La grande interview de Laurence Ferrari avec Stéphanie Bonhomme, la mère d'Elias
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Europe 1 La grande interview Europe 1 C News Laurence Ferrari Notre invitée ce matin dans la grande interview sur C News et sur Europe 1 c'est Stéphanie Bonhomme, bonjour à vous Bonjour Vous êtes médecin, chef de service adjointe en médecine vasculaire à l'hôpital Saint-Joseph à Paris Vous êtes la maman d'Elias et de deux autres enfants âgés aujourd'hui de 22 et 25 ans Ce matin vous vous exprimez au nom de toute la famille d'Elias Aujourd'hui alors que le rapport de l'inspection générale de la justice sera rendu au Premier ministre dans le cadre de la mort de la petite Liana Vous avez choisi de vous exprimer Stéphanie Bonhomme On va écouter avec beaucoup d'attention ce que vous avez à nous dire ce matin vos questions Mais vous vouliez commencer tout de suite en disant il y a un mot que vous ne supportez plus parce que vous l'entendez trop souvent parce qu'il est martelé à chaque drame c'est le mot victime Pourquoi est-ce que vous ne supportez plus ça Stéphanie Bonhomme ?
En fait je ne supporte plus le mot victime parce que finalement il est rabaissant et avilissant et en fait ces enfants qui parlent dans la pédocriminalité ces enfants qui parlent ces femmes qui dénoncent les violences conjugales finalement ce ne sont pas des victimes ce sont des super-héros des super-héros des super-héros et des super-héroïnes et quand je regarde toute la famille d'Elias quand je regarde ces enfants qui continuent à se lever le matin à être à l'heure à étudier, à travailler lorsque je ne vois nous les parents d'Elias et que j'imagine les autres parents en fait nous sommes un peuple de traumatisés et pourtant nous sommes là nous continuons à avancer et ce mot victime avant il renvoyait à un peuple d'invisibles et pour moi aujourd'hui on est des super-héros parce que certes nous mettons parfois un genou à terre mais nous nous relevons toujours et donc le terme super-héros fait que de la victime invisible nous passons à un statut d'invincible
et visible et qui parlent et qui prennent la parole comme vous le faites ce matin Stéphanie Bonhomme vous préférez ça pour encore une fois surmonter le traumatisme et faire quelque chose d'utile de ces drames qui vous sont arrivés ?
Oui parce que je pense qu'il faut faire quelque chose de ce que l'on nous a fait c'est-à-dire que ce n'est pas de la résilience on nous a fait du mal on a, à titre, dans notre famille on nous a pris notre enfant on a tué notre enfant et de ça il faut faire quelque chose qui est un peu le cas des super-héros et cette notion d'invincibilité et de visibilité des victimes c'est un terme qui a très bien compris le garde des Sceaux les deux ministres de l'intérieur Bruno Rotaillot avant et maintenant Laurent Nunez donc ce statut des victimes qui évolue eux l'ont parfaitement compris
et pour nous c'est important Stéphanie Bonhomme j'imagine que vous avez une pensée pour la famille de la petite Liana il y a ce rapport qui est rendu aujourd'hui on attend ses conclusions au rapport de justice et de la gendarmerie visiblement d'après les premières informations c'est un problème de traitement des plaintes Jean Barrella avait plusieurs plaintes pour violer agressions sexuelles c'est un enchaînement de faits un enchaînement de défaillances individuelles qui ont conduit à ce drame vous les connaissez évidemment que trop bien ces défaillances-là Stéphanie Bonhomme
nous les connaissons parce que nous avons nous-mêmes suite au meurtre d'Elias il y a eu une mission de l'inspection générale de la justice qui a mis en évidence des dysfonctionnements et des carences au sein du tribunal pour enfants de Paris mais qui a mis aussi en évidence un manque de discernement des décisions des juges des enfants et qu'est-ce qui s'est passé après ce rapport ? et là c'est là où ça devient compliqué c'est-à-dire que c'est très bien de demander des rapports mais qu'est-ce qu'on en fait ? qu'est-ce qu'on en fait ?
et en fait il a fallu que moi la maire d'Elias j'envoie des mails au directeur adjoint du garde des Sceaux pour savoir quelles sont les mesures correctives apportées plusieurs mails avant d'avoir des réponses j'ai envoyé des lettres à Pascale Bruston qui est la présidente du tribunal pour enfants de Paris qui par ailleurs au début était juge des enfants et en plus a eu à connaître et à prendre en charge sur le plan judiciaire les meurtriers d'Elias et ces lettres je n'ai jamais eu de réponse donc oui aux missions mais que fait-on de cette mission et de ces missions après ?
bien sûr et surtout l'important c'est que nous les proches des victimes on soit au courant c'est-à-dire que ce n'est pas à nous
de courir après les réponses Stéphanie Bonhomme rappelons que le 24 janvier 2025 Elias sautfi saigné de 14 ans rentrait de son entraînement en foot avec son meilleur ami il a été attaqué à coups de machette par deux individus de 16 et 17 ans qui avaient interdiction de se voir qui étaient connus de la justice il lui avait demandé son téléphone ce qu'il a fait évidemment il est mort terrifié il est mort je crois le lendemain d'une hémorragie interne provoquée par ses blessures le premier passage à l'acte de ces deux individus était remonté à l'âge de 13 ans rien n'a été fait pour stopper ce parcours de délinquance vous dites aujourd'hui
des choses ont été faites mais des choses qui n'avaient pas de sens c'est-à-dire que les mesures judiciaires qui ont été appliquées les mesures éducatives judiciaires ont toujours été les mêmes et aujourd'hui il est important pour nous de rencontrer ces juges des enfants ça fait la neuvième fois que je prends la parole ça fait la neuvième fois que je sollicite cette rencontre cette rencontre à droit constant puisque je travaille avec des juristes et des professeurs de droit elle peut avoir lieu et nous on a des questions qui vont nous permettre de comprendre on demande des explications pour comprendre pourquoi la juge des enfants du 30 octobre 2024 qui est face à ceux qui vont être les meurtriers d'Elias présumés lorsqu'elle les voit elle prononce une interdiction de rentrer en contact moi j'ai une question or ils habitaient dans le même immeuble or ils habitent dans le même immeuble donc lorsqu'on parle de clochardisation de la justice je pense que tout juge a au minimum un ordinateur et un téléphone portable et que ou alors ils n'en ont pas et là je tombe de ma chaise mais je pense qu'il est capable enfin que ces juges sont capables de noter les deux adresses et de voir que c'est le même endroit et de voir et si elle ne l'a pas fait nous aimerions savoir pourquoi et si elle l'a fait pourquoi le 30 octobre 2024 cette juge pour enfant ne s'est pas dit mais depuis toutes ces années en fait cette interdiction d'entrer en contact
elle n'a pas de sens donc ça veut dire qu'on est un an et demi après la mort de votre fils que vous n'avez jamais rencontré les trois juges qui ont pris cette décision là ils ont toujours refusé de vous rencontrer alors en fait
ils ne refusent pas il y a une autre juge qui est une autre juge des enfants qui est encore plus impliquée puisque elle elle a eu à les suivre en fin d'année 2023 et elle les revoit en novembre 2024 donc cette juge là pour le coup elle sait qu'ils habitent ensemble dans la même résidence elle sait qu'ils ne respectent pas la mesure d'interdiction de rentrer en contact et pour autant elle ne va pas elle va les laisser continuer d'aller et venir elle va leur donner une impunité judiciaire et donc nous on a besoin de les rencontrer et ce qui est intéressant c'est qu'on a envoyé des lettres à ces juges et systématiquement ces lettres sont interceptées par Peman Gale Marzan qui est le premier président du tribunal judiciaire de Paris et en fait c'est lui qui répond aux lettres ce ne sont pas les trois juges en question ce ne sont pas les trois juges en question donc on voit bien que la hiérarchie les hauts magistrats verrouillent tout peut-être que ces juges en tout cas on sait que sur ces trois juges il y en a une qui aimerait nous rencontrer mais en tout cas la hiérarchie verrouille la possibilité d'une rencontre avec les juges des enfants c'est une violence de plus qu'on vous fait Stéphanie Bonhomme aujourd'hui c'est du mépris c'est du mépris de l'institution judiciaire c'est du mépris du président du tribunal judiciaire Peman Gale Marzan c'est du mépris de Jacques Boulard du premier président de la Cour de l'Appel
vous y allez là
vous donnez les noms en fait je ne donne pas le nom des juges des enfants mais par contre les hauts magistrats on les a rencontrés donc il n'y a aucun problème ils le disent eux-mêmes et en fait il faut comprendre que ces hauts magistrats n'ont pas de courage ils n'ont pas de courage parce qu'ils n'ont pas été capables de prendre la voie de passage juridique qui existe pour que cette rencontre ait lieu c'est-à-dire qu'ils n'ont pas compris le caractère réparateur et humain de cette rencontre et ils ont préféré se draper vraiment se draper dans l'avis consultatif du conseil des magistrats de l'ordre judiciaire et en fait cet avis n'étant que consultatif vous auriez pu évidemment outrepasser ça moi je l'ai outrepassé c'est-à-dire que nous leur avons écrit une lettre en leur disant nous nous opposons et nous avons le droit de le faire nous nous opposons à cet avis nous leur avons écrit une lettre la semaine dernière
ils ne nous ont pas répondu encore la semaine dernière qu'est-ce que vous attendez de cette rencontre que vous pourriez avoir avec ces trois juges qu'est-ce que vous leur diriez Stéphanie Bonhomme pourquoi est-ce que vous n'avez pas vérifié ses adresses pourquoi est-ce que ces deux jeunes de 16 et 17 ans étaient en liberté alors qu'évidemment ils auraient dû être sous contrôle pourquoi ils s'en sont pris à mon fils pourquoi ils l'ont attaqué à coups de machette c'est ça que vous leur demanderiez je pense que je pense
je pense que je les laisserai parler parce que je pense que c'est à elles de nous rendre des comptes et c'est à elles de nous expliquer les décisions qu'elles ont prises et en fait nous encore une fois nous ne sommes pas là pour les juger nous voulons comprendre nous ne sommes pas là pour les sanctionner et c'est et c'est ça qu'ils n'arrivent pas à comprendre c'est-à-dire qu'on peut ils sont indépendants du pouvoir du pouvoir politique de leur hiérarchie mais ils ne sont pas indépendants des victimes c'est c'est un leurre en fait ils ont peur de nous ils ont peur de nous
de quoi ? de votre souffrance de vos questions de votre regard de votre jugement Stéphanie Monhomme
ils ont peur de rendre des comptes tout simplement il y a 8000 ou 9000 personnes en France seulement magistrats qu'ils ne rendent pas de compte
il y a un conseil supérieur de la magistrature qui rend des sanctions chaque année vous pensez que ce n'est pas suffisant ? non qu'est-ce que vous proposez pour améliorer justement ce fonctionnement de la justice vous avez rencontré la sénatrice Marie-Claire G et Marie-Claire Carrière G qui va déposer deux propositions d'oie qui sont inspirées par votre combat en quoi ça consiste exactement Stéphanie Bonhomme ? ce qui est le facteur important
qu'elle introduit c'est que les victimes et les proches des victimes les super-héros doivent avoir accès à l'information judiciaire lorsqu'il y a une infraction pénale commise par les auteurs ce qui est finalement déjà le cas mais ce qu'elle introduit de fondamental c'est que nous puissions avoir accès aux antécédents judiciaires ce qui s'est passé avant ce qui s'est passé avant et c'est ce qui va se passer en fait malheureusement dans le décès de Liana c'est-à-dire que les parents je pense que les parents à un moment donné vont dire mais quelle a été la chaîne judiciaire et aujourd'hui lorsque nous on demande à rencontrer ces juges parce que elle seule c'est pas un intermédiaire c'est pas un médiateur c'est pas Jacques Boulard et Pémane Gallet-Marzan qui peuvent répondre à cette question c'est elle seule et aujourd'hui ce n'est pas inscrit dans la loi ça pouvait avoir lieu ils ont choisi de ne pas l'appliquer donc puisque les juges sont la bouche des lois et bien on va les obliger à rendre des comptes sur les faits commis par les autres
des auteurs
et ça induirait
une faute disciplinaire grave le manque de respect envers les victimes oui donc ça amènerait des sanctions oui et ça c'est vraiment révolutionnaire et ces transpartisans vous avez reçu on parle d'une sénatrice Seller il y a aussi des députés socialistes qui vous soutiennent oui
j'ai rencontré la députée Céline Hervieux à l'Assemblée Nationale qui est une députée du Parti Socialiste c'est une proposition qui est légitime qui a du sens et surtout qui vise à renforcer les droits des victimes donc je pense qu'il n'y aura pas de discussion de blocage
je l'espère en tout cas on voit que cette accumulation d'affaires qui concerne des enfants comme le vôtre je pense évidemment à Liana je pense à Lola je pense à Philippine a créé une grande colère chez les français et qui ne s'arrête pas en fait qui ne retombe pas est-ce que ça va vous permettre de porter ce combat est-ce que peut-être le personnel politique va réaliser qu'il y a des failles dans notre système judiciaire et qu'il faut les combler au plus vite pour protéger nos enfants est-ce qu'on protège assez nos enfants dans ce pays Stéphanie Bonhomme
non je ne crois pas on ne les protège pas assez je l'avais déjà dit enfin je l'ai déjà dit à plusieurs reprises il n'est pas normal que la société ne protège pas nos enfants et qui plus est l'institution judiciaire parce que dans plusieurs affaires notamment les meurtres de Philippines le viol de Claire Jéromini c'est des personnes qui étaient connues de la justice ou qui étaient des OQTF dans le drame que vit la famille de Liana c'est encore une fois des personnes qui auraient dû être signalées donc il faut qu'il y ait une prise de conscience j'espère que cette prise de conscience elle va être rapide sinon les différents candidats à l'élection présidentielle devront s'emparer de ce sujet parce que c'est un sujet effectivement qui est primordial et viscéralement important pour les français on le voit dans la colère qui s'exprime qui est une colère
très très forte Stéphanie Bonhomme on est près d'un an et demi après la mort d'Elias comment est-ce que vous tenez debout encore est-ce que c'est ce combat que vous menez en son nom qui vous fait tenir debout est-ce que vous n'êtes pas épuisée par ce combat comment vont vos enfants vos aînés comment allez-vous
c'est douloureux de voir ses enfants vous dire j'en ai marre de la vie c'est douloureux d'être au cimetière et de voir arriver l'amoureuse d'Elias sa première amoureuse qui vient se recueillir devant lui devant sa sépulture c'est douloureux de voir ses enfants et ses cousins qui souffrent néanmoins il reste droit et en ce qui concerne ma dignité et mon calme vous êtes très digne et très calme je pense qu'elle est en miroir de la laideur et de la cruauté des meurtriers d'Elias et qu'elle est en miroir de la laideur et de la condescendance de Jacques Boulard j'aimerais raconter cette scène si vous me permettez Jacques Boulard Jacques Boulard le premier président de la cour d'appel de Paris j'aimerais raconter en quelques minutes cette scène nous sommes le 19 décembre nous sommes dans le bureau de Jacques Boulard en présence de Paimane Galé-Marzan et de mes avocats au bout de deux heures et demie de discussions assez stériles je regarde Jacques Boulard et en fait je lui tends la main et je lui dis c'est la main d'Elias que nous vous tendons à vous les magistrats du siège la défiance envers la magistrature est complète ce que je vous propose humblement c'est de prendre la main d'Elias et que cette rencontre avec les juges des enfants ait lieu pour rétablir aussi la confiance avec l'institution judiciaire et en fait je lui tends la main la main d'Elias et je lui dis qu'Elias devrait être un trait d'union entre notre famille les victimes le peuple français et l'institution judiciaire et à ce moment là il lève les yeux au ciel et répète pour la dixième fois nos règles nous contraignent alors voilà Jacques Boulard est un haut magistrat mais c'est un petit homme et je suis capable de le dire aujourd'hui c'est un petit homme et moi je m'appelle Stéphanie Bonhomme je viens d'une lignée d'hommes bons Elias était un enfant bon et face au manque d'humanité au manque de respect au manque de dignité de Jacques Boulard face à cette incapacité à saisir la main d'Elias nous la famille d'Elias nous demandons
sa démission et il est le bienvenu sur nos antennes s'il veut répondre à ce que vous dites ce matin Stéphanie Bonhomme un dernier mot concernant la justice on est un an et demi après les faits est-ce qu'il y a un procès prévu pour les deux agresseurs présumés de votre fils est-ce qu'il y a une date est-ce que vous savez ce qui se passe côté judiciaire pour eux
oui l'ordonnance de mise en accusation a été rendue par la juge d'instruction et nous attendons la date du procès est-ce que c'est important ce procès vous l'attendez il sera une forme de réparation non il n'y aura jamais de réparation nous ne pardonnerons jamais au meurtrier d'Elias d'avoir pris la vie de notre enfant nous ne leur pardonnerons jamais de l'avoir empêché de grandir d'être ce qu'il devait être de l'avoir terrifié de l'avoir terrifié d'avoir terrifié son ami il n'y aura jamais de pardon de notre part et de la même façon nous ne pardonnerons jamais aux magistrats de ne pas avoir eu le courage d'organiser cette rencontre avec les juges
des enfants merci beaucoup Stéphanie Bonhomme d'être venue ce matin pour ce message si fort et si digne en mémoire d'Elias bonne journée à vous sur CNUS et sur Europe merci Stéphanie Bonhomme merci Laurence Ferrari restez avec nous sur Europe 1 dans un instant Philippe Vall et votre club culture sur Europe 1