étonnant que ça. Il est clair que si on parle de bourbier, c'est parce que les 2 belligérants ont fait sortir de la cage cet animal sauvage très difficile à dompter qu'est la guerre.