Samuel Morin : "L'évolution du climat est de plus en plus défavorable" aux JO d'hiver
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« On a de plus en plus d'hiver peu enneigé et de moins en moins d'hiver bien enneigé. »
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« Le principal signal, c'est une baisse de l'enneigement à basse et moyenne altitude. »
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« Typiquement, en dessous de 2000 mètres dans les Alpes, on a perdu un mois de durée d'enneigement en moyenne depuis les années 70. »
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« Le signal général, c'est vraiment plutôt une baisse de l'enneigement déjà constatée et amenée à se poursuivre dans un climat qui se réchauffe. »
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« Pour les stations de plus haute altitude aujourd'hui, la plupart du temps, leurs conditions d'exploitation permettraient d'organiser des Jeux tels qu'ils ont eu lieu par le passé. »
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« Le CIO dit qu'en 2050, il restera une dizaine, une douzaine de pays capables d'accueillir des JO d'hiver. »
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« Il y a une étude de scientifiques d'une université canadienne qui dit, là, c'est seulement 3 pays, 4 villes dans 3 pays. »
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Il est 6h21, les 25e Jeux Olympiques d'hiver s'ouvrent officiellement demain en Italie. Mais combien y en aura-t-il dans le futur ? Qui pourra encore organiser ce genre de compétition dans 25 ans, dans 50 ans ? La neige se fait de plus en plus rare à cause du réchauffement climatique. Bonjour Samuel Morin.
Bonjour.
Vous êtes météorologue, chercheur, spécialiste du climat de montagne à Météo France et au CNRS. Les JO d'hiver vont forcément disparaître un jour ?
En tout cas, ce qui est certain, c'est que l'évolution du climat leur est de plus en plus défavorable puisque chaque réchauffement qui se manifeste dans les zones de montagne conduit à une raréfaction de la neige. On a de plus en plus d'hiver peu enneigé et de moins en moins d'hiver bien enneigé. Ce qui n'empêche pas, bien sûr, que la neige soit présente à haute altitude la plupart du temps pendant l'hiver. Et d'ores et déjà, ça rend plus difficile l'activité des stations de sport d'hiver et ça place un certain nombre de contraintes sur l'organisation de tels événements.
Il n'y a aucun endroit dans le monde où il y a davantage de neige du fait du dérèglement climatique ?
Le principal signal, c'est une baisse de l'enneigement à basse et moyenne altitude. Typiquement, en dessous de 2000 mètres dans les Alpes, on a perdu un mois de durée d'enneigement en moyenne depuis les années 70. Quand on se place à très haute altitude, on a des situations où, sous l'effet de l'accumulation d'humidité dans l'atmosphère, dans un climat plus chaud, on peut avoir des précipitations neigeuses très intenses. Mais le signal général, c'est vraiment plutôt une baisse de l'enneigement déjà constatée et amenée à se poursuivre dans un climat qui se réchauffe.
Et si on regarde en arrière les précédentes villes qui ont accueilli des JO d'hiver dans le passé, combien ne pourraient plus le faire aujourd'hui ?
Alors, tout dépend de la prise en compte ou pas de ce qu'on appelle la production de neige, que certains appellent neige artificielle ou neige de culture selon les sensibilités. Mais le fait de produire de la neige, qui n'était pas une pratique courante au début du XXe siècle, mais qui est aujourd'hui généralisée dans l'ensemble des stations de sport d'hiver, de grande taille ou pour l'ensemble des compétitions, en effet, même en tenant compte de cette production de neige, il y a des sites olympiques historiques qui sont plus climatiquement compatibles avec l'organisation des Jeux.
Ça ne veut pas dire qu'il ne pourrait pas y avoir des Jeux olympiques qui puissent se passer, mais on ne pourrait pas en être sûr à l'avance.
Et il faudra faire tourner les canons en neige.
Et parfois même, il fait trop chaud pour pouvoir les utiliser.
Ah, parce que techniquement, la neige artificielle, c'est faisable, mais seulement dans certaines conditions météo ?
Voilà, il faut qu'il fasse suffisamment froid pour que la pulvérisation des petits bouts d'eau qui aboutit à ces billes de glace que constitue la neige produite, il faut qu'il fasse suffisamment froid. Et donc, c'est aussi une technique qui dépend des conditions météorologiques et qui donc est soumise, elle aussi, à des contraintes climatiques. Et ça coûte cher ? Alors, ça fait partie du fonctionnement des stations de sport d'hiver aujourd'hui couramment. Donc, ça contribue à leur modèle économique. Mais le coût de la production de neige est relativement faible en regard de l'activité économique qui est générée.
Et donc, pour revenir à mes JO du passé, là, prenons les exemples français. On a eu Chamonix, Grenoble, Albertville. On pourrait organiser des Jeux aujourd'hui dans ces villes ou pas ?
Alors, à chaque fois, pour ces villes, en fait, ça, c'est la ville haute. Et ensuite, c'est les stations de ski qui sont au-dessus, qui sont les endroits où les compétitions de ski de descente, de ski de descente ou de ski de fond, qui peuvent s'y passer. Dans les Alpes françaises, on constate aussi cette réduction de l'enneigement.
Et c'est un enjeu, parce qu'en 2030, les JO, c'est dans les Alpes françaises.
Absolument. Mais pour les stations de plus haute altitude aujourd'hui, la plupart du temps, leurs conditions d'exploitation permettraient d'organiser des Jeux tels qu'ils ont eu lieu par le passé. Ceci dit, chaque année, le réchauffement rend plus variable, plus incertain, la bonne qualité de l'enneigement.
Et justement, pour les Jeux d'hiver qui doivent avoir lieu dans les Alpes françaises en 2030, est-ce que vos modèles peuvent déjà se projeter, prévoir l'enneigement dans cette région dans 4 ans ?
Alors, du point de vue du climat, 2030, c'est demain. Ou à peine après-demain, puisque c'est seulement dans 4 ans, puisque c'est la prochaine Olympiade. Et donc, finalement, les conditions auxquelles on peut s'attendre pour l'hiver 2029-2030 sont quasiment les mêmes que ceux en qu'on peut s'attendre pour cet hiver. C'est-à-dire, par rapport à ce dont on avait l'habitude il y a quelques décennies, un enneigement moins garanti, mais avec une neige qui, à haute altitude en particulier, sera très probablement au rendez-vous.
Samuel Morin, le CIO, dit qu'en 2050, il restera une dizaine, une douzaine de pays capables d'accueillir des JO d'hiver. Et il y a une étude de scientifiques d'une université canadienne qui dit, là, c'est seulement 3 pays, 4 villes dans 3 pays. Vous vous dites quoi ?
En fait, le changement climatique a des conséquences pour l'ensemble des secteurs d'activité. Les grandes compétitions sportives ne font pas exception, que ce soit l'été, avec les conditions de chaleur forte, intense, qui peuvent perturber les compétitions, ou que ce soit l'hiver, sous l'effet de cette sensibilité de la neige, qui est la ressource clé pour les activités d'extérieur pendant les JO d'hiver, qui peuvent se tenir. Et donc, effectivement, ça place des contraintes sur l'organisation de ces événements. Et seuls quelques sites, si on se projette à l'échéance de plusieurs décennies, auront la capacité, si on veut des JO tels qu'on les connaît aujourd'hui, de pouvoir se produire.
Alors, c'est des sites de montagne qui sont relativement haute altitude. Finalement, la sélection des JO tels qu'elle a été faite ces dernières années, tient déjà compte, dans une certaine mesure, de ses critères. Donc, des sites en Amérique du Nord, des sites tels que dans les Alpes françaises, ou en Italie, font partie des sites pour lesquels, par rapport à d'autres zones géographiques, les conditions vont rester un peu plus favorables que d'autres.
Sachant qu'il y a un paramètre qu'on n'a pas abordé aussi, c'est que l'organisation de ces JO contribue au réchauffement. Le bilan carbone, il est carabiné.
En fait, toute compétition sportive de grande ampleur génère beaucoup de transport. C'est le transport qui est le principal poste d'émission de gaz à effet de serre et qui contribue lui-même, effectivement, à ce réchauffement.
Une dernière question, Samuel Morin. Est-ce que vous allez les suivre, les JO d'hiver ? Est-ce que vous skiez ?
Alors, ça m'arrive de skier, j'ai des enfants et j'habite proche des montagnes et ça fait partie des plaisirs de l'hiver que de skier quand la neige est là.
Et vous n'êtes pas parfois tiraillé avec votre métier qui constate justement le réchauffement et l'absence de neige de plus en plus ?
On constate l'évolution du paysage de montagne est majeur pour quiconque a un peu de recul sur quelques années. C'est vraiment quelque chose qui change et qui touche émotionnellement. L'enjeu est de savoir profiter, savourer les moments qui sont favorables pour ces pratiques-là et puis savoir faire autre chose quand les conditions ne sont pas au rendez-vous.
Merci Samuel Morin, météorologue et chercheur à Météo France et au CNRS. Sous-titrage Société Radio-Canada