"Je serai le ministre des victimes" : sur RTL, Gérald Darmanin annonce le lancement d'un "portail du justiciable" d'ici la fin de l'année
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Gérald Darmanin, vous êtes ministre de la Justice, vous voulez créer une direction des victimes au sein de votre ministère. Typiquement dans l'affaire Epstein, les victimes n'ont peut-être pas été suffisamment prises en compte.
Exactement. De manière générale, les victimes ne sont pas assez prises en compte.
Parce que je rappelle qu'il y avait 25 plaintes contre l'un des rabatteurs de Jeffrey Epstein.
Mais les victimes au sens large sont mal prises en compte dans notre pays parce qu'on part du principe, que je trouve absurde, qu'on ne doit pas prendre parti entre la victime supposée et l'auteur supposé tant qu'il n'y a pas eu une condamnation. Simplement comme en France, vous mettez entre 6 et 8 ans pour avoir une condamnation en première instance en matière criminelle, on en reparlera. Cette victime, elle a besoin de se reconstruire, d'être accompagnée et on verra ce que dira la justice. Donc la victime, elle ne doit pas croiser son auteur dans l'ascenseur qui l'amène à la confrontation chez le juge.
La victime, elle doit avoir un accompagnement psychologique et même une compréhension de ce qui se passe quand le juge lui parle. Parfois quand le juge lui parle, elle ne comprend pas ce qui se dit. Si vous recevez chez vous un avis de classement, de classement sans suite ou un courrier de l'administration de la justice, vous ne comprenez pas.
Parce que là, on a un auteur qui se suscite par exemple et donc tout s'arrête et la justice n'a plus de contact avec les victimes. C'est considéré comme...
Ça dépend, il y a des moments où des procureurs de la République prennent le soin, donc je ne voudrais pas généraliser. Mais oui, en général, il n'y a pas de direction des victimes au ministère de la Justice qui dépend directement du ministre de la Justice. C'est un peu bizarre, mais c'est ainsi. Donc moi, je serai le ministre des victimes. Nous allons créer un portail comme on l'a fait pour l'impôt à la source. Pardon de ce parallèle, mais je pense que les gens voient à quel point c'était une réussite vis-à-vis des impôts. Vous écrivez vos impôts, 24 heures, on vous répond et vous savez ce qui se passe sur vos impôts.
Il y aura un portail du justiciable d'ici la fin de l'année où on saura où en est ma plainte, qui est auditionné, pourquoi ça a été classé, comment je peux faire des voies de recours, écrit de manière claire en français pour que la justice montre qu'elle est à l'écoute, qu'elle a un cœur et qu'elle accompagne. Elle ne prend pas partie de la justice, mais elle accompagne ceux qui souffrent. C'est un juge indépendant après de décider qui est condamné et qui ne l'est pas. Tout ça d'ici la fin de l'année ? Exactement. Je suis resté au ministère de la Justice pour faire des choses.
Et je constate que les victimes, notamment les enfants, c'est vraiment un drame particulier, la façon dont traitons les enfants dans notre pays. On peut avoir honte de la façon dont on traite la parole de l'enfant. Malgré le travail très important de certains magistrats et certains enquêteurs, il y a beaucoup d'enfants victimes, il y a beaucoup de victimes qui ne sont pas du tout accompagnées par les autorités de l'État, par le ministère de la Justice.
C'est mon projet de cette année. Vous dites que c'est pour ça que je suis resté au gouvernement. Vous voulez aussi présenter le mois prochain la loi Sûr pour sanctions utiles, rapides et efficaces. Pourtant, le Premier ministre Sébastien Lecornu n'en parle pas du tout dans son programme des prochains mois, programme qu'il a détaillé le week-end dernier dans la presse régionale. Est-ce que vous avez des garanties sur cette loi ?
C'est très important parce que sinon ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y a des dizaines de personnes qui sont en détention provisoire, en prison, et qui seront relâchées parce que la justice est mal organisée. Ils ne seront pas relâchées parce qu'ils sont finalement disculpés, ils ne seront pas relâchées parce que leur avocat a obtenu leur libération, ils seront relâchées parce qu'on n'a pas été capable de mettre des magistrats. Donc vous dites qu'il y a urgence, mais vous êtes sûr que c'est... C'est une extrême urgence. Si demain quelqu'un sort de détention provisoire et recréer... Vous interrogeriez M. le Premier ministre.
Ce que je sais, c'est que lundi, c'est-à-dire demain, je présente devant mon ministère, devant les syndicats, le texte officiellement. Ça s'appelle le CSA ministériel. Demain soir, le Conseil d'État est saisi. Le 23 mars, le Conseil d'État réunit à section intérieure du Conseil d'État pour parler de mon texte. Et le Premier ministre, comme le Président de la République, m'a assuré que dernière semaine de mars, première semaine d'avril, grosso modo, les deux textes seront au Conseil des ministres. Pour un débat au Parlement ?
En avril-mai, j'ai compris du Premier ministre qu'en avril-mai, j'aurai au Sénat et à l'Assemblée, ou à l'Assemblée et au Sénat, faire voter mon premier texte, celui de l'Organisation de la justice criminelle et le budget de la justice.
Gérald Darmanin