Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Culture — Sens politique· 11 décembre 2021 41 min

Ian Brossat : "La primaire à gauche, ce serait faire participer des gens aux convictions différentes"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:15
Présentateur

Bonjour, je suis ravi de vous retrouver pour Politique. Nous sommes à un peu moins de 4 mois maintenant du premier tour de la présidentielle. Dans un instant, nous serons rejoints, comme chaque samedi, par l'historien Nicolas Rousselier et par Nora Amadi, productrice de l'émission Sous les radars. Notre invité aujourd'hui est le directeur de campagne du candidat communiste Fabien Roussel à la présidentielle, l'élu parisien Yann Brossat. Bonjour. Bonjour. Nous sommes ensemble jusqu'à 13h30. On a donc du temps pour ensemble évoquer cette présidentielle et surtout la situation à gauche.

La semaine a été marquée par cette proposition de la candidate socialiste Anne Hidalgo d'organiser une primaire à gauche pour désigner un candidat unique. À ce stade, on est le samedi 11 décembre. Pour le Parti communiste français, c'est une fin de non recevoir ?

1:14
Ian Brossat

Je ne dirais pas que c'est une fin de non recevoir. Ce serait désagréable comme expression. Je ne partage pas le diagnostic d'Anne Hidalgo sur la situation de la gauche. Je ne pense pas que le principal problème de la gauche aujourd'hui, ce soit sa division ou sa dispersion. Je pense que le problème principal de la gauche, c'est qu'elle ne parle plus aux classes populaires. Et ce que nous essayons de faire justement avec Fabien Roussel, c'est de parler aux ouvriers, aux employés, à ces catégories sociales qui ont longtemps voté à gauche et qui s'en sont détournées ces dernières années.

Je pense que le problème que la gauche a à régler est en réalité beaucoup plus profond que ce que certains s'imaginent. Et on ne le réglera pas avec un artefact ou avec une espèce de formule magique. La primaire ne règle pas tout. Le problème de la gauche, c'est un problème de fond.

2:00
Présentateur

Vous connaissez bien Anne Hidalgo puisque vous êtes son adjoint à la mairie de Paris. Pourquoi fait-elle ça aujourd'hui, à ce moment-là de la campagne ?

2:07
Ian Brossat

Vous savez, Anne Hidalgo, c'est quelqu'un que je respecte. Et donc, je pars du principe qu'elle est sincère. Et donc, elle pense sans doute, et elle a le droit sincèrement, que la primaire est une issue qui permettrait de régler le problème. Ce que je dis, moi, c'est que notre diagnostic à nous, avec Fabien Roussel, n'est pas le même. Et comme on n'a pas le même diagnostic, on n'a pas le même remède. Et donc, je pense vraiment que le sujet, c'est comment la gauche reparle aux classes populaires. Vous savez, quand on regarde quand même l'évolution de ces dix dernières années, lorsque François Hollande est élu, la gauche, elle représente en gros 40% de l'électorat.

Lorsque François Hollande quitte l'Elysée, la gauche, elle fait 27% de l'électorat. Et quand on regarde les sondages pour cette élection-ci, la gauche, c'est moins d'un électeur sur quatre. 25% à peu près, si on additionne toutes les candidatures. Donc, le problème de la gauche, ce n'est pas sa division, c'est sa trahison. C'est le fait que, pour beaucoup, la gauche a trahi les catégories populaires lorsqu'elle était aux responsabilités, parce qu'elle n'a pas changé la vie de ceux auxquels elle doit prioritairement s'adresser. Donc, c'est un sujet de, comment dire, de fond, un sujet de scénario, pas un sujet de casting.

Or, la primaire, elle règle un problème de casting, pas un problème de scénario.

3:27
Présentateur

Alors, sauf que vous dites, le problème, ce n'est pas la division de la gauche. Vous parliez des sondages, évidemment, on les examine avec prudence, mais vous comme moi, on les regarde. À gauche, pour l'instant, aucun candidat ne dépasse les 8 ou 9% avec Jean-Luc Mélenchon plutôt en haut de cette fourchette. Le ticket d'entrée pour le deuxième tour, si on regarde bien, ça va se situer autour de 20% des votes, à peu près, ou un peu plus. Donc, s'il n'y a pas d'union, aujourd'hui, en tout cas, la gauche n'est pas au deuxième tour. C'est impossible.

3:58
Ian Brossat

Le sujet, ce n'est pas seulement d'être au deuxième tour. Un peu quand même. Le sujet, c'est surtout de le gagner. Or, aujourd'hui, d'abord, si la gauche se mettait d'accord sur un candidat unique. D'abord, bon courage, parce que Jean-Luc Mélenchon, par exemple, dit lui aussi qu'il irait quoi qu'il arrive. Donc, déjà, il faudrait se mettre d'accord sur un candidat unique. Même si nous avions un candidat unique, nous n'aurions pas la garantie d'être au deuxième tour. Et même si nous étions au deuxième tour, face à Macron ou face à un candidat de droite, la gauche perdrait. C'est ça, la réalité.

Donc, c'est la raison pour laquelle je vous dis que le problème est beaucoup plus sérieux que celui qu'on avance. Nous avons perdu la bataille culturelle. Il faut avoir l'honnêteté de le dire. Ça fait maintenant des années que la droite et que l'extrême droite ont engagé cette bataille et sont plus efficaces que nous. Et moi, ce que je souhaite faire avec Fabien Roussel, c'est travailler cette bataille idéologique-là à nouveau. Reposer la question de la répartition capital-travail. Remettre sur le devant de la table la question des salaires qui est aujourd'hui trop absente. Donc, on a cette bataille à mener.

5:06
Présentateur

J'entends ce que vous dites, mais à ce stade, en tout cas, personne n'est capable de se qualifier pour le deuxième tour. Donc, on aura un deuxième tour, sans doute, Emmanuel Macron, je ne sais pas, face à Valérie Pécresse ou face à une Marine Le Pen et personne de gauche.

5:18
Ian Brossat

De fait, c'est le scénario qui se dessine. Et je ne pense pas que la primaire changerait fondamentalement ce scénario. Après, il arrive que les campagnes électorales permettent de changer la donne. Et moi, je suis convaincu que ce que porte Fabien Roussel, cette gauche du travail, cette gauche claire sur la question des valeurs de la République, elle a de l'avenir dans notre pays.

5:39
Présentateur

Pour l'instant, il est crédité d'environ 2% des voix, selon les enquêtes.

5:44
Ian Brossat

C'est vrai. C'est très bas. Et le fait que nous ayons été absents des deux dernières élections présidentielles, le fait que pour beaucoup, le Parti communiste soit sorti des radars, contribue à la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui incontestablement. Beaucoup de gens, d'ailleurs, des jeunes, n'ont jamais connu de candidat communiste à l'élection présidentielle.

6:04
Présentateur

La dernière fois, c'était Marie-Georges Buffet en 2007. C'est vrai. Moins 1,97% de voix.

6:08
Ian Brossat

Je me souviens, je faisais sa campagne à l'époque et ça avait été un résultat douloureux, simplement. Moi, ce que je vois, c'est qu'aujourd'hui, il y a besoin de redonner une colonne vertébrale à la gauche, d'associer à nouveau la gauche à un certain nombre de valeurs dont elle n'aurait jamais dû s'éloigner. Et je pense qu'avec Fabien Roussel, nous pouvons le faire.

6:29
Présentateur

Je vous pose une question directe. Ok, pas d'entente entre les sept candidats à gauche. Pourquoi ? C'est parce qu'il y a des programmes ou en tout cas des idées qui sont trop différentes et vous ne pouvez pas vous unir ? Ou est-ce que c'est simplement un problème d'égo et que personne n'acceptera de reculer ou de se mettre derrière quelqu'un d'autre ?

6:49
Ian Brossat

Vous savez... Franchement. Je vais vous répondre franchement. Quand on adhère au Parti communiste, quand on s'engage au Parti communiste, ce n'est pas par égo. C'est parce qu'on a des convictions, parce qu'on a des valeurs. Si on a envie de se servir soi-même et d'aller à la soupe, on va ailleurs. Donc pour ce qui nous concerne, nous, je pense qu'on peut au moins nous faire crédit d'avoir des convictions et d'avoir de la sincérité. Et je pense que Fabien Roussel est justement le candidat de cette gauche sincère, honnête, qui porte ses convictions. D'ailleurs, il l'a fait depuis le début de cette campagne, en disant un certain nombre de choses qui, comment dire, ont un peu bousculé.

Mais notamment sur la question de l'énergie nucléaire, par exemple, où il défend une position différente de celle des autres forces de gauche. Mais sur d'autres sujets aussi, vous savez, sur la question du travail, par exemple. On a vu qu'un certain nombre de gens à gauche se sont prononcés pour le revenu universel. Nous, je le dis très clairement, et Fabien Roussel l'a dit, nous ne sommes pas pour le revenu universel. Nous sommes pour le travail universel.

7:49
Présentateur

Avec une augmentation du SMIC, très conséquente.

7:52
Ian Brossat

Et surtout, nous sommes convaincus que ce qui confère une dignité à un individu, c'est le travail. C'est sa contribution à la reconstruction du pays. Et aujourd'hui, on a des tas de besoins qui ne sont pas satisfaits, qu'on aurait besoin de satisfaire, notamment dans le secteur des services, dans le secteur de la santé, dans le secteur de l'éducation. Et donc, on a besoin d'embaucher et de mettre des gens au travail. Moi, ma vision des choses, ce n'est pas de payer aux gens des allocations. C'est de leur permettre de travailler et d'avoir un salaire digne.

8:21
Présentateur

Ce que vous dites, c'est que les différences sont programmatiques et pas forcément un casting de personnes. Il y aurait un outil pour désigner un candidat de la gauche, c'est la primaire populaire ? Oui, je sais. 260 000 personnes qui réclament ça ?

8:34
Ian Brossat

Je sais et je respecte ces personnes. J'entends ce qu'elles disent et je ne balaye pas d'un revers de main ce qu'elles disent. Simplement, ça voudrait dire faire participer des gens qui, au fond, ont des convictions très différentes. Des gens qui pensent des choses complètement contraires sur l'avenir de l'énergie en France, sur la place du travail, sur les enjeux de sécurité, de tranquillité publique. C'est quand même compliqué, c'est-à-dire que, par exemple, imaginons Fabien Roussel participe à cette primaire. Et au final, c'est Yannick Jadot qui en sort gagnant. Ça voudrait dire que nous soutiendrions quelqu'un, alors même que, sur beaucoup de sujets, nous ne sommes pas d'accord avec lui.

Ce que je veux dire aux partisans de la primaire populaire, c'est, excusez-nous d'avoir quelques convictions. Excusez-nous d'avoir un certain nombre de propositions à faire qui ne sont pas solubles dans une grande union de la gauche et de l'écologie dans laquelle nous ne nous retrouvons pas de fait.

Et puis quand même, si, une fois de plus, si la gauche en est là aujourd'hui, c'est parce que le parti socialiste et les écologistes au pouvoir, je rappelle quand même que les écologistes y étaient au gouvernement de François Hollande, au moins au début, ils ont considérablement déçu et ils ont tourné le dos aux attentes de la grande majorité de notre peuple, de ceux-là même qui les avaient portés au pouvoir d'ailleurs. Donc tout ça, ça devrait quand même m'inviter à la réflexion.

9:59
Présentateur

Yann Brossard, est-ce que vous êtes sûr qu'il y aura un bulletin de vote Fabien Roussel en avril 2022 ?

10:06
Ian Brossat

Oui, je vous le dis avec assurance, je suis son directeur de campagne. Nous sommes en passe d'avoir les 500 parrainages. Nous n'avons pas de problème de financement pour notre campagne, pour une raison assez simple, c'est que nous ne dépendons pas des banques, nous dépendons de nos militants et ils sont généreux, précisément parce qu'ils ont des convictions et qu'ils les portent avec sincérité. Donc oui, oui, nous serons sur la ligne de départ.

10:31
Présentateur

Deux questions anecdotiques mais pas tant que ça. Est-ce que Fabien Roussel a fini par décrocher son téléphone et parler avec Arnaud Montebourg qui a cherché à le joindre comme tous les autres candidats de la gauche ?

10:40
Ian Brossat

Je ne le sais pas. Mais enfin, en tout cas, il y a un dialogue entre Fabien Roussel et Arnaud Montebourg qui est constant. Ils se sont d'ailleurs vus il y a quelques semaines. Je participais à la rencontre et ils se respectent. Et sur un certain nombre de sujets, pas sur tous, mais sur un certain nombre de sujets, notamment sur la question du travail ou sur la question de l'énergie, ils ont des convergences. Je ne dis pas sur tous parce que, évidemment, Fabien Roussel n'était pas favorable aux propositions faites par Arnaud Montebourg sur l'immigration.

11:11
Présentateur

Ça paraît aller de soi. Il y a aussi les contacts avec la France insoumise. J'ai vu ce courrier que vous avez reçu mardi ou mercredi qui vous proposait de vous ranger derrière Jean-Luc Mélenchon. Est-ce qu'il y a eu une réponse ? Et si oui, quelle réponse ?

11:25
Ian Brossat

Il y en aura une parce que nous sommes des gens bien élevés. Pour l'instant, il n'y en a pas. Et Pauline, je ne crois pas que pour l'instant nous ayons répondu. C'est bien aimable à la France insoumise de nous proposer de se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon. C'est une expérience que nous avons faite. Et nous avons donné sa chance, d'une certaine manière, à Jean-Luc Mélenchon à deux reprises. Et un peu plus que ça, puisque nous avons participé activement à sa campagne. En tout cas, pour la place qui nous a été donnée. Mais enfin, comment dire ? Moi, je pense qu'on a besoin à gauche d'un peu de neuf et d'un peu de fraîcheur. Et donc, c'est ce que nous souhaitons porter avec Fabien Roussel.

12:06
Présentateur

Vous n'allez pas reproduire les deux scénarios des deux dernières présidentielles ? Non, d'ailleurs, ils n'ont pas été conclus. Juste sur la France insoumise, est-ce que vous allez aider Jean-Luc Mélenchon à avoir ses 500 signatures ? Moi, d'abord, je souhaite que Fabien Roussel ait ses parrainages.

12:21
Ian Brossat

Il les aura, sans trop de difficultés. Je vous disais qu'on est en place de les avoir, mais nous sommes en train de les collecter. Et c'est du travail, même si, effectivement, notre implantation locale nous y aide. Mais non, enfin, comment dire ? Il ne s'agit pas d'aider ou de ne pas aider. Nos maires, ils veulent parrainer Fabien Roussel. Pas parce qu'ils ont un pistolet sur la tempe, mais parce qu'ils soutiennent la candidature de Fabien Roussel.

12:43
Présentateur

Alors, j'accueille dans ce studio Nicolas Rousselier, professeur d'histoire politique à Sciences Po, qui, chaque samedi, nous permet de prendre un peu de hauteur par rapport à l'actualité particulièrement bouillonnante de cette semaine. Nicolas, vous êtes intéressé au communisme, évidemment, avec cette démarche très pédagogique, on va dire. C'est le communisme expliqué à votre fille, à qui d'ailleurs on passe le bonjour.

13:05
Invité

Exactement. Quand on prend les différents candidats de l'élection présidentielle, et quand j'en parle avec ma fille, qui va voter pour la première fois, en tout cas, je l'espère qu'elle va aller au bureau de vote, qu'elle va voter pour la première fois, donc au printemps prochain, je n'ai pas de mal à lui dire le candidat écologiste. Elle comprend tout de suite la cause écologiste. Je n'ai pas de mal à lui expliquer les candidatures de droite ou de droite dure. Elle voit très bien quels sont les éléments saillants. Quand je lui parle du candidat communiste, là, c'est beaucoup plus compliqué.

Et d'ailleurs, ce n'est pas simplement pour ma fille, mais c'est vrai aussi pour mes étudiants de plus en plus. Je dois dire plutôt des étudiants d'ailleurs qui viennent de pays qui n'ont pas connu un communisme fort. Et je me suis déjà retrouvé à devoir expliquer que la couleur rouge n'est pas seulement la couleur du Parti républicain, je me tourne vers Grégory, qui connaît ça mieux que moi. Ou du Père Noël. Du Parti républicain américain, mais la couleur du drapeau rouge du Parti communiste. Donc, il y a toute une grammaire du communisme qui a disparu. C'est donc très difficile à expliquer.

13:58
Présentateur

Alors, comment vous, en tant que professeur d'histoire, de sciences politiques, vous vous y prenez ?

14:03
Invité

Alors, prof d'histoire, je fais un plan en trois parties. Je vais parler de naissance, de chute et de survie. Alors, la naissance du socialisme-communisme, les deux étaient presque synonymes au XIXe siècle. Ma fille l'a assez bien compris, parce qu'elle a fait à l'école, au lycée, la révolution industrielle. La déflagration sociale énorme, avec les inégalités, la misère de ses débuts, et même d'une bonne partie du XIXe siècle. Donc ça, elle le comprend très bien. La chute, c'est presque un peu à l'inverse, c'est la fin du scénario. Ça fait appel à des valeurs un peu opposées.

Mais là aussi, quand je lui explique la phase du goulag dans l'histoire du communisme soviétique, quand je lui parle de la déflagration humaine de la révolution culturelle chinoise, pourquoi pas du Cambodge, là aussi, elle comprend pourquoi le communisme a fini par exploser.

14:53
Présentateur

Finalement, est-ce que le plus compliqué à expliquer, ce n'est pas la survie du communisme après 1989 ?

14:59
Invité

Oui, oui, Grégory, parce qu'il y a naissance, chute, mais il y a aussi survie du communisme après 1989. Donc le communisme joue les prolongations. Et je pourrais même dire, cerise sur le gâteau, il y a une sorte de survie, je jargone, mais une survie française du communisme, parce qu'il se fait sous la forme du parti communiste français né en 1920, qui a son organisation, qui a gardé son nom, qui a gardé donc toute sa panoplie. Ce qui n'est pas le cas de pays qui ont connu un communisme important à nos frontières, Italie ou Espagne. Alors j'avance trois explications, mais c'est un peu pour s'amuser quasiment, de la façon dont je m'exprime. Le terreau, le récit et la tribune.

Alors le terreau, c'est que la transmission du communisme aujourd'hui, parfois une transmission familiale, ça peut être le terreau municipal, le terreau local. C'est un peu ironique, parce que le communisme était né comme une rupture, une révolution, une tabula rasa, et il se fait maintenant sous le mode de la transmission, j'oserais dire, de l'héritage, presque de la conservation. Alors ensuite, il y a le récit. Il faut dire qu'encore aujourd'hui, pour une bonne part de notre opinion publique, le récit, en fait le roman de parti, qui est un peu l'équivalent du roman national, le roman du parti communiste, a encore de la force.

En 1936, Thorez, qui est un personnage très fascinant, la résistance, bien sûr, et puis, comme l'historien Gérard Noiriel l'a très bien montré, le fait que le parti, avec le syndicat, a pu intégrer une classe ouvrière française largement composée de travailleurs immigrés. Mais le plus important, Grégory, je crois, c'est la tribune, ce qu'on appelait la fonction tribunicienne. Là, depuis 1989, la chute du communisme, le capitalisme continue. Or, il continue, si je puis dire, très fréquemment, à donner des verges pour se faire battre. Il y a des crises financières, la crise de 2008.

Prenez par exemple le phénomène stupéfiant de la financiarisation de la classe moyenne, même de la classe populaire américaine, à travers le phénomène des subprimes, qui permettait, soi-disant, d'acheter sa maison et de s'endetter très, très fortement. Prenez des entreprises qui sont difficilement contrôlables. Par exemple, Airbnb, et je sais que M. Brossat tente de lutter contre ça, à Paris. Donc, en conclusion, on retrouve finalement une dernière énigme. Si on fait la liste, point par point, des iniquités du monde tel qu'il va, la liste est très longue. On pourrait rester toute l'après-midi, Grégory, M.

Brossat, s'il veut partager un café, et on en aurait pour l'après-midi pour faire cette liste. Pourtant, cette liste ne fait plus système. Il y a donc un pléthore, il y a pléthore de mots, M-A-U-X, mais il n'y a plus d'explications, pour prendre un mot à la mode, il n'y a plus d'explications systémiques. Par le communisme. Et c'est pour ça qu'on peut expliquer cette situation un peu paradoxale. D'un côté, la survie du communisme, mais de l'autre, la situation du Parti communiste français comme sur le mode de parti témoin.

18:00
Présentateur

Merci Nicolas Rousselier. On va encore garder l'attention de votre fille deux ou trois minutes pour qu'elle l'entende. La réponse de Yann Brossat, c'est quoi être communiste en 2021 ?

18:10
Ian Brossat

En tout cas, je peux vous dire ce qui fait que moi, je reste communiste. Je suis adhérent au Parti communiste depuis une vingtaine d'années maintenant. J'ai passé plus de temps au Parti communiste qu'en dehors. C'est précisément parce que je vois toutes les dérives du système capitaliste et que je ne me fais pas à l'idée qu'il n'y ait pas d'autre horizon qu'un système qui promeut l'argent pour l'argent. Et c'est ce qui fait que j'ai envie de me battre. Et alors, pourquoi le faire au Parti communiste ? Parce qu'après tout, je pourrais me contenter d'écrire des livres parce que c'est un parti qui a le goût du concret. Et c'est ce qui, moi, m'a toujours attiré au Parti communiste.

C'est que c'est un parti qui ne se contente pas d'agiter des concepts, mais c'est un parti qui cherche à améliorer concrètement la vie des gens. Vous parliez de nos élus. C'est vrai que le Parti communiste, c'est encore 600 maires, 6000 élus locaux. Et parfois, les gens se disent comment se fait-il que le Parti communiste ait encore autant d'élus locaux ? Parce qu'ils sont élus. Et parce qu'il y a des gens qui reconnaissent le travail concret qu'ils mènent. C'est par exemple un député communiste qui a obtenu, alors qu'il est dans l'opposition, l'augmentation des retraites agricoles. André Chassaigne qui est député du Puy-de-Dôme.

Ce sont des élus communistes qui se sont battus pendant des années pour l'interdiction des coupures d'eau et des coupures d'électricité. Ce qui, d'ailleurs, vient d'être réalisé à l'échelle nationale. Et à l'époque, nous étions traînés devant les tribunaux quand nous faisions ça. Et donc, moi, c'est ça que j'aime au Parti communiste. C'est le goût du concret.

19:43
Présentateur

Vous parlez des députés communistes et de leur place à l'Assemblée nationale parce qu'après la présidentielle, il y aura évidemment des élections législatives. Est-ce que là, pour les législatives, par exemple, vous allez y aller ensemble avec les élus la France insoumise ?

20:00
Ian Brossat

Il serait logique qu'aux élections législatives, nous soyons capables de nous mettre d'accord et je parle là de l'ensemble des forces de gauche et écolos, pas seulement, d'ailleurs, le Parti communiste et la France insoumise.

20:14
Présentateur

Ce qui paraît quand même très étonnant. C'est-à-dire qu'on voit bien quand même les rancœurs, notamment entre les gens de la France insoumise et le Parti communiste, incapables de se mettre d'accord pour la présidentielle, mais pour les législatives quelques semaines plus tard, oui, c'est possible. C'est plus simple

20:27
Ian Brossat

parce que le mode de scrutin n'est pas le même. Une élection présidentielle, c'est de fait un candidat face au peuple. Des élections législatives, c'est 577 circonscriptions. Et donc, pour le dire assez clairement, il est plus facile de se mettre d'accord sur un partage de 577 circonscriptions que sur un candidat à l'élection présidentielle. C'est ça la réalité. Et par ailleurs, ça permet d'avoir une coloration avec de multiples sensibilités qui soient représentées.

C'est évidemment beaucoup plus compliqué lors d'une élection présidentielle qui, par ailleurs, il faut avoir l'honnêteté de le dire aussi, dans la Ve République et l'élection structurante de la vie politique française, qu'on l'aime ou pas d'ailleurs.

21:10
Présentateur

Enfin, c'est la réalité. Une dernière question sur la présidentielle. Est-ce que une... Christiane Taubira, par exemple, pourrait être la personnalité providentielle ? On est à 4 mois de l'élection.

21:21
Ian Brossat

J'entends beaucoup parler de Christiane Taubira et c'est une belle personnalité qui porte une voix singulière. Mais je ne sais pas ce que pense Christiane Taubira des questions économiques et sociales. Je suis désolé de le dire comme ça, mais je ne sais pas si Christiane Taubira est favorable à l'augmentation du SMIC. Je ne sais pas ce que Christiane Taubira pense des différentes lois de recul social qui ont été votées pendant le quinquennat Hollande. et quand même, lors d'une élection présidentielle, il faut être capable de se prononcer sur ces enjeux-là. Et puis, je vous le dis aussi, je pense que la gauche se reconstruira sur les sujets économiques et sociaux, pas sur le sociétal.

Et je pense que si la gauche veut revenir au pouvoir demain, il faut qu'elle ait une parole forte sur les questions économiques et sociales. France Culture, Politique, Grégory Philippe.

22:17
Présentateur

Yann Brossard, une question d'actualité. Hier, la justice britannique a ouvert la voie à une extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis, le fondateur de Wikileaks qui risque là-bas 175 années de prison pour avoir publié des documents confidentiels de l'armée et de la diplomatie américaine. Est-ce que la France et Emmanuel Macron en particulier doivent offrir l'asile politique à Assange ?

22:38
Ian Brossat

Bien sûr que nous devrions offrir l'asile à Assange. J'ai eu d'ailleurs l'occasion avec Fabien Roussel de rencontrer son épouse il y a quelques mois bien sûr. Pourquoi ne le fait-on pas ? Par l'acheter vis-à-vis des Etats-Unis sans doute mais en tout cas pour ce qui me concerne pour ce qui nous concerne nous les communistes nous considérons bien sûr que Julian Assange devrait être accueilli chez nous et nous en sortirions grandis.

23:06
Présentateur

Alors, tout autre sujet. La France est donc en pleine cinquième vague de l'épidémie de coronavirus avec ce nouveau variant. Est-ce que le gouvernement actuel gère bien la situation ?

23:16
Ian Brossat

Ce serait lui prêter beaucoup d'autant que la situation reste encore très tendue. Il y a eu des ratés il y a eu des ratés sur les masques il y a eu des ratés sur les tests il y a et ça je le reconnais une vaccination qui s'est organisée sur le territoire et qui permet d'avoir quand même une couverture vaccinale relativement élevée simplement il y a à mon sens deux problèmes. Le premier problème c'est la question de l'hôpital public et c'est que l'hôpital public a été clochardisé pas uniquement par le gouvernement Macron mais ces 25 dernières années puisque 100 000 lits ont été fermés depuis 25 ans. Clochardisé précisé ?

Clochardisé ça veut dire que nous avons aujourd'hui une situation de l'hôpital extrêmement tendue que nous avions un système magnifique la sécurité sociale mais que nous avons aujourd'hui des manques dans l'hôpital qui sont terribles des personnels dans l'hôpital public qui souffrent terriblement et ces politiques-là cette logique comptable qui aujourd'hui existe à l'hôpital elle se poursuit c'est-à-dire qu'on n'a rien retenu de ce qu'on a vécu notamment pendant la première vague ça c'est la première chose et la deuxième c'est que si nous voulons sortir de la pandémie il nous faut une vaccination mondiale et donc la levée des brevets sur les vaccins on le voit en Afrique on a 5-6% de la population qui est vaccinée ce qui favorise le développement de nouveaux variants et d'ailleurs le nouveau variant arrive d'Afrique du Sud exactement et ce qui finit d'ailleurs par nous revenir dans la figure avec le risque qu'il y ait des variants qui résistent aux vaccins

24:52
Présentateur

mais là quand vous dites ça vous voyez bien qu'il y a des intérêts financiers et commerciaux extrêmement importants

24:58
Ian Brossat

bien sûr mais la France ne mène pas aujourd'hui ce combat d'une manière aussi forte qu'elle le devrait la question de la levée des brevets et la France devrait être leader mondial de cet engagement à lever les brevets nous devrions avoir cette parole forte et aujourd'hui on entend peu Emmanuel Macron sur cette question là donc sur ces deux sujets sur la question de l'hôpital public et sur la question de la levée des brevets on aurait besoin de changer de braquet deux questions très concrètes vous êtes pour la vaccination obligatoire je suis en tout cas pour la vaccination généralisée c'est à dire que je pense qu'il faudrait que tout le monde puisse être vacciné et je ne pars pas du principe que ceux qui ne sont pas encore vaccinés sont tous des anti-vax et je pense que notamment dans un certain nombre de quartiers populaires dans un certain nombre de territoires ruraux quand on va au devant des gens on les convainc de se faire vacciner je l'ai fait que comme élu du 18ème arrondissement on a installé un centre de vaccination dans un gymnase dans un des quartiers les plus populaires du 18ème à côté de la porte de la chapelle et nous avons constaté que des gens qui ne s'étaient dans un premier temps pas fait vacciner ont fini par le faire dès lors qu'on allait au devant d'eux mais enfin en tout cas pour ce qui concerne le parti communiste nous sommes des partisans de la vaccination vous évoquiez tout à l'heure la question des différences à gauche nous nous avons dit dès le départ par la voix de Fabien Roussel que nous sommes favorables à la vaccination nous sommes pour la science nous sommes pour le progrès et nous ne faisons pas partie de ceux qui ont émis des doutes sur les vaccins et qui ont instillé cette petite musique assez dangereuse

26:27
Présentateur

Yann Brossin je vous présente Nora Amadi chaque samedi sur France Culture entre midi et midi et demi l'émission sous les radars tout à l'heure Nora vous évoquiez justement les ratés de la vaccination les trous dans la raquette dans cette campagne de vaccination et vous avez une question pour Yann Brossin

26:41
Auditeur

oui effectivement Yann Brossin alors on le sait dans les déserts médicaux que sont les quartiers nord par exemple de Marseille de Seine-Saint-Denis dans les quartiers populaires que vous évoquiez à l'instant ou dans certaines zones rurales en fait le cumul de l'éloignement des institutions et de la précarité fait s'effondrer le taux de couverture vaccinale dans une autre mesure de l'autre côté de l'Atlantique en Guyane on compte seulement 21% de personnes vaccinées est-ce que voilà Fabien Roussel président peut-être dans quelques mois comment iriez-vous convaincre en fait ces non-vaccinés est-ce que vous pensez que le pass sanitaire est une bonne option pour faire revenir au vaccin

27:12
Ian Brossat

non je pense surtout qu'on a besoin de rétablir de la confiance vous évoquiez la question de la Guyane on aurait pu parler de la Martinique et de la Guadeloupe tout le monde voit bien le poids qu'un certain nombre de comportements de Paris vis-à-vis des Antilles jouent là-dedans le scandale de la Chlordécone notamment et une défiance profonde qui s'est instillée vis-à-vis du discours qui peut se prononcer à Paris donc la clé c'est de rétablir ce lien de confiance qui malheureusement a été rompu mais comment ?

d'abord en arrêtant de mentir aux gens et en l'occurrence vis-à-vis des Antilles sur la Chlordécone il y a eu des mensonges il y a eu des manquements et donc combler ces manquements dire la vérité c'est déjà une manière de rétablir la confiance et puis pour ce qui concerne les quartiers populaires la clé à mon sens c'est une fois de plus d'aller au devant des gens de leur expliquer de prendre les gens au sérieux avec leurs questions leurs interrogations sans les balayer d'un revers de main sans les stigmatiser je trouve que dans la gestion du gouvernement s'il y a aussi un élément qu'il faudrait reprendre revoir c'est quand même une forme d'arrogance une forme de stigmatisation cette volonté à tout prix de dire voyez il y a des gens qui ne se comportent pas bien il ne faut pas traiter les français comme des enfants il faut les traiter

28:42
Présentateur

comme des adultes arrogance qui se manifeste pour essayer de comprendre ce que vous dites par le pass sanitaire par exemple l'obligation du pass sanitaire oui et puis par le discours

28:51
Ian Brossat

qui a été tenu c'est à dire que moi j'incite vraiment sur cet aspect là tous ceux qui ne sont pas encore vaccinés ne sont pas des antivax ce sont pour une bonne part des gens qui ont besoin d'être convaincus et avec lesquels il faut discuter avec des arguments et en faisant partager ses convictions prendre les gens au sérieux avec leurs doutes et leurs interrogations ça n'est pas céder aux antivax

29:11
Présentateur

Yann Bross à un autre sujet il y a quelques semaines le groupe communiste à l'assemblée a déposé une résolution qui visait à rendre inéligible toute personne condamnée pour des provocations à la discrimination ou à la haine raciale est-ce que cette résolution visait spécifiquement Éric Zemmour ? non elle vise

29:28
Ian Brossat

tous les gens qui ont été condamnés pour incitation à la haine raciale ou antisémite oui bien sûr donc Éric Zemmour en fait partie puisqu'il a été condamné à deux ou trois reprises sur cette base là mais malheureusement il y en a d'autres et vous savez

29:45
Présentateur

l'idée c'est quoi ? c'est de dire à partir du moment où vous êtes condamné vous ne pouvez plus prétendre à des fonctions délectives mais bien sûr enfin vous vous rendez compte

29:53
Ian Brossat

aujourd'hui si vous êtes condamné pour détournement de fonds on vous déclare inéligible mais vous avez pu prononcer des propos racistes antisémites matin, midi et soir vous n'avez pas de problème alors éventuellement vous avez une petite sanction mais derrière vous pouvez être élu ben non et je vais vous dire ce que j'ai vécu comme élu trois jours après le discours de Zemmour à Villepinte on a eu deux réfugiés Parc de Bercy dans le 12ème arrondissement qui ont été attaqués au sabre par un individu qui avait par le passé déjà des antécédents racistes donc ces discours là ce ne sont pas que des discours derrière ce sont des actes et des actes qui sont extrêmement dangereux et donc le rôle du politique c'est aussi à un moment donné de mettre un certain nombre de limites évidemment pour la liberté de penser pour la liberté d'expression mais la liberté d'expression ça n'est pas la possibilité de polluer le débat public avec des expressions racistes ou antisémites c'était d'ailleurs déjà le sens de la loi Guesso qui porte le nom d'un député communiste qui avait fait voter cette loi en 1990

31:01
Présentateur

Vous élu communiste est-ce que vous considérez qu'Éric Zemmour est en train de de comment dire piéger la droite républicaine

31:09
Ian Brossat

Je ne sais pas s'il piège la droite républicaine parce que la droite républicaine semble assez consentante dans cette dérive quand vous voyez les débats de la primaire de la droite les propos qu'Éric Ciotti a pu tenir à l'époque honnêtement il n'y a pas une feuille de papier à cigarette entre ce que dit Éric Ciotti et ce que dit Éric Zemmour et dans la mesure où Madame Pécresse a d'ores et déjà annoncé qu'elle allait reprendre à son compte un certain nombre de propositions d'Éric Ciotti pour dit-elle pimenter son projet ça n'augure quand même rien de bon il y a une zémorisation de la droite ça c'est certain

31:49
Présentateur

Je voudrais qu'on termine sur le programme du parti communiste comme le disait Nora peut-être que Fabien Roussel accédera à la fonction suprême dans 4 mois si tel était le cas comment fera-t-il pour redonner du pouvoir d'achat aux français quelle est la clé ?

32:07
Ian Brossat

L'augmentation des salaires je suis quand même frappé par le fait que les français disent d'abord que le pouvoir d'achat est leur première préoccupation

32:14
Présentateur

devant l'immigration devant l'immigration tous les autres sujets qu'on évoque

32:18
Ian Brossat

très régulièrement le pouvoir d'achat est la première préoccupation des français beaucoup de responsables politiques du coup parlent pouvoir d'achat et c'est bien normal mais ils ne parlent pas salaire j'ai parfois l'impression c'est l'impression que j'ai eu en regardant les débats de la primaire de la droite qu'on jouait au jeu du ni oui ni non le mot qu'il ne faut pas prononcer donc il ne prononçait pas le mot salaire mais on ne peut pas augmenter le pouvoir d'achat sans augmenter les salaires donc la question des salaires doit devenir un enjeu central de cette élection présidentielle il y a trop de bas salaires trop de gens qui n'arrivent pas à vivre dignement de leur travail et qui pourtant travaillent à plein temps donc la première des mesures c'est l'augmentation des salaires comment ?

premièrement en augmentant le SMIC et donc nous sommes favorables à un SMIC à 1800 euros brut ce qui veut dire en gros 1500 euros net c'est la première des choses

33:08
Présentateur

donc ça c'est un levier sur lequel vous pouvez appuyer quasi immédiatement si d'aventure les communistes arrivaient au pouvoir

33:13
Ian Brossat

deuxièmement relever le point d'indice des fonctionnaires cela fait des années que les fonctionnaires ont vu leur salaire gelé or dans un moment où les prix augmentent de fait avoir un point d'indice gelé c'est avoir un pouvoir d'achat qui recule et puis troisièmement nous sommes favorables à une loi qui fasse en sorte que les salaires suivent le mouvement de l'inflation et donc ce que nous voulons c'est une augmentation générale des salaires mais j'insiste sur un point parce qu'il y a quand même une gigantesque entourloupe qui est en train de s'organiser beaucoup commencent à dire d'ailleurs Eric Zemmour l'a dit à Villepinte que le sujet c'était en réalité de réduire les cotisations sociales et de faire en sorte que le salaire brut se rapproche enfin que le net se rapproche du brut simplement ça c'est une entourloupe parce que le brut les cotisations sociales c'est du salaire différé c'est d'ailleurs comme ça que ça a été conçu par Ambroise Croizat au moment de la création de la sécurité sociale donc si on abaisse les cotisations sociales si on appauvrit la sécurité sociale au final on va vers un système dans lequel certes on aura un salaire qui facialement sera plus élevé mais à côté de ça on devra avoir une assurance privée et donc au final on appauvrira les français on nous fait croire qu'on va les enrichir mais en réalité on va les appauvrir c'est la raison pour laquelle tout à l'heure je vous disais nous nous voulons 1800 euros brut c'est à dire que nous parlons en brut en intégrant les cotisations sociales comment vous budgétez le recrutement de 500 000 nouveaux fonctionnaires ?

en partageant nous avons aujourd'hui dans la société française de très très nombreuses richesses qui sont mal utilisées nous avons par exemple 127 milliards d'euros en tout d'exonération fiscale ou d'exonération de cotisation sociale qui sont accordées chaque année aux entreprises sans la moindre condition moi je ne dis pas qu'il faut arrêter d'aider les entreprises je dis simplement que tout aide aux entreprises soit sous forme d'exonération de cotisation sociale soit sous forme de réduction fiscale doit être systématiquement conditionné donc il y a du grain à moudre de ce côté là ça c'est la première chose et la deuxième c'est qu'il faut engager dans notre pays une vraie réforme fiscale qui aille chercher l'argent là où il est au moment du mouvement des gilets jaunes il y avait d'ailleurs un slogan que je trouvais assez juste qui consistait à dire il faut que les petits payent petit et que les gros payent gros c'est une philosophie à laquelle

35:42
Présentateur

Fabien Roussel et moi adhérons sur la question du pouvoir d'achat il y a une question centrale pour beaucoup de gens c'est le loyer par exemple je sais qu'à Paris vous avez tenté de réguler l'augmentation des loyers ou en tout cas de les contenir dans des limites on va dire acceptables c'est très compliqué il y a eu je crois très peu de propriétaires redressés ou qui ont reçu des amendes est-ce qu'on peut aller plus loin dans ce domaine là ? oui on peut aller plus loin

36:08
Ian Brossat

aujourd'hui c'est vrai qu'il y a un dispositif qui permet d'encadrer les loyers et un certain nombre de villes le font de plus en plus d'ailleurs et je m'en réjouis parce que c'est un mouvement qui monte et que tout le monde voit bien que les loyers dans le secteur privé sont devenus trop chers néanmoins le problème c'est que pour qu'une loi fonctionne il faut des contrôles et il faut des sanctions et vous l'avez dit l'année dernière le préfet puisque c'est sa compétence à Paris a prononcé 5 sanctions avec à la clé des amendes de 1500 euros

36:39
Présentateur

sur l'ensemble du parc immobilier privé parisien sur l'ensemble

36:41
Ian Brossat

du parc immobilier privé parisien c'est une plaisanterie et donc ce que je demande au gouvernement je profite d'être chez vous et à ce micro pour le demander à la ministre Emmanuelle Wargon c'est que les villes aient la possibilité d'effectuer ces contrôles ce que je lui demande c'est que nous ayons nous la possibilité de contrôler le respect de l'encadrement des loyers et croyez moi si nous avons cette compétence nous l'utiliserons

37:06
Présentateur

mieux que le préfet c'est un message que vous partagez avec Anne Hidalgo par exemple qui est maire de Paris heureusement

37:13
Ian Brossat

que sur bon nombre de sujets notamment sur la question du logement dont je m'occupe auprès d'elle à Paris nous sommes d'accord quand est-ce que vous allez la recroiser la prochaine fois au conseil de Paris ou à la mairie on se voit mardi puisque le conseil de Paris démarre mardi avec la séance budgétaire d'ailleurs je pense qu'on fera un peu plus que se croiser on discutera sans doute

37:35
Présentateur

qu'est-ce que vous allez lui dire de la séquence qu'on vient de vivre de la semaine écoulée

37:39
Ian Brossat

d'abord si j'ai des messages à lui faire passer je lui ferai passer directement d'abord

37:46
Présentateur

une fois de plus vous voyez ce que je veux dire c'est que vous êtes communiste elle est socialiste donc au niveau national il y a quand même des dissensions assez fortes on voit bien qu'au sein de cette majorité vous travaillez ensemble donc j'imagine qu'il y a sans doute un moyen à un moment donné de dialoguer et de faire passer des messages d'abord continuons

38:07
Ian Brossat

à bien travailler ensemble à Paris et surtout que cette campagne nationale n'entame pas nos relations à Paris mais j'ai pas trop d'inquiétude là-dessus pour être honnête nous avons toujours vocation à dialoguer à discuter mais enfin en tout cas il y a une chose qui est claire c'est que Fabien Roussel est candidat à l'élection présidentielle et il le sera

38:27
Présentateur

très bien merci Yann Brossat c'était Politique une émission que vous pouvez réécouter quand vous le souhaitez en podcast sur franceculture.fr et l'application Radio France programmation Anne-Claire Bazin préparation Brice Garcia prise de son Ryan Berkey je vous dis à samedi prochain nous serons avec le député des Français d'Amérique du Nord et porte-parole du parti La République En Marche Roland Lescure à samedi et porte-parole du parti