Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 3 décembre 2015 11 min

Xavier Bertrand

Source d'origine 1 locuteur

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Il est 8h22, le 7-9, Patrick Cohen, sur France Inter. Bonjour Xavier Bertrand. Bonjour. La gauche a des états d'âme sur la prolongation de l'état d'urgence, et vous ? Je n'en ai pas. Je suis pour la prolongation de l'état d'urgence. Si ça nous est proposé par le président de la République, je voterai la prolongation de l'état d'urgence. Il faut aujourd'hui protéger les Français, protéger notre pays, et je pense que tant que ce sera nécessaire, nous devons, nous parlementaires, prendre nos responsabilités. Pour l'instant, il doit courir cet état d'urgence jusqu'à fin février. À ce moment-là, vous pourriez soutenir une prolongation de 3 mois si elle est proposée ?

Toutes les mesures qui peuvent protéger les Français, je les voterai sans hésiter et sans état d'âme. L'idée de réviser la Constitution pour, entre autres, allonger la durée de l'état d'urgence de 3 à 6 mois, vous pourriez y adhérer ? De la même façon, j'ai toujours la même logique, on a besoin aujourd'hui d'être protégés. On a besoin de mettre hors d'état de nuire ces terroristes islamistes qui cherchent, pas seulement à nous faire mal, à nous faire peur, à nous faire changer notre mode de vie. C'est eux ou nous. Et que ce soit en Syrie, partout, que ce soit sur notre territoire, il faut les mettre hors d'état de nuire.

La fermeture de mosquées pour motif de radicalisation, mesure qui n'avait jamais été prise auparavant par aucun gouvernement, en vertu de la loi de 55. Vous, votre cheval de bataille, Xavier Bertrand, ce sont les réseaux sociaux, la diffusion de la haine et de la propagande djihadiste. Vous avez dénoncé l'imam Google avant de le rencontrer, enfin non pas l'imam, mais l'équipe dirigeante de Google, sans avoir gain de cause. Qu'est-ce que vous leur demandez ? Je n'ai pas été convaincu, c'est le moins qu'on puisse dire. Pourquoi j'ai parlé de l'imam Google ?

Parce que beaucoup de jeunes, avant même de se poser la question, s'ils vont dans des mosquées qui prônent l'islam radical et qu'il faut fermer comme cela a été fait, beaucoup de jeunes, c'est sur Google, sur Youtube, qu'ils vont voir un certain nombre de vidéos, des millions de vidéos. Et ce que je reproche justement à Google, c'est, alors qu'ils sont riches à milliards, des milliards de dollars de bénéfices chaque année, et en plus pas d'impôts, c'est qu'ils ne consacrent pas de moyens à la lutte contre ce terrorisme, à cette lutte contre l'islam radical. Ils pourraient le faire, mais ils ne veulent pas le faire.

Ils se contentent aujourd'hui du strict minimum en disant, nous répondons aux sollicitations, par exemple, des services de police français, et quand nous sommes sollicités, nous prenons aussitôt les mesures. Ce que je leur demande, ce n'est pas de faire une censure, ce que je leur demande, c'est dès que sur un site, une vidéo est postée, parce qu'il ne faut pas être grand clair pour bien comprendre exactement ce qui prône le terrorisme, ce qui fait l'apologie du terrorisme. Mais ça, ils ne veulent pas le faire. Pourtant, ils ont des services de détection, ils ont des systèmes de détection automatique, ils ne veulent pas le faire. Ils ne font pas de modération, ils ne font aucune modération.

Non, ils ne veulent pas en disant, quand nous sommes saisis, nous répondons. Pensez que Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, s'est rendu en février dernier dans la Silicon Valley. Et là, j'ai demandé à Goel, qu'est-ce qui s'est passé depuis ? Alors, ils m'ont dit, on a eu des réunions à peu près tous les deux mois, mais quand est-ce que vous allez, par exemple, former des policiers en France ? Ah, ils disent, ça aura lieu en janvier, janvier 2016. La Réunion est en février 2015. Ils se foutent du monde. Ils ne prennent pas conscience de leurs responsabilités. Mais c'est vrai aussi pour Twitter, pour Facebook.

Facebook, j'ai eu l'occasion de rencontrer le directeur général français de Facebook. Lui a l'air plus conscient qu'il faut faire bouger les choses. Mais sur Twitter, c'est pareil. Il y a plus de compte Twitter qu'il n'y aurait de combattants de l'État islamique, comme l'a dit le Premier ministre. Mais qu'est-ce qu'ils attendent pour réagir ? Ils ont une responsabilité dans la diffusion de cette apologie du terrorisme. Et ce que j'espère, c'est que le Premier ministre, aujourd'hui, et je lui demande, doit leur faire comprendre que le strict minimum, ça ne suffit pas. Et qu'il faut bien comprendre qu'ils ont une responsabilité pleine et entière.

Alors, ils vous disent, on est hébergeur, on n'est pas éditeur. Mais au bout d'un moment, toutes ces frontières de boucliers en papier, ça ne nous protège pas. Notre jeunesse, quand elle est tentée de se radicaliser, le fait, aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, avec Google. Ils doivent réagir. Et on ne leur reprochera pas, non pas de prendre des libertés avec les libertés, on ne leur reprochera pas d'assurer notre sécurité. À propos de boucliers, Xavier Bertrand, vous pensez vraiment qu'on peut rendre étanches les réseaux sociaux à la propagande djihadiste ? Est-ce que ce n'est pas aussi illusoire que de vouloir rendre étanche la France et ses frontières qui seraient fermées à tout vent ?

Vous avez raison. Il n'y aura pas de risque zéro. Il n'y aura pas de garantie à 100% ou à 110%. Vous avez raison. Mais on peut faire beaucoup mieux. Je vais même aller plus loin. Là où il y a un travail à faire avec les services de police, c'est qu'il peut être intéressant, intelligent, disent les services de police, j'en ai parlé avec eux, de ne pas fermer tous les sites, de façon à pouvoir tracer ceux qui se rendent sur ces sites. Mais en revanche, qu'il y ait des millions de vidéos, c'est des millions de fois trop. Et là, ils peuvent agir. Et quand je parle des réseaux sociaux, c'est parce qu'on voit bien qu'aujourd'hui, on a une priorité, rétablir la sécurité. C'est essentiel.

Après ce drame qu'on a connu en début d'année, avec Charlie Hebdo, avec Saint-Quentin Falavier, avec l'attentat déjoué du Thalys, avec le 13 novembre, et nous savons pertinemment qu'ils veulent recommencer. Donc il faut les débusquer, les mettre hors d'état nu. Mais je prône aussi une offensive républicaine, parce que si nous voulons apporter des réponses, des vraies réponses, ça repose aussi sur la question du travail, de l'éducation, de la culture. Je prône, vous le savez également, un respect de la laïcité permanent, non négociable. L'égalité homme-femme, on ne transige plus avec cela. De la même façon en entreprise, il faut aider les entreprises à mieux lutter contre la radicalisation.

Aujourd'hui, elles sont complètement démunies. Le code du travail, la loi, ne leur donne pas les moyens, quand elles sont témoins, de radicalisation de salariés, de pouvoir agir. Prenez l'exemple, le premier signe de radicalisation dans une entreprise, me disent un certain nombre de spécialistes de cette question, c'est quand un homme refuse de saluer sa collègue femme, ou qu'il refuse d'obéir aux ordres d'une collègue femme qui serait sa supérieure hiérarchique. Dans ces cas-là, il n'est pas facile de prendre des mesures disciplinaires. Vous voyez quoi ? Que le code du travail permette aux chefs d'entreprise de pouvoir muter à titre disciplinaire ?

Ou voir, dans certains cas, vous prenez une entreprise publique. Vous êtes avec quelqu'un qui est conducteur d'une rame ou d'un train, ou alors quelqu'un qui veille à la sécurité des aiguillages. Quand vous avez conscience qu'il y a une véritable radicalisation et un danger potentiel, dans ces cas-là, vous n'avez pas les moyens, aujourd'hui, de prendre toutes les dispositions pour l'écarter de ce poste sensible. Et on doit avoir une véritable transmission, un échange d'informations entre les services de police et les employeurs. Aujourd'hui, ça peut se faire au cas par cas. Il faut leur donner les moyens, comme à chacun, de pouvoir lutter contre la radicalisation.

Il y a un dernier point auquel je tiens beaucoup. Et je pense qu'il verra le jour. Le plus tôt sera le mieux. C'est le rétablissement d'un service national. Je n'ai pas la nostalgie de mon service militaire. On n'aura plus une armée d'appelés. C'est une armée de métiers. C'est compréhensible. Mais à l'époque, en 1995, passer une armée de métiers avait du sens. Mais supprimer complètement le service national a été une erreur. Et je prône depuis longtemps. Je ne suis pas le seul, d'ailleurs. Et je le dis au gouvernement. Je le dis à d'autres parlementaires. C'est peut-être mon idée. Mais cette idée ne m'appartient pas.

Si d'une façon ou d'une autre, on s'est rétabli le service national très vite, je m'associerai à toutes les initiatives qui permettront qu'ils voient à nouveau le jour. On dit quelques mots de votre campagne en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. On est à trois jours du premier tour. Marine Le Pen est toujours favorite. Quelle est votre méthode à vous, Xavier Bertrand ? Que dites-vous quand il vous arrive de croiser un électeur qui vous dit je vais voter Marine Le Pen dimanche ? Que moi, j'ai un projet pour la région. Qu'elle, elle n'en a pas. Mais si vous me permettez... Pardon, mais ça, vous le dites depuis des semaines et ça n'a pas stoppé la dynamique du Front National dans la région.

Au deuxième tour, si. Au deuxième tour, un sondage vient de sortir. Ce n'est pas le premier. Mais on parle beaucoup aujourd'hui du premier tour. Je le comprends. Au deuxième tour, en cas de duel. En cas de duel. C'est-à-dire si la liste PS se retire. Parce que le duel, c'est ce qu'il y a de plus clair. Et Mme Le Pen, aujourd'hui, vous voyez ses déclarations, elle a fait des déclarations hier dans... Elle faisait un meeting dans notre grande région. Non, pardon. Non, non. Elle était animée. Dans le sud. Elle était animée. Elle n'était pas chez nous. Elle a... Elle perd... Elle perd les pédales. Elle perd son sang-froid. Hier, nous avons fait un débat quelqu'un d'hyper agressif. Pourquoi ?

Parce qu'elle sent qu'elle a été la reine des sondages. Mais que ce ne sont pas les sondages qui décident et qui votent. Et moi, je lui dis, dans un duel à la régulière, le Front National, l'extrême droite contre une droite républicaine de rassemblement, elle sait qu'elle va perdre. Alors, attendez, attendez. Vous parlez du second tour. Ça veut dire que si la liste socialiste arrive troisième, vous appelez Pierre de Saint-Ignon à retirer sa liste ? Moi, je ne parle pas aux états-majors. Les décisions des états-majors, les consignes de vote. Mais les gens s'en moquent. Mais alors, un point. Oui, sauf... Vous n'avez pas de contact ? Non, parce que je vais vous dire une chose.

Pas de négociation, pas de magouille, pas de discussion. J'aurai la même liste au premier et au deuxième tour. Je dis ça depuis le début parce que j'ai des convictions, j'ai des valeurs et je crois que c'est ça qui fait clairement la différence. Vous savez, je laisse toutes les magouilles, ces manœuvres style quatrième république aux autres. Vous savez, en 2012, j'étais candidat aux législatives à Saint-Quentin. C'était une élection difficile après la défaite à la présidentielle de Nicolas Sarkozy. Et au deuxième tour, Mme Le Pen qui m'a placé depuis des années sur sa liste noire, en faisant de moi son ennemi numéro un, elle avait appelé et voté socialiste pour me faire battre.

Comme pour Nathalie Kosysko-Morézal. Et donc, vous le voyez, les consignes, tout ça, c'est pas ça qui marche mais d'une certaine façon d'être son adversaire s'explique. Elle sait pertinemment que dans un duel à la régulière, face à la droite républicaine, elle ne peut pas l'emporter. Donc, vous souhaitez, à défaut d'appeler, vous souhaitez que... Je souhaite que les électeurs me suivent. Je serai un candidat de rassemblement, pas un candidat d'affrontement. Ce sont les états-majors du PS, en l'occurrence, qui peuvent décider de retirer une liste si elle arrive troisième dimanche.

Mais si je peux me permettre, je crois, et vous me posez la question de ce que je voyais sur le terrain, il y a un décalage aujourd'hui terrible entre la politique nationale parisienne et ce que les gens voient sur le terrain. Si la campagne est aussi dure, si le Front National est aussi haut, c'est parce que vous avez aujourd'hui des gens qui sont avec un sentiment d'abandon, sentiment de colère et de peur. Il ne s'agit pas seulement d'entendre la colère, il ne s'agit pas de l'exploiter comme elle le fait, il s'agit d'apporter des réponses politiques à cette colère. Juste encore un instant, j'ai vu dans cette campagne des gens qui me disaient on n'y arrive pas parce qu'on ne travaille pas.

Mais j'ai vu énormément de gens qui me disaient nous on travaille et on n'y arrive plus. Et ceci, ce message-là, moi j'apporte des réponses politiques dans la région vis-à-vis du monde du travail mais la politique nationale doit aussi comprendre que s'occuper des déficits c'est essentiel. Mais il faut aussi comprendre que la récompense liée au travail ce n'est pas une option. Xavier Bertrand, invité de France Inter, on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions ou les commentaires des auditeurs internautes de France Inter dans 30 secondes de la revue de presse. Merci.

10:58
Locuteur

Merci. Merci.

Xavier Bertrand · Pourquijevote