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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 13 mai 2026 23 min

Guerre au Moyen-Orient, Donald Trump en Chine... Le "8h30 franceinfo" de Jean-Yves Le Drian

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Jean-michel Jean

Bonjour Jean-Yves Le Drian.

0:05
Présentateur

Bonjour.

0:05
Jean-michel Jean

Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour à tous. Après plus d'un mois de trêve, le cessez-le-feu ne tient plus qu'à un fil entre l'Iran et les Etats-Unis. Donald Trump fustige la réponse de Téhéran au plan américain. Une réponse bonne à mettre à la poubelle, selon lui. Le président américain qui file désormais la métaphore. Selon lui, la trêve serait un malade. On l'écoute.

0:27
Auditeur

Il est très très très faible. On m'a présenté des documents, j'ai même pas pris la peine de les lire. Mais je dirais qu'en ce moment, il est sous assistance respiratoire presque.

0:39
Jean-michel Jean

Est-ce qu'on peut encore sauver ce cessez-le-feu sous assistance respiratoire, comme le dit Donald Trump, ou il est condamné ?

0:45
Présentateur

Il y a une constatation que l'on peut faire à ce moment de ce conflit. C'est que le slogan, la paix par la force, qui est un slogan qui est partagé d'ailleurs par le président Trump et le premier ministre Netanyahou. La paix par la force, ça ne marche pas. C'est comme ça, ça ne marche pas. Parce que la paix par la force, c'est en fait la guerre, c'est en fait le chaos. Et au fur et à mesure, la force s'enlise et la paix n'est pas au rendez-vous. Et on le constate là. Comment on peut prendre rendez-vous avec la paix alors ? C'est la négociation. La paix par le droit. La paix par la force, ça ne marche pas. Seule marche la paix par le droit. D'ailleurs, on l'a bien vu sur la crise iranienne.

Lorsqu'en 2015, la question du nucléaire se posait exactement de la même manière qu'aujourd'hui, encore peut-être de manière moins forte, il y a eu une négociation longue, difficile, il y a eu un accord. La paix par le droit. Et l'accord était globalement respecté. Et c'est le président Trump qui l'a cassé en 2018. Et dans cet accord-là, les Européens étaient à l'avant-garde. Et la France en particulier, avec Laurent Fabius et le président Hollande, à l'avant-garde. La paix par le droit. Mais donc la stratégie de Donald Trump, c'est un échec. C'est l'échec de Donald Trump. Ça peut être aussi un échec du président Poutine en Ukraine. Ça ne marche pas. Vous qui connaissez.

Et à force d'attaquer le droit international, comme le font l'administration américaine aujourd'hui, en particulier en créant ce qu'on appelle le board of peace, une espèce d'alternative aux Nations Unies en se reposant sur la force. Ça ne marche pas. Il va falloir faire ce constat. Et aujourd'hui, c'est ce que nous voyons dans la discussion entre l'Iran et les Etats-Unis.

2:24
Jean-michel Jean

Mais on en est très loin, Jérôme Le Drian. Parce qu'aujourd'hui, Donald Trump, il réfléchit peut-être à reprendre les opérations. Il réfléchit même à changer le nom de cette guerre qui s'appelait Führer et Pique. Elle pourrait devenir l'opération marteau de fer.

2:36
Présentateur

On est loin d'un chemin vers la négociation. Je vous donne mon point de vue. Je fais le constat que ça ne marche pas. La réalité sur ce que vous dites concernant le président Trump, c'est qu'on connaît sa méthode. Il y a un triptyque. D'un côté, des ultimatums tonitruants, variables, violents, changeants, modifiant le propos régulièrement. Mais des ultimatums. De l'autre côté, parfois, l'usage de la force de manière brutale, soudaine et qui s'arrête. Et puis, troisièmement, des négociations qu'il faut mener de manière extrêmement rapide et parfois de manière expéditive. Et ils jouent sur les trois en même temps.

Donc, on ne sait pas si c'est le premier registre, le deuxième ou le troisième qui est en application. Parce qu'ils jouent sur les trois en même temps. Et c'est le cas aujourd'hui. Parce qu'en réalité, on voit bien qu'il y a une recherche de la part de l'administration du président Trump de sortir de cette impasse. Parce que c'est une impasse.

3:35
Invité

Alors justement, en face, vous qui connaissez les Iraniens depuis des décennies, comment vous analysez leur position ? Est-ce que c'est une posture pour vous de négociation ? Ou là encore, une impasse, une vraie fermeture de porte ?

3:47
Présentateur

J'ai le sentiment qu'aujourd'hui, on est dans une espèce de partie de poker menteur. Chacun bluffe. Je pense que les uns et les autres ont intérêt à arrêter. Mais personne ne le dira. Ils ont intérêt à arrêter les Etats-Unis parce qu'il y a les élections à mi-terme américaines au mois de novembre. Parce que ce n'étaient pas les engagements qu'avait pris Trump dans sa compagnie électorale. Parce que l'opinion publique américaine commence à dévisser à l'égard de Trump. Parce qu'il y a l'inflation qui progresse. Près de 4% d'inflation aux Etats-Unis au cours du mois d'avril. Bref, c'est très important. Donc, il a besoin de sortir. Mais il ne le dira jamais.

Puisque les buts de guerre n'ont pas été officiellement atteints. Et puis, les Iraniens sont aussi devant des difficultés d'approvisionnement, de chômage, d'une économie qui va mal, d'une protestation potentielle qui peut arriver, même si le régime est très oppressif. Bref, il faut trouver une sortie. Mais chacun estime que c'est à l'autre de sortir. Et donc, du coup, on est dans une situation de blocage. Blocage, d'ailleurs, très concret. Blocage du Golfe par les Iraniens. Blocus des Américains. Situation d'une forme d'impasse. Chacun pensant que l'autre va céder le premier. Voilà où nous en sommes.

Et donc, peut-être qu'un pays tiers, des pays tiers pourraient permettre de débloquer la situation.

5:06
Jean-michel Jean

Justement, quels pays tiers ? Paris et Londres essayent. Ils ont mis sur pied une coalition de plusieurs Etats prêts à aider à sécuriser le détroit d'Ormouse une fois la guerre terminée. La France va prendre une initiative aux Nations Unies pour proposer un cadre à cette mission, a annoncé Emmanuel Macron. Est-ce que Paris et Londres ont une quelconque influence sur ce conflit ou cette mission ?

5:32
Présentateur

On a déjà donné. L'influence, on l'a eue. On peut la retrouver, la garder. On l'a eue, mais est-ce qu'on l'a encore ? Je vous parlais tout à l'heure de la négociation qui avait eu lieu avec les Iraniens, avec les experts européens, singulièrement britanniques et français, qui avaient permis d'aboutir à un accord.

5:47
Jean-michel Jean

Mais la France n'est pas dans les négociations aujourd'hui, Jean-Yves Le Drian.

5:50
Présentateur

Non, on n'est pas dans les négociations, parce que personne n'a, France n'a pas été contributive à l'engagement de la guerre. Voilà, nous avons toujours dit qu'il fallait que l'Iran n'accède pas à l'arme nucléaire, et les accords de 2015 le prévoyaient, permettaient d'éviter de sortir l'Iran de la possibilité d'accès à l'arme nucléaire. Ils ont été cassés par le président Trump en 2018. Et j'observe d'ailleurs que les bases de négociations, si je crois les informations que l'on peut avoir glanées ici ou là, parce que tout ça reste un peu secret, on retrouve les éléments de la négociation de 2015, alors que c'est le président Trump qui l'a rempli en 2018.

Donc la France rappelle ces principes-là. Et à quoi ça sert cette mission aujourd'hui, Jean-Yves Le Drian ? Il ne faut pas que, je vais y venir, il ne faut pas que l'Iran accède l'arme nucléaire, c'est une question de sécurité sur l'ensemble de la région, donc notamment le processus de négociation qui le permettrait en échange de la levée des sanctions. C'était un processus qui avait abouti antérieurement et qui était un processus sage et vertueux. Et la mission qui est proposée, qui est engagée par la France et la Grande-Bretagne, c'est une mission de sécurité, de fiabilité, de confiance, si on est dans une phase de déconfliction.

Ce n'est pas une participation à ce conflit qui ne nous concerne pas directement. Nous ne sommes pas partie prenante de la guerre, ni les uns ni les autres, mais il y a une force initiée par le président Macron, avec le soutien britannique, qui regroupe une cinquantaine de pays, qui dit « Nous sommes prêts à assurer le combat pour la liberté de navigation lorsque les deux protagonistes auront cessé leur combat. » Une phase de déconfliction. On apprend un nouveau mot ce matin sur François. Déconfliction, oui, c'est le terme utilisé par la ministre de la Défense, mais c'est le terme juste.

7:32
Invité

Et j'aimerais vous interroger sur un autre terme, celui de Kajakalas, qui est la chef de la diplomatie européenne, qui a expliqué hier que l'Europe pourrait peut-être sécuriser Hormuz, mais uniquement une fois la guerre terminée.

7:42
Présentateur

Ça s'appelle la phase... À quoi ça sert l'Europe ? Ah, parce que même s'il n'y a plus de situation conflictuelle brutale, il n'empêche que le trafic sur Hormuz sera sûrement fragile, parce que les assurances mettront toujours des tarifs extrêmement élevés, et la sécurisation par des forces européennes du trafic sera bienvenue, même si ça se fait en bonne intelligence aussi avec les parties prenantes du conflit. Et c'est ça la réalité. L'Europe apporte la confiance, la fiabilité et, d'une certaine manière, la stabilité.

8:15
Jean-michel Jean

Jean-Yves Le Drian, Donald Trump est attendu en Chine aujourd'hui. C'est la première visite d'un président américain depuis 2017, donc depuis près de dix ans. La Chine qui est l'allié de l'Iran. On écoute le président américain.

8:29
Invité

J'ai une excellente relation avec le président Xi, et je pense que cela va rester ainsi. Nous avons beaucoup de choses à discuter. Je ne dirai pas que l'Iran en fait partie, pour être honnête avec vous,

8:39
Jean-michel Jean

car nous avons l'Iran très largement sous contrôle. Bon, on a l'habitude d'entendre Donald Trump dire des choses pas forcément exactes. Là, il dit que l'Iran, ce ne sera pas un sujet, parce que la situation est sous contrôle. Est-ce que c'est vrai ou est-ce que l'Iran, au contraire, est un enjeu majeur dans cette visite et un enjeu sur lequel la Chine pourrait avoir un rôle ?

9:01
Présentateur

Je pense que la Chine, très profondément, ne souhaite pas l'instabilité du monde. Elle a une grande capacité d'exportation et les exportations font partie des nécessités pour assurer sa propre croissance. Et donc, tout ce qui perturbe la stabilité perturbe la Chine. Donc, la Chine n'a pas intérêt à la prolongation du conflit. La Chine n'a pas non plus intérêt à la prolongation du conflit, parce qu'elle dépend, pour une partie de son approvisionnement en pétrole, beaucoup du Golfe et de l'Iran. Du Golfe et de l'Iran, des deux. Et les deux blocus, le blocage iranien et le blocus américain, la perturbent. Donc, elle peut souhaiter une sortie.

Est-ce qu'elle peut faire pression, la Chine, sur Trump ? Elle a les moyens de faire pression, oui. Elle peut agir auprès de Trump. Pour peut-être essayer aussi d'aider à la sortie de crise. Le seul moyen d'aider à la sortie de crise, c'est qu'il n'y ait pas d'humiliation. Parce qu'on reparlait de la position de l'Iran tout à l'heure. Puisque l'Iran tient, l'Iran gagne. L'Iran, sa victoire, c'est de tenir en échec la plus grande puissance mondiale, accompagnée de la plus grande puissance régionale qu'est Israël. Donc, c'est une victoire intérieure. La victoire de l'Iran, c'est de tenir.

La victoire pour Trump, c'est de faire en sorte que, un, Hormuz soit libéré, et que, deux, on règle la question du nucléaire. Ça fait beaucoup. Donc, il faut que personne ne se sente humilié. Peut-être que la Chine peut trouver la voie de la sagesse pour permettre cela. Parce que je pense que les uns et les autres veulent sortir.

10:32
Invité

Ça me fait penser à ce que vous nous aviez dit, ici même, le 18 mars. Vous avez dit que cette guerre était aussi une guerre pour que l'Iran retrouve sa liberté. Ça, c'est fini ? On n'y pense plus ?

10:39
Présentateur

Il y a eu une erreur d'appréciation considérable. C'est le fait que l'attaque qui a été menée par les Etats-Unis et Israël le 28 février, là où étaient réunis tous les leaders du régime, cette attaque-là n'a pas entraîné un changement de régime. Au contraire, ça a, d'une certaine manière, permis de ressouder les Iraniens autour de la nécessité de la survie de leur État et de leur territoire. Une forme de nouveauté du nationalisme, même si l'oppression par le régime continue à se faire sentir. Ce n'est plus le sujet. Ça, ça a raté. Parce que la paix par la force, ça ne marche pas.

11:20
Jean-michel Jean

Jérôme Le Drian, vous parliez de la Chine qui voulait la stabilité. Dans ce monde chamboulé, la Chine qui est alliée de l'Iran, c'est aujourd'hui le pôle de stabilité ?

11:31
Présentateur

La Chine que va rencontrer le président Trump est totalement différente de celle qu'il a vue en 2017. Elle est devenue la deuxième grande puissance avec l'objectif de devenir la première grande puissance en 2049, 100 ans après la création du Parti communiste chinois. Ils sont sur le chemin. Ce n'est plus uniquement aujourd'hui l'usine du monde. C'est devenu une grande puissance technologique qui est en rivalité avec les États-Unis.

Et lorsque Trump a essayé par beaucoup de moulinets de faire en sorte que la guerre tarifaire au cours de l'année 2025 puisse aboutir à des résultats positifs pour les États-Unis, il a été obligé de plier bagage lorsqu'il s'est retrouvé en Corée du Sud au mois d'octobre, je crois, avec le président Xi où il a fini par renoncer à la mise en œuvre de mesures tarifaires parce que la Chine avait menacé de ne plus fournir à la fois des terres rares et puis de bloquer un certain nombre d'exportations. Donc il arrive dans une situation où il est plutôt, lui, la puissance descendante tandis que la Chine est plutôt la puissance ascendante.

D'autant plus que la Chine, parallèlement, se renforce sérieusement au niveau militaire que ce soit au niveau naval en particulier, mais aussi dans le domaine nucléaire. Bref, c'est une grande puissance. Donc la position de Xi va être très différente à l'égard de Trump par rapport à celle qu'il a eue en 2017. Sans doute il aura le droit à des honneurs considérables, le président Trump, qui vont le flatter. Mais sur le fond, c'est un peu la Chine qui va mener le bal.

12:57
Invité

Et un dossier brûlant, Donald Trump veut parler de Taïwan à Xi Jinping. Que répondez-vous à Jean-Luc Mélenchon en France quand il dit Taïwan, c'est la Chine et nous ne ferons jamais, nous France, la guerre à la Chine ?

13:09
Présentateur

La France a reconnu la Chine comme une seule Chine depuis très longtemps. Il n'en a pas attendu M. Mélenchon pour le faire. Ceci dit, la France estime que le statu quo sur Hong Kong doit perdurer. Nous affirmons les deux principes. Le 830 France Info Agathe Lambret, Paul Larouturou

13:31
Jean-michel Jean

Avec Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense, ancien ministre des Affaires étrangères et envoyé personnel du président pour le Liban. On parlait de Taïwan au cœur de cette visite en Chine, Paul.

13:41
Invité

Petite question complémentaire, M. l'ancien ministre des Affaires étrangères mais qui avait toujours un oeil vif sur l'actualité internationale. Votre expertise, est-ce que vous pensez aujourd'hui que les Etats-Unis sont en position de faiblesse pour défendre Taïwan ? On sait qu'il y avait un pacte pour toujours livrer des armes. On ne comprend pas exactement la position américaine. Ils sont faibles ou pas ?

13:57
Présentateur

Je ne suis pas sûr que ce soit la question principale que vont évoquer les Chinois et je ne suis même pas sûr que ce soit la question principale pour la Chine aujourd'hui. La Chine a beaucoup de sujets de préoccupation. Ils mettent en perspective le fait qu'en 2049, la Chine devra être réunifiée mais je ne sens pas de pression majeure sauf des exercices militaires réguliers par rapport aux enjeux essentiels que rencontrent les Chinois aujourd'hui. C'est la reprise de la consommation et la reprise de la croissance qui est un peu en tendance de stagnation. J'ajoute aussi le fait qu'il y a néanmoins un renforcement autoritaire de la Chine.

Le Xi Jinping d'aujourd'hui est très autoritaire avec des mesures des sanctions à l'égard de beaucoup de cadres y compris des cadres de l'armée. Donc le renforcement du régime autoritaire se fait extrêmement sentir. J'imagine que cela correspond aussi à des inquiétudes internes. Donc c'est dans ce paysage-là que le président Trump va arriver mais néanmoins considéré comme aujourd'hui une puissance réputée en déclin.

15:06
Jean-michel Jean

Alors que le monde entier est suspendu à ces discussions entre l'Iran et les Etats-Unis, Donald Trump s'est déchaîné sur son réseau Trousse Social en début de semaine. Il a posté des rafales de messages. Il y a par exemple ce message qu'il republie dans lequel on peut lire qu'Obama est une force démoniaque. Je cite un autre message où on voit l'image d'un avion détruit par un laser avec cette légende. Laser, bing bing, il n'y a plus rien. Qu'est-ce que ça vous inspire quand un président américain...

15:34
Présentateur

Il y a eu plus spectaculaire parce que je crois me souvenir qu'il y a eu une transformation en Jésus-Christ à un moment donné. Oui, tout à fait. Ça, c'était avant. Je ne sais pas si c'était un signe à l'égard du pape américain, mais en tout cas, on est dans le spectaculaire. Qu'est-ce qui vous enlève de la stratégie ? Qu'est-ce qui vous enlève de la provocation ou de l'instabilité ? Je ne rentre pas dans ces discussions sur l'état mental du président Trump. On est obligé de faire avec. Tout le monde est obligé de faire avec. C'est comme ça. Et donc, il faut utiliser ses propres contradictions pour essayer d'avancer dans un monde plus pacifié et plus serein. On sait qu'il improvise.

On parlait de l'Iran tout à l'heure. C'est quand même assez extraordinaire qui n'ait pas été envisagé que si les États-Unis intervenaient contre l'Iran militairement avec des frappes extrêmement importantes et très puissantes qui se sont développées, la question d'Hormuz n'allait pas se poser. On rentre dans l'Iran sur la question du nucléaire et maintenant, on a deux sujets lourds en même temps, le nucléaire et Hormuz sur lesquels l'Iran joue avec beaucoup d'intuition et de satisfaction d'une certaine manière. Donc, il y a de l'improvisation, beaucoup. Il y a de l'imprévisibilité, beaucoup. Il y a souvent de l'impulsion à un moment donné.

Mais on est obligé de travailler avec Trump tel qu'il est. C'est comme ça. C'est le choix des Américains même si ce choix risque peut-être de bouger. C'est aux Américains de juger.

17:00
Invité

Vous êtes aussi l'envoyé personnel du président Macron pour le Liban. Les frappes israéliennes ont fait 380 morts depuis l'entrée en vigueur de ce qui est censé être une trêve depuis le 17 avril des chiffres du ministère de la Santé libanais. Est-ce que le Liban n'est pas le grand oublié de cette guerre ?

17:14
Présentateur

Il ne faudrait pas qu'il le soit parce qu'aujourd'hui, demain, aujourd'hui, il y a l'arrivée de Trump à Pékin. Demain, il y a les discussions à Washington entre les représentants du Liban et les représentants d'Israël sous la houlette des Etats-Unis. J'espère que demain, au moins dans ces discussions-là, on obtiendra la prolongation du cessez-le-feu, même si ce cessez-le-feu n'est pas totalement respecté, vous l'avez dit. En tout cas, c'est mieux que s'il n'y en avait pas. En tout cas, il est souhaitable qu'il soit prolongé là maintenant parce que le cessez-le-feu, normalement, arrête dans quelques jours ou peut-être même demain.

Donc, la nouveauté, c'est qu'il y a des discussions en direct entre le Liban et Israël. Et ça, c'est dû à l'initiative du président Aoun qui a considéré à un moment donné grave pour son pays qu'il était important d'ouvrir et de faire en sorte qu'il y ait des discussions directes. Ce qui est une première quasiment depuis la fin de la guerre mondiale, de la dernière guerre mondiale. Donc, c'est une nouveauté qu'il faut encourager et que la France a encouragée.

18:20
Jean-michel Jean

Oui, mais justement, la France, qu'est-ce qu'elle a fait dans cette guerre ? Parce qu'elle a livré des tonnes d'aides au Liban. Mais est-ce qu'elle a encore une influence ?

18:28
Présentateur

Est-ce qu'elle a fait

18:30
Jean-michel Jean

bouger les lignes ?

18:30
Présentateur

On a déjà 700 soldats. Ce n'est quand même pas secondaire. Et est-ce qu'on fait bouger les lignes ? Qui sont victimes aussi des attaques du Hezbollah puisqu'il y a eu deux morts parmi les soldats français de la finule. Donc, la France est présente physiquement, militairement parlant. C'est les seuls des protagonistes qui sont présentés militairement parlant. Ensuite, la France est présente culturellement, politiquement. lorsque le président Aoun a décidé l'ouverture vers Israël, il s'est tourné évidemment vers le président Macron pour lui dire aidez-moi à faire en sorte qu'il y ait au moins un cessez-le-feu et que les Israéliens comprennent le geste politique que je fais.

Et que je fais avec beaucoup de courage et même avec beaucoup d'audace parce qu'il en fallait et il prenait des risques à l'égard de sa propre opinion. Et donc, c'est la France et le président de la République qui a relayé y compris auprès du président Trump la nécessité d'aboutir à un cessez-le-feu et de faire en sorte que les Israéliens participent à cette négociation. Je me souviens que le président Trump m'a dit à un moment donné j'interdis Israël de continuer à taper sur le Liban. Vous vous souvenez de ça ? Ça n'a pas eu beaucoup de résultats parce qu'Israël continue à frapper.

Mais il n'empêche qu'il y a cet entourage autour du président Aoun et ce soutien autour du président Aoun qui a permis de débloquer la situation. C'est le début de la négociation. J'espère que ça se poursuivra.

19:46
Invité

En 2020, quand le Covid a surgi, vous étiez ministre des affaires étrangères. Vous avez œuvré à l'époque au rapatriement des Français de l'étranger. Est-ce que vous voyez des similitudes avec aujourd'hui la situation actuelle et cet antivirus qui fait tellement peur ?

20:00
Présentateur

Non, pas du tout. D'abord, je trouve que les positions qui ont été prises par le gouvernement sont des positions d'abord très anticipées. J'ai écouté le Premier ministre, j'ai écouté la ministre de la Santé. Des positions très anticipées, des positions très strictes, des protocoles très rigoureux qui sont en train de se mettre en place. Et on est sur des cas extrêmement mineurs. Donc, on n'est pas du tout dans la même situation où, au moment de la Covid, il fallait rapatrier des milliers de Français qui étaient éparpillés dans le monde, prendre des avions spéciaux. C'était une période extrêmement difficile.

Non, on a d'abord pris les leçons de l'épidémie Covid et on est en situation, je pense, de riposter. À condition que les protocoles soient partagés au niveau européen, je crois que ça va être le cas. parce que là, on a l'expérience de la Covid qui nous a permis, à ce moment-là, il n'y avait pas d'Europe de la santé, ça n'existait pas, d'inventer l'Europe de la santé, mais aussi dans le monde. On parlait tout à l'heure du président Trump qui est tout à fait opposé au multilatéralisme comme vous le savez. Et qui a quitté l'OMS. Et qui a quitté l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé. Et c'est l'Organisation Mondiale de la Santé qui garantit les protocoles. Donc, ça va être compliqué.

Et on a pu constater aux Etats-Unis que, contrairement à ce que souhaitait, à ce que décidait le ministre de la Santé qui est tout à fait anti-vax et qui ne se cache pas, on a pu constater que le gouverneur du Nebraska allait contre cette décision-là et imposait le protocole de l'OMS. Donc, ce n'est pas simple de se retirer du multilatéralisme.

21:28
Jean-michel Jean

Jean-Yves Le Drian, lundi, à Nairobi, en plein sommet Africa Forward, Emmanuel Macron a interrompu une conférence pour recadrer la salle trop bruyante à son goût. On l'écoute.

21:39
Invité

Je suis désolé, les amis, mais il est impossible de parler de culture dans un tel vacarme. C'est un manque de respect total pour ceux qui font un discours. Si vous souhaitez avoir des entretiens bilatéraux ou discuter d'autres choses, vous disposez de salles réservées à cet effet où vous pouvez sortir.

21:57
Jean-michel Jean

OSS 117, comportement paternaliste voire colonialiste, la scène a beaucoup fait réagir, notamment sur les réseaux sociaux. Vous, vous en avez pensé quoi ?

22:07
Présentateur

Moi, j'ai assisté à d'autres sommets France-Afrique. Il y a toujours de l'ambiance. Vraiment, ça ne m'a pas choqué. Il y a toujours de l'ambiance. Il y a le sommet de Montpellier en France, même si c'était en France, c'était assez chaud. Les salles sont chaudes d'une certaine manière. Et donc, je comprends. Le président, c'est lui qui est l'organisateur avec le président du Kenya. Donc, il essaye de mettre un peu d'ordre. Je ne suis même pas sûr que ça va le desservir. Simplement, ce que j'observe, c'est que ce sommet était un succès.

C'était quand même un sacré pari de faire le sommet France-Afrique dans un pays anglophone et de le faire maintenant et de le faire en s'appuyant sur la jeunesse, d'où le chahut, mais en s'appuyant aussi sur des investisseurs internationaux et des investisseurs français et africains. Que ce sommet aboutisse à ce qu'il y ait, je crois, 23 ou 24 milliards d'investissements décidés par des partenaires français et des partenaires africains solidairement, c'est une nouvelle donne. Et je pense que ce sommet de Nairobi marquera une grande étape dans la relation entre la France et l'Afrique.

23:15
Jean-michel Jean

Merci beaucoup. Jean-Yves Leudrière d'avoir répondu aux questions de France Info. Merci Paul. Merci à toi demain.

Guerre au Moyen-Orient, Donald Trump en Chine... Le "8h30 franceinfo" de Jean-Yves Le Drian — Jean-michel Jean · Pourquijevote