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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 23 juin 2022 25 min

"Le programme d'Emmanuel Macron a été battu par le peuple français" estime le RN Jordan Bardella

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le président par intérim du Rassemblement National, également eurodéputé, avec lequel vous allez pouvoir dialoguer, amis auditeurs, dans une quinzaine de minutes au standard 01-45-24-7000 et sur l'application d'Inter. Jordan Bardella, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à notre micro, trois jours après les législatives, alors qu'il ne dispose plus à l'Assemblée Nationale que d'une majorité relative. Le président de la République s'est donc exprimé hier soir pour tirer les enseignements du scrutin et mettre les oppositions face à leurs responsabilités dans cette situation inédite.

On va y venir tout de suite. Mais un mot d'abord sur l'allocution elle-même. Comment avez-vous trouvé le président de la République, sa lecture de ce moment politique tout de même exceptionnel ?

0:56
Jordan Bardella

Il veut changer de méthode, là on peut y voir un bon signe, sans changer une virgule de son projet. Ce que je ne comprends pas c'est qu'il demande aux oppositions de venir à lui, de créer une forme de coalition pour venir au président de la République, alors que c'est lui qui a été battu dans les yeux en dimanche dernier et c'est Jupiter qui a été mis en minorité par le peuple français. Donc c'est à lui de dire aujourd'hui quel chemin est-il prêt à prendre, sur quels axes de son programme est-il prêt à reculer ou à renoncer pour faire un chemin vers les partis d'opposition qui ont été portés de manière démocratique à l'Assemblée Nationale.

C'est un exercice un peu nouveau pour lui parce qu'il a eu l'habitude durant son premier mandat d'avoir une assemblée à sa botte avec des députés, l'AREM, Godillot, qui votaient absolument tout et qui rejetaient tous les amendements de l'opposition. Maintenant l'exercice démocratique va changer. Mais si Emmanuel Macron avait fait campagne et avait présenté au pays le projet qu'il voulait porter pour les cinq prochaines années, peut-être que ce projet aurait été plébiscité par l'Assemblée Nationale.

1:52
Présentateur

Le président a rappelé que les Français l'avaient élu le 24 avril, il lui avait donné donc la légitimité. Il avait été élu sur la base d'un projet clair, c'est ce qu'il dit, qu'il entend mettre en œuvre. Déjà avant de rentrer dans le fond du projet, est-ce que cette légitimité-là vous la lui reconnaissez ?

2:08
Jordan Bardella

Mais il a été élu par le peuple français. Mais son programme, lui, a été battu dans les urnes dimanche dernier. Parce que c'est à l'Assemblée Nationale.

2:16
Présentateur

Il a été élu sur un programme.

2:17
Jordan Bardella

Non, quel programme ? Je vous mets au défi, je mets au défi les Français qui nous écoutent, de citer plus de trois mesures du projet politique d'Emmanuel Macron.

2:23
Présentateur

Alors on y va, la retraite à 65 ans, le RSA sous condition, la construction de 6 EPR.

2:29
Jordan Bardella

Très bien, mais je pense que ça s'arrête là. Mais si vous le savez, c'est très bien. Mais tout ce qui dans son programme était régressif pour le peuple français était extrêmement clair. Tout ce qui était progressif ou avait pour but de rendre par exemple du pouvoir d'achat aux Français était extrêmement flou. En vérité, la seule grande mesure sur laquelle il a fait sa campagne et a été élu, c'est la retraite à 65 ans. Or on s'aperçoit aujourd'hui qu'au regard de l'Assemblée Nationale et des oppositions qui y sont présentes, cette réforme ne fait pas l'unanimité. Donc la question qu'il doit se poser aujourd'hui, c'est quel chemin va-t-il faire pour débloquer le pays ?

Parce que ce blocage est du fait exclusif du rejet de la République En Marche dans les Unions dimanche. C'est la première fois qu'un président est mis en minorité de la sortie.

3:10
Présentateur

On va y venir en détail. Encore quelques mots, le président de la République a exclu le gouvernement d'Union Nationale. Selon vous, le contexte ne le justifiait pas ?

3:20
Jordan Bardella

Je pense que le contexte, en l'état actuel des choses, ne justifie pas un gouvernement d'Union Nationale. Et plus en profondeur, un gouvernement d'Union Nationale sur quelle base ? Parce que moi, vous voyez où, j'aurais du mal à faire un gouvernement d'Union Nationale avec des gens qui défendent la retraite à 65 ans, avec des gens qui défendent les 60% de taxes sur les carburants, avec des gens qui refusent de baisser la TVA sur les produits de première nécessité, avec les gens qui, au vu du chaos qu'ont été les images et les scènes du Stade de France, refusent de remettre en cause notre politique migratoire ou notre politique pénale.

Donc un gouvernement d'Union Nationale, juste pour faire beau sur le papier, n'aurait évidemment aucun sens. Et je pense qu'en l'état actuel des choses, ça ne se justifie pas.

4:00
Présentateur

Il a parlé de coalition ou alors de cas par cas sur chacun des textes. Donc on y va, je vais vous poser des questions très précises. Et vous nous dites ce matin si vous êtes prêts, parce qu'en gros, il vous demande pendant 48 heures à tous les patrons d'opposition de dire jusqu'où vous pouvez aller pour travailler ensemble. Non mais c'est sa proposition.

4:17
Jordan Bardella

Mais ce n'est pas à nous de faire cela. C'est quand même hallucinant. C'est l'inversion accusative. Qui a été mis en minorité dans les yeux en dimanche dernier ? Donc c'est à lui de faire ce premier pas. Il faut que Jupiter redescende un peu sur Terre, pardon.

4:29
Présentateur

D'accord, mais il a la légitimité de la présidentielle, vous le savez.

4:32
Jordan Bardella

Mais nous aussi on a la légitimité des élections législatives avec 89 députés.

4:36
Présentateur

Oui, vous avez 89 députés, il en a 245.

4:39
Jordan Bardella

Mais pourquoi n'a-t-il pas agi depuis deux mois ? Moi j'ai le sentiment depuis deux mois que le pouvoir est vacant. Une vacance du pouvoir. Il y a une urgence aujourd'hui dans le pays qui s'appelle l'urgence sociale du pouvoir d'achat. Depuis deux mois, il avait la possibilité de mettre en place un panier de 100 produits de première nécessité et d'exempter, de sortir totalement la TVA, de baisser les taxes sur les carburants, de baisser les taxes sur l'énergie, d'augmenter les salaires par des mécanismes incitatifs. Il ne l'a pas fait. Donc si vous voulez, depuis deux mois, il est les bras ballants. Madame Borne manifestement est bien incapable de gérer quoi que ce soit au gouvernement.

Une grande partie des ministres ont été battus. Il faut qu'elle parte. Quel est le cap ? Mais je veux bien qu'elle parte. Moi je pense que quand son gouvernement est défaite de cette manière dans les grandes, alors il faut rendre son tablier. Mais si c'est remplacé Mme Borne...

5:20
Présentateur

Il l'a fait, elle a présenté sa démission.

5:21
Jordan Bardella

Si c'est remplacé Mme Borne... Et d'ailleurs, le fait qu'il refuse sa démission est très symbolique du déni dans lequel il est aujourd'hui. Mais si c'est remplacé Mme Borne par M. Le Maire ou par un autre qui va conduire exactement la même politique, alors ça ne changera rien. C'est la politique que conduit le président de la République qui a été mise en minorité. Donc soit il change de cap, il change drastiquement la politique qu'il compte mettre en oeuvre et il entend ce que nous avons à proposer et de ce que nous avons à dire.

Et d'ailleurs, je tiens à vous dire que, moi, l'enseignement aussi de ces élections législatives et l'abstention qui était relativement importante, et deux premières choses que nous proposons à l'Assemblée nationale, c'est évidemment le scrutin, la proportionnelle pour les élections législatives et le référendum d'initiative citoyenne qui, à mon avis, doit pouvoir redonner la parole au peuple français.

6:04
Présentateur

Alors, sur les compromis, on va prendre point par point ce que vous pouvez voter, ce que vous ne voterez pas. A commencer par le paquet pouvoir d'achat qui comprend prolongation des boucliers tarifaires sur l'électricité et le gaz, ristourne de 18 centimes à la pompe, triplement de la prime Macron, chac alimentaire, etc. Là-dedans, qu'est-ce qui vous va, Jordan Bardella ? Qu'est-ce qui ne vous va pas ?

6:26
Jordan Bardella

Je vais vous donner un exemple très concret. Dimanche soir, lorsque les membres de la majorité qui étaient présents sur les plateaux de télé ont annoncé 89 députés du Rassemblement nationale, ils ont tous annoncé qu'ils réindexeraient les pensions de retraite sur l'inflation. Moi, je m'en réjouis, on l'avait dans notre programme. Donc, exemple, la réindexation des pensions de retraite, si elle est soumise aux voix, évidemment que nous la voterons. Mais comprenez bien qu'il y a quand même une incohérence. C'est que ce sont eux qui ont désindexé les pensions de retraite pendant 5 ans. C'est eux qui ont affaibli considérablement le pouvoir d'achat d'achat.

S'ils viennent nous dire aujourd'hui qu'on s'est trompé, qu'on les réindexe, évidemment qu'on va le voter puisque c'est dans notre programme. Donc, on est pragmatique là-dessus.

7:00
Présentateur

La prolongation des boucliers tarifaires sur l'électricité et le gaz, vous le votez ou pas ?

7:04
Jordan Bardella

Oui, dans l'urgence. Mais ce n'est pas une solution pérenne. La solution pérenne, c'est de baisser les taxes. Et moi, ce que j'aimerais, c'est que plutôt que de faire la leçon, le gouvernement entende les mesures que nous souhaitons proposer et plutôt que de distribuer des chèques qui sont des solutions ponctuelles, s'engage à baisser durablement les taxes. Parce que baisser les taxes, c'est un moyen concret de rendre du pouvoir d'achat aux Français. Et vous savez qu'on propose notamment de baisser de 20% à 5,5% la TVA sur le carburant et toutes les énergies parce que je pense que c'est le seul moyen de rendre du pouvoir d'achat aux Français. Triplement de la prime Macron ?

Non, nous souhaitons permettre la hausse des salaires. Et nous allons défendre une autre mesure qui vise à permettre à tous les chefs d'entreprise d'augmenter de 10% les salaires avec comme compensation que ces 10% de hausse de salaire soient exonérés de cotisations patronales. Les Français ont le sentiment aujourd'hui que tout augmente sauf leur salaire et donc il faut agir là-dessus. Parce que si vous voulez, si la politique de pouvoir d'achat du gouvernement consiste uniquement à déverser des chèques et des spéculoos alors que de l'autre côté, on a un niveau de taxe qui est ahurissant sur l'énergie, c'est profondément contradictoire.

8:03
Présentateur

Puis arrivera la loi énergie, transition écologique, si on en croit le programme d'Emmanuel Macron. Il voudra lancer la production de 6 EPR et en même temps mettre le paquet sur la transition écologique, implanter 50 parcs éoliens en mer d'ici 2050. Ça, vous le votez ? Vous ne le votez pas ?

8:19
Jordan Bardella

Non, je suis résolument contre l'éolien. Je pense que l'éolien est une catastrophe visuelle, environnementale qui détruit nos paysages. En plus d'avoir une efficacité énergétique relative, je vous rappelle que 25% du temps, les éoliennes tournent à vide et que l'énergie ne se stocke pas et qu'on est obligé de la brader à l'étranger à bas coût. Et puis là encore, c'est tout et le contraire de tout. Personne ne s'y retrouve. Mais parce qu'Emmanuel Macron...

8:40
Présentateur

On ne peut pas faire et en même temps pour le coup... Non, on ne peut pas faire et en même temps du nucléaire et en même temps de l'éolien.

8:45
Jordan Bardella

Quand Emmanuel Macron ferme Fessenheim, quand il abandonne le projet Astrid qui avait pour but de promouvoir des déchets nucléaires beaucoup plus propres et beaucoup plus renouvelables pour 4 mois plus tard lors de l'élection présidentielle nous dire je vais ouvrir 6 nouveaux EPR, tout cela est profondément incohérent. C'est tout et le contraire de tout Emmanuel Macron.

9:02
Présentateur

J'entends ce que vous dites depuis ce matin. La campagne présidentielle et législative est terminée. Alors je m'en vais. Non, non, sinon je vous laisse et puis moi je rentre. Si vous avez envie. Mais la question n'est pas celle-là. La question c'est maintenant dans cet état de fait avec un président qui a été réélu et une assemblée où il n'a pas la majorité absolue jusqu'où le Rassemblement national est capable d'aller.

9:22
Jordan Bardella

Eh bien, moi je lui pose la question.

9:23
Présentateur

C'est pour redire votre programme contre le sien.

9:25
Jordan Bardella

Moi je lui pose, c'est un peu la conséquence des législatives. Moi je lui pose une question. Est-il prêt, oui ou non, à renoncer à la réforme des retraites à 65 ans ? Est-il prêt, oui ou non, à baisser la TVA, à baisser les taxes sur les carburants ? Est-il prêt, oui ou non, au vu de ce qui s'est passé au Stade de France ? Enfin, je veux dire, tout le pays voit qu'il y a un problème avec l'immigration. Il n'y a qu'Emmanuel Macron qui trouve que ça va très bien et qui ne juge même pas utile d'en dire un mot hier. Est-ce qu'au vu des scènes du Stade de France, il est d'accord pour remettre en cause la politique pénale qu'il conduit depuis 5 ans ?

Et est-ce qu'il est favorable au fait de remettre en cause l'ouverture totale des vannes de l'immigration depuis qu'il est à la tête de l'État ? Et poursuivant là, la politique de ses prédécesseurs. Donc c'est ça qu'on lui demande. Est-ce qu'il est prêt, oui ou non, à mettre en place le référendum d'initiative citoyenne ? C'est ça les grandes questions.

10:04
Présentateur

Vous lui demandez d'appliquer votre programme. Ce matin, vous lui dites, appliquer le programme du Rassemblement National. C'est ça la co-construction ?

10:09
Jordan Bardella

Je pense que la co-construction, quand on a 89 députés du Rassemblement National, ça veut dire quelque chose. Et ça veut donc dire qu'il y a au moins tout ou partie de notre projet qui est jugé légitime par tout ou partie de l'électorat français. Et je pense qu'il y a des points sur lesquels on peut être d'accord avec les autres formations d'opposition. J'espère que les LR, par exemple, peuvent défendre une inversion de la politique pénale qui est menée depuis 5 ans par Mme Belloubet puis par M. Dupond-Moretti. Et donc là, à ce moment-là, c'est aussi à lui de faire un bout de chemin vers les représentations qui ont été portées démocratiquement dans les urnes.

Dimanche dernier, on fait comme si tout se passait bien.

10:46
Présentateur

Oui.

10:48
Jordan Bardella

On ne change rien. Emmanuel Macron dit, on change de méthode, mais je ne change pas une virgule de mon projet. Eh bien, je suis désolé, ça ne marche pas comme ça, la démocratie.

10:56
Présentateur

En fait, il n'y a plus que la dissolution. Ce matin, il n'y a pas d'autre moyen, non ? J'essaie de réfléchir. On est dans une situation inédite. J'essaie de réfléchir avec vous ce que vous proposez ou alors ce sera l'obstruction systématique

11:10
Jordan Bardella

comme vous avez fait pendant 5 ans ? Non, on n'a pas fait d'obstruction systématique pendant 5 ans, premièrement. Vous n'avez pas voté le point qui est en route ?

11:17
Présentateur

Vous n'avez pas voté contre les boucliers tarifaires ? Vous avez voté contre la loi antiterroriste ?

11:21
Jordan Bardella

Mais madame, parce que ces mesures ne nous convenaient pas et que nous sommes, encore une fois, dans l'opposition. Je veux dire, on n'est pas des députés de La République En Marche. Donc, s'il y a des mesures qui vont dans le bon sens comme on l'a toujours fait, nous allons les voter. Je crois qu'on a vocation à être pendant 5 ans une opposition républicaine responsable, mais aussi intransigeante. Donc, voilà, la question que je pose aux membres du gouvernement ce matin, c'est jusqu'où sont-ils prêts à aller pour renoncer à certaines parties de leurs projets qui, manifestement, n'ont pas l'approbation du peuple français ?

11:48
Présentateur

Vous voulez être constructif, loin du cirque de la NUPES. Comme vous dites parfois, François Ruffin vous répond. Lui, il est de la NUPES, de la NUPES, pardon. Les députés RN étaient des fantômes ces 5 dernières années. Quand il y a eu la bataille de la retraite, nos bancs étaient fournis. J'y étais jour et nuit, week-end compris. Où était Marine Le Pen ? Elle n'était pas là. Que lui répondez-vous sur ce point, cette image d'une opposition absenteïste, passeïste ? Comment allez-vous la contre-carrer ?

12:15
Jordan Bardella

Est-ce que vous allez changer ? Non, mais je lui réponds que tous les députés du Rassemblement National, en tout cas les 6 que nous avions, parce que nous n'avions pas de groupe, et donc pas les moyens qu'avait notamment le groupe de la France Insoumise, ont tous été réélus, sans exception. Donc c'est qu'a priori, les Français, qui plus est les électeurs de la circonscription des députés concernés, Marine Le Pen a été réélue à plus de 60% dans sa circonscription, ce qui veut dire que le travail a été fait. Donc évidemment que nous avons aujourd'hui des moyens qui sont sans commune mesure par rapport à il y a 5 ans.

Nous sommes le premier groupe d'opposition aujourd'hui à l'Assemblée Nationale, et je veux la remercier l'ensemble des Français qui nous ont fait confiance. Je pense qu'on est les seuls avocats du peuple français, et que nous serons les seuls à porter à l'Assemblée Nationale la question des fins de mois difficiles et de la question de l'immigration et de la sécurité. Mais je rappelle aux gens de la France Insoumise qu'eux ont tous, sans exception, appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle. Et que si Emmanuel Macron a été réélu, c'est grâce à Jean-Luc Mélenchon qui lui a apporté son soutien, ses voix et son parrainage.

13:12
Présentateur

Alors, pour la commission des finances de l'Assemblée Nationale, vous pensez qu'elle vous revient ?

13:17
Jordan Bardella

Il y a quand même un fonctionnement démocratique qui veut que la présidence de la commission des finances revienne à un député du premier groupe d'opposition. Nous sommes aujourd'hui la première force d'opposition, le premier groupe politique d'opposition avec 89 députés, plus que la France Insoumise, à l'Assemblée Nationale. Donc, nos électeurs ne sont pas des citoyens de seconde zone, le Rassemblement National n'est pas un parti politique de seconde zone, et nos députés ne sont pas des députés de seconde zone. Par conséquent, par respect pour la démocratie, nous avons droit à la présidence de la commission des finances et nous la réclamons.

13:50
Présentateur

Vous allez la réclamer et vous allez voter. Parce que je pense que c'est

13:53
Jordan Bardella

un moyen de contrôle aussi de la politique du gouvernement.

13:55
Présentateur

Alors, justement, ce qui peut sembler baroque, c'est que vous avez certains soutiens qui disent qu'il faut que ça revienne au Rassemblement National, notamment Gérard Larcher, dans Le Parisien, qui dit... Et parce qu'il est un démocrate ? Il y a aussi des membres du gouvernement, le ministre de l'Agriculture, Marc Fénaud, dit constitutionnellement, c'est le premier groupe d'opposition et au fond, ça doit lui revenir. Et puis Eric Wehrt va encore plus loin, il dit, en gros, sans le dire aussi textuellement, je préfère le RN que les Insoumis, parce que, dit-il, les Insoumis ont visiblement en tête de faire du contrôle fiscal, ce que je n'ai pas entendu au Rassemblement National.

Comment recevez-vous ces soutiens ?

14:27
Jordan Bardella

Mais je les reçois à la mesure de ce que nous sommes, c'est-à-dire un parti républicain, démocratique, qui respecte les institutions, qui représente les idées d'une grande partie des Français dans le paysage politique, qui a vocation à arriver au pouvoir. Et je pense que la plus grande force de Marine Le Pen est probablement d'avoir fait de ce mouvement politique, de cette famille politique, un parti politique de gouvernement et notamment une formation de second tour. On l'a vu dimanche dernier. Oui, sauf qu'elle rate

14:52
Présentateur

à chaque fois, pardon.

14:53
Jordan Bardella

Il y a...

14:54
Présentateur

À chaque fois, elle rate la dernière marche.

14:55
Jordan Bardella

Madame, nous avons... C'est vrai ? Depuis 1986, nous n'avions pas eu de groupe à l'Assemblée Nationale. Jamais dans notre histoire, nous avions eu 89 députés à l'Assemblée Nationale. On l'a dit. Donc c'est historique. Oui. C'est une percée extrêmement importante, ce qui signe de l'enracinement d'ailleurs du Rassemblement National un peu partout.

Donc nous avons droit à la présidence de cette commission des finances et nous proposons notamment la cognature de Jean-Philippe Tonguie, qui a travaillé dans les grandes entreprises, qui a fait Sciences Po, qui est député de la Somme, qui est parfaitement compétent et qui sera un très bon lanceur d'alerte et un très bon contrôleur de la politique, en tout cas économique, du gouvernement à l'Assemblée.

15:27
Présentateur

Allez, on file au standard où nous attend Marine. Marine, bonjour.

15:32
Auditeur

Oui, bonjour.

15:33
Présentateur

On vous écoute.

15:35
Auditeur

Oui, déjà, bonjour M. Bardella. Bonjour Marine. Et déjà, bravo pour vos 89 députés.

15:40
Présentateur

Merci.

15:41
Auditeur

Alors, j'ai vu du coup que dès septembre, il n'y allait plus avoir de président, du coup, parce que Marine Le Pen prenait la direction du groupe à la Sommée Nationale. Et ma question est, est-ce que vous allez du coup vous présenter pour la direction, la présidence, pardon, du Rassemblement National ? Et deuxième petite question, du coup, à côté. J'ai vu du coup que M. Louis Alliot se positionner, se stater, on va dire, aussi pour reprendre les rênes du groupe, enfin, du parti.

16:17
Présentateur

Du parti, oui.

16:18
Auditeur

Et du coup, voilà, c'était pour savoir est-ce qu'il va y avoir une bataille entre vous deux ? Quels sont vos points de divergence, vos points de convergence ? Et voilà.

16:28
Présentateur

Merci Marine, vous êtes une observatrice avisée de la vie du Rassemblement National. Manifestement auditrice proche du Rassemblement National. Oui, oui, oui. Et Jordan Bardet, là, vos réponses.

16:40
Jordan Bardella

Eh bien, écoutez, merci de votre question. Je suis à la tête du Rassemblement National par intérim depuis septembre. Je pense que le chemin que nous avons fait avec Marine Le Pen depuis un an a porté ses fruits puisque nous avons réuni 42% des voix à la présidentielle, 89 députés, vous avez raison de rappeler que c'est historique, que c'est inédit sous l'histoire de la Ve République. Et Marine Le Pen a indiqué qu'elle ne souhaitait pas reprendre la présidence du mouvement pour se consacrer à la présidence du groupe à l'Assemblée nationale.

Donc moi, je proposerais naturellement aux adhérents de poursuivre le chemin qui a été tracé depuis maintenant un an et qui, je le crois, au vu des résultats, a plutôt bien fonctionné.

17:14
Présentateur

Vous voulez rester président de la RER ?

17:15
Jordan Bardella

Oui, parce que c'est une évidence, il y a une forme de continuité.

17:19
Présentateur

Alors, Louis Alliot, il ne voit pas l'avidence. Il était à notre micro il y a une semaine et il disait l'évidence, ce serait que Marine Le Pen revienne à l'aune de ses résultats. C'est elle, ce n'est pas Bardet là. En gros, c'est elle, ses résultats. Et sinon, j'envisage de me présenter.

17:33
Jordan Bardella

Eh bien, écoutez, s'il y a une élection, il y aura une élection interne, s'il y a plusieurs candidats, je trouverais ça sain pour la démocratie au sein du mouvement. Et ce sera toujours un exercice démocratique intéressant de confrontation d'idées et des projets. Mais j'ai beaucoup d'amitié pour Louis Alliot, qui est maire de Perpignan, d'une ville de plus de 100 000 habitants. Et si vous comptez sur nous pour vous offrir le spectacle déplorable qu'ont offert les Républicains, à savoir la bataille de tranchées, vous vous trompez parce qu'il y a beaucoup de respect et d'habitiers mutuels entre Louis et moi.

18:01
Présentateur

Alors, parlons argent avec Nicolas sur l'application France Inter, avec 89 députés. Ça fait combien de financements publics au RN par an ? Sans oublier le pourcentage obtenu aux législatives. Un peu de transparence, s'il vous plaît, pour indiquer aux auditeurs combien la France va donner pour financer ce parti d'extrême droite. Merci.

18:22
Jordan Bardella

Question tout en nuance. Question tout en nuance, réponse claire. Vous savez que le premier tour des élections législatives détermine la subvention publique et le financement public qu'un parti politique a ensuite pendant 5 ans sur le quinquennat. Nous avons, au vu des résultats de ces élections législatives, doublé notre subvention, notre dotation publique. Donc, on devrait être autour des 10 millions d'euros par an qui nous permettent évidemment de faire fonctionner le mouvement de payer. et de rembourser

18:50
Présentateur

vos 23 millions d'euros de dettes, les prêts russes, tout ça. Les prêts russes, ça va bientôt être terminé ?

18:55
Jordan Bardella

Au vu des moyens qui sont aujourd'hui les nôtres, les prêts russes terminés, je me permets quand même, là encore pour clarifier, si nous avions été contraints en 2015 d'aller contracter un prêt auprès d'une banque chez Corus à un taux d'intérêt de 6%, c'est parce qu'aucune banque française ou européenne n'avait souhaité nous prêter de l'argent. Je tiens à le préciser. Évidemment que ce prêt est remboursé tous les mois et que nous réglons nos créances, mais évidemment au vu des très bons résultats de dimanche dernier, c'est une ère nouvelle qui s'ouvre pour le Rassemblement National et des perspectives politiques aussi très intéressantes.

19:25
Présentateur

Sur l'application Inter, Yanis vous demande comment pouvez-vous garantir que les députés RN sont compétents étant donné la faible formation des candidats, dit-il, que nous avons pu constater lors des différents débats législatifs. Je vous transmets la question, Jean-Dame Bardella. Répondez à Yanis. Encore une fois, je vous réponds à toute franchise.

19:43
Jordan Bardella

Les gens qui se présentent comme des cadors et des mozards de la finance depuis cinq ans nous laissent un pays avec 600 milliards d'euros de dettes et un pays qui démocratiquement est aujourd'hui bloqué. Donc je pense qu'on n'a aucune leçon de compétence à prendre. Les candidats du Rassemblement National et les députés sont des gens qui ont été élus, qui sont parfois des élus locaux enracinant leur territoire, qui connaissent la vie des Français, qui sont fonctionnaires, médecins, policiers, énarques, fonctionnaires, enseignants.

Ils sont à l'image de la diversité sociologique du peuple français et je pense que c'est parce qu'ils connaissent la vie des Français qu'ils ont probablement été élus et qu'ils s'engageront avec conviction à défendre des idées qui, je le crois, sont majoritaires, sont majorité en France.

20:26
Présentateur

Ils ont fait leur entrée hier à l'Assemblée Nationale, les 89 députés nouveaux élus, accueillis par Marine Le Pen qui leur a dit on ne vient pas en tongs et en chemise à ta fleur.

20:34
Jordan Bardella

Oui, on n'est pas la France Insoumise. On a un peu de respect pour les... Vous savez, quand on est élu par les Français, on ne s'appartient pas. On a un devoir de représentation et je pense que de venir habiller correctement à l'Assemblée Nationale, c'est une marque de respect aussi pour les Français, ce que manifestement n'a pas adopté la France Insoumise dont beaucoup d'ailleurs revendiquent d'arriver débraillés en dansant devant l'Assemblée Nationale, limite en twerkant au pied du perchoir. Pas de chemise à ta fleur, pardon. Avec l'idée... J'ai l'impression de voir des zadistes. Pardon, mais c'est extrêmement sérieux.

Les Verts ont même envoyé des élus, des Verts, d'Europe Écologie Les Verts, déployer une banderole devant l'Assemblée Nationale pour nous empêcher d'accéder au Palais Bourbon. Donc, je pense que l'extrême gauche va transformer l'Assemblée Nationale en ZAD et c'est sûr que ce n'est pas difficile d'incarner une opposition sérieuse et respectable quand on a à côté la France Insoumise.

21:22
Présentateur

Pas de chemise à ta fleur, Jordan Bardella, mais des tatouages, ça c'est possible. Vous avez une de vos députés fraîchement élue qui s'enorgueille d'être la plus tatouée de toute l'Assemblée Nationale. Et donc ? Non, je ne sais pas.

21:34
Jordan Bardella

Il y a beaucoup de Français qui ont... Moi, je n'ai pas de tatouage, je ne fais pas trop mon truc, mais il y a beaucoup de Français...

21:37
Présentateur

Donc, pas de chemise à ta fleur, mais les tatouages,

21:39
Jordan Bardella

c'est possible. Oui, il y a beaucoup de Français qui ont des tatouages, mais oui, quand on arrive à l'Assemblée Nationale, on représente les Français, donc c'est normal, par respect pour eux, qu'on s'habille correctement et qu'on n'arrive pas à débrailler comme si on sortait de soirée.

21:51
Présentateur

Patrick, au standard. Bonjour, on me dit que vous êtes militant La République En Marche, je crois. Oui, c'est exact.

21:58
Invité

On vous écoute. Bonjour, monsieur. Bonjour, monsieur. Je suis étonné que vous criez partout, sur tous les plateaux, que vous êtes gagnant, que le président Emmanuel Macron aurait perdu à la fois aux législatives et alors qu'on a un parti qui a 5 ans d'existence. Vous savez, plus de 5 décennies que vous existez. Il a été, dès sa première élection, majoritaire à l'Assemblée Nationale et là, il est aussi majoritaire. Il a quand même 175 sièges seulement pour son gouvernement, pour un parti qui n'a que 5 ans. Ça, c'est le premier point.

Deuxième question, on a un parti, à l'Assemblée Nationale qui a été à multiples reprises condamné pour détournement de fonds publics à l'Assemblée Nationale et vous réclamez... Non, pas du tout. Vous réclamez... Allez-y, finissez, pas du tout. Et vous vous réclamez de contrôler le... Non, non, pas du tout. Bah, si. Mind Open a été condamné à la fois par l'Union Européenne à rembourser 300 000 euros de détournement de fonds publics.

23:06
Présentateur

Oui.

23:07
Invité

Voilà. Et vous réclamez donc

23:09
Présentateur

la présidence de la Commission des Finances. Je finis votre phrase, Patrick. Complètement. Merci. Merci pour cette question que je transmets à Jordan Bardella. Il nous reste quelques secondes.

23:18
Jordan Bardella

Pour détournement de fonds à l'Assemblée Nationale. M. Emmanuel Macron

23:22
Présentateur

a été mis pour la première fois...

23:24
Jordan Bardella

Pour la première fois sous la Ve République, hors cohabitation, a été mis en minorité. Donc, il n'a pas gagné ses élections législatives puisqu'il n'a pas la majorité absolue. Moi, j'entends qu'il ait 175 députés. C'est très bien. Bravo pour les gens d'En Marche qui ont été élus. Mais quand on est président de la République et qu'on veut appliquer son programme, il faut une majorité absolue ou il faut des alliés mais il faut en tout cas 289 députés pour pouvoir gouverner le pays. Ça n'est pas ce qui est arrivé.

Je pense que si Emmanuel Macron était beaucoup plus respectueux des Français, s'il était beaucoup plus respectueux du processus démocratique qu'il avait fait un tant soit peu campagne durant cette élection présidentielle et ses élections législatives, alors peut-être qu'il aurait eu en minorité et je pense qu'il va devoir maintenant apprendre à composer avec l'opposition.

24:09
Présentateur

Dernière question. Reconquête semble mort et enterrée. Maintenant qu'Éric Zemmour ne présente plus aucun danger, est-ce que vous tendez la main au cadre du RN parti chez Reconquête ? Est-ce que le moment du grand pardon est arrivé ?

24:22
Jordan Bardella

Les cadres du RN, si vous voulez, qui ont fait preuve d'immoralité et qui ont trahi leur famille politique à 30 jours du scrutin, ça serait une marque d'irrespect pour nos électeurs que de leur proposer de revenir ? En revanche, je pense qu'il y a beaucoup d'électeurs d'Éric Zemmour qui se sont aperçus qu'Éric Zemmour était un très bon lanceur d'alerte, qu'il était un éveilleur, un bon journaliste en quelque sorte, mais qu'il n'avait pas le profil pour être candidat et pour être président de la République. Donc moi, je les appelle à nous rejoindre. Je leur dis qu'on partage une grande partie des idées, on partage en tout cas la volonté que la France reste la France.

Donc je leur dis venez avec nous, rejoignez-nous et venez faire un bout de chemin avec nous. En tout cas, moi je suis prêt à leur tendre la main.

25:06
Présentateur

Ce n'est pas encore le moment du grand pardon.

25:08
Jordan Bardella

Non mais il n'y a pas de grand pardon. Je veux dire, Éric Zemmour a fait 7% à la Préhenselle, 4% aux élections législatives. Donc voilà, on ne peut pas être bon partout. Jordan Bardella, merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin.