Sophie Briante Guillemont : « 500 Français, la plupart franco-iraniens, sont encore bloqués »
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Sophie Briande-Guimond, vous êtes sénatrice RDSE, représentant les Français établis hors de France. Pendant cette demi-heure, on va évidemment parler de ce conflit au Moyen-Orient. Douzième jour de conflit et visiblement pas le dernier. On va écouter Benyamin Netanyahouf.
Notre aspiration est de libérer le peuple iranien du joug de la tyrannie. En fin de compte, cela dépend de lui, mais il ne fait aucun doute qu'avec les actions menées jusqu'à présent, nous sommes en train de leur briser les os et nous n'en avons pas encore fini.
Là, on entend le Premier ministre israélien. Il faut se préparer à un conflit qui va durer, Sophie Briande-Guimond.
Si on en croit les propos du Premier ministre israélien, effectivement. Maintenant, la question, c'est qu'est-ce que va faire Donald Trump ? Et est-ce qu'il a intérêt à ce que ce conflit dure ou pas ? Et rien n'est moins sûr, vu aussi le contexte politique aux États-Unis et le fait que lui-même doit se confronter à des élections dans quelques mois.
Ils ont des intérêts divergents, Benjamin Netanyahouf et Donald Trump, dans ce conflit ?
Il me semble que oui. Israël joue sa sécurité dans le sens où ce qui les motive dans ce conflit, c'est vraiment une sorte de raison existentielle. Alors que les États-Unis sont sur un créneau qui est totalement différent, même si les États-Unis sont en train de reprendre un peu leur rôle un peu impérialiste. Pour autant, leurs intérêts politiques sont divergents, peuvent être convergents à un moment divergé, et c'est le cas notamment aux États-Unis. Je ne crois pas que la base électorale de Donald Trump soit 100% alignée avec ce qui est en train de se passer au Moyen-Orient.
Ce qui va mettre un terme au conflit pour les États-Unis, c'est l'opinion publique américaine, c'est les midterms à la fin de l'année ?
Il me semble que le camp républicain aux États-Unis aujourd'hui est quand même le frein principal à cette guerre.
Est-ce que sur le fond aussi, vous avez le sentiment que les intérêts divergent ? Qu'on a plutôt un Benyamin Netanyahou qui veut faire chuter le régime iranien pendant qu'un Donald Trump, lui, veut uniquement s'attaquer au programme nucléaire iranien ?
Je pense que les deux veulent faire tomber le régime iranien, et ce n'est pas nouveau que les États-Unis veulent faire tomber le régime d'Emola, ça c'est une certitude. Maintenant, la question, ça va être la manière, et est-ce qu'ils ont vraiment un plan convergent à moyen-long terme pour le faire ? Et ça, rien n'est moins sûr.
Sur les personnes qui sont bloquées sur place en raison de ce conflit, il y a également des Français. Est-ce que vous, qui représentez les Français de l'étranger, vous avez des contacts avec certains de nos ressortissants qui sont dans cette zone au Moyen-Orient ?
Oui, absolument, parce que les sénateurs des Français de l'étranger, on représente les Français dans le monde entier, on n'a pas de circonscriptions attitrées, on a le monde en circonscriptions. Et donc, effectivement, on a évidemment des contacts, que ce soit via les élus consulaires, donc les conseillers des Français de l'étranger sur place, ou directement avec les Français.
Donc, toute la zone nous reviennent des informations en permanence, et en particulier l'inquiétude qu'il y a, que ce soit les Français qui sont encore en Iran aujourd'hui, les Français, pour la plupart franco-libanais, qui sont aujourd'hui au Liban, les Français des Émirats arabes uniques qui sont encore dans une autre situation, parce qu'ils étaient vraiment, je pense que c'était peut-être ceux qui se sentaient le plus en sécurité, et qui sont le plus surpris par ce qui s'est passé depuis 12 jours.
Donc, dans chaque pays, en fait, il y a une situation qui est un peu différente, mais ce qui revient de partout, c'est cette crainte des conséquences de l'embrasement régional qu'on est en train de vivre.
Est-ce que vous arrivez avec vos contacts à savoir à peu près combien, par exemple, il y a de Français qui sont encore bloqués en Iran ? Ou c'est compliqué à évaluer ?
Alors, d'après ce qu'a pu nous dire le ministre des Affaires étrangères, on est sur environ 500 Français, donc pour la plupart franco-iraniens qui sont encore en Iran. Je ne parle pas de touristes, en principe, il n'y en a plus. Enfin, s'ils ont suivi les consignes du ministère des Affaires étrangères, aucun Français n'a été faire du tourisme en Iran. Maintenant, la question, c'est les Français de l'étranger, ceux qui vivent en Iran, qui vivent dans toute la région, et qui, a priori, ne sont pas amenés à revenir en France, sauf conditions extraordinaires.
– Le rapatriement, j'imagine qu'il vous en parle, également, ces Français, et que vous avez, via les élus consulaires, des retours. Le rapatriement, il est compliqué pour ceux qui veulent revenir ?
– Il est compliqué, il est compliqué encore plus quand on parle de pays où l'espace aérien est fermé, ce qui n'est pas le cas de toute la région. Maintenant, ce qu'on sait, encore une fois, par le ministère des Affaires étrangères, c'est que 7500 Français ont signalé qu'ils voulaient rentrer en France. 15 000 sont rentrés dans les derniers jours, souvent par leurs propres moyens, enfin, par des vols commerciaux, et environ 1 000 qui sont rentrés via des vols affrétés par la France. Mais, encore une fois, c'est différent si on était touriste à Dubaï et qu'on rentre, évidemment, parce qu'on était en vacances, que si on est durablement installés.
Ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a beaucoup de Français, aujourd'hui, qui se posent la question, qui vivent dans ces pays depuis longtemps, qui se posent la question de rentrer ou pas.
– La situation, elle est compliquée au Liban. On en a un peu parlé, on va développer Israël à mener ce matin de nouvelles frappes sur la banlieue de Beyrouth, Bastion du Hezbollah. On va écouter ce qu'en dit l'ancien ministre, Jean-Yves Le Drian. Il est maintenant représentant personnel du président de la République au Liban.
– La France civile israélienne est disproportionnée, contradictoire, contre-performante et, à mon avis, inopérante dans la durée. Quand on voit la détresse des Libanais, la désespérance, d'une certaine manière, leur désarroi, la colère, cette pression du peuple libanaise sur les responsables du Hezbollah doit être assez forte. Il faut passer par là. On peut avisager une négociation avec Israël qui, du coup, peut arrêter les frappes.
– Deux choses dans ce que dit Jean-Yves Le Drian. D'abord, l'offensive israélienne est disproportionnée sur le Liban. Vous partagez ?
– Oui, surtout, en fait, quand on parle du Liban, pour la France, on est vraiment dans une situation différente que le reste du Moyen-Orient. Et on voit que tout le poids de la diplomatie française va, en fait, se concrétiser sur ce qui se passe au Liban actuellement. Et donc, qu'en 12 jours, on ait 750 000 déplacés, avec les conséquences que ça ne va pas avoir immédiatement, mais sur le moyen long terme, c'est évidemment quelque chose sur lequel on doit absolument pouvoir agir sur un plan diplomatique.
Et ce qui me remonte, moi, des contacts que je peux avoir au Liban, j'ai l'impression qu'on est sur un niveau d'inquiétude qui est bien supérieur à celui qu'on a pu avoir il y a un an et demi, que la population libanaise elle-même est beaucoup plus inquiète, alors que c'est une population qui est extrêmement résiliente et qui est capable de vivre une guerre de façon assez normale, finalement. Et j'ai l'impression que là, le niveau d'inquiétude est beaucoup plus important et surtout qu'il y a, et c'est un terme qui est souvent revenu dans les échanges que j'ai pu avoir, une véritable peur de guerre civile.
– Il y a aussi, pardon, il y a aussi quand même quelque chose d'intéressant, de voir d'historique, c'est que le gouvernement libanais demande maintenant au Hezbollah de se désarmer et demande même à la France de venir en aide pour pouvoir procéder à ce désarmement. Est-ce que nous, on fait suffisamment pour aider le gouvernement libanais et l'armée libanaise pour désarmer le Hezbollah ?
– Je pense que la diplomatie française sur le Liban fait vraiment beaucoup. et le fait, même la stabilisation politique qui a suivi le dernier conflit tient beaucoup au rôle qu'a bien voulu jouer la France et à ce rôle un peu stabilisateur. – Il demande des armes,
il demande des armes et un soutien vraiment… – Absolument,
mais c'est pour ça que l'équilibre politique est très fragile aussi au Liban et que la question n'est absolument pas si simple à résoudre que ça. Si c'était simple de désarmer le Hezbollah, on n'en serait absolument pas là. On est en train de parler de dizaines et de dizaines d'années d'armement, d'alliance avec l'Iran et donc la configuration politique religieuse du Liban fait que ce n'est absolument pas un sujet simple et de là vient, par les Libanais eux-mêmes, cette crainte de la guerre civile.
– Il y a certaines sources qui évoquent la possibilité d'une paix entre le Liban et Israël, notamment au Moyen-Orient, dans le cadre de ce conflit qui ne dégenèrerait pas effectivement en guerre civile. Est-ce que vous y croyez ? Vous voyez une paix historique entre Israël et le Liban, une paix dans laquelle la France serait en soutien ?
– Moi, je pense qu'il faut toujours privilégier le dialogue diplomatique et on ne peut pas partir du fait que ça ne marchera pas. Il faut évidemment essayer et si on n'essaye pas, c'est sûr qu'il n'y aura aucune paix. Mais en fait, c'est la seule façon à court terme, moyen terme et long terme pour pacifier la situation.
– Mais juste quand vous dites guerre civile, c'est entre qui et qui ? C'est entre les chiites ?
– Entre la population libanaise qui soutient le Hezbollah et celle qui est totalement opposée de manière très forte depuis des dizaines d'années.
– Autre chose dans ce que disait Jean-Yves Le Drian, on peut envisager une négociation avec Israël pour arrêter les frappes. Le président libanais, il demande depuis des jours à Emmanuel Macron d'intervenir auprès de Benyamin Netanyahou justement pour stopper les frappes. Est-ce que vraiment la France est en position à assez de poids pour pouvoir intervenir auprès de Benyamin Netanyahou ?
– Je ne saurais pas répondre à cette question. Je pense que la relation franco-israélienne actuellement est très compliquée et à mon avis, la seule personne qui peut arrêter le président, le Premier ministre israélien en réalité, aujourd'hui, c'est Donald Trump. On l'a bien vu sur le dernier conflit et la guerre des 12 jours qu'Israël en réalité ne voulait pas arrêter parce qu'ils estimaient, eux, qu'ils n'étaient pas allés jusqu'au bout de leurs objectifs et qui c'est qui a sifflé la fin de la partie ? C'est Donald Trump.
– On parle de plus de 760 000 déplacés, le chiffre est énorme. Comment on peut faire pour les aider, ces déplacés ? Emmanuel Macron, il a envoyé une aide humanitaire, il a parlé de plusieurs tonnes de médicaments. Est-ce qu'il faut aller au-delà ?
– Je pense qu'il faut tout faire pour faire cesser ce conflit au plus vite. C'est quand même la meilleure façon pour faire en sorte que le nombre de déplacés n'augmente pas et ensuite évidemment aider sur un plan humanitaire et continuer à faire en sorte que tout ceci n'aboutisse pas à un embrasement encore plus généralisé qu'il ne l'est déjà.
– L'un des points de tension de ce conflit, c'est le détroit d'Ormuz qui est contrôlé de facto par Téhéran. La République islamique a menacé que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient jusqu'à Nouvelle-Orgue. Je pense que la Téhéran bloque le détroit. D'abord, rappelez-nous, Steve, qu'est-ce que c'est exactement ce détroit d'Ormuz ?
– Oui, on en a déjà parlé sur cette chaîne, Orianne, c'est un passage maritime extrêmement étroit entre le golfe Persique et le golfe d'Omane. Il est coincé entre l'Iran au nord, Omane et les Imérats arabes unis au sud. En termes de dimension, on est dans un mouchoir de poche, environ 55 km de large et 200 km de long et surtout, Orianne, c'est l'un des points les plus stratégiques de toute la planète pour l'énergie.
– Et on comprend mieux pourquoi depuis quelques jours.
– Oui, chaque jour, environ 20 millions de barils de pétrole passent par ce détroit. Ça représente près de 20% du pétrole consommé dans le monde. Il n'y a pas que le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le GNL transite aussi massivement par là. Environ un quart du commerce mondial du GNL passe par Ormuz, essentiellement depuis le Qatar. En temps normal, entre 100 et 150 navires traversent le passage chaque jour. Mais depuis le début des tensions et les menaces iraniennes, le trafic est quasiment à l'arrêt. Selon plusieurs estimations, les flux pétroliers ont chuté de près de 90%.
Et Emmanuel Macron veut donc débloquer ce détroit.
– Oui, il l'a confirmé lundi lors de son déplacement à Chypre. Écoutez le chef de l'État. – L'objectif, ce serait, quand il y a une baisse de ces conflits, de manière totalement pacifique, de pouvoir escorter des tanqueurs, des portes-conteneurs et de rouvrir et de rouvrir la route du gaz et du pétrole en sortie d'Ormuz pour aller alimenter les marchés mondiaux et puis la route aussi des portes-conteneurs pour alimenter beaucoup de pays de la religion qui aujourd'hui sont en train de manquer de certaines denrées ou de certains éléments. – Sur France 2, hier soir, Jean-Noël Barraud a expliqué le plan de bataille.
L'idée est de bâtir une mission européenne à l'image de ce qui se fait actuellement en mer rouge,
Est-ce que la France a les moyens de débloquer ce Détroit ?
– Seul, très probablement non. Ce que propose Emmanuel Macron, c'est plutôt une coalition internationale probablement européenne et il insiste sur un point, la France veut rester dans une posture purement défensive. Je cite « purement défensive ». Madame la sénatrice, qu'est-ce que vous pensez de cette formule ? Purement défensive. Est-ce que c'est tenable quand on est en guerre ouverte et aussi chaude pour reprendre les mots du chef de l'État ?
– C'est un équilibre extrêmement précaire et qui en plus peut bouger à tout moment. Maintenant, est-ce que c'est ce que vous venez de dire ? C'est-à-dire que la France toute seule ne pourra absolument pas débloquer ce Détroit ?
– Mais vous comprenez ce mot « purement défensif » quand le Détroit est de facto complètement bloqué ?
– Quand on envoie le char de Gaulle, quand on envoie le char de Gaulle, des hélicoptères.
– Il y a des mines, il y a des missiles qui tapent sur les bateaux. Est-ce qu'on peut rester là et dire « bon, on reste en position purement défensive ? »
– Alors moi, je ne suis pas du camp politique du Président de la République donc je ne vais absolument pas le défendre mais je pense qu'il y a un travail de diplomatie qui est fait qui est effectivement très compliqué. Je suis d'accord avec vous, le terme « purement défensif » on ne sait pas exactement ce que ça veut dire de manière générale sur toute la région, surtout quand on a beaucoup de Français je pense ont découvert il y a quelques jours qu'on était liés par plusieurs traités de défense avec plein de pays du Moyen-Orient.
Donc le purement défensif, c'est sûr que ce n'est pas la position de l'Espagne qui est beaucoup plus ferme et qui dit non, nous on refuse absolument toute intervention et on est contre la guerre de manière générale et vous n'utiliserez pas nos bases.
– Ce serait votre position, la position du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez ?
– Moi je pense qu'il faut qu'on ait une position effectivement un peu plus ferme même si je comprends encore une fois de toute façon on est lié par des traités ça c'est… on ne peut pas…
– Quand vous dites ferme c'est non à la guerre comme dit Pedro Sanchez.
– Comme dit Pedro Sanchez, comme dit Dominique de Villepin, comme disent plein de responsables politiques en France.
– Mais on ne peut rien faire quand il y a des pays comme Chypre qui fait partie de l'Union européenne qui sont menacées ?
– Non mais c'est toute la difficulté effectivement du conflit et c'est intéressant d'ailleurs le déplacement du président de la République à Chypre parce qu'on a tendance à vouloir sectoriser ce conflit au Moyen-Orient en espérant que ça ne dépasse pas ce cadre-là et en se disant de toute façon ça reste quand même un peu loin.
Mais la réalité c'est qu'on ne sait pas ce qui peut se passer demain et effectivement Chypre est juste à côté d'ailleurs si on évacue demain les Français du Liban ça passe par là enfin je veux dire c'est juste à côté de chez nous et c'est pour ça qu'on est beaucoup plus concernés par ce conflit que peuvent l'être par exemple les États-Unis même si on reviendra sur la question des prix du pétrole mais la proximité fait qu'on est quand même en plein dedans.
– On a l'impression qu'on essaye d'exister comme on peut mais qu'on ne pèse pas vraiment sur la marche des choses est-ce que vous êtes d'accord ?
– Je pense que pour l'instant la grande absente la voie diplomatique qu'on attend aussi c'est celle de l'Europe et c'est là-dessus qu'on peut être très déçu en tout cas sur les 12 premiers jours qu'encore une fois on voit la réponse individuelle de chaque pays alors effectivement personne n'a consulté ni l'Europe ni chacun des membres pour dire est-ce qu'il fallait faire ce conflit ou non et tous les instruments de droit international ont absolument été laminés avec un retour à la force et des impérialismes qui est assez hallucinant pour autant on pourrait quand même espérer et je pense que l'Union Européenne là-dessus a quand même son mot à dire en tant que puissance stabilisatrice aussi qu'on puisse parvenir à quelque chose de différent qu'aujourd'hui
– Et comment vous expliquez qu'on soit aussi inaudibles nous les Européens là-dessus ? C'est quoi ? C'est la Commission Européenne ? C'est Ursula von der Leyen ? – Non je pense que alors il y a effectivement
tous les problèmes de coordination de positions politiques différents qu'on peut connaître de l'Europe ou de l'Union Européenne mais je pense que la voie de l'Europe est aussi peut-être minimisée dans ce monde qui est en train de se recomposer avec des pays qui sont les États-Unis qui sont la Chine le retour des impérialismes et que l'Union Européenne là-dessus est vraiment un contre-modèle parce qu'on ne fonctionne pas du tout comme ça et tous les jours on a la preuve qu'on peut vivre entre États souverains mais sur un modèle qui est complètement différent et je crois que les pays qui ont cette tendance à revenir vers l'impérialisme n'ont absolument pas intérêt à montrer qu'il y a un contre-modèle
qui fonctionne aujourd'hui Et aussi peut-être que ce sont des pays qui se sont réarmés massivement qui montrent leurs muscles peut-être que nous aussi l'Union Européenne si on ne compte pas c'est peut-être aussi qu'on est un peu faibles militairement, non ?
Oui, alors il y a quand même toute la question du réarmement européen qui est en cours c'est un sujet qui est sur la table et qui n'est pas sur la table depuis aujourd'hui mais depuis quelques années déjà donc je ne crois pas que ce soit juste le sujet de la défense ou le sujet militaire c'est aussi une question de vision du monde qui je pense aujourd'hui la vision qu'on peut porter en tant qu'Européen est différente de celle que peuvent porter des pays comme la Chine, les Etats-Unis la Russie
On va parler des conséquences économiques de ce conflit on le disait Emmanuel Macron qui réunit cet après-midi les chefs d'État et de gouvernement du G7 pour justement parler de la situation énergétique une situation qui inquiète en France une hausse des prix à la pompe qui inquiète particuliers qui inquiète les professionnels et on va essayer de comprendre pourquoi et ce à quoi on peut s'attendre dans les prochains jours avec vous Philippe Chalmin bonjour merci beaucoup d'être avec nous ce matin vous êtes économiste professeur à l'université Paris-Dauphine et spécialiste des marchés des matières premières et on a vraiment envie d'avoir votre éclairage pour mieux comprendre ce qui se passe les français sont préoccupés par l'augmentation des prix à la pompe est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi l'effet se fait déjà ressentir à la pompe après seulement quelques jours de conflit
écoutez en temps normal on a une réaction entre le prix du baril et le prix à la pompe il se passe suivant les cas entre 3 et 5 jours je dirais qu'on est à peu près dans les marques puisque on était à 72 dollars le baril à la veille des frappes israélo-américaines donc le 28 février et là nous sommes montés alors le marché a connu une extraordinaire volatilité on est monté lundi matin on est allé jusqu'à 118 dollars hier on était aux alentours de 92 dollars et voyez ce matin le marché en Asie a ouvert aux alentours de 87 dollars donc les hausses se sont faites ce qui est assez logique elles sont plus fortes sur le diesel puisqu'on a quelques problèmes spécifiques au diesel mais lorsque l'on regarde les prix moyens il n'y a pas eu d'augmentation particulière et je dirais la polémique qui est traditionnelle devrait s'éteindre à peu près lorsque je vois juste à l'écran une station à 2,22 excusez-moi ça n'est pas la norme tous ceux qui sont allés faire leur plein là on est à 1,85 cela me paraît beaucoup plus raisonnable et je rappelle que les moyennes de prix telles qu'elles sont calculées par Bercy étaient encore hier aux alentours de 1,82 1,85
ça veut dire juste Philippe Chalman que le prix c'est vrai qu'il y a eu des prix assez exorbitants affichés dans les pompes ces derniers jours ça veut dire que ça va baisser ça va rebaisser
attendez alors là par contre soyons honnêtes ce que les économistes nous appelons l'élasticité des prix à la hausse est toujours beaucoup plus intense que l'élasticité des prix à la baisse et donc le temps pour que les prix rebaissent sera plus long puis d'autre part je le répète et cela vient d'être largement dit le conflit n'est pas terminé certes le marché a entendu l'annonce des pays du G7 l'annonce de l'agence internationale de l'énergie que l'on allait remettre sur le marché des stocks stratégiques on a annoncé même des chiffres relativement élevés ce qui explique la détente des cours aujourd'hui maintenant Hormuz reste bloqué il y a un certain scepticisme quant aux capacités des marines à garantir le passage d'Hormuz on n'est pas dans la logique des convois de bateaux sur l'Atlantique Nord dans les années 40 ça n'est pas du tout cela c'est beaucoup plus difficile et donc on se trouve quand même dans une situation telle que par rapport à la vision qu'on avait en début d'année en début de 2026 les marchés étaient à 60 dollars et les prévisions que nous faisions à l'époque du prix moyen de 2026 c'était de l'ordre de 58 dollars le baril aujourd'hui on est presque satisfait d'être aux alentours de 90 dollars donc il y a quand même un changement ça va se retrouver dans les prix à la pompe je rappelle simplement que avant même la crise nous avions une fourchette entre les stations les moins chères qui sont celles de la grande distribution et les stations d'autoroutes qui pouvaient aller jusqu'à 40 centimes donc c'est toujours facile de la part des chaînes d'information en continu etc d'aller toujours chercher les stations les plus chères quand on regarde là vous passez un certain nombre d'images on voit l'extraordinaire hétérogénéité et les automobilistes n'étant pas des idiots ils savent en général choisir et trouver les stations les plus compétitives
Juste Philippe Chalmin parce que vous parlez des réserves stratégiques de questions est-ce qu'on peut prendre dans les réserves stratégiques pour faire baisser les pressions la pression sur les prix de l'essence est-ce que les réserves stratégiques c'est pas plutôt en cas de pénurie et deuxième question la France elle peut tenir combien de temps sur des réserves stratégiques
il ne faut pas raisonner on n'est pas à l'heure de la pénurie ça il faut appeler un chat un chat l'idée de pénurie d'absence d'approvisionnement ça pour l'instant ça n'est pas le cas l'idée de l'utilisation des réserves stratégiques c'est faire pression sur le marché en clair la chose est claire le blocage du détroit d'Hormuz il prive quand même le marché mondial d'un approvisionnement on a dit 20 millions de barils passent chaque jour en réalité on peut quand même contourner un peu donc la réalité c'est une perte d'approvisionnement de 10 à 15 millions de barils par jour sur un marché mondial sur une consommation mondiale de l'ordre de 105 c'est considérable on a parlé d'un lâchage c'est-à-dire d'une ouverture des stocks stratégiques d'après les chiffres qui ont traîné se balader entre 150 250 millions de barils ça représente 3 semaines à peu près qui permettent de combler ce déficit et ça c'est le message qui est envoyé au marché de la même manière que les Etats-Unis ont envoyé un message dont on peut discuter beaucoup plus qui est la levée des sanctions sur le pétrole russe donc tout ceci a joué sur finalement le paramètre prix avant de parler de pénurie il y a le problème du prix et il faut bien se rendre compte que la controverse que nous avons sur le prix de l'essence en Europe elle est identique et même elle est plus violente aux Etats-Unis parce que nous en Europe on a un petit avantage comparatif c'est que quand nous achetons de l'essence nous payons avant tout des impôts et donc les fluctuations du prix de l'essence hors taxes sont amorties par notre matelas fiscal aux Etats-Unis il y a beaucoup moins d'impôts et donc la hausse des prix est beaucoup plus violente on a passé les 3,50$ le galon et pour Donald Trump qui a des élections des élections de mid-terme dans 6 mois c'est là quand même un enjeu politique beaucoup plus important paradoxalement que ne l'est l'enjeu politique en Europe ou en France traditionnel sur le prix de l'essence à la pompe
Merci Philippe Chalmin merci beaucoup pour votre éclairage justement sur ces questions Sophie Briante un dernier mot est-ce que la France le gouvernement doit mettre en place des aides des mécanismes pour faire baisser les prix à la pompe et pour aider les français face à ces hausses
Je pense que la solution ne sera absolument pas que française et c'est tout l'intérêt pour parler qui auront lieu aujourd'hui même du G7 Énergie et de comment faire en sorte justement d'agir sur l'offre pour que les prix puissent se détendre comme ça vient d'être expliqué
Merci beaucoup Sophie Briante Vivant Merci à vous pour avoir été notre invitée
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Sophie Briante Guillemont