Hezbollah, Israël, Iran… L'analyse du directeur de l'Observatoire des pays arabes, Antoine Basbous
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Antoine Bassebousse. Bonjour Madame.
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes politologue, associé chez Forward Global et directeur de l'Observatoire des Pays Arabes. Ce tournant, peut-être, peut-on l'espérer ?
Ces déclarations tournant du côté des discussions, des échanges, des négociations. Et puis cette déclaration de Donald Trump ce matin. La guerre est quasiment finie.
Est-ce qu'on peut le croire Il y a dix tournants dans les déclarations de M. Trump tous les jours et ils sont parfois contradictoires entre le tournant de vouloir détruire la civilisation iranienne et la fin de la guerre il y a beaucoup d'écarts en peu de jours. En tout cas, il y a peut-être un rendez-vous diplomatique qui se prépare à Islamabad entre les deux délégations.
Il y a le rendez-vous du 21 avril, la fin du cessez-le-feu, il y a le blocus d'attente en quelque sorte. Donc ça se joue bras de fer en attendant soit le retour aux armes, soit le retour à la table des négociations. Ça veut dire qu'il y a une sorte de compte à rebours qui est lancé et la date du 21 avril est évidemment très importante.
Mais lorsque vous dites qu'on ne sait plus exactement lire le Donald Trump, on va essayer de comprendre ce qui pourrait faire que cette fois si ça marche. Et notamment, prenons un par un les différents points. On va revenir évidemment sur les discussions entre Israël et le Liban qui ont été, disent-ils, constructives hier soir.
Mais d'abord, cette évocation d'une reprise des pour parler entre l'Iran et les États-Unis à Islamabad. Pourquoi ça marcherait cette fois-ci et que ça n'a pas marché la dernière fois ? Parce que peut-être que les uns et les autres sont revenus à de meilleures considérations du rapport de force et que les Américains auraient peut être mis un peu plus d'eau dans leur vin.
Et surtout, les Iraniens se seraient rendus compte que négocier cette fois-ci, ce n'est pas pendant des années, mais il faut aboutir à des résultats assez rapides, d'autant plus qu'ils sont maintenant sous blocus, qu'ils ont beaucoup de pertes, qu'ils ont des infrastructures détruites et que eux aussi, malgré leur résilience, ont besoin d'aboutir, ont besoin d'une sortie pour retrouver un semblant de Il y avait plusieurs points sur lesquels dès le départ ils n'étaient pas d'accord et qui ont fait que ces dernières négociations ont avorté très vite, notamment la question de renoncer au nucléaire. Est-ce que c'est un point sur lequel en réalité l'Iran serait prêt à véritablement faire un pas ? Parce qu'il y a les déclarations et puis il y a le réel.
Rappelez-vous au début de la guerre on voulait détruire le régime, changer de régime. Or aujourd'hui on est en train de consolider le régime en signant avec lui un accord sur l'avenir du nucléaire. Les Américains auraient demandé 20 ans de suppression, de suspension du programme nucléaire.
Les Iraniens auraient d'accepter cinq années, c'est-à-dire au-delà du mandat de Donald Trump. Mais il n'y a pas eu accord. Or, l'état d'esprit, la mentalité de Vince en arrivant à Islamabad, c'était « j'ai plié le match venait signer ».
Ce n'était pas comme ça que les Iraniens entendaient cette négociation. Donc il n'y a pas eu de prolongation, 20 heures de négociations et ruptures. Vous le dites, le régime qui finalement sort presque renforcée.
Qui a l'avantage au moment où on se parle ? Évidemment, les Etats-Unis ont vraiment brisé les reins de la République islamique. On l'oublie presque, parce qu'ils fanfaronnent.
Oui, parce que parce que l'Iran est dans le déni. La mort des hommes chez les Iraniens qui sont formatés pour dire nous sommes des chouhada, des martyrs, nous allons rejoindre le Mahdi au paradis. Donc ça n'a pas la même valeur.
Les Iraniens ont perdu 13 soldats dont certains par la chute d'un avion et non pas par un acte de guerre alors que les Les Iraniens sont vraiment par terre, mais eux ne reconnaissent jamais qu'ils ont subi de tels dégâts. Ils se disent toujours combatifs et se réclament comme étant issus d'une civilisation, ce qui est vrai, mais ils ne veulent pas accepter. Il y a la civilisation, il y a le régime des Mollas, mais lorsque vous dites qu'ils ne le reconnaissent jamais, le reconnaîtront-ils ?
C'est-à-dire qu'est-ce qui pourrait au fond véritablement briser ce régime même si on en reste au régime, même si on a bien compris que c'était désormais même plus dans la liste de course des Etats-Unis. D'abord une réaction en interne, mais cette réaction tarde à venir parce que le régime a non seulement mobilisé les Basidj, c'est-à-dire la police locale, mais aussi fait venir du Pakistan, de l'Afghanistan, de l'Irak des chiites qu'ils avaient embrigadés auparavant pour faire le coup de feu et maltraiter la population qui sortirait dans la rue donc il est de ce côté là suffisamment fort pour continuer à se maintenir et puis il a quelques réserves il a des proxys le hezbollah au liban les hezbollah en irak qui continuent après le cessez-le-feu à bombarder les pays du golfe au point que l'arabie a convoqué l'ambassadrice d'irak à riad pour qu est ce qui peut aboutir de parce qu'évidemment on va prendre le temps aussi de comprendre ce qui pourrait se jouer entre Israël et le Liban mais lorsque vous dites au fond il y a le sel, c'est le feu l'Iran laisse entendre et montre qu'il le respecte pour l'instant, on est bien d'accord D'accord. Donc les frappes que vous évoquez ne sont pas directement le fait de l'Iran.
L'Iran peut dire « ce n'est pas nous », mais c'est tout de même des proches de l'Iran. Mais de qui se moque-t-on quand le Hezbollah au Liban ouvre un front sur instruction de Téhéran commandé par les passes d'Aran qui sont au Liban, c'est au profit de qui il le fait ? Ce n'est pas le gouvernement libanais, c'est Téhéran qui a décidé ainsi.
C'est pour ouvrir un front de substitution, c'est la sentinelle libanaise qui veut soulager la citadelle iranienne. C'était début mars, au début des affrontements. Idem pour les milices du Hezbollah en Quand l'Iran dit « Je respecte le cessez-le-feu », il dit à ses milices en Irak « Allez, tapez le Koweït, le Qatar, Bahreïn, l'Arabie ».
Il y a eu beaucoup de dégâts. Il y a eu 700 000 barils de sortie après le cessez-le-feu parce que les milices irakiennes ont frappé un holéoduc en Arabie. Ils ont détruit beaucoup de choses au Koweït également, mais tout ça, il Il ne faut pas être naïf à ce point.
C'est l'Iran qui tire les ficelles. C'est l'Iran, c'est l'Iran qui donne directement, c'est le commandement iranien des Pazdaan qui ordonne et les autres exécutent. Antoine Bassebousse, cette rencontre hier à Washington, une rencontre directe pour la première fois depuis des décennies entre le Liban et Israël.
Les deux parties ont estimé qu'il s'agissait de premières rencontres constructives et et qu'il y aurait une suite. Qu'est-ce qu'on doit comprendre, et qu'est-ce qu'on peut en attendre ? D'abord c'est un tabou qui a été brisé, puisque la dernière rencontre remonte à 1983.
Deuxième chose, les Les deux sont d'accord sur le point qu'il faut trouver une solution pour vivre côte à côte et non pas en guerre. Mais qui fait la guerre ? C'est le Hezbollah.
Qui est le Hezbollah ? Laissez-moi vous rappeler deux, trois choses. L'actuel chef du Hezbollah, Naïm Qasim, a écrit un bouquin dans lequel il raconte la soirée à Téhéran au cours de laquelle Layatullah Khomeini a signé le décret de création du Hezbollah.
Donc le Hezbollah a été créé à Téhéran par un décret de Khomeini. Je vous rappelle également que Nasrallah, l'ancien chef charismatique, disait à la télévision et répétait « je suis un soldat dans l'armée de Wali Yilfaqi. » Wali Yilfaqi, c'est-à-dire Khomeini.
Et donc le Hezbollah...
Le lien intrinsèque, quasiment enfanté par l'Iran du Hezbollah, c'est ce que vous nous dites ? C'est une réalité, en reconnue par tous. Un livre signé par l'actuel secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassim, décrit dans le détail tout ça.
Mais alors on a quand même du mal à comprendre comment, sachant tout cela et tout cela étant écrit, le Hezbollah a pu prendre une part aussi institutionnelle dans l'ensemble du puzzle libanais. Parce que le Hezbollah a été aidé, renforcé, dopé par l'Iran et il l'a infiltré d'autres communautés, il a pris part au pouvoir, il a su se faire grandir parce que le Liban faisait partie de l'axe de la résistance avec la Syrie. Et la Syrie, maintenant, qui n'est plus dans l'axe iranien.
C'est une occasion, une opportunité unique pour que le Liban retrouve le chemin de la souveraineté. Deux questions, Antoine Basbousse. Est-ce que le Liban peut faire comme si l Hezbollah n'était plus là, parce qu'au fond c'est un peu cette carte qu'il joue en ce moment à Washington il négocie, il discute comme si le président de la rassemblée nationale n'était pas membre lui-même du Hezbollah comme s'il n'y avait Il n'avait pas ses accords institutionnels avec le Hezbollah.
Est-ce qu'il peut vraiment s'en passer ? Et est-ce que le Hezbollah est aujourd'hui malgré tout affaibli ? Deux choses. novembre 2008, lui a dit exactement, entre guillemets, c'est un ministre présent, Michel Heddey, qui me l'a raconté.
J'ai donné mission, j'ai confié une mission au Hezbollah, d'éliminer Israël et de reconquérir Jérusalem. Ça, c'est Khamenei qui dit cela au président libanais. Donc, ce sont les passe-d'arrants libanais, le Hezbollah.
Ils ont créé des des séminaires, des mabarrats pour formater une jeunesse aux valeurs de Walid Faqir, aux valeurs de la République islamique. Donc c'est ancré, c'est bien structuré. Sauf qu'aujourd'hui, le Hezbollah est synonyme de malheur au Liban.
Il a mené des guerres qui ont fait perdre le pays, sa sécurité, sa prospérité. Mais peut-il passer outre ? C'est-à-dire que le Hezbollah maintient et dit et fait savoir depuis 24 heures qu'il refuse évidemment toute conclusion ou tout ce qui ressortirait de cette discussion entre Israël et le Liban.
Et le pouvoir libanais officiel, le président libanais, lui dit non, on va mener ces discussions. Comment ça peut marcher ça ? Eh bien le Hezbollah n'est plus un poisson dans l'eau au Liban.
Il est presque détesté par l'ensemble des communautés de l'opinion publique, y compris chez les chiites. Parce que par son action sur instruction de Téhéran, il a jeté sur les routes plus d'un million de chiites qui ont quitté le sud et qui pourraient ne plus jamais revoir le sud. Et ils ne sont plus accueillis parce que quand un chef du Hezbollah s'introduit dans un immeuble, Israël vient frapper l'immeuble.
Donc ils ne sont plus du tout les bienvenus ailleurs. Ils sont sous pression. Et le gouvernement libanais a pris des décisions qui n'existaient pas auparavant.
Le désarmement du Hezbollah, même s'il n'a pas la capacité ou peut-être parfois la volonté parce qu'il y a des complicités quelque part. C'est quoi ces complicités ? Je lisais hier dans l'éditorial de Lorient le jour qu'ils disaient qu'au mieux, le gouvernement libanais n'a pas réussi à désarmer le Hezbollah.
Au pire, il a été berné ou s'est laissé berné. Qu'est-ce que ça veut dire ça Vous savez, une partie du gouvernement libanais actuel a fait son ascension sous la férule du Hezbollah. C'est-à-dire que ces gens-là étaient aux affaires auparavant quand le Hezbollah construisait son armement, ses tunnels, ses stocks d'armes, recevaient les passes d'aran, recevaient les milliards de dollars de l'Iran.
Donc ils sont quelque part...
Ils ont fait leur ascension ensemble. Ce sont des sous-traitants Ils sont restés au pouvoir aujourd'hui avec la mentalité de sous-traitant du Hezbollah alors qu'ils sont les chefs et que le Hezbollah est rejeté par l'opinion publique. Antoine Basbous, la question évidemment du cessez-le-feu entre au Liban.
Ce matin, à l'aube, il y a eu une frappe israélienne contre une voiture à une vingtaine de kilomètres au sud de Beyrouth. Alors certes, c'est une voiture ciblée semble-t mais ça veut dire que les frappes se poursuivent est-ce que les discussions peuvent avoir un lieu sans qu'il y ait un cessez le feu réel en 2024 il ya eu un accord entre le hezbollah israël dans lequel il ya a eu cessez le feu mais donnant à israël la possibilité d'aller continuer à frapper là où il faut et donc c'était un accord léonin que israël est en train de poursuivre sous la supervision des Etats-Unis et donc il y a des cibles sélectives et il y a même eu des cibles qui n'en sont pas sélectives mercredi dernier qui ont été frappées. Mercredi dernier avec ses frappes considérables effectivement.
Il y a eu un carnage à Beyrouth et donc Israël ne va pas s'arrêter. Israël a la volonté de créer une zone de protection de 8 kilomètres de profondeur. C'est une zone de protection ou c'est une zone d'occupation ?
C'est une zone d'occupation mais qui pourrait être, pourrait devenir une zone annexée parce que monsieur Smotrich, le ministre israélien des Finances a demandé l'annexion. Qui est membre de l'extrême droite et qui est dans cette coalition autour de Benjamin Netanyahou? Il a demandé l'annexion du sud-luban jusqu'au litanie et c'est pas une revendication récente puisque avant la naissance d'israël il y avait des dirigeants qui réclamaient l'annexion jusqu'au litanie.
Mais ça, ça met évidemment en péril tout début de discussions crédibles, solides entre le Liban et Israël. Non, si ça se fait sous l'égide des États-Unis, les États-Unis peuvent garantir qu'il n'y aura pas d annexion d'un côté, mais il va falloir aussi garantir le retour des réfugiés dans leur domicile. Or Israël aujourd'hui est en train de démolir tout ce qui est sur la frontière, au point qu'à côté du siège de la finule à Nakoura, c'est à la pointe sud de la frontière sur la mer.
Une belle cité. Il y a un hôtel à côté du siège de la finule que les Israéliens voulaient détruire à la dynamite. La finule a dit mais si vous le faites, notre QG va sauter par le souffle.
Donc ils ont réussi à ce qu'Israël détruise avec des pelleteuses. Avec des pelleteuses, donc ils l'ont malgré tout détruit. Ça veut dire qu'en fait il y a cette discussion, c'est assez inouï d'imaginer même sur le terrain ces discussions-là.
Vous parlez de la finule, quel peut être le rôle de la France ? On a bien compris qu'Israël ne souhaitait pas et refusait même que la France participe à ce moment de discussion comme une sorte d'entremetteur ou de participation justement entre les deux, plutôt aux côtés du Liban semble-t-il. Quel doit être le rôle de la France ?
Qu'est ce qu'on peut faire ? Qu'est ce qu'on doit faire ? La France est un ami, un protecteur du Liban.
Il faudrait qu'elle reste dans le jeu accompagné par les Etats européens. Aujourd'hui la finule est structurée autour de forces européennes, que ce soit espagnoles, italiennes, françaises. Ça reste quand même la colonne vertébrale de la finule et il va falloir trouver un successeur de la finule avec la présence de la France et de l'Europe pour garantir la sécurité à la frontière au-delà de la fin de cette année.
Israël qui dit donc qu'il ne veut pas de la France, est-ce que vous vous dites Antoine Bassebousse qu'au moment où l'on se parle on est peut-être Aloub quand même sur cet angle-là, sur la question vraiment de la cohabitation Liban-Israël dans un moment véritablement qui pourrait être historique ? Oui il y a eu un tournant, un vrai tournant, le tabou est tombé, la négociation directe a eu lieu et sur la photo hier au département d'état il y avait six personnalités et ils ont placé l'ambassadrice du Liban à côté de l'ambassadeur d'Israël. Ils étaient vraiment côte à côte.
Côte à côte. Oui. Côte à côte.
On ne les a pas vus se serrer la main à proprement parler mais ils étaient vraiment côte à côte. Côte à côte sur la photo souvenir et face à face dans la négociation avec Marco Rubio le secrétaire d'état. Hormuz, le point de reprise de la guerre.
Est-ce que c'est là que ça se joue ? Vous avez commencé cet entretien en évoquant la date du 21 avril qui est la date butoir de la fin du cessez le feu tel qu'il avait été décidé. Qu'est-ce qui peut se jouer à Hormuz dans les heures qui viennent ?
C'est une position d'attente pour les uns et les autres. Chacun a placé ses hommes et ses conditions en attendant soit la reprise des négociations, soit la reprise de la guerre pour passer à ce que monsieur Trump avait dit. Je détruis les centrales électriques, je détruis les centrales de dessalement et j'éteins la lumière en Iran.
Cette pause, en quelque sorte, on va terminer cet entretien, mais on l'apprend à l'instant. L'armée israélienne déclare que le Hezbollah a tiré ce matin une trentaine de roquettes depuis le sud du Liban vers le territoire d'Israël. On parlait tout à l'heure de la frappe contre une voiture faite par Israël à l'aube et là, c'est donc une trentaine de roquettes évoquées qui auraient été tirées par le Hezbollah.
Le Hezbollah a tiré depuis le 2 mars, sur instruction de terrain, plusieurs milliers de roquettes sur Israël. Alors que le gouvernement libanais, dans lequel le Hezbollah dispose de deux ministres, avait formellement ordonné l Le désarmement du Hezbollah et la suppression de sa branche militaire et sécuritaire. Et donc on le voit encore ce matin, effectivement, la démonstration que tout cela ne fonctionne pas.
Tout cela ne fonctionne pas. L'autorité du Liban sur le Hezbollah est défié au minimum. Tout à fait.
Merci beaucoup, merci Antoine Basbous d'avoir