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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 25 octobre 2019 8 minComplaisantActualité / polémiqueSantéÉconomie & entreprisesTravail & emploi

Frédéric Valletoux : "Ce n'est pas l'hôpital en soi qui est malade, c'est tout le système de santé"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 10 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:28OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous allez lui demander à la ministre de la Santé ?

  • 1:54OuverteRéponse directe

    Il faut gérer l'urgence de la crise actuelle à l'hôpital ?

  • 2:29RelanceRéponse directe

    Mais pourtant, le budget va augmenter, non ?

  • 3:13FerméeRéponse directe

    Vous voulez combien ?

  • 3:49OuverteRéponse directe

    Ce serait pour faire quoi exactement ?

  • 5:22OuverteRéponse directe

    Est-ce que les hôpitaux ont de quoi éponger un peu cette dette ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:28Invité politiqueChiffre
    « 10 milliards d'euros en 15 ans, c'est énorme »
  • 1:31Invité politiqueChiffre
    « sur des budgets qui sont aujourd'hui à un peu plus de 70 milliards d'euros »
  • 2:26Invité politiqueChiffre
    « 800 millions d'euros d'économies demandées aux hôpitaux en 2020 »
  • 2:30Invité politiqueChiffre
    « le budget, il augmente de 2,1% »
  • 2:35Invité politiqueChiffre
    « table sur des charges qui, elles, vont augmenter de 3,5% »
  • 3:27Invité politiqueChiffre
    « remonter ces dépenses de santé à 2,4 milliards, c'est 250 millions d'euros en plus »
  • 5:36Invité politiqueChiffre
    « La dette, elle est un peu moins de 30 milliards d'euros »
  • 6:34Invité politiqueChiffre
    « elles sont entre 20 et 30% des dépenses de santé »

Temps de parole

  • Frédéric Valletoux83 %
  • Présentateur16 %

2,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, cela fait des mois que les hôpitaux sont en ébullition. C'est parti des urgences avec une grève déclenchée au printemps, mais le malaise et la contestation ont maintenant gagné l'ensemble des personnels. C'est tout l'hôpital qui est en crise. Bonjour Frédéric Valtoux. Bonjour. Vous êtes le président de la Fédération Hospitalière de France, vous êtes aussi maire de Fontainebleau. On est à un moment important pour les hôpitaux en ce moment, puisque les députés examinent le projet de finances de la sécurité sociale pour l'an prochain. Et vous, dans quelques heures, vous serez dans le bureau d'Agnès Buzyn, la ministre de la Santé. Qu'est-ce que vous allez lui demander ?

0:31
Frédéric Valletoux

Je vais lui demander de mettre en accord, j'allais dire, ce qui sont les intentions du gouvernement, avec les faits. C'est-à-dire ce discours assez fort qu'elle tient depuis le début. Elle l'a encore dit il y a quelques jours, c'est un trésor national, l'hôpital, c'est son expression. Le président de la République a fait un discours assez fort aussi sur le système de santé en général il y a un an, avec des objectifs qui étaient clairs. Et en fait, qu'est-ce qu'on voit ?

Et le projet de loi de financement de la sécurité sociale, qui est en discussion en ce moment à l'Assemblée nationale, le montre, on est toujours dans la même mécanique d'une pression très forte sur l'hôpital, pour toujours faire plus d'économies, et donc dans des logiques qui finissent par épuiser, non seulement les hospitaliers, mais qui finissent par épuiser l'hôpital lui-même en tant qu'institution.

C'est-à-dire que ça fait des années que les hospitaliers font des économies, pour donner un chiffre et pour ne pas assommer les gens de chiffres, 10 milliards d'euros en 15 ans, c'est énorme, sur des budgets qui sont aujourd'hui à un peu plus de 70 milliards d'euros, donc on voit l'effort qui a été fait par les hospitaliers. Mais néanmoins, la contrepartie, ça devait être des réformes de structure, parce que le problème c'est que ce n'est pas l'hôpital en soi qui est malade, c'est le système de santé, et pèse sur l'hôpital les dysfonctionnements du système de santé.

C'est bien parce qu'il y a une crise de la médecine de ville, qu'aujourd'hui les gens sont aussi nombreux à aller dans les services d'urgence.

1:54
Présentateur

Donc ce qu'il faut faire, c'est avoir un double chemin, le très long terme, et revoir tout le fonctionnement du système de santé français, mais d'abord, l'autre chemin, c'est gérer l'urgence de la crise actuelle à l'hôpital, c'est ça ?

2:04
Frédéric Valletoux

Il faut préserver l'hôpital, c'est-à-dire qu'il faut effectivement, aujourd'hui, plutôt que de l'asphyxier, redonner de l'oxygène à l'hôpital. Et redonner de l'oxygène, oui, ça peut être effectivement préserver au moins l'attention budgétaire, l'accompagnement budgétaire, là, à très court terme. Donc là, on discute de la loi de finances pour 2020, et donc c'est encore une demande, si on s'en tient aux textes tels qu'ils sont aujourd'hui, de 800 millions d'euros d'économies demandées aux hôpitaux en 2020.

2:29
Présentateur

Mais pourtant, le budget va augmenter, non ?

2:30
Frédéric Valletoux

Mais le budget, il augmente de 2,1%, Mais quand vous avez le même gouvernement, table sur des charges qui, elles, vont augmenter de 3,5%. Donc effectivement, il augmente facialement, mais les charges, elles, elles vont continuer à augmenter. Les charges, c'est l'activité, c'est les salaires, etc. Donc si vous voulez, c'est ce décalage entre 3,5% d'augmentation des dépenses et 2,1% d'augmentation des recettes, qui fait qu'il y a économie à faire encore. Et donc on est toujours dans la même seringue, la même mécanique, qui épuise le système. Et à un moment où les réformes de structure à côté ne sont pas toujours pas lancées.

Et donc c'est cet entre-deux qui aujourd'hui existe et qui fait que la situation, elle est plus que tendue à l'hôpital. On est en train d'asphyxier vraiment. Et c'est dramatique.

3:13
Présentateur

Donc concrètement, vous allez dire à la ministre, les mots c'est bien, mais maintenant, il faudrait quand même un peu de sous. Vous voulez combien ?

3:18
Frédéric Valletoux

Les mots c'est bien. On voudrait déjà au moins un geste qu'elle remonte, ce qu'on appelle l'ondame, c'est-à-dire les dépenses de santé à 2,4%, je disais 2,1%, 2,4%. Vous voyez, on n'est pas d'une gourmandise énorme. Mais à la rigueur, c'est plus le signal qui est donné aujourd'hui. On sait bien que les finances publiques sont contraintes et on ne va pas s'attendre du jour au lendemain à ce que les milliards tombent sur la tête de l'hôpital. Ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est quand même de desserrer un peu les taux, ça c'est clair. Donc de remonter ces dépenses de santé à 2,4 milliards, c'est 250 millions d'euros en plus. Ce serait pour faire quoi exactement ?

Pour augmenter les salaires, pour acheter des machines, pour acheter du matériel ? Oui, c'est pour faire cesser la pression à l'emploi. Parce qu'aujourd'hui, dans les hôpitaux, très concrètement, on bascule beaucoup sur du CDD parce qu'on n'a pas de visibilité sur la gestion à long terme. Et donc, c'est la pression à l'emploi, des postes qu'on ne remplace pas, etc. Donc on épuise les soignants. C'est pour pouvoir aussi, et ça c'est une autre demande, relancer aussi un plan sur l'attractivité des salaires. Il y a aujourd'hui dans le système de santé des écarts de rémunération, aussi bien chez les médecins que chez les personnels soignants.

Vous prenez le salaire d'une infirmière dans un établissement privé, dans un établissement public. Vous prenez le salaire d'un médecin à la spécialité équivalente, un radiologue dans le privé, un radiologue dans le public. Il y a des écarts de salaires qui sont aujourd'hui intenables. Et le public a énormément de mal à faire face parce que les salaires sont encadrés dans le public et ils sont libres dans le privé.

Et quand le même spécialiste gagne trois fois plus, parfois de l'autre côté de la rue, parce que la clinique s'est installée en face de l'hôpital, si vous voulez, c'est des tensions internes au système de santé qui font qu'à un moment où il y a de moins en moins de médecins globalement, la tentation d'aller plutôt là où il y a moins de contraintes et plus de rémunération, elle est facile. Et donc aujourd'hui, ça fait partie des sujets qu'on veut mettre sur la table, la question des écarts de rémunération. Est-ce qu'en France, on peut, dans un système de santé qui est financé par l'assurance maladie, se permettre d'avoir de tels écarts et autoriser de tels écarts de rémunération ?

C'est un des autres sujets de fonds qu'il faut aujourd'hui urgentement aborder.

5:22
Présentateur

Et dans les autres sujets de fonds, il y a la dette aussi. Est-ce que les hôpitaux ont de quoi éponger un peu cette dette ?

5:29
Frédéric Valletoux

La dette, elle est supportable. Le budget des hôpitaux, je l'ai dit, c'est plus de 70 milliards d'euros. La dette, elle est un peu moins de 30 milliards d'euros. On n'est pas sur un surendettement de l'hôpital. La dette, elle est liée à quoi ? Elle est liée au fait que, au début des années 2000, il y a eu des plans hospitaliers sur l'investissement qui ont fait que les hôpitaux, pour certains d'entre eux, ont beaucoup investi puisqu'ils investissent pour s'équiper, ils n'investissent pas pour payer les salaires. Donc, la dette, elle ressort de ça.

Mais aujourd'hui, je parlais des réformes de fonds et si on parle de budget, il y en a une qui est urgente, c'est la régulation des dépenses de santé, c'est-à-dire la chasse à ces 30% de dépenses qui sont des dépenses dont on sait qu'elles sont inutiles. Il y en a à l'hôpital ? Il y en a à l'hôpital et il y en a partout. Et nous, on est prêts à être mieux régulés. C'est dans certains établissements des opérations de confort, des examens que l'on refait. C'est toutes ces dépenses qui sont redondantes et qui, au final, les experts disent, elles sont entre 20 et 30% des dépenses de santé.

6:36
Présentateur

C'est quoi une opération de confort ?

6:38
Frédéric Valletoux

Les opérations de confort, c'est des opérations qu'on vous prescrit alors que peut-être vous n'en avez pas complètement besoin. Dans une médecine à l'acte, qui est rémunérée à l'acte, quand vous êtes le énième spécialiste dans une ville et que votre rémunération dépend des actes que vous prescrivez, peut-être que vous avez un peu la main lâche et que vous êtes amené à prescrire plus que de besoins.

6:58
Présentateur

On en est déjà à 7 mois de grève aux urgences. Le prochain rendez-vous, c'est le 14 novembre. C'est une grosse manifestation. C'est votre dernière carte à jouer pour mettre la pression sur le gouvernement ?

7:07
Frédéric Valletoux

Je ne mets pas la pression sur le gouvernement. Moi, je n'ai aucun intérêt à ce que le système ne fonctionne pas. Et donc, voir ce conflit social, s'enraciner à l'hôpital, ce n'est pas positif. Et je préférais qu'on amène des réponses plutôt que de voir quelque chose qui est en train, effectivement, de s'implanter, de s'incruster à l'hôpital, de s'enraciner à l'hôpital. Et c'est néfaste pour le bon fonctionnement du système de santé.

7:31
Présentateur

Et des réponses. Vous en aurez peut-être tout à l'heure. J'espère. Avec la ministre que vous allez voir, Frédéric Valtoux. Vous êtes le président de la Fédération hospitalière de France et vous étiez l'invité du 5-7. Merci.

7:41
Locuteur

Merci. Merci. Merci.