Face à Face : Antoine Armand - 28/11
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:14OuverteRéponse directe
Vous êtes ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, mais pour combien de temps ?
- 0:44RelanceRéponse directe
Mais est-ce que vous réussirez à échapper à la censure ? Quelles seraient les conséquences à la fois pour la France, pour les Français ?
- 0:59RelanceRéponse directe
Le 49-3 est-il inévitable ? Réussirez-vous à répondre aux attentes et aux lignes rouges posées par vos différentes oppositions ?
- 1:12OuverteRéponse directe
Censure ou pas censure, la France est déjà la Grèce. Depuis hier, on l'a vu, la France emprunte au même taux que la Grèce.
- 4:36FerméeRéponse partielle
Allez-vous, oui ou non, remonter les taxes au niveau où vous aviez prévu de les remonter, ou pouvez-vous nous dire ce matin que vous ferez un geste ?
- 5:36OuverteRéponse directe
La facture d'électricité va baisser. Elle aurait pu baisser d'environ 17 à 20%. Elle ne va baisser en réalité que de 9% parce que malgré tout, vous remettez les taxes qui avaient été supprimées au moment du bouclier tarifaire.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Invité politiqueChiffre
« Je suis ministre des Finances d'un pays qui a 3300 milliards de dettes, d'un pays qui a 6% de déficit. »
- 2:21Invité politiquePromesse
« Ce chemin, c'est ce budget. C'est retrouver les 5% en 2025, c'est montrer qu'on ne sera pas le seul pays d'Europe à ne pas être sous les 3% dans quelques années. »
- 4:43Invité politiqueFait
« La porte de Michel Barnier a toujours été ouverte, dès le premier jour. Il y a eu des évolutions de ce budget. »
- 10:12Invité politiqueChiffre
« Mon ministère baisse son budget de 22%. »
- 13:00Invité politiquePromesse
« On est prêt à des concessions mesurées dans tous les domaines. »
- 13:03Invité politiqueFait
« On est le pays, en Europe, qui a les dépenses de santé et de social public les plus importantes. »
- 15:45Invité politiqueFait
« Ça fait partie des décisions difficiles à se prendre dans ce budget pour avoir un équilibre et pour réduire vraiment le déficit. »
- 16:00Invité politiqueFait
« C'est une date européenne. Personne aujourd'hui en Europe ne la conteste frontalement. »
- 17:19Invité politiqueChiffre
« qui voyait 35 milliards d'euros votés à l'Assemblée nationale, puis rejetés, qui voyait des taxes, une nouvelle taxe par semaine. »
- 17:43Invité politiqueFait
« On ne peut pas, dans le pays qui taxe le plus au monde, dire que la seule solution pour rétablir les comptes, c'est d'augmenter les impôts. »
- 18:11Invité politiqueFait
« Il y a eu des travaux extrêmement conclusifs avec le président du Sénat, Gérard Larcher, avec l'esprit de compromis qu'on connaît à Michel Barnier, pour que cette facture ne pèse pas d'abord trop sur les départements. »
- 19:53Invité politiqueChiffre
« On n'est pas les seuls, l'Allemagne a eu des écarts de croissance de plus d'un point, mais nous avons eu des très importantes. »
- 20:06Invité politiqueFait
« J'ai demandé dès le premier jour de mon arrivée à ce qu'on regarde très précisément, il y a eu une mission d'inspection. »
Temps de parole
- Antoine Armand62 %
- Présentateur36 %
- Auditeur3 %
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Vous écoutez RMC, face à face, Apolline de Malherbe. Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Antoine Armand.
Bonjour Apolline de Malherbe.
Vous êtes ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, mais pour combien de temps ?
Ce sont les Français qui le décideront face à une coalition des contraires qui peut arriver à chaque instant dans un moment extraordinairement grave pour le pays. Le Premier ministre l'a rappelé. Je suis ministre des Finances d'un pays qui a 3300 milliards de dettes, d'un pays qui a 6% de déficit. Et nous sommes aujourd'hui face à une responsabilité immense, donner un budget au pays. Donner un budget au pays ? Donner un budget à la nation.
Mais est-ce que vous réussirez à échapper à la censure ? Quelles seraient les conséquences à la fois pour la France, pour les Français ? Vous commencez à évoquer la question d'un scénario à la grecque. On va essayer de rentrer dans les détails pour comprendre de quoi il s'agit. Derrière le mot de tempête prononcé par Michel Barnier. Le 49-3 est-il inévitable ? Réussirez-vous à répondre aux attentes et aux lignes rouges posées par vos différentes oppositions ? Je voudrais qu'on rentre tout de suite dans le très concret. Censure ou pas censure, la France est déjà la Grèce. Depuis hier, on l'a vu, la France emprunte au même taux que la Grèce.
Ça veut dire que ceux qui investissent en France estiment qu'on n'est pas mieux que la Grèce. Longtemps, on a vécu dans cette idée. C'est déjà le cas.
La France n'est pas la Grèce. La France a une économie, la France a une situation d'emploi, d'activité, d'attractivité, une puissance économique, démographique qui est bien supérieure, qui fait que nous ne sommes pas la Grèce. Mais qu'est-ce que nous a dit cet épisode hier, qui a duré quelques minutes, que vous avez commenté sur les taux d'emprunt ? Qu'il y a les pays qui font le travail. Les pays qui ont été dans le rouge et qui se sont retroussés les manches. Et qui ont dit à leurs compatriotes, ça va être difficile, mais on va faire des économies ensemble.
Ça c'est la Grèce ?
On va passer par des moments difficiles. La Grèce, l'Italie, d'autres pays, l'Espagne, sont passés par là. On fait cet effort et on dit, regardez, si on fait cet effort ensemble, demain on pourra investir à nouveau. C'est dingue, c'est qu'effectivement, eux, c'est le budget, c'est sérieux. Mais nous, à l'inverse, on s'écroule. On ne s'écroule pas, on risque de décrocher. Comme un avion qui est en altitude et qui, à un moment, risque de perdre le contrôle. Or, il y a un chemin. Ce chemin, c'est ce budget. C'est retrouver les 5% en 2025, c'est montrer qu'on ne sera pas le seul pays d'Europe à ne pas être sous les 3% dans quelques années. Ce chemin, il existe.
Donc oui, aujourd'hui, on est face à un dilemme. On est devant deux chemins. Le premier chemin, c'est la responsabilité, c'est un budget. C'est, au fond, dire, est-ce qu'il est parfait ce budget ? Bien sûr que non. Est-ce qu'on peut l'améliorer ? Oui. Et on l'a déjà fait et on pourra encore le faire. Et puis, il y a l'autre chemin. Il y a le chemin de l'inconnu. Il y a le chemin de la dégradation. Il y a le chemin de la dislocation du pays. Il y a le chemin du saut dans l'inconnu budgétaire, économique et financier.
Et celui-là, je vous le dis, quelle que soit l'appréciation qu'on a du gouvernement, quelle que soit sa coloration politique, quelle que soit sa sensibilité, personne, personne n'en a envie.
Personne n'a envie, aujourd'hui, ce que vous êtes en train de dire. Vous vous adressez à ceux qui brandissent la menace de la censure et vous leur dites, vous prenez aujourd'hui la responsabilité de ce chaos que vous êtes en train de décrire.
Ce que je dis aux partis politiques qui n'ont rien en commun, tout à droite ou tout à gauche de l'hémicycle, c'est ce n'est pas parce qu'on n'a pas un accord avec un gouvernement qu'on affaiblit son pays. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas d'accord avec une politique qu'on met un pays dans le rouge. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas d'accord avec un premier ministre et avec un gouvernement qu'on plonge le pays dans l'inconnu budgétaire et financier.
Alors, saurez-vous les convaincre ? Ils sont nombreux, effectivement. Ceux, désormais, le Parti Socialiste l'a annoncé hier après-midi. Ils voteront la censure. Le RN, tiens, écoutons, Jordan Bardella, qui hier faisait peu mystère du fait qu'aujourd'hui, sans doute, la décision serait aussi de vous censurer. Écoutez.
Les lignes rouges, elles ne sont pas variées depuis septembre. Maintenant, si le gouvernement s'entête et ne veut pas discuter, alors ce gouvernement tombera. Soit il prend en compte, et je le dis avec beaucoup de transparence et je tiens le même discours depuis septembre, soit il prend en compte nos revendications, à savoir une inquiétude sur le pouvoir d'achat, sur cet alourdissement de la fiscalité sur les entreprises. S'ils s'entêtent dans un budget de punition et dans un budget qui va pénaliser la France qui bosse, alors ce gouvernement tombera. Je le dis depuis des semaines et je n'ai pris personne en train.
Alors, ce gouvernement tombera. La ligne rouge, elle est notamment sur la question de l'électricité. Allez-vous, oui ou non, remonter les taxes au niveau où vous aviez prévu de les remonter, ou pouvez-vous nous dire ce matin que vous ferez un geste ?
La porte de Michel Barnier a toujours été ouverte, dès le premier jour. Il y a eu des évolutions de ce budget. Mais attendez, concrètement, il y a eu des évolutions majeures sur les petites retraites, sur les allégements de cotisations. Le premier ministre, au journal de 20h, a annoncé qu'il pouvait y en avoir une sur l'électricité et qu'il y a une discussion. Mais c'est maintenant, là ? Mais oui, mais cette discussion, c'est celle du budget, parce que la taxe sur l'électricité, elle est dans le projet de loi de finances et cette discussion mérite de se tenir. Mais quelle est ma responsabilité ? Je ne sais pas, je ne sais pas ce que vous m'imaginez, ça peut être aujourd'hui ou demain.
Pardon, mais je ne peux pas vous dire à la fois qu'il faut redresser les comptes du pays et vous dire qu'on peut prendre toutes les dépenses, toutes les baisses de recettes sans regarder ce qu'on met en face.
C'est pourquoi je vous en demande une, je vous pose la question de l'électricité, elle est devenue très symbolique, c'est à la fois l'ERN mais les autres partis qui en réalité vous le demandent, ne pas alourdir la facture d'électricité des Français. Je vais répéter les choses pour que vous puissiez directement aller au point politique. La facture d'électricité va baisser. Elle aurait pu baisser d'environ 17 à 20%. Elle ne va baisser en réalité que de 9% parce que malgré tout, vous remettez les taxes qui avaient été supprimées au moment du bouclier tarifaire. C'est ce geste-là que Marine Le Pen vous demande.
Et c'est ce geste-là que nous devons regarder, très sérieusement. Mais regardez, il n'y a plus temps de regarder, ça fait trois mois que vous regardez. Mais c'est que nous devons discuter et sur lequel, le Premier ministre l'a dit, une proposition devra être faite.
Mais vous êtes ministre de l'économie.
Bien sûr, et il y a un ministre du budget et il y a un Premier ministre avec lequel nous travaillons.
Mais j'imagine que ça fait trois jours que vous en parlez, vous avez quelque chose au lac quand même.
Évidemment, et les négociations se tiennent. La question c'est, est-ce qu'il vaut mieux un budget qui n'est pas exactement celui que nous voulons ou pas de budget ? Et évidemment qu'il vaut mieux travailler à un budget qui n'est pas exactement le budget initial. Il y a eu des évolutions. Pourquoi ? Pourquoi ? Pour les raisons que je vous ai dites. Parce que sinon, on plonge dans l'inconnu.
Vous êtes donc prêt à ce qu'il y ait un budget qui n'est pas forcément celui qu'initialement vous aviez souhaité. Je dois donc en déduire, vous y allez progressivement, mais bon. Je dois donc en déduire qu'en effet, vous n'allez sans doute pas remonter les taxes autant que vous imaginiez le faire.
La question que je me pose quand j'entends certains, je parlerai sans doute après des socialistes, parce qu'ils ont dépassé progressivement toutes les limites de ce qu'on peut attendre d'un parti de gouvernement, c'est est-ce qu'on a en face des gens responsables qui sont prêts à accepter quelque chose ? Ou est-ce que vous savez, c'est comme le moniteur de natation, vous êtes dans la piscine, et plus vous nagez, plus la perche recule ? Parce que si en fait le principe, c'est simplement de faire bouger des lignes pour à la fin de toute façon censurer, parce qu'on se sent pas responsable, on se sent pas là-hauteur...
Non mais ce que je l'ai dit, c'est que ma responsabilité, c'est qu'à un moment, chacun doit se prononcer. Enfin malgré tout, moi je continue à vous poser la question. Est-ce que je préfère tomber un gouvernement qui propose un budget pour le pays ? Mais attendez, je vous l'ai dit...
Allez-vous, oui ou non, faire un geste sur l'électricité ?
Je vous l'ai dit, le geste sur l'électricité, nous y sommes prêts, il doit pas se faire à n'importe quel prix, il doit se faire en cohérence avec le budget que nous portons, parce que si nous dépassons toutes les cibles budgétaires, ça sert plus à rien de dire qu'on redresse les comptes, c'est un budget qui doit redresser les comptes, sinon c'est aussi un risque majeur pour le pays. Et donc là, je me demande, est-ce qu'en face de nous, on a bien des gens qui sont en responsabilité et qui sont prêts à tenir un cap budgétaire, ou est-ce que le principe, est-ce que le principe c'est seulement d'animer les plateaux de télévision et les radios pour à la fin de toute façon censurer ?
En fait, vous redoutez que les lignes rouges bougent au gré effectivement de l'opposition politique, et que si vous leur donnez ça, vous demandez autre chose.
Mais est-ce que vous avez entendu par exemple le Parti Socialiste dire si on obtient telle ou telle concession, nous ne voterons pas la censure ?
Le problème aujourd'hui, pour vous, ce n'est pas tant le RN que le PS ?
Je pense au Parti Socialiste qu'on a connu il y a quelques années, avec lesquels on a des désaccords parfois très profonds, mais qui s'est toujours comporté au moment important de l'histoire, au moment important de l'histoire politique, au moment clé pour la nation, qui s'est toujours comporté avec une responsabilité et un esprit de gouvernement, qui ont fait la force de son pays, de notre pays, de son identité. Et ce que je constate aujourd'hui, c'est qu'il est plus simple pour eux de ne pas discuter, de menacer, de ne rien proposer.
C'est vous qui ne parlez pas, mais bon.
Pardon, mais vous avez une proposition du Parti Socialiste concrète concernant le budget qui leur aurait permis de ne pas voter la censure ? Vous en avez une ? Personne n'en a entendu une.
Ce que je voulais dire, c'est que pour le coup, le RN de ce point de vue-là se comporte. Alors le RN dont vous disiez, lorsque vous êtes arrivé à Bercy, qui ne faisait pas partie de l'arc républicain, aujourd'hui, finalement, au moins, il vous donne un certain nombre de points. Il vous dit, voilà, nous, c'est la question de la taxe sur l'électricité, et c'est la question des aides aux petites entreprises.
Quelles que soient les différences de valeur qu'on a, on est aujourd'hui face à une situation extrêmement grave pour le pays. Le Premier ministre a parlé de tempête, ce n'est pas un mot choisi au hasard, c'est un mot qui a une résonance financière, économique et budgétaire. Et nous sommes évidemment prêts à des concessions pour éviter cette tempête.
Alors moi, maintenant, je voudrais quand même savoir sur quoi ces concessions ?
Sur l'électricité, le Premier ministre l'a dit, sur davantage d'économie. Je suis ministre de l'économie aussi. Je ne veux pas que les entreprises soient la variable d'ajustement de ce budget. Donc évidemment qu'à chaque fois, et je l'ai dit dès le début de ce budget, à chaque fois qu'on peut remplacer un euro d'impôt par un euro d'économie, le Premier ministre a parlé du train de vie de l'État. Nous y travaillons, j'y travaille dans mon propre ministère.
Concrètement, ça veut dire que ce sera quoi par exemple ? Puisque vous évoquez la question du train de vie, on a évoqué aussi la question des certains avantages auxquels ont droit les anciens premiers ministres, les anciens présidents. Est-ce que là-dessus, vous allez demander des efforts concrets, conséquents ?
Oui, ça veut dire que quand ça va mal, tout le monde doit faire un effort, et l'État le premier. Et j'ai un ministère qui baisse son budget de 22%.
Vous allez faire une cérémonie des voeux par exemple, vous ?
On verra, pardon.
Non mais parce que tout le monde se retrouve à annuler les cérémonies des voeux, j'ai l'impression que c'est même assez symbolique désormais.
Nous sommes au milieu de l'examen du budget de la France, dans un pays qui a 6% de déficit, je ne suis pas concentré sur la cérémonie de voeux. Ce que je veux vous dire, c'est que quand tout le monde fait un effort, l'État le premier doit montrer exemple. Mon ministère baisse son budget de 22%. C'est un signe extrêmement fort, tout le monde doit contribuer. Et je le dis, pourquoi ? Parce que c'est pareil, on en parlera peut-être dans un instant, dans une situation économique difficile. Ce n'est pas les entreprises, ce n'est pas ceux qui créent de l'emploi qu'il faut d'abord aller taxer, à qui il faut d'abord demander des efforts, parce qu'à la fin, qui va payer ? Qui va payer ?
Qui va payer s'il n'y a pas de budget ? C'est les entreprises qui ne pourront pas investir. Vous imaginez, s'il n'y a pas de budget à Pauline de Malherbe, vous imaginez une entreprise investir en France ? Il y a aujourd'hui des entreprises qui sont en pleine discussion pour investir ou ne pas investir. Est-ce qu'elles investiront ou est-ce qu'elles n'investiront pas s'il n'y a pas de budget ? Moi, je vais vous répondre, elles n'investiront pas. Vous avez des ménages qui hésitent à s'engager dans des projets immobiliers, dans des projets de logement. Est-ce que ces ménages se lanceront s'il n'y a pas de budget ? Je ne le crois pas.
Vous avez des personnes qui ont des petites épargnes qui sont importantes. Qu'est-ce qui se passera pour cette petite épargne ?
Mais Antoine Armand, j'ai envie de vous dire, c'est déjà le cas. C'est déjà le cas. Aujourd'hui, beaucoup de gens attendent et ont le sentiment en effet que c'est une situation, un moment où tout peut basculer un moment ou un autre. Justement. Mais Antoine Armand, vous avez dit, on sera prêt à faire des concessions. Cette phrase, elle est très importante parce que c'est peut-être avec cette phrase-là que vous allez réussir à échapper à la censure. Le Parti Socialiste, en sortant de la réunion avec Michel Barnier, dit « Nous n'avons pas vu de main tendue ». Jordan Bardella dit « Nos lignes rouges n'ont pas été respectées ».
Vous auriez pu arriver ce matin, Antoine Armand, en disant « Voilà, moi je vous annonce ce matin que nous allons baisser de moitié les taxes que nous imaginions faire ». Pardon, mais ça aurait été un signal plus précis et plus concret que juste de dire « On va faire un geste ». J'ai quand même l'impression d'un temps perdu.
Pardon, mais ma responsabilité, c'est de faire des propositions qui sont financées. C'est de faire des avancées.
Ça fait un bout de temps que vous savez que ça va vous tomber dessus.
On y travaille. Simplement, je constate qu'il y a des propositions précises qui ont été faites par certains sur lesquelles c'est de notre devoir de travailler, puisque notre devoir c'est de donner un budget au pays. Et qu'en face, il faut qu'en responsabilité, celles et ceux qui ont fixé des propositions, ils répondent.
Mais votre termine, c'est lundi. Vous le savez, Antoine Armand, lundi, il faut le dire, il pourrait y avoir une censure sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale. Sur cette question-là aussi, le déremboursement d'une partie des médicaments, ça fait partie de ce qui a mis le feu aux poudres sur la question du pouvoir d'achat des Français. Est-ce que là aussi, vous êtes prêt à des concessions ?
On est prêt à des concessions mesurées dans tous les domaines. Maintenant, sur cette question précise, on est le pays, en Europe, qui a les dépenses de santé et de social public les plus importantes. Et qui augmente chaque année. Les dépenses de santé, l'année prochaine, elles continuent à augmenter. C'est pour ça que je suis toujours extrêmement sceptique quand j'entends parler de budget d'austérité dans un pays où les dépenses de santé continuent à augmenter. On demande un effort. Parce qu'on ne peut pas avoir éternellement des médicaments totalement remboursés pour tous, dans toutes les situations, quel que soit le revenu. Et ça, chacun peut l'entendre.
C'est pour ça que je vous parlais de responsabilité. On ne peut pas, dans la situation dans laquelle on est, se contenter de dire « On a des lignes rouges, débrouillez-vous. » Et puis, au pire, on ne votera pas le budget, on plongera le pays dans le chaos. Ce n'est pas ce qu'attendent les Français d'un parti qui est représenté au Parlement, qui a vocation à servir le pays au-delà du gouvernement, au-delà des différences politiques. Vous vous rendez compte ? Moi, je suis élu en Haute-Savoie.
Vous imaginez les électeurs, les habitants de Haute-Savoie, qui regardent ce qui se passe et qui se disent « Mais attendez, ils ne vont quand même pas censurer un gouvernement parce qu'ils ne l'aiment pas, au risque de ne pas donner de budget au pays. » C'est la réalité, c'est ça qu'on vit aujourd'hui.
Antoine Armand, allez-vous, dans les heures qui viennent, rencontrer les différents groupes ? Vous, Michel Barnier, est-ce que vous avez bousculé votre agenda en vous disant « On va remettre la dernière chance, toutes les cartes sur la table ? »
Il y a un ministre du budget, dont la porte est ouverte, qui travaille chaque semaine avec l'ensemble des groupes qui le veulent bien.
Ça ne suffit pas que la porte soit ouverte, il faut effectivement prendre son téléphone.
Et qui travaille chaque semaine, qui discute. Il y a des discussions, il y a des travaux qui sont menés, et c'est extrêmement important. Le ministre du budget, comme ministre de l'économie et des finances, évidemment, je m'y associe, dans le but de trouver des solutions et dans le but de rappeler.
Vous l'espérez encore ? Est-ce que vous vous dites, au moment où on se parle là, « Oui, on peut échapper à la censure, en vrai ? »
Mon travail, ce n'est pas d'y espérer, c'est d'y travailler. Et donc, nous y travaillons cette semaine, nous y travaillerons jusqu'au bout. Et à un moment, il faudra que celles et ceux qui ont fixé des propositions, qui ont fixé des lignes rouges, à grands coups de cris et de bruit médiatique, soient au rendez-vous de leurs responsabilités.
Est-ce que vous appelez le parti socialiste à s'abstenir en cas de motion de censure ?
Évidemment. J'appelle les partis qui se disent de gouvernement, quel que soit leur désaccord avec le gouvernement, à ne pas priver la France d'un budget et à ne pas mettre les Français en danger.
Dans les différents points qui ont pu agiter sur la question du pouvoir d'achat, il y a notamment le bonus écologique. On a donc appris hier qu'en effet, il allait clairement baisser, pour les particuliers, mais aussi d'ailleurs pour les entreprises. Ça veut dire moins aider ceux qui veulent acheter une voiture électrique. Et dans le même temps, on continue à leur dire, il va falloir que vous passiez à l'électrique quoi qu'il arrive et que vous abandonniez votre vieille voiture diesel ou essence. Est-ce que là, il n'y a pas une contradiction ? C'est-à-dire que, ou alors vous arrêtez le bonus écologique ?
Ok, mais dans ces cas-là, vous ne leur dites pas, oui, mais en même temps, tu es quand même obligé de changer de voiture.
Ça fait partie des décisions difficiles à se prendre dans ce budget pour avoir un équilibre et pour réduire vraiment le déficit. Vous savez, on a des voisins qui ont coupé le bonus écologique, complètement.
Mais est-ce qu'ils continuent à dire et est-ce qu'ils réfléchissent ? L'Allemagne réfléchit par exemple à l'idée de supprimer cette date de 2035 pour la fin du moteur thermique.
C'est une date européenne. Personne aujourd'hui en Europe ne la conteste frontalement. Pourquoi ? Parce que sur l'électrique, il y a une course de vitesse. Il y a une course de vitesse avec l'Asie qui déploie à toute vitesse des véhicules électriques pour inonder les marchés. Et c'est pour ça que l'Europe a réagi. Elle a pris des droits de douane de 35% pour dire la concurrence déloyale, ce n'est pas possible. Et c'est pour ça que malgré le contexte...
Mais si vous baissez le bonus écologique, les consommateurs vont aller acheter les voitures chinois ?
On fait un budget d'effort et vous me dites qu'il y a des dépenses qui baissent. Mais oui, si aucune dépense ne baissait, je ne serais pas en train de vous présenter un budget de redressement. Donc oui, il baisse, mais il est maintenu ce bonus et il est important parce qu'il est important de soutenir nos constructeurs et nos équipementiers dans la situation dans laquelle on est.
Il y a dix jours, vous aviez provoqué une sorte de coup de tonnerre en parlant de l'impôt de trop lors d'une interview au journal Le Parisien. C'était presque jouer contre votre propre camp puisque cet impôt de trop dont vous parliez, c'était la taxe mobilité. J'avais d'ailleurs ce jour-là reçu le ministre des Transports qui n'est pas issu de la même famille politique que vous et qui s'était senti visé là-dessus et qui disait que vous n'auriez pas dû en parler dans la presse. D'abord, un, est-ce que vous êtes revenu dessus ? Est-ce que vous vous dites finalement la taxe mobilité, allez, ce n'est pas l'impôt de trop ?
Ce que je disais dans Le Parisien, il était adressé aux parlementaires, il était adressé à la société qui regardait le budget qui était en train de se faire et qui voyait 35 milliards d'euros votés à l'Assemblée nationale, puis rejetés, qui voyait des taxes, une nouvelle taxe par semaine. Ce que je constate, c'est que nous trouvons des évolutions. La commission d'hier du projet de loi de la sécurité sociale est revenue sur 2,5 milliards d'allègements de cotisations qui ont été financés par ailleurs, parce que les entreprises créent de l'emploi et qu'elles ne peuvent pas être la variable d'ajustement du budget.
On ne peut pas, dans le pays qui taxe le plus au monde, dire que la seule solution pour rétablir les comptes, c'est d'augmenter les impôts. Ça ne vise personne. C'est évidemment fait en pleine solidarité gouvernementale, parce que la question, aujourd'hui, c'est de trouver le chemin pour redresser les comptes.
Voilà pour les entreprises, pour les collectivités territoriales. La facture, elle avait commencé à 5 milliards. 5 milliards d'efforts demandés aux collectivités territoriales. On en est où au moment où on se parle ? Est-ce que ça a baissé cet effort demandé ?
Il y a eu des travaux extrêmement conclusifs avec le président du Sénat, Gérard Larcher, avec l'esprit de compromis qu'on connaît à Michel Barnier, pour que cette facture ne pèse pas d'abord trop sur les départements, qui sont les collectivités les plus en vulnérabilité dans le moment, qu'on puisse réduire l'effort qui est demandé sur certaines collectivités, parce que, oui, on a besoin d'investissement local. Donc, cet effort, il va se matérialiser dans les prochains jours, dans le budget qui est examiné en ce moment au Sénat, parce que, pendant que certains fixent des lignes rouges...
Mais ça pourrait donc être réduit.
Oui, mais pendant que certains fixent des lignes rouges, je constate que, là, au Sénat, il y a des travaux, et il y a des votes de personnes qui sont les représentantes de la nation, qui avancent. Donc, regardons aussi ce qui... Mais à peu près à quel niveau ça pourrait atterrir ? Regardons ce qui fonctionne aussi, Apolline, de manière... Voyons qu'il y a aujourd'hui une démocratie parlementaire qui travaille au Sénat, qui fait avancer le budget, plutôt que par des incantations menacées de censure, alors même que la représentation nationale travaille.
Mais vous ne m'avez pas dit où ça atterrit. Enfin, ça atterrira un peu moins... Il va y avoir une discussion... Ça peut être moins que 5 milliards.
Il y a une discussion budgétaire en ce moment au Sénat. Certains amendements seront sans doute adoptés, et le gouvernement l'a dit. Nous sommes sensibles à l'investissement local, nous sommes sensibles à l'effort que font les communes chaque jour pour faire tourner le pays.
Une dernière question, Antoine Armand, vous qui êtes ministre de l'économie, votre prédécesseur Bruno Le Maire sera dans 10 jours auditionné sur la question d'une forme d'irresponsabilité, c'est le mot prononcé par le Sénat, de la perspective de croissance et du budget de l'année dernière. Charles de Courson dit que si la situation avait été prise en compte plutôt dans une plus grande sincérité, alors l'effort demandé aujourd'hui aux Français serait moindre. Est-ce que vous estimez en effet que c'était une sorte de cadeau empoisonné ?
Ce que j'estime, c'est qu'il y a eu des erreurs de prévision et des erreurs d'estimation très importantes. On n'est pas les seuls, l'Allemagne a eu des écarts de croissance de plus d'un point, mais nous avons eu des très importantes. Il y a eu une commission d'enquête à l'Assemblée nationale, il y a eu une mission d'information au Sénat. J'ai demandé dès le premier jour de mon arrivée à ce qu'on regarde très précisément, il y a eu une mission d'inspection. J'ai monté un comité scientifique avec Laurent Saint-Martin pour regarder mieux ce qui s'était passé et comment on pouvait améliorer les choses. Ça, c'est la priorité, regarder les choses factuellement.
Ensuite, pour les responsabilités politiques, pour les commentaires individuels, je laisse l'Assemblée nationale faire son travail.
Merci beaucoup Antoine Armand d'avoir répondu à mes questions dans cette période cruciale. Vous qui êtes donc ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, et on l'a bien entendu, vous le dites, nous sommes prêts à des concessions, même si le compte à rebours est lancé. Merci à vous, il est 8h53 sur RMC BFM TV.
Antoine Armand