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interviewRFI — Invité politique· 7 juillet 2026 8 min

Romain Eskenazi, député PS: «Si Marine Le Pen a piqué dans la caisse, elle doit être écartée de la présidentielle»

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Romain Esquenazi. Bonjour. Merci de nous rejoindre sur RFI dans l'attente du dénouement judiciaire dans le procès de Marine Le Pen qui va donc déterminer si elle pourra concourir à nouveau dans la course à l'Elysée ou bien si elle devra passer la main à Jordan Bardella. Qu'attendez-vous de ce jugement, Romain Esquenazi ? Qu'est-ce que cela change pour vous ?

0:25
Romain Eskenazi

Écoutez, cela ne change pas grand-chose. C'est que l'un comme l'autre ont rejoint le Front National pour Jean-Marie Le Pen. Donc l'un comme l'autre ont la même source d'inspiration. Cet homme qu'ils prétendent rejeter aujourd'hui, il a finalement été à l'origine de leur adhésion au Front National pour suivre et défendre ses idées. Donc pour nous, cela ne change rien. Moi, j'attends que justice soit faite en toute indépendance. Je fais confiance au juge, je fais confiance à la justice et il conviendra effectivement de respecter cette décision qui sera prise en toute indépendance en fonction des faits qui auraient été établis.

0:57
Présentateur

Personne n'est au-dessus des lois, même celle qui est en tête de tous les sondages pour la présidentielle. C'est ce que vous dites aujourd'hui.

1:05
Romain Eskenazi

Imaginez le discours qu'on tiendrait aux Françaises et aux Français qui sont un certain nombre à avoir un sentiment de défiance au sujet de la justice, de leur dire mais si vous aussi, vous étiez candidat à une élection suprême et que vous aviez des bons scores dans les sondages, on vous jugerait différemment. C'est la base du principe républicain. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. C'est le premier article de la Déclaration des droits de l'homme inscrite en préambule de notre Constitution.

Donc il est évident que la justice est la même pour tous et que si Marine Le Pen a piqué dans la caisse et a utilisé de l'argent à l'origine fait pour défendre l'intérêt général de l'Union Européenne pour des raisons partisanes et pour faire fonctionner son propre parti à hauteur de plus de 4 millions d'euros, il est évident qu'il faut qu'elle soit condamnée, écartée de cette candidature à la fonction suprême car cela présage d'un sens éthique assez particulier pour quelqu'un qu'on devrait placer à la tête de l'État.

1:57
Présentateur

Il n'y a pas d'anomalie démocratique, même si c'est une lourde charge pour la justice, que de décider qui va ainsi se présenter à une élection.

2:07
Romain Eskenazi

La justice doit décider en toute indépendance. Marine Le Pen est une justice stable comme une autre. Vous savez, la démocratie, ce n'est pas la tyrannie de la majorité. La démocratie, ce n'est pas même le vote majoritaire. Le vote majoritaire et le vote, ce n'est qu'un moyen d'expression démocratie. La démocratie, c'est le règne du droit. C'est ça la définition de la démocratie. Admettons que 90% des Français votent pour enfermer de manière arbitraire telle ou telle partie de la population sera beau être une décision ultra majoritaire. Ce ne sera pas une décision démocratique, car contraire au respect des droits fondamentaux.

La démocratie, c'est d'abord le respect du droit, de l'État de droit, de l'indépendance de la justice, avant l'expression de la volonté populaire.

2:47
Présentateur

Si Marine Le Pen est empêchée, Romain Esquenazi, quel regard vous portez, vous, sur Jordan Bardella ? Il a tout juste 30 ans, il est peu expérimenté. Est-ce que c'est, comme on dit, un candidat plus prenable que Marine Le Pen, à vos yeux, même si lui aussi surfe en tête de tous les sondages ?

3:05
Romain Eskenazi

Oui, vous l'avez dit. Effectivement, aujourd'hui, les sondages d'opinion démontrent qu'ils sont à peu près au même niveau dans les sondages. Donc, je ne pense pas. Nous, on n'a pas à choisir nos adversaires. Nous, on a à combattre l'extrême droite. Moi, c'est le sens de mon engagement politique contre ces valeurs qui sont radicalement opposées aux principes fondamentaux de la République, que sont la liberté, l'égalité, la fraternité, qui détricotent à chaque ligne de leur programme, l'un comme l'autre. Donc, moi, je ne fais pas de différence. Mais, effectivement, je reprendrai vos termes. Jordan Mandela est profondément inexpérimenté.

Il a démontré, à travers les deux mandats que lui ont confié les Français, d'abord au Conseil régional des villes de France, puis à l'Union européenne, la vision qu'il avait d'un mandat, c'est-à-dire quelque chose qui est un tremplin pour l'étape suivante, mais pas une mission confiée par les Françaises et les Français pour défendre l'intérêt général. Les deux seuls mandats qui ont été confiés, il a brillé par son inaction et par son absence. Je pense que ça devrait mettre la puce à l'oreille des Français.

3:58
Présentateur

Voilà, en attendant cette décision, l'arrêt de la Cour d'appel de Paris qui va donc sceller l'avenir politique de Marine Le Pen, un mot Romain Esquenazi sur les tourments de votre propre parti du Parti Socialiste qui continue à s'entre-déchirer à neuf mois du scrutin présidentiel. Nouvel épisode de tension hier où les députés socialistes, dont vous êtes parti, ont carrément désavoué Olivier Faure, le patron de votre parti, qui avait appelé, lui, la censure du gouvernement pour une action climatique. Pourquoi avoir voté contre cette censure, Romain Esquenazi ?

4:35
Romain Eskenazi

Nous avons voté contre cette censure car c'est le fruit d'un débat qui a duré trois heures, deux réunions, une d'une heure, une de deux heures, où chacun puisse s'exprimer. Je dois bien le dire, avec beaucoup de talent de part et d'autre, avec des arguments qui étaient assez pertinents et que j'ai trouvé, moi, à titre personnel, assez convaincants d'un compter et de l'autre. On aurait pu penser du côté du vote de cette censure pour une action climatique avec nos camarades et des collègues écologistes. Et on a finalement décidé de ne pas le faire, considérant qu'avoir un gouvernement démissionnaire, là, dès cet été, ça ne contribuerait pas plus à agir pour le réchauffement climatique.

5:09
Présentateur

Donc le frondeur, c'est Olivier Faure, dans cette affaire ?

5:13
Romain Eskenazi

C'est une évidence. Vous avez eu trois heures de débat, un vote interne, deux tiers contre la censure, un tiers pour la censure. Olivier Faure a choisi de le voter, quand même, malgré ce vote majoritaire. Donc c'est une évidence que c'est lui qui a choisi délibérément, pour des raisons qui lui appartiennent. Je lui poserai la question de ne pas respecter la discipline de groupe à laquelle il appelle régulièrement.

5:32
Présentateur

Est-ce que ce désaveu, c'est un acte de plus pour pousser Olivier Faure vers la sortie, dans sa guerre, avec le patron des députés socialistes,

5:40
Romain Eskenazi

Boris Malot ? Non, moi, je ne pousse personne, encore une fois.

5:45
Présentateur

Mais est-ce que ça légitimitait sur la sellette, après un tel désaveu ?

5:50
Romain Eskenazi

Moi, je considère qu'à titre personnel, et là, je parle dans mon nom, qu'il a été élu premier secrétaire du Parti socialiste, par une majorité, certes, très très courte, et par une majorité de militants. Donc pour moi, sa légitimité n'est pas remise en question. Effectivement, la position qu'il a choisie, pour des raisons, encore une fois, qui lui appartiennent, de passer un message politique, d'ancrage, d'alliance, peu importe. Mais il a choisi, effectivement, délibérément de ne pas suivre la ligne fixée par le groupe suite à un vote démocratique. C'est une décision qui n'est pas neutre. Pour autant, moi, je ne fais pas partie de ceux qui appellent à sa démission aujourd'hui.

6:26
Présentateur

Quel impact va avoir cette nouvelle guerre des roses à deux jours de ce vote crucial des militants ? C'est jeudi qu'ils doivent trancher la stratégie du parti. Aurélie Fille, pour la présidentielle, est-ce que ça plombe le scénario défendu par Olivier Faure de cette double primaire pour départager les candidats de la gauche ?

6:49
Romain Eskenazi

Moi, je voudrais, tout de même, qu'on ne donne pas au vote de jeudi une importance qu'il n'a pas. Une question se posait très clairement. Est-ce qu'il convient aux militants internes du Parti Socialiste et de Place Publique de choisir leur candidat ? Ou est-ce qu'on souhaite ouvrir à travers une primaire à deux euros, comme ça a été fait à deux reprises ? Voilà, c'est tout ce qu'on choisit jeudi. On choisit le mode de scrutin. Et très franchement, les deux s'entendent. Le fait que, quand on est dans un parti, ça donne le droit de choisir son candidat ou que, pour lancer une dynamique, on souhaite l'ouvrir aux sympathisants, les deux s'entendent.

Les militants vont simplement trancher sur cette question. Ils ne vont pas trancher sur une stratégie. Ils ne vont pas trancher sur des alliances. Ils ne vont pas trancher sur une ligne politique. On va trancher sur des modalités de vote. Est-ce qu'on ouvre ou est-ce qu'on ferme ? C'est tout.

7:31
Présentateur

Ça ne sera pas plus que ça. Donc, finalement, ce n'est pas si crucial que ça. C'est juste un avis des militants.

7:35
Romain Eskenazi

C'est-à-dire que, non, moi, je vois vraiment en disant si on vote pour l'un, le PS ira avec Glucksmann, si on vote pour l'autre, il ira avec les écolos. Enfin, très franchement, ça ne présage d'aucune alliance. Il est clair que, quel que soit le mode de scrutin, le gagnant de la primaire sera chargé d'aller discuter et d'aller rechercher l'alliance du reste de la gauche. Soit à travers une deuxième primaire, c'est ce que propose Lui et Fort, soit à travers des discussions, c'est ce que propose Nicolas Maïre au signal. Mais dans les deux cas, le PS est le même. C'est de Ruffin à Glucksmann. Et Glucksmann à Ruffin, qu'on ne veut qu'un candidat.

8:03
Présentateur

Voilà, merci Romain Eskenazi. Merci de nous avoir rejoints sur RFI. Bonne journée.

8:08
Locuteur

À vous.

8:09
Romain Eskenazi

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