"Nous sommes là pour construire une défense européenne crédible", déclare le directeur général de KNDS
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Jean-Paul Allary.
Bonjour Fanny Guitt-Guinouché.
Vous êtes le patron, le directeur général de KNDS. Alors KNDS, pour nos auditeurs, ça ne dit pas forcément grand-chose. Et pourtant, vous êtes le leader de Chars, de Chars Léopard, de Canon César. Vous êtes une entreprise européenne. On entend beaucoup en ce moment qu'il y a des conflits, des conflits en Iran, le conflit en Ukraine. Ça veut dire que cette montée des conflits, ça fait vos affaires ?
Écoutez, je ne peux pas dire que la montée des conflits fasse nos affaires, dans le sens où tous ces conflits-là sont dramatiques, mais juste l'illustration que nous sommes dans un monde fragmenté, avec des blocs qui s'opposent et qui vont jusqu'au combat, ce qui est malheureux. Mais nous sommes là pour construire une défense européenne crédible pour éviter ces conflits.
Alors, construire une défense européenne, ça veut dire construire, je le disais, vous êtes le premier fournisseur d'armes, par exemple en Ukraine, ça veut dire construire des chars, des canons, ça veut dire que votre carnet de commandes, il est plein ?
Effectivement, depuis quelques années, notre carnet de commandes est le reflet de la montée des investissements de toutes les nations européennes qui veulent rentrer véritablement dans cette... Vos clients, ce sont qui ? Nos clients sont la grande majorité des pays de l'OTAN, en particulier, qui sont des gros clients de KNDS et nos deux plus gros clients sont l'État français et l'État allemand, qui sont véritablement les deux racines, les deux ancrages de KNDS en Europe.
Parce que vous êtes une entreprise franco-allemande. Quand on dit carnet de commandes plein, on a une visibilité à combien d'années, combien de mois ?
Écoutez, je ne veux pas brever les éluiteurs de chiffres, mais juste retenez, nous avons un carnet de commandes aujourd'hui à fin 2025 de 33 milliards d'euros. Mais c'est beaucoup de 3 milliards d'euros. À comparer aux 4,4 milliards d'euros que nous avons facturés, livrés l'année dernière en chiffre d'affaires.
Vous allez recruter pour honorer toutes ces commandes ?
Bien évidemment, on a une croissance qui est absolument importante, beaucoup d'investissements, beaucoup de recrutements.
C'est en France, il faut le préciser.
Effectivement, nous avons 32 sites en tout, dont une petite dizaine en France. Et nous recrutons en France énormément.
Vous recrutez quel type de métier ?
Écoutez, tous les métiers. C'est-à-dire ? Ce sont les métiers de la logistique, les métiers de soudeurs, les métiers de techniciens, métiers d'ingénieurs, métiers de finances, de commercial. Tous ces métiers-là sont concernés.
Ça veut dire que vous allez étendre des sites en France ? Vous êtes par exemple à Rouen, vous êtes près de Bourges. Ce sont des sites où il va y avoir des recrutements ?
Bien sûr, il y a beaucoup de recrutements qui sont en cours dès aujourd'hui. J'encourage tous ceux qui veulent rejoindre KNDS véritablement de profiter de tous ces métiers.
Et on peut se présenter chez vous sans avoir forcément été dans la défense ou l'armement auparavant ?
Je confirme, absolument.
Alors c'est le moment d'envoyer les candidatures. Je disais, vous êtes un groupe franco-allemand, une rare entreprise contrôlée 50-50, 50% états français et puis une famille allemande. Mais on voit qu'il y a l'intention de l'État allemand de monter au capital. Pourquoi ces changements ? Pourquoi l'État allemand a envie de venir dans KNDS ? Parce que vous êtes une belle entreprise ?
Écoutez, pour la simple et bonne raison, l'État allemand est un client important et KNDS est important pour l'État allemand. Et la famille voulant se désengager, nous sommes très heureux, si effectivement l'opération se déroule, d'accueillir l'État allemand comme actionnaire de KNDS, au-delà de l'introduction en bourse de KNDS.
Alors ça veut dire que les Français seront un peu moins présents, auront un peu moins de poids dans votre entreprise ?
Ce n'est pas une question d'équilibre entre la partie française et la partie allemande. Dans notre schéma, les deux parties, l'État français et potentiellement l'État allemand demain, auront environ à peu près la même participation dans le capital de KNDS.
L'idée c'est de faire une entreprise franco-allemande, de faire peut-être un char européen franco-allemand, alors qu'on n'est pas capable de faire, ou qu'on a abandonné le projet du SCAF, cet avion franco-allemand. Ça c'est parti à la poubelle, mais vous, vous vous dites demain ?
Et c'est véritablement l'ambition de KNDS, c'est véritablement de créer des solutions européennes, bien évidemment sur la base franco-jamaïque, qui est importante en termes de crédibilité vis-à-vis des armées, de ces deux armées. Donc effectivement, notre ambition, c'est de proposer en tant qu'industriel des solutions qui sont véritablement sur le meilleur des compétences, des technologies de chacune des entités en France et en Allemagne.
Et de faire en sorte que ça fonctionne, qu'on soit capable de travailler ensemble.
Absolument, et c'est notre détermination d'arriver effectivement à cette coopération qui est absolument vitale pour l'Europe en termes de crédibilité de la défense, je le répète.
C'est-à-dire que vous pensez que si on n'arrive pas à se mettre d'accord avec les Français et les Allemands, l'Europe fera pas le poids ?
Je déplorerai toujours tout projet européen, qu'il soit entre la France et l'Allemagne ou toute autre nation de l'Europe, de ne pas faire cette coopération qui est absolument essentielle pour la crédibilité de la défense européenne, qui est un enjeu d'aujourd'hui dans le monde dans lequel nous vivons.
Vous l'avez mentionné tout à l'heure, vous allez vous introduire en bourse, alors quand ?
Alors, on va s'introduire en bourse dès que l'on pourra, et donc le plus rapidement possible. Donc c'est prévu cette année ? Donc c'est prévu cette année, c'est prévu le plus vite possible.
Qu'est-ce que ça change ? Pourquoi avoir envie d'aller en bourse ? Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quoi l'intérêt ? Alors vous avez déjà une belle boîte, un carnet de commandes qui fonctionne bien ?
Oui, alors ça va d'abord nous donner beaucoup plus de visibilité, de crédibilité sur le marché, qui est en train véritablement de grossir, d'exploser. Vous avez vu notre carnet de commandes, avec des compétiteurs hors Europe qui sont en train de venir en Europe. Donc en fait, pour se battre à armes égales vis-à-vis de ces compétiteurs, on va attirer des investisseurs. Et ça donnera aussi une dimension supplémentaire en termes d'agilité. Si des opportunités se présentent en Europe, on sera plus solide, plus rapide, plus agile, plus robuste.
Combien ? Ça va se chiffrer en quoi ? En millions d'euros ? En milliards d'euros ?
Alors je ne peux pas donner de chiffres, mais vous pouvez retenir en milliards d'euros, oui. En milliards d'euros ? Bien évidemment.
Non, mais aujourd'hui, on est quand même dans les introductions en bourse. Alors vous me direz, ce n'est peut-être pas comparable, mais on entend que SpaceX, Elon Musk, veut introduire sa société en bourse, chercher 75 milliards d'euros. Ce n'est pas de cet ordre ?
Je ne peux pas plus commenter là-dessus. Vous ne pouvez pas commenter. Je vous ai déjà donné un chiffre qui est un milliard d'euros l'unité.
En tout cas, une chose est sûre, c'est que l'armement, la défense, vous connaissez, vous avez fait toute votre carrière dans ce secteur. Parce qu'auparavant, vous étiez chez Safran, Safran qui fait des moteurs d'avion. Avant d'arriver chez KNDS, il y a un peu plus d'un an et demi, vous êtes passé par l'aéronautique. Pourquoi cette envie ? Vous aviez, c'était chevillé au corps pour vous d'aller dans ce secteur ?
Écoutez, j'ai passé un peu plus de 35 ans dans ce merveilleux groupe qui est le groupe Safran, groupe aéronautique et de défense. Voilà, j'ai voulu passer et donner une certaine contribution personnelle par rapport à tout ce que j'ai appris. C'est ce que vous vouliez faire quand vous étiez petit ? Ce que j'ai fait, c'est de travailler dans les technologies. Je suis un passionné de technologie, c'est ce qui m'a...
Vous étiez dans un environnement avec des technologies pour avoir cette envie-là ?
Absolument pas, absolument pas. J'ai grandi dans un tout petit village de l'Aveyron dans lequel les technologies n'arrivaient pas tout à fait très rapidement. Et donc, voilà, j'étais passionné dès le début et donc, voilà, j'ai assouvi cette passion-là. Et maintenant, je suis un passionné d'industrie et je veux apporter ma contribution à cette aventure européenne de la défense qu'est KNDS.
Et qui est absolument, vous le disiez, essentielle étant donné les conflits environnementaux. Premièrement, une dernière question. La semaine prochaine s'ouvre à Paris un des plus grands salons de l'armement, de la défense, Eurosatory. Vous y serez présent, c'est l'occasion de voir des innovations. À quoi va ressembler, par exemple, le char du futur ?
J'encourage les auditeurs, s'ils le peuvent, venir nous voir à Eurosatory. Le char du futur, c'est plus qu'un char, c'est un système complet qui va être complètement connecté, digitalisé, avec des modules d'intelligence artificielle pour aider les soldats qui vont être dans ces chars. Limiter le nombre de soldats dans ces chars également, améliorer leur protection, leur donner une puissance de feu et de précision supérieure, et surtout une mobilité bien plus importante.
Alors, il y a les chars, et du côté des canons ?
Du côté des canons, pareil, nous allons afficher des innovations importantes, je ne peux pas dévoiler aujourd'hui, mais qui seront dévoilées dès lundi matin sur le stand KNDS.
Parce que là aussi, vous avez monté, vous disiez, on parlait des cadences tout à l'heure, c'est devenu quelque chose d'extrêmement important, le rythme ?
Oui, alors là, on a eu ces dernières années une aventure absolument exceptionnelle sur le canon César. Nous avons multiplié les cadences par cinq en quelques années, et ça c'est vraiment le résultat des hommes et des femmes de KNDS qui ont réalisé cet exploit. Aujourd'hui, il faut environ 15 mois, c'est-à-dire deux fois moins qu'il y a quelques années. Ah oui, effectivement. Donc, on a beaucoup progressé grâce à un travail collectif de l'ensemble des équipes de KNDS formidable.
Écoutez, merci beaucoup de nous avoir fait partager votre passion. Merci Jean-Paul Allary. Et puis, alors, on retient, c'est le moment d'envoyer ces CV, si on a envie d'aller travailler chez KNDS. Merci d'avoir été l'invité éco de France Info ce soir.
Merci Fanny. Merci.