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interviewCNEWS· 6 mai 2026 21 min

La grande interview : Jérôme Guedj

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et notre invité ce matin dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Jérôme Gatch. Bonjour à vous, député socialiste de l'Essonne. Parlons de ce qui concerne les Français, le pouvoir d'achat en France. Les prix continuent de flamber à la pompe, côté carburant. Hier, le gouvernement de Sébastien Lecornu a annoncé qu'il allait changer d'échelle pour adapter les dispositifs au soutien de l'activité avec de nouvelles aides possiblement annoncées la semaine prochaine. Qu'est-ce que vous recommandez ? Est-ce que vous demandez des baisses de taxes, un plafonnement des prix ? Quelles sont vos solutions ?

0:26
Jérôme Guedj

D'abord, il faut aller plus vite. Ça fait plus de 60 jours qu'il y a ce conflit. Ça fait depuis la fin du mois de février qu'on alerte sur la nécessité de s'attaquer au sujet de préoccupations majeures de nos concitoyens. C'était le cas auparavant. Le pouvoir d'achat était l'inquiétude déterminante de l'ensemble de nos concitoyens. Et là, on vient les mettre devant la plus grande des injustices. Les gens ont besoin de leur voiture pour beaucoup de choses, pour aller travailler, pour s'occuper des enfants, pour aller faire les courses, pour s'occuper d'un proche malade ou âgé.

Et notamment en dehors des métropoles, si les prix explosent à la pompe, alors c'est la dignité de chacune des personnes qui est questionnée. Or, et j'en veux au gouvernement, il y a eu ce sentiment d'un flottement généralisé. Nous, quasiment, dès le premier jour, on a rappelé une mesure qu'avait prise Michel Rocard. En 1990, vous vous rappelez, la guerre d'invasion du Koweït. Quelques jours après, le 8 août, Michel Rocard prend un décret pour bloquer les marges des distributeurs. Et c'est que depuis ce week-end que le gouvernement nous dit, on va demander plus de transparence pour voir s'il y a des marges qui ont explosé de manière inattendue.

1:30
Présentateur

Les distributeurs disent qu'ils ne font pas de marges, très très peu en réalité, sur les prédécentes.

1:33
Jérôme Guedj

Je vais vous dire une chose. Moi, je suis pragmatique. Il faut utiliser toutes les cordes possibles. S'il faut moduler les taxes et faire ressusciter ce que Lionel Jospin aussi, autre socialiste, avait mis en place, une taxe flottante, utilisons-le. S'il faut bloquer les marges, utilisons-le. S'il faut aussi en faire appel à ce que moi j'appelle le patriotisme économique, parce qu'il y a un Total Bashing, c'est un grand distributeur, un grand pétrolier en volume, et c'est une entreprise française.

2:00
Présentateur

Bravo quand même à Total d'être un grand champion français.

2:02
Jérôme Guedj

Moi, je n'ai aucun problème avec les grandes entreprises françaises. Je suis fier des entreprises françaises qui rayonnent à l'international. Simplement, je veux qu'il y ait une forme de patriotisme, qu'elles payent leurs impôts quand elles y sont soumises, et dans un moment comme celui-ci, peut-être un moment de rendre au pays qui leur a permis. Et donc, tout ce qui est en dehors de la contrainte, et qui leur dit, écoutez, elles le font déjà, avec des tarifs, avec le plafonnement.

Peut-être qu'elles peuvent aller plus loin, parce que les Français dont je parlais tout à l'heure, ils lisent le journal, ils écoutent les chaînes d'info, et ils voient que le premier trimestre, Total a fait 50% d'augmentation de ses dividendes, de ses bénéfices.

2:38
Présentateur

À l'étranger.

2:39
Jérôme Guedj

D'accord. D'accord. Oui, mais sauf que là, c'est une entreprise française. Et quand je parle de patriotisme économique, de la même manière qu'on demande aux Français, d'avoir une attitude responsable, peut-être de limiter leur déplacement quand on peut le faire, on peut peut-être demander à ces grandes entreprises de réduire les dividendes qui sont versés, et que les milliards d'euros qu'elles ont engrangés dans cette crise énergétique, et bien qu'on les rende en priorité, dans une sorte de préférence donnée à leur pays d'origine.

3:06
Présentateur

Alors, Patrick Pouyanné, qui est le patron de Tonal Énergie, dit, alors, si vous nous, nous on fait le plafonnement des prix, mais si en plus vous nous taxez nos profits, alors les deux, c'est pas possible, on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

3:15
Jérôme Guedj

Il a raison ? C'est pour ça que je dis qu'il faut utiliser tous les instruments qui sont disponibles. Le volontarisme des entreprises, et en leur disant, parce qu'il n'y a pas que Total, il y a d'autres distributeurs, il y a de la grande distribution, il y en a d'autres, de leur dire, écoutez, si jamais vous n'êtes pas dans cet effort collectif, dans ce sens de la responsabilité, alors il y aura des outils de contrainte, le blocage des marges, et puis on y ajoute, et vous l'avez mentionné, le fait que s'il y a, et c'est le cas, des rentrées fiscales supplémentaires liées à la crise pétrolière, alors il faut qu'à l'euro près, ce soit rendu à nos concitoyens.

Le décret qui a été pris ce dimanche, pour l'instant, il ne concerne que 3 millions de Français. C'est un chèque de 50 euros.

3:56
Présentateur

Il faudrait aller à 10 millions, 15 millions ?

3:57
Jérôme Guedj

En tous les cas, un, il ne faut pas réduire uniquement à ceux qui utilisent leur voiture pour des raisons professionnelles, parce que pour l'instant, c'est le critère déterminant, utiliser, je crois, c'est plus de 15 kilomètres, la distance domicile, travail. Encore une fois, moi je pense à des situations très concrètes. Une personne qui doit aller visiter en maison de retraite tous les jours, ou le plus régulièrement son proche, ou accompagner une personne en situation de handicap. Si vous lui dites, vous ne pouvez pas le faire avec votre voiture, on va mettre dans la grande difficulté. Et il faut aussi que ça ne se concentre pas uniquement pour les autres aides, sur des professions.

C'est le cas aujourd'hui de la pêche, c'est le cas de l'agriculture, c'est le cas des gros rouleurs. Mais encore une fois, je reprends l'exemple des personnes vulnérables, moi c'est quelque chose auquel je suis très sensible, les infirmières libérales, les aides-soignantes, les aides à domicile qui font des dizaines et des dizaines de kilomètres tous les jours.

4:46
Présentateur

Elles sont dans le dispositif gros rouleurs ?

4:47
Jérôme Guedj

Non, pour l'instant elles ne l'y seront pas. Les aides à domicile et les infirmières libérales, ça coince pour les faire rentrer dans le dispositif, hormis le dispositif à 50 euros. Mais 50 euros en une seule fois pour celles-là, ça ne suffit pas parce qu'elles font plusieurs centaines de kilomètres par semaine.

5:03
Présentateur

Vous avez déposé une proposition de loi pour taxer les super-profits ?

5:05
Jérôme Guedj

Oui, c'était une des manières de...

5:07
Présentateur

Les entreprises réalisant plus de 750 millions de chiffres d'affaires, est-ce que ce n'est pas une vision encore collectiviste, sociale, étatiste de l'économie, Jérôme Gage ?

5:13
Jérôme Guedj

Écoutez, il y a des moments où il faut avoir... Taxer, taxer, taxer ! Non mais je prolonge ce que je viens de vous dire. Si spontanément Total et les entreprises concernées disent « Écoutez, moi d'une certaine manière je vais rogner, je vais auto-rogner sur mes super-profits », on aura eu la menace qui est cette proposition de loi et ils auront fait œuvre utile. Mais sur le fond, on avait déjà eu ce débat sur les super-profits au moment de la guerre en Ukraine. Sur le fond, quand il y a des situations anormales...

5:41
Présentateur

Total, la fin s'est prise depuis la guerre en Ukraine.

5:42
Jérôme Guedj

Et il y a certains acteurs de l'économie qui volontairement ou involontairement engrangent des profits anormaux pendant une période d'instabilité internationale et de crise pour le pouvoir d'achat des Français. Moi, ça ne me choque pas. Encore une fois, je mets ça sur le compte de la responsabilité individuelle et collective et de ce que je redis comme terme, le patriotisme économique. C'est un beau mot, être patriote, mais quand on le revendique, ça suppose à un moment donné qu'on fasse attention à ce qui se passe dans son pays.

6:08
Présentateur

Jérôme Gage, on parle des dépenses contraintes, le carburant en est une. Il y a aussi quelque chose que vous avez noté qui concerne les mutuelles, parce que la note continue de grimper pour les assurer, malgré le gel des tarifs imposés par la loi sur le budget de la Sécu. Une grande enquête montre que 98% des personnes interrogées ont subi des augmentations de cotisations cette année. Comment y remédier ?

6:27
Jérôme Guedj

Je vous remercie d'abord de parler d'un sujet dont on ne parle pas suffisamment dans le débat politique, c'est le fonctionnement de notre système de santé. Moi, je suis candidat à l'élection présidentielle parce que je veux qu'on parle des sujets du quotidien qui ne sont malheureusement pas au cœur des débats sur les plateaux ou dans les journaux. Et la santé, c'est avec le pouvoir d'achat et la sécurité, une des trois préoccupations. Et moi, je veux m'attaquer aux préoccupations de tous les Français. Il n'y en a aucune qui est taboue.

Et sur la question de la santé, je suis inquiet sur l'état de notre système, sur le fonctionnement de l'hôpital, sur l'accès aux soins, les déserts médicaux, les inquiétudes, la perte de chance qu'on a quand on n'arrive pas à avoir un rendez-vous suffisamment tôt, les dépassements d'honoraires. Et donc, on en revient à ce système atypique en France où on a la sécurité sociale d'un côté et des complémentaires qui ne sont pas que des mutuels, il y a aussi des assureurs privés. Et les gens voient l'explosion des tarifs de ces complémentaires santé. 25% d'augmentation ces trois dernières années. Vous avez mentionné le gel des tarifs.

C'est un amendement que j'avais fait voter en décembre dernier. Et c'est assez dramatique, mais la loi n'est pas respectée. C'est-à-dire que la loi dit que les tarifs de 1026 ne doivent pas augmenter par rapport aux tarifs de 1025. Et l'enquête que vous mentionnez, qui a été faite par l'UFC Que Choisir, montre qu'il y a tous appliqué une augmentation. Et donc, moi, je souhaite que, un, on respecte la loi. Et deux, qu'on ouvre ce débat, de savoir comment on peut contenir. Alors, on a besoin d'organismes complémentaires en matière de prévention. Mais peut-être qu'il faut se dire que ce serait peut-être plus simple d'avoir un système où c'est la sécurité sociale qui rembourse tout.

Vous savez, ça existe déjà en France, on ne le sait pas du tout ici. En Alsace-Moselle, c'est historique, on a un système où les 2 millions de salariés en Alsace-Moselle sont couverts quasiment à 100% par le régime d'assurance maladie là-bas. Et vous savez quoi ? Ce régime, il est excédentaire. Il a 450 millions. Donc, on a des choses qui fonctionnent en France. Sois-nous pas dogmatiques. Et posons-nous ces questions très concrètes en termes de pouvoir d'achat et en termes de fluidité du parcours de soins.

8:17
Présentateur

Jérôme Gage, le vrai problème aussi des Français, c'est que le travail ne paye pas assez, qu'il y a un vrai décalage sur leur salaire entre, pour ceux qui ont la chance d'être salariés, le brut et le net. Comment est-ce que vous faites pour rapprocher le brut ? Et le net, le fossé n'a cessé de se creuser au cours des dernières années. Est-ce que le travail paye assez ? Est-ce qu'il ne faut pas travailler plus ? Est-ce que je dis un gros mot en disant ça ?

8:37
Jérôme Guedj

Je vais prendre les deux questions dans l'ordre. Est-ce que la dignité au travail est une rémunération digne ? Là aussi, j'évoquais les préoccupations premières sur le pouvoir d'achat. Évidemment que c'est le sujet dont on parle partout. Il y a deux questions. Est-ce que les entreprises peuvent augmenter les salaires ? Je pense que oui.

8:57
Présentateur

Avec une charge qui pèse sur elles ?

8:58
Jérôme Guedj

Non, mais je vais vous dire, je continue à défendre une augmentation du SMIC. Vous savez, aujourd'hui au SMIC, les charges, moi je préfère le terme de cotisation sociale, qu'elle soit patronale ou salariale, il n'y en a quasiment plus. Les exonérations de cotisation sociale au niveau du SMIC, je crois qu'une entreprise, elle paye 73 euros de cotisation patronale pour un niveau du SMIC. Non, mais je vous parle là, je vous parle là.

9:19
Présentateur

Vous voyez les petites lignes là où il y a marqué les charges. Je connais par cœur.

9:22
Jérôme Guedj

Je suis un amoureux du financement de la protection sociale parce que ça finance notre modèle. Là où vous avez raison, c'est qu'il faut que le financement de notre modèle de protection sociale, a fortiori dans une évolution, avec le recours à la robotisation et à l'intelligence artificielle, soit différent. Le financement de la Sécu, il repose au deux tiers aujourd'hui, sur la masse salariale. Il faut qu'on revoie ça. Il faut que l'intelligence artificielle, les investissements dans les entreprises soient mis à contribution pour financer le modèle social. Mais il faut aussi qu'on ait des contreparties à tout ça.

Je reprends une proposition de Marylise Léon, la patronne de la CFDT, qui est souvent connue pour des positions modérées. Si on fait des exonérations de cotisation sociale, alors il faut qu'il y ait des contreparties, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Je vous prends un exemple et un sujet sur lequel moi je souhaite me battre. Si le salarié reste au SMIC, on pourrait considérer que le SMIC, c'est le salaire d'entrée pour des métiers faiblement qualifiés. Mais s'il reste 2 ans, 3 ans, 4 ans, 6 ans, 7 ans au SMIC, est-ce que c'est légitime de maintenir les exonérations de cotisation sociale ?

Je reprends la proposition de la CFDT qui dit qu'au-delà de 2 années au SMIC, l'entreprise ne doit plus bénéficier d'exonérations de cotisation. Et donc, elle va être incitée à augmenter les salaires. Il faut réviser les grilles de classification. Donc, le SMIC, une négociation salariale et un élargissement du financement de la sécurité sociale à d'autres ressources que sont notamment l'intelligence artificielle, la robotisation. Bref, à chaque fois que la machine va remplacer un salarié, il faut que cette machine cotise d'une manière ou d'une autre à la sécurité sociale, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

11:00
Présentateur

Sur le temps de travail, vous ne m'avez pas répondu. Est-ce qu'il faut travailler plus ? Est-ce que vous voulez qu'on revienne sur la semaine des 35 heures mais en allant à 32 heures ? Ou est-ce que vous dites que les Français doivent travailler plus ?

11:09
Jérôme Guedj

Moi, je vais vous dire, on doit travailler plus mais surtout en travaillant tous. Le vrai problème dans notre pays, c'est le taux d'emploi des jeunes et le taux d'emploi des seniors. Si les entreprises arrêtent de mettre dehors ce qui est le cas aujourd'hui à partir de 55 ans, leurs salariés pourtant les plus expérimentés mais pour eux les plus coûteux, alors on n'a plus de problème de financement de notre système de protection sociale. Et donc, je vous parlais des exonérations de cotisations sociales. Moi, je suis pour les cibler pour que les entreprises embauchent plus et mieux les jeunes et surtout gardent plus longtemps les seniors.

Au moment où je vous parle, je ne vais pas vous dire qu'on va s'engager dans un mouvement de réduction du temps de travail. Par contre, je défends l'idée de travailler mieux. Aujourd'hui, le problème dans l'entreprise, c'est la qualité de vie au travail, c'est les conditions de travail et c'est peut-être même l'organisation. Et une des propositions que je mets sur la table, moi, c'est à défaut, pour l'instant, de pouvoir continuer le mouvement de réduction du temps de travail. On fait les 90 ans du Front populaire qui l'avait très largement engagé.

Par contre, en termes d'organisation du temps de travail, je défends l'idée d'une semaine de 4 jours partout, on peut la mettre en oeuvre sans réduction du temps de travail parce que ça, ça va améliorer la vie des salariés là où on peut le faire. Travailler moins ? Non, on fait les 35 heures sur 4 jours. Ce qui va libérer une journée pour s'occuper de ses proches, pour s'engager dans la vie associative, pour avoir du temps pour soi-même. Ça va être bénéfique en termes de sobriété énergétique parce que ça fait une journée de transport de moins. Vous voyez, on dit souvent il n'y a pas d'idée novatrice à gauche, etc. Moi, j'essaie d'avoir cette idée de compromis.

Je suis attaché au principe de la réduction du temps de travail. Je suis lucide sur le fait que dans le moment où nous sommes, ce n'est peut-être pas la priorité qui peut être mise sur la table. Par contre, pour les salariés, là où il y en a certains, c'est inégalitaire, qui bénéficient, par exemple, du télétravail. Les cadres et certains bénéficient du télétravail. Et donc, ils ont déjà une semaine de 4 jours sur leur lieu de travail et une journée à la maison.

Est-ce qu'on ne peut pas l'étendre à d'autres métiers, à des ouvriers, à des employés, en disant que vous allez travailler plus sur une journée, à condition qu'il n'y ait pas de pénibilité accrue et de risques médicaux pour vous, sur la santé ? Mais il y a partout, on peut le faire. Et ça, c'est les partenaires sociaux qui peuvent le négocier dans les entreprises. C'est déjà expérimenté dans la fonction publique, c'est déjà expérimenté dans plein d'entreprises. Et ça, ça va changer la vie concrètement de plein de gens parce que quand vous avez une journée supplémentaire pour vous, encore une fois...

13:30
Présentateur

Pour les loisirs.

13:31
Jérôme Guedj

Non, ce n'est pas les loisirs. Vous savez, aujourd'hui, quand vous êtes un proche aidant d'une personne âgée ou d'une personne handicapée, vous êtes content de pouvoir aménager votre temps de travail. Quand vous avez des enfants en bas âge et que vous pouvez passer un peu plus de temps avec eux, quand vous voulez vous engager dans la vie associative, c'est-à-dire dans la solidarité et dans le lien social, quand vous voulez vous engager dans la vie politique à l'échelle de votre ville, en étant conseiller municipal de votre village, c'est bien de pouvoir concilier une vie professionnelle et puis une vie personnelle. Je pense que c'est ça le point d'équilibre intelligent qu'on peut retrouver.

14:00
Présentateur

Jérôme Gatch, quelques questions politiques. Hier, l'Assemblée nationale a adopté la proposition de loi dite philippine du député Charles Rodwell en mémoire de cette jeune fille violée et tuée par un Marocain sous OQTF pour rallonger la durée de rétention en CRA des criminels et terroristes étrangers. On passerait de 90 jours à 210 jours. Vous vous êtes opposé. Pourquoi ?

14:18
Jérôme Guedj

Mais parce qu'il n'y a pas d'efficacité avérée. Moi, je suis, vous savez, sur la question d'immigration, là aussi impragmatique. Je n'ai aucun tabou à aborder ce sujet, tout simplement, parce que c'est une politique publique qui, comme toutes les autres, doit être évaluée au regard de son efficacité. Or, que nous disent... On parle de terroristes. Non, mais je sais bien...

14:36
Présentateur

D'individus extrêmement dangereux.

14:37
Jérôme Guedj

Mais ce que je veux dire, c'est que quand on n'arrive pas à faire la reconduite dans les 20 premiers jours, alors on n'y arrive pas à faire 85% des reconduites à la frontière, enfin, en tous les cas, de l'exécution des OQTF, se fait dans les premiers jours parce qu'on a tous les éléments, le laissé-passer consulaire, l'acceptation du pays d'origine. Et donc, prolonger de 90 à 210 jours va peut-être, pendant cette période-là, dire, au moins, la personne est sous contrôle, mais l'effectivité de la reconduite ne sera pas garantie. Donc moi, je veux qu'on sorte d'une approche idéologique. La question de l'immigration, je veux la traiter pour ce qu'elle est une politique publique.

Il y a des choses qui marchent et des choses qui ne marchent pas. Il y a une ligne que moi, j'assume totalement. Je ne suis pas un sans-frontiériste pour ouvrir les frontières, mais je ne suis pas non plus dans le discours catastrophiste qui pourra dire qu'on pourra les fermer. Moi, j'assume qu'on soit dans une logique d'immigration planifiée. Planifiée, ça veut dire qu'on est souverain. Je préfère le terme de planifié parce que...

15:35
Présentateur

On a 500 000 entrés par an aujourd'hui dans notre pays.

15:38
Jérôme Guedj

Planifiée, c'est de dire voilà ce que le pays peut accueillir dignement pour les personnes.

15:44
Présentateur

Il faudrait avoir des frontières qui ne sont pas des passoires pour ça.

15:47
Jérôme Guedj

Je suis en effet pour que les frontières ne soient pas des passoires. Mais il y a un principe qui est qu'une fois que les personnes sont sur le territoire, il faut qu'on s'assure que ça ne perturbe pas l'équilibre du pays. C'est pour ça que moi, je suis pour une politique d'intégration qui soit musclée bien plus qu'elle ne l'est aujourd'hui ou quand des personnes arrivent, les conditions d'accueil ne sont pas dignes pour elle ni pour le pays.

16:09
Présentateur

Encore une question sur l'audiovisuel public. Le rapport de Charles Aloncle a été rendu public hier. On en a entendu parler. Il y a beaucoup de préconisations dans ce qu'il propose. Qu'est-ce que vous retenez ? Est-ce que vous pensez que le service public doit être réformé et notamment en termes financiers et d'impartialité ?

16:26
Jérôme Guedj

Je vais être cohérent avec ce que je viens de dire. Comme toute politique publique, la politique de l'audiovisuel, elle peut être questionnée, interrogée, réformée. Mais pas avec des œillères idéologiques. Et je trouve que c'est un gâchis cette commission d'enquête. La forme a probablement empêché un travail de fonds intelligent. Vous savez, moi, je participe à d'autres commissions d'enquête qui font moins de bruit, qui font moins de buzz, qui font moins de clash, mais qui sont parfois plus efficaces à l'Assemblée nationale. Donc, moi, je suis attaché au service public audiovisuel parce que vous savez, il a des missions que peut-être vous n'avez pas, vous ici, sur des chaînes privées.

Il y a trois missions au service public audiovisuel. Il y a la question de cultiver, éduquer, d'informer et de divertir. Et toutes ces missions, elles ne peuvent pas être rentables. Elles ne peuvent pas être soumises à la loi du marché. Divertir ?

17:12
Présentateur

C'est l'audiovisuel public, ça ? Ce n'est pas cultiver, éduquer, d'abord ?

17:14
Jérôme Guedj

Cultiver, éduquer et divertir. Ces trois missions sont le triptyque sur lequel l'audiovisuel public peut se construire.

17:20
Présentateur

La télé-réalité, c'est chouette ?

17:22
Jérôme Guedj

Ce n'est pas ma tasse de thé idéale, mais écoutez...

17:23
Présentateur

On devrait payer pour ça ?

17:25
Jérôme Guedj

À ce compte-là, on va mettre des critères moraux ou d'appréciation sur est-ce qu'une série télévisée, est-ce que de la production audiovisuelle, est-ce que c'est fait pour divertir ? Les jeux, oui. Mais en tous les cas, il y a cette palette de réponses. Divertir, cultiver et informer, tous ces éléments n'ont pas le même niveau de rentabilité. Et donc, il y a un équilibre. Et ça, je n'ai pas de problème pour qu'on le questionne. Mais pas avec, on va dire, la tronçonneuse de M. Milei en se disant, on va privatiser l'audiovisuel public. J'ai bien entendu que ce n'est pas la proposition de M.

Alloncle, mais c'est celle du Rassemblement National avec en plus, comme souvent avec eux, un problème de sérieux budgétaire et de crédibilité. Parce que si on le fait, le marché publicitaire, il n'est pas extensible. Ça veut dire qu'on se prive d'une offre.

18:11
Présentateur

Et sur l'impartialité du service public, il faut imposer un devoir de neutralité sur certaines antennes. Est-il respecté tout le temps ?

18:17
Jérôme Guedj

Ce qui est important, c'est le devoir de pluralité. On a déjà eu le débat. Je ne suis pas un grand fan des chaînes d'opinion. Je le dis ici. Il peut exister des chaînes d'opinion. Nous sommes une chaîne d'information. Vous êtes une chaîne d'information, mais qui est aussi une chaîne d'opinion qui a une couleur politique. Et si j'avais un seul conseil à vous donner... Oui, je ne vous en donne pas. Non, non. Moi, je ne vous en donne pas. Je fais toujours attention aux dernières questions que je pose pendant cette interview matinale. Mais là où il y a du pluralisme, il y a plus de crédibilité.

18:47
Présentateur

Quand on pense tout sa même chose, on ne pense rien. Je suis d'accord.

18:49
Jérôme Guedj

Je suis d'accord. Mais quand on organise la contradiction et la confrontation, comme Montaigne le disait, on se lime la cervelle plutôt que d'être... Vous savez, ce dont on crève dans notre pays, c'est d'avoir des gens qui pensent la même chose entre eux et qui pensent qu'on appelle ça des safe zones. Moi, je préfère la confrontation, la dispute apaisée. Si la politique et le débat public pourraient renouer avec ça et en introduisant

19:11
Présentateur

un peu de nuances... Je crois qu'on somme l'exemple ce matin même.

19:14
Jérôme Guedj

C'est pour ça que je viens sur ces interviews parce que parfois on m'engueule un peu en me disant « Mais pourquoi tu vas là-bas ? » Parce que moi, je m'adresse à tout le monde. Je suis candidat à l'élection présidentielle. Et vous êtes agressé ? Donc je veux m'adresser. Mais c'est la raison pour laquelle je viens. Mais par contre, parce qu'il m'arrive de regarder la chaîne, mettre de la nuance dans le débat, c'est aussi faire le pari de l'intelligence collective et dans ce pays, dans les moments d'adversité, on a besoin de ça.

19:35
Présentateur

Un dernier mot concernant la candidature de Jean-Luc Mélenchon que vous avez qualifiée de Nénonime. Vous allez avoir 30 secondes pour parler de lui. Il appelle à une nouvelle alliance populaire. Cette fois-ci, vous dites non, non, non à Jean-Luc Mélenchon ?

19:49
Jérôme Guedj

Oui, je confirme. J'ai déjà dit non dans le passé en refusant d'être élu en partenariat avec lui. La rupture, elle est évidemment totale pour un principe. Moi, je suis un républicain. Je suis un socialiste républicain. Je suis dans la filiation de Léon Blum. J'ai parlé tout à l'heure des 90 ans du Front populaire. Un socialiste exigeant. On peut aimer ou pas aimer. Et un républicain absolument intransigeant.

20:08
Présentateur

Donc tout sauf Mélenchon.

20:08
Jérôme Guedj

Jean-Luc Mélenchon, ma candidature, elle est aux antipodes de ce que représente Jean-Luc Mélenchon. Je suis pour la République, la laïcité, l'universalisme. Je suis pour être une gauche crédible et sérieuse et pas du yaka-faucon avec des listes de courses qu'on n'est pas capable de financer. Il faut du sérieux budgétaire. Et puis, je suis pour introduire ce qui sera absolument indispensable y compris après 2027, une culture de compromis parce que personne ne peut avoir raison tout seul dans la période. La vie politique française, elle est éclatée.

Il faut qu'on renoue avec cette culture du compromis ce qui veut dire qu'on peut avoir des convictions mais qu'on est capable de discuter avec celui qui ne pense pas comme vous.

20:40
Présentateur

Merci beaucoup d'être venu. Jérôme Guedes, bonne journée à vous.

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