De Lynch à Coppola : un ouvrage, 20 entretiens de légendes - L’Œil de Pierre Lescure
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« Francis Ford Coppola qui parlait déjà de Donald Trump en 98, donc il y a quasiment 30 ans, et qui avait une crainte, c'était que les États-Unis deviennent un empire fasciste. »
Temps de parole
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Pour tout vous dire, j'adore le titre un peu daté, un peu suranné de cet ouvrage passionnant pour les jeunes, les moins jeunes, les journalistes et pas que, Du beau monde, 20 entretiens, 2 légendes et c'est signé Christian Fèvret et Serge Kagansky qui sont deux des fondateurs du magazine Les Inrocs Uptibles, on dit maintenant Les Inrocs, journal qui va bientôt fêter ses 40 ans. Et vous allez voir, Apolline et vous aussi Arnaud, que ça fait sourire d'entendre en 86 Christian Fèvret expliquer qu'il a créé Les Inrocs Uptibles pour pouvoir faire de longues interviews, pour prendre son temps à un moment, dit-il, où tout va trop vite, façon tweet avant l'heure, on est en 86.
Les Inrocs Uptibles, c'est une revue dimestrielle qui existe depuis 4 numéros, cela parle de rock'n'roll, les articles ne sont que des interviews, pas de blabla de journalistes. A l'origine, 3 étudiants, moyenne d'âge, 22 ans. On voulait que véritablement ce soit quelque chose que les gens aient plaisir à lire, pour ça il fallait revenir à quelque chose de complètement dépouillé, avec le plaisir de lire sur la longueur, puisqu'en ce moment il y a tout ce mouvement, toute cette mode qui est sur tout ce qui est court, bref, et automatiquement superficiel. On voulait quelque chose de beaucoup plus long.
Déjà on comptait en signe en 86, Serge Kagansky était le monsieur cinéma du début des Inrocs et pendant de longues années, mais dans les 20 entretiens de légendes de ce bouquin, il y a du cinéma, il y a de la musique, il y a de la littérature, de Keith Richard à David Lynch et de Bruce Springsteen à Tarantino. Et Serge Kagansky a dit à Victor Veuillet combien l'interview de Francis Ford Coppola de 98 l'interpellait aujourd'hui.
On s'est rendu compte que toutes ces interviews, elles résonnent encore très fortement aujourd'hui. Il y a des propos politiques qui étaient quasiment prophétiques ou en tout cas qui anticipaient beaucoup de choses qui se passent aujourd'hui. Je pense notamment bien sûr à Francis Ford Coppola qui parlait déjà de Donald Trump en 98, donc il y a quasiment 30 ans, et qui avait une crainte, c'était que les États-Unis deviennent un empire fasciste.
Regardez l'extrait de l'interview de Francis Ford Coppola. Les Américains croient que le business, l'accumulation de richesses et le contrôle des ressources, c'est l'objectif ultime. Mais dans le bouquin, il y a aussi des récits qui font sourire à la fois les interviewés et les interviewés. Par exemple, Serge Kagansky face à Jeanne Moreau.
Quelqu'un comme Jeanne Moreau, elle parle aussi de sa rencontre avec Miles Davis, immense jazzman. Ils ont travaillé ensemble sur le film de Louis Mal, Ascenseur pour l'échafaud, et ils ont passé comme ça des nuits ensemble dans un studio. Ils fumaient, ils buvaient, ils passaient la nuit à écouter de la musique et à voir les images du film. Et elle raconte tout ça. Et elle dit dans l'interview, il n'y a pas besoin de baiser pour avoir une relation intime avec quelqu'un. Et moi, je suis tout de suite sur la défensive et je lui dis, mais je vous demandais de parler de Miles Davis, mais pas du tout de vos histoires de coucherie.
Et elle, elle me coupe la parole et avec beaucoup d'autorité, elle me dit, mais moi j'en parle, je suis une femme libre, je parle librement.
Voilà, c'est vraiment un bouquin passionnant et qui montre combien le temps long, vous savez ça dans vos interviews, le temps long permet justement de découvrir encore mieux les pleins et les déliés de ceux qu'on interroge. Et puis pour sourire, écoutez Kaganski racontant à Victor sa rencontre avec Jean-Luc Godard.
Quand on est allé interviewer Jean-Luc Godard, on sait que tant ces films que ces propos en interview sont parfois pas évidents, un peu cryptiques, un peu ésotériques. Qui c'était pour la sortie du film Hélas pour moi ? Et alors notre première question, on lui demande qui est le moi de Hélas pour moi ? Et là, il soupire, il y a un grand silence et puis il commence à nous dire, ben voilà, avec son accent suisse traînant, c'est à cause de questions comme ça que j'ai plus envie de faire beaucoup d'interviews. Et là, on se dit, aïe, aïe, aïe.
Godard et les journalistes, Godard et la télé, regardez cette archive avec notre ami Daniel Bilalian à Cannes en 1980. Après le journal de 13 heures, il demande à Godard ce qu'il a pensé de ce tour de l'actualité.
Nous, je voudrais demander à Jean-Luc Godard ce qu'il a retenu de l'actualité. Rien du tout. Rien du tout. Est-ce que vous vous intéressez en manière générale ? Est-ce que les gens de cinéma ont le temps de s'intéresser à l'actualité ?
Si on voyait à la télévision plutôt que d'entendre, qu'on parlait moins, qu'on voyait plus, je pense que je pourrais retenir. Mais comme on fait que parler, moi, je n'ai rien vu du tout. Vous ne montrez pas ce que vous voyez, vous parlez par-dessus. Et toc, là aussi, il y a des parallèles. On peut imaginer de temps en temps, on peut penser à certaines émissions ou à certaines façons de faire de la télé. J'ai qu'un bouquin, mais je vous l'offre.
20 interviews. J'aime bien.
Comment ?
Je dis vous dites, mais vous dites pas. On partage ? Allez-y, moi j'ai lu, j'adore les interviews de Freddie Mercury, j'adore ça, les poèmes de Médalier. Moi, j'ai de la pisseur-là, la musique et tout, c'est formidable. Il y a de tout. Au revoir. Au revoir. Au revoir.