đŽ DIRECT - L'intĂ©grale de l'interview de GĂ©rald Darmanin, ministre dĂ©missionnaire de l'IntĂ©rieur,...
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D'abord, on l'a appris hier soir, un gendarme est mort à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, tué dans un refus d'obtempérer. Le chauffard a été interpellé cette nuit. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
Hier, il y a eu un contrĂŽle de police avec la police municipale Ă l'entrĂ©e de l'autoroute A8, effectivement sur la commune de Mougins, dans les Alpes-Maritimes, comme les gendarmes, les policiers en font Ă©normĂ©ment. Quelqu'un ne s'est pas arrĂȘtĂ©, a foncĂ© sur eux, manifestement. Il a Ă©tĂ© retrouvĂ© alors qu'on avait trĂšs peu d'Ă©lĂ©ments. Je voudrais vraiment remercier les gendarmes, la police scientifique et judiciaire, qui a pu retrouver trĂšs vite cette personne, Ă 4h30 du matin. Elle a Ă©tĂ© interpellĂ©e. Il s'agit d'un Cap-Verdien, qui est Ă©tranger rĂ©gulier sur le sol national, qui avait son permis de conduire, mais qui avait de nombreux faits de dĂ©lits routiers, notamment de refus d'obtempĂ©rer.
Ce n'est pas la premiĂšre fois. Je suis heureux qu'il ait Ă©tĂ© trĂšs rapidement interpellĂ©. J'ai Ă©videmment une pensĂ©e pour tous les gendarmes, pour tous les policiers, pour Ăric Comines, c'est un gendarme de 54 ans qui a deux enfants, qui est mort d'arrĂȘt respiratoire sur une aire d'autoroute, parce qu'il faisait son mĂ©tier pour nous protĂ©ger, pour arrĂȘter un chauffard.
GĂ©rald Lermanin, vous dites qu'il Ă©tait connu pour de nombreux faits, dĂ©lits, dont dĂ©lits d'obtempĂ©rer. Ăa veut dire que c'est une rĂ©cidive de dĂ©lits d'obtempĂ©rer ?
Manifestement, moi, je n'ai pas les condamnations judiciaires. Je n'ai que les inscriptions que la police et la gendarmerie faisaient sur ce qu'on appelle son casier, l'otage. Effectivement, à plusieurs reprises, depuis quelques années, il était un délinquant de la route.
Les refus d'obtempérer, ils tuent. Ils ont tué hier soir. Ils ont tué parfois ceux qui refusent d'obtempérer. On pense évidemment à Naël. Ils tuent parfois aussi des passants qui se trouvent sur ces courses-poursuites. Comment c'est ce que certains policiers appellent un véritable fléau ?
Il y en a 25 000 par an, en moyenne. Il y a eu des pics. Jusqu'en 2021, c'Ă©tait 27 000, 28 000. Ăa a un tout petit peu baissĂ©. On est autour d'entre 20 000 et 23 000 les trois derniĂšres annĂ©es. Mais c'est trĂšs, effectivement, trĂšs nombreux. Ăa a refus d'obtempĂ©rer en ce qu'on appelle des rodĂ©os urbains, en voiture, en quad, en moto. Et je pense que le mieux pour les arrĂȘter, c'est que les gens s'arrĂȘtent quand la police et la gendarmerie leur demandent de s'arrĂȘter. C'est un discours qu'on doit tous tenir. Quand un policier, un gendarme, un policier municipal vous dit de vous arrĂȘter, vous devez vous arrĂȘter.
Et vous savez, sur ces 25 000 en moyenne, refus d'obtempérer par an, ce qui fait effectivement beaucoup de mise en danger des autres, il y en a 5 000 qui touchent directement les policiers, les gendarmes, les citoyens qui passent sur le passage piéton à cÎté. Et il y a malheureusement beaucoup de morts. Vous savez, quand je suis devenu ministre de l'Intérieur, ça fait maintenant plus de 4 ans, l'un de mes premiers actes a été d'aller voir une famille, celle de Romain Boulange, un policier de Lille, qui est mort par un accident de la route mortelle et qui est en fait, me semble-t-il pour moi, un acte de crime. Parce que ce qui s'est passé hier, c'est pas un refus d'obtempérer classique.
C'est pas simplement, j'ai pas voulu arrĂȘter ma voiture. C'est un crime.
Il a foncĂ© dĂ©libĂ©rĂ©ment sur le gendarme qui tentait de l'arrĂȘter ?
Je n'étais pas là , la justice dira si c'est volontaire ou involontaire. En tout cas, c'est un acte criminel, c'est incontestable. Un pÚre de famille est mort, il avait l'uniforme de la République, on ne pouvait manifestement pas le louper. Il n'était pas en course aux poursuites, ce gendarme. Il faisait ce que nous avons tous vu quand nous conduisons notre voiture, un contrÎle routier dans une entrée d'autoroute avec la police municipale. Et quelqu'un a commis un acte criminel qui est de tuer ce gendarme.
GĂ©rald Darmanin, il Ă©tait sur le chemin de la gendarmerie ? Il envisageait de se rendre de lui-mĂȘme ?
Manifestement, depuis 3h du matin, il y avait un encerclement du site puisqu'il avait été géolocalisé grùce à la téléphonie notamment. Il y avait des hélicoptÚres, pardon d'ailleurs pour les habitants de ces communes, qui quadrillaient avec une centaine de gendarmes le terrain, les communes aux alentours. Et manifestement, de ce que je comprends, il allait se rendre à la brigade de gendarmerie ou au commissariat de police.
Ce que vous laissez entendre, c'est qu'il allait peut-ĂȘtre se rendre aussi parce qu'il se savait traquer et cerner.
C'est Ă peu prĂšs certain.
GĂ©rald Darmanin, un mot encore de ces attaques qui sĂ©vissent. Il y a eu des attaques Ă Grenoble, il y a eu des attaques en centre-ville de Besançon, une fusillade en plein jour en centre-ville. Et puis, il y a eu le retour du terrorisme, puisque c'est le parquet antiterroriste qui s'est chargĂ© de l'affaire avec l'attaque de la synagogue de la Grande Motte. Est-ce qu'aujourd'hui, vous en savez un peu plus sur les motivations et peut-ĂȘtre les complicitĂ©s du terroriste ? A-t-il agi seul ?
Ce qui s'est passĂ© Ă la Grande Motte, encore une fois, est Ă©videmment ignoble. Et je voudrais rĂ©pĂ©ter l'augmentation de 200% des actes antisĂ©mites depuis ce 1er janvier. C'est-Ă -dire que, vous voyez bien que nos compatriotes juifs subissent des actes rĂ©pĂ©tĂ©s contre les personnes, contre les lieux, contre les lieux de culte. Et alors, je veux dire que je suis ministre de l'IntĂ©rieur, sans doute encore pour quelques jours, mais je vais avoir un Ćil tout particulier pour, comme je l'ai toujours fait, vendredi et samedi pour le Shabbat, et lundi pour la rentrĂ©e scolaire, notamment autour des Ă©coles juives. Ils peuvent ĂȘtre assurĂ©s de la protection totale de la RĂ©publique.
Ăa veut dire, pardon GĂ©rald Darmanin, que vous anticipez une montĂ©e, voire mĂȘme un passage Ă l'acte dans les jours qui viennent. Quand vous dites le Shabbat, c'est cette fin de semaine. Quand vous dites la rentrĂ©e des classes, c'est lundi. On sait que depuis l'attaque de la synagogue, il y a Ă©galement un homme qui a Ă©tĂ© interpellĂ© avec un couteau qui menaçait une femme juive, qui avait plantĂ© un couteau vraisemblablement devant un magasin cachĂšre.
Et c'est manifestement quotidien. Je pense qu'il faut ĂȘtre aveugle pour ne pas le voir.
Cette arrestation, c'était hier dans le Val-de-Marne, avec cet homme avec son couteau.
Avec le prĂ©sident du CRIF ou du Consistoire, malheureusement, nous nous retrouvons souvent devant des synagogues brĂ»lĂ©es. Je pense Ă celle de Rouen, il n'y a pas si longtemps que ça. Devant des attaques contre des rabbins. C'Ă©tait par exemple Ă Levallois-PĂ©ret, il n'y a pas si longtemps que ça. Et devant des Ă©coles juives qui ont besoin de sĂ©curiser. Il y a des enfants qui, vous le savez bien, sortent du systĂšme scolaire classique pour aller dans des Ă©coles plus sĂ©curisĂ©es. Les Ă©coles juives elles-mĂȘmes ont besoin d'ĂȘtre sĂ©curisĂ©es.
Les policiers et les gendarmes sont tous les jours devant les Ă©coles confessionnelles, devant les synagogues, dans les rues qu'on pourrait qualifier de communautaires, oĂč il y a des quartiers communautaires, des commerces communautaires pour protĂ©ger nos compatriotes juifs. Mais c'est Ă©vident. Et ne pas le voir, ne pas voir cet antisĂ©mitisme qui est Ă la fois nourri par la haine d'IsraĂ«l et la haine du juif, tout simplement, qui touche toute l'Europe, bien Ă©videmment, mais qui nous touche Ă©videmment nous, qu'avant la premiĂšre communautĂ© juive d'Europe, c'est Ă©videmment ĂȘtre aveugle. Donc cet acte terroriste...
Le profil de cet homme qui s'Ă©tait drapĂ© dans un drapeau palestinien, qui s'Ă©tait couvert la tĂȘte d'un kiffier...
Aujourd'hui, il a en garde Ă vue Ă la DGSI. Effectivement, les magistrats antiterroristes, entre guillemets, l'interrogent et voient avec les services spĂ©cialisĂ©s quelles ont Ă©tĂ© ces complicitĂ©s Ă©ventuelles. Mais il est certain que c'est incontestablement sa haine d'IsraĂ«l qu'il a poussĂ© Ă cela. Il avait une activitĂ© assez soutenue sur les rĂ©seaux sociaux. Et je crois qu'il a Ă©tĂ© encouragĂ© par ce que d'autres appellent le djihadisme d'atmosphĂšre pour ce qui concerne l'islamisme radical. Mais il y a une haine d'IsraĂ«l d'atmosphĂšre incontestable qui est portĂ©e par certains discours politiques, notamment. On verra le lien qui sera fait par les magistrats eux-mĂȘmes.
Vous estimez aujourd'hui qu'il y a un terrorisme ou un antisémitisme d'atmosphÚre. Pour reprendre les mots de M. Kepel, qui parlait du djihadisme d'atmosphÚre, Gérald Darmanin, vous considérez aujourd'hui que c'est nourri par certaines forces politiques ?
Ăvidemment, ça c'est ça.
Lorsque le président du CRIF hier parle de Jean-Luc Mélenchon comme d'un pompier pyromane, vous reprendrez cette expression ?
Je ne suis pas là pour dénoncer les argustis des uns ou des autres. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il y a un discours politique qui peut rendre légitime, sans doute, des passages à l'acte pour des personnes comme ce monsieur. Je ne sais pas si c'est le cas précis pour ce monsieur, mais c'est le cas, en tant que ministre d'intérieur, je le vois tous les jours. Les propos de Mme Hassan, les propos d'un certain dirigeant politique, malheureusement, poussent sans doute des personnes à faire ce genre d'acte ignoble. Mais vous savez ce qui a été terrible dans la Grande Motte ? Bien sûr, le lieu est un lieu sacré, celui de la synagogue, comme celui de la mosquée ou d'une église.
Mais c'est que le rabbin Ă©tait attendu avec une hache. Ăa aurait pu ĂȘtre un drame absolument ignoble, ce qui se passait Ă la Grande Motte si les gendarmes n'Ă©taient pas arrivĂ©s trĂšs vite. Donc il faut faire attention tous les jours. Et je sais la peur de nos compatriotes juifs. Et je veux leur dire que la RĂ©publique, par le ministĂšre de l'IntĂ©rieur, les protĂšge et les protĂ©geront.
GĂ©rald Darmanin, je vois que vous avez remis une cravate en tant que ministre de l'IntĂ©rieur dans ces circonstances Ă©videmment dramatiques. Un gendarme est mort, oui. Dans ces circonstances dramatiques. Vous l'aviez enlevĂ© ces derniers temps parce que c'Ă©tait dĂ©jĂ un autre temps politique. Je voudrais qu'on en vienne Ă cette politique. Emmanuel Macron qui a annoncĂ© hier Ă©cartĂ© le nouveau Front populaire pourtant arrivĂ© en tĂȘte. Est-ce que vous comprenez ?
Le président de la République, il a fait des consultations. Et ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi des partis politiques de gouvernement, je pense que le Parti Socialiste, ne répondent pas de nouveau à ces consultations aujourd'hui.
Ils ont annoncĂ© leur refus d'y aller. Olivier Faure, le patron du Parti Socialiste, refuse, je cite, d'ĂȘtre complice d'une parodie de dĂ©mocratie. Lucie Castel appelle les gens Ă se mobiliser face Ă ce dĂ©ni de dĂ©mocratie.
Madame Castel, avec tout le respect qu'on lui doit, elle ne s'est pas prĂ©sentĂ©e aux Ă©lections lĂ©gislatives. Elle n'a pas Ă©tĂ© Ă©lue dĂ©putĂ©e, elle ne s'est mĂȘme pas prĂ©sentĂ©e au suffrage des Ă©lecteurs. Le Front populaire n'a pas prĂ©sentĂ©, Madame Castel, avant de se prĂ©senter dans les Ă©lecteurs comme Ă©tant la future PremiĂšre ministre. Et d'ailleurs, la Constitution de la Ve RĂ©publique, depuis 1958, prĂ©voit que c'est le prĂ©sident de la RĂ©publique qui nomme le Premier ministre. Ce ne sont pas les partis politiques qui dĂ©cident comme ça de dire qui est le Premier ministre. Personne n'a gagnĂ© ces Ă©lections lĂ©gislatives.
Il y en a un qui est arrivĂ© en tĂȘte quand mĂȘme. Personne n'a gagnĂ©, il y a un numĂ©ro un.
Non, attendez, arrivĂ© en tĂȘte au premier tour, c'Ă©tait le Front National. Il ne faut pas l'oublier. 11 millions de voix.
Oui, mais ça se joue au deuxiĂšme tour quand mĂȘme, les Ă©lections.
Il y a eu 11 millions de voix qui ont votĂ© pour le Front National. Moi, je ne veux pas les mĂ©priser, les Ă©lecteurs du Front National. Ils disent tous quelque chose de notre incapacitĂ©, de nos difficultĂ©s et de notre dĂ©faite. Il y a eu des dĂ©sistements entre les deux tours. J'ai moi-mĂȘme dit, d'ailleurs, je n'Ă©tais pas trĂšs favorable Ă cette politique de dĂ©sistement, mais dont taxe a Ă©tĂ© fait. Mais des gens se sont dĂ©sistĂ©s et n'ont pas votĂ© forcĂ©ment pour avoir Mme Lucie CastĂ©, Premier ministre. Il faut que chacun reste raisonnable, peu prĂ©tentieux et sans doute un peu modeste devant les Ă©lecteurs. Nous avons des consultations. Qu'a dit le prĂ©sident de la RĂ©publique cet Ă©tĂ© ?
Il faut que les partis politiques, les groupes politiques se parlent. Manifestement, ils ne se sont pas beaucoup parlé. Ils n'ont pas beaucoup trouvé ensemble une solution. Qu'a dit le nouveau Front populaire au président de la République qui les a reçus ? C'est tout notre programme, rien que notre programme. Il n'y a pas de majorité pour ça. Il n'y en a pas, indépendamment de ce qu'on pense du programme du Front populaire. Et j'en pense le plus grand mal.
Mais est-ce qu'il ne fallait pas les laisser, au moins le tenter ? Ils disent, mais laissez-nous notre chance, nous sommes arrivĂ©s en tĂȘte. On verra bien si ensuite il faut discuter, trouver d'autres majoritĂ©s, une fois qu'on est dans la place.
Les institutions de la RĂ©publique, ce n'est pas un jeu. Tous les partis politiques qui n'appartenaient pas au nouveau Front populaire, qui reprĂ©sentent Ă peu prĂšs 350 dĂ©putĂ©s, largement plus de la moitiĂ© de l'hĂ©micycle, ont dit qu'ils censuraient le jour mĂȘme de la nomination du gouvernement.
Vous dites que ce n'est pas un jeu, mais on est bien d'accord. L'argument d'Emmanuel Macron aujourd'hui, c'est la question de la stabilité, je cite, stabilité institutionnelle. Mais si vous voulez la stabilité institutionnelle, il ne fallait pas dissoudre.
Le gouvernement du nouveau Front populaire n'a aucune chance, aucune chance, de prospérer plus d'une journée. Tout le monde l'a dit à la sortie de l'Elysée. Il faut donc raison garder. Le président de la République n'a pas écarté les socialistes ou les communistes des responsabilités politiques. Il a écarté, et fort heureusement, la France insoumise, qui est un parti dangereux, chacun le voit, à la fois pour des questions d'antisémitisme ou de respect des forces de l'ordre. Je pense que c'est le minimum, minimum qu'on doit attendre, me semble-t-il, d'un parti de gouvernement, c'est de ne pas s'allier avec la France insoumise.
Une fois que nous avons une discussion avec des socialistes, on parle aujourd'hui de M. Cazeneuve par exemple, et pourquoi pas, M. Cazeneuve est un homme respectable, il ne fait pas partie de ma famille politique, je l'ai jadis combattu, mais je constate que c'est un grand républicain, laïc, on pourrait trÚs bien discuter d'une coalition avec un socialiste comme M. Cazeneuve.
Le souhaite-t-il ? Est-ce que vous savez si les événements
vont commencer avec Bernard Cazeneuve ? Je n'ai pas eu de contact récemment avec Bernard Cazeneuve, en tout cas pas depuis la dissolution, mais c'est un travail qui se fait sans doute entre le président de la République et lui.
Et si, tirons ce fil, tirons ce fil, puisqu'Ă un moment, il faut quand mĂȘme essayer d'imaginer un scĂ©nario de la suite. GĂ©rald Darmanin...
Donc le président de la République n'écarte pas les socialistes, vous avez bien compris.
Bernard Cazeneuve, Premier ministre, il écarte le nouveau Front populaire qui n'a pas de majorité. Vous pourriez rester quelques temps dans ce gouvernement ? D'ailleurs, c'était votre prédécesseur à Beauvoir.
D'abord, moi, j'ai beaucoup de respect pour Bernard Cazeneuve, qui est un grand rĂ©publicain, une nouvelle fois, et qui est un grand ministre de l'IntĂ©rieur, qui respecte les forces de l'ordre, mais ce n'est pas moi qui dĂ©cide les membres du gouvernement, c'est le Premier ministre qui le propose au prĂ©sident. On n'en est pas du tout lĂ . Moi, je fais mon travail pour aujourd'hui, et je crois que vous avez vu que l'actualitĂ© est au rendez-vous, pour ĂȘtre au rendez-vous de la sĂ©curitĂ© des Français. Mais l'exemple que je vous donne, Ă©videmment, mĂȘme si c'est un socialiste, ou si c'est Xavier Bertrand pour le cĂŽtĂ© de la droite, ou si c'est GĂ©rald.
Vous avez dit Bertrand, vous diriez la mĂȘme chose que vous disiez Ă l'instant sur Bernard Cazeneuve ?
Que fait le prĂ©sident de la RĂ©publique ? Il essaye, dans un contexte oĂč personne n'a gagnĂ© ses Ă©lections ou personne n'a de majoritĂ©, alors que la Ve RĂ©publique, c'est le fait majoritaire. C'est la premiĂšre fois qu'il n'y a pas de fait majoritaire Ă ce point, de trouver, non pas une majoritĂ© pour, mais qu'il n'y ait pas de majoritĂ© contre, pour que nous ayons un budget, pour que les fonctionnaires soient payĂ©s, pour que la Voix de la RĂ©publique soit portĂ©e Ă l'extĂ©rieur. Il y a des grands sujets qui sont la rentrĂ©e scolaire, le soutien que nous devons Ă nos forces de l'ordre, l'hĂŽpital public, l'aide, Ă©videmment, Ă tous nos concitoyens qui sont en difficultĂ©.
Personne n'accepterait que nous ne puissions pas payer les fonctionnaires, que l'hĂŽpital public ne fonctionne pas et que la Voix de la France ne soit pas entendue.
Vous avez Ă©tĂ© ministre des Comptes publics, GĂ©rald de Darmanin. Vous ĂȘtes aujourd'hui ministre de l'IntĂ©rieur. Est-ce que s'il n'y a pas de budget, est-ce que si cette situation d'incertitude perdure, les fonctionnaires, les policiers seront payĂ©s ?
Il faut que nous ayons un gouvernement d'ici la fin du mois, trÚs certainement, puisque le 1er octobre, le Parlement se réunit et commence à étudier le budget. Le Parlement modifiera le budget proposé par le gouvernement, bien évidemment, c'est la loi démocratique. Et il faut qu'avant le 31 décembre, nous ayons un budget. Si nous n'avons pas de budget, si le gouvernement tombe, comme ça aurait été le cas si Mme Casté avait été nommée premiÚre ministre, puisque dÚs le lendemain, ce gouvernement aurait été nul et non avenu, et nous sommes rentrés dans une crise institutionnelle, c'est ce qu'a dit le président de la République.
Effectivement, le danger est grave que la France se fasse attaquer sur les marchĂ©s financiers. Mais on n'est pas dĂ©jĂ
dans une crise institutionnelle ? C'est quand mĂȘme Ă©trange.
Mais crise institutionnelle, pour l'instant... ProvoquĂ©e par qui ? Pardon, pardon, mais les Jeux Olympiques se sont dĂ©roulĂ©s, on appelle tout le monde sans aucun problĂšme. Nous avons tous passĂ©, pour ceux qui ont pu en prendre, quelques vacances en toute sĂ©curitĂ©. Les gens qui ont pu ĂȘtre soignĂ©s ont Ă©tĂ© soignĂ©s. La rentrĂ©e scolaire se passera. Nous accueillons les Jeux Paralympiques dĂ©sormais. Pour ne pas durer. Non mais aujourd'hui, il n'y a pas d'instabilitĂ© institutionnelle. L'instabilitĂ© institutionnelle, si, si, les gouvernements ne peuvent pas passer plus d'une journĂ©e en responsabilitĂ©. Madame CastĂ© n'avait aucune chance. Ce n'est pas le prĂ©sident de la RĂ©publique qui l'a dĂ©cidĂ©.
Ainsi, ce sont les autres forces politiques qui reprĂ©sentent une majoritĂ© contre eux qui lui ont dit Ă l'ĂlysĂ©e. Il les a reçues, il a pris son temps, il les reçoit Ă nouveau. Mais maintenant,
on sait que le Parti Socialiste dit non,
on sait que le Parti Communiste
dit non, on sait que Europe Ăcologie dit non.
Ils ont dit non ce matin. Vous ĂȘtes bien d'accord que tout le monde n'est pas totalement d'accord au Parti Socialiste. Il y a la position de M. Faure.
Il y a celle de M. Glucksmann.
Je la trouve assez irrespectueuse des institutions parce que je pense que quand le prĂ©sident de la RĂ©publique propose des consultations, la moindre des choses c'est d'y aller, quitte Ă dire qu'on n'est pas d'accord. Ăvidemment, je ne comprends pas la position d'un grand parti de gouvernement comme le Parti Socialiste. Il y a plein d'Ă©lus, encore ce matin en lisant rapidement le journal, de grands Ă©lus socialistes qui disent que ce n'est pas tout Ă fait normal cette position.
Vous espérez donc qu'une partie du Parti Socialiste éventuellement rejoigne
cette proposition de coalition ? Je pense que ce serait une bonne chose. Nous sommes mis d'accord pour lutter contre le Rassemblement National. On a été d'accord sur l'essentiel. Pourquoi aujourd'hui on ne serait pas d'accord alors qu'il faudrait sans doute affirmer la laïcité, soutenir nos forces de l'or, soutenir notre économie, redonner du pouvoir d'achat à nos concitoyens ? On est contre le fait que la Russie gagne la guerre en Ukraine et on est pour la paix au Proche-Orient. On pourrait se mettre d'accord sur un minimum. C'est ça, il y a une coalition. Ce n'est pas parfait. Ce n'est pas tout à fait ce que nous pensons chacun d'entre nous. Mais ça permet à la France de fonctionner.
C'est ce qu'ont voulu les Français en finalement de donnant le pouvoir ni à M. Mélenchon ni à Mme Le Pen. Pourquoi aujourd'hui M. Fort préfÚre l'alliance avec M. Mélenchon que l'alliance avec les partis de gouvernement de l'ex-majorité ? Il y a quelque chose qui ne va pas. Donc aujourd'hui, le président de la République est dans sa responsabilité de pouvoir trouver un, une premiÚre ministre qui pourra ne pas avoir immédiatement une majorité contre elle, contre lui.
Sauf qu'Ă cela, je le disais, ils ont non seulement rĂ©pondu non mais ils passent mĂȘme Ă l'attaque en quelque sorte avec une menace de destitution qui est lancĂ©e par la France insoumise et un appel Ă la grande mobilisation. Ăa, c'est ce que Fabien Roussel a immĂ©diatement lancĂ© hier soir.
Mais ils ne sont pas d'accord entre eux. J'ai entendu ce matin M. Fort lui-mĂȘme dire qu'il n'Ă©tait toujours pas d'accord avec la proposition d'institution de M. MĂ©lenchon. D'abord, cette alliance de briquet-broc finalement...
Mais bon, elle tient. Elle tient cette alliance.
Elle ne tient rien du tout. Ils ne se sont pas mis d'accord pour pouvoir ouvrir un minimum leur projet, leur gouvernement pour tenir une coalition qui aurait une majoritĂ© Ă l'AssemblĂ©e nationale. Ăa n'a pas de sens. Et j'ai beaucoup de respect pour M. Roussel. Mais M. Roussel lui-mĂȘme sait bien qu'il ne peut pas, puisque lui-mĂȘme ne parle plus Ă M. MĂ©lenchon, gouverner avec M. MĂ©lenchon. D'ailleurs, ce qui se pose aujourd'hui comme question, c'est est-ce qu'on est d'accord pour se retrouver sur l'essentiel pour Ă©viter que notre pays aille justement dans une instabilitĂ© qui lui coĂ»terait extrĂȘmement cher.
Il n'est pas raisonnable, me semble-t-il, de vouloir absolument exiger le pouvoir quand on n'a pas les moyens d'appliquer le programme pour lequel on n'a pas de majorité.
Quel sera votre rÎle à vous, Gérald Darmanin ? Qu'est-ce que vous demandez, y compris à la famille dont vous venez, la famille de la droite ?
Moi, je pense qu'il faut que chacun soit raisonnable. On peut se mettre d'accord sur un certain nombre de sujets pour faire avancer notre pays. On sait qu'ils sont urgents. On n'est pas d'accord sur tout. Je pense qu'un grand acte de dĂ©centralisation est nĂ©cessaire. Il est Ă©vident qu'il nous faut un budget qui nous permet de continuer Ă soutenir ce qu'on appelle l'Ătat rĂ©galien, la justice, la police et puis, me semble-t-il, l'Ă©ducation nationale qui a besoin de moyens trĂšs importants pour nos enfants. Je pense qu'il y a des rĂ©formes qu'il faut que nous portions incontestablement. Et quelle serait votre prioritĂ© ? Le logement.
Moi, je vois Ă Tourcoing, il y a 6 000 demandes de logements en attente. VoilĂ une difficultĂ© pour laquelle nous n'avons pas su ĂȘtre forcĂ©ment au rendez-vous. Il y a plein de gens qui attendent pour ĂȘtre logĂ©s, qui attendent de pouvoir fonder une famille dans un logement. C'est tout ce que le logement, c'est 40, 50 % parfois de votre salaire qui y passe. Au lieu d'augmenter le pouvoir d'achat immĂ©diatement par du numĂ©raire, il faut peut-ĂȘtre penser aux dĂ©penses contraintes comme le logement, par exemple. Il y a Ă©videmment un sujet de soutien Ă l'Ukraine.
Et vous y croyez ? Vous pensez que cette coalition peut, dans les jours qui viennent, ça peut durer combien de temps ?
Ah ben ça, je pense que ça dĂ©pend du pragmatisme des femmes et des hommes politiques et de leur responsabilitĂ©. Vous savez, par exemple, cette question du logement. Moi, j'Ă©tais un maire de droite Ă Tourcoing, mais je pense qu'il y a plein de maires de gauche qui sont absolument d'accord avec moi. Je pense que le maire de Rouen, la maire de Nantes, le maire de Marseille, peut-ĂȘtre mĂȘme la maire de Paris, on a eu des problĂšmes de maires. On est capable de se mettre d'accord pour dire qu'il faut construire davantage.
Ce que vous arrivez parfois à faire d'ailleurs dans les municipalités, des alliances de circonstances,
vous pourriez le faire. Mais j'ai porté personnellement plusieurs lois à l'Assemblée nationale et au Sénat. Je mets la loi immigration de cÎté qui était plus clivante, mais toutes les lois que j'ai portées pour le ministÚre de l'Intérieur ont été votées par la gauche. J'ai réussi à donner des moyens supplémentaires à la police à la gendarmerie et à la demande du président de la République avec les voix du Parti Socialiste. Nous avons fait une votée des lois qui nous ont aidés, me semble-t-il, à organiser ces Jeux Olympiques avec les voix du Parti Socialiste. J'ai organisé à Paris les Jeux Olympiques avec la maire de Paris sous l'autorité du président de la République
avec la maire de Paris
Socialiste. On y arrive, on n'est pas d'accord surtout avec Anne Hidalgo. Moi, je ne suis pas devenu socialiste, mais sur l'essentiel, quand l'essentiel est en jeu, comme de Gaulle en 1958, on peut se mettre d'accord, me semble-t-il.
Et dans ce contexte, les Jeux Paralympiques commencent demain. Est-ce qu'il y a encore un pilote dans l'avion ? Est-ce que vous ĂȘtes confiant sur la sĂ©curitĂ© de cet Ă©vĂ©nement ?
Oui, je suis confiant comme on l'a Ă©tĂ© pendant les Jeux Olympiques, mĂȘme si la menace terroriste est importante. Regardez ce qui s'est passĂ© en Allemagne. Regardez ce qui nous est arrivĂ© Ă la Grande Motte. Donc, il y a 25 000 policiers et gendarmes mobilisĂ©s tous les jours, 10 000 agents de sĂ©curitĂ© privĂ©s, 8 000 militaires de sentinelles. De nouveau, la sĂ©curitĂ© sera extrĂȘmement prĂ©sente sans ĂȘtre oppressante. Je pense que ça a Ă©tĂ© la grande rĂ©ussite des Jeux Olympiques de Paris. Mais il faut ĂȘtre trĂšs attentif. Et pendant une grosse dizaine de jours, nous serons extrĂȘmement attentifs Ă Paris, en Ile-de-France et ailleurs.
Et donc, ce n'est pas le moment de l'instabilité ?
Aujourd'hui, il y a des grands prĂ©fets, il y a des grands directeurs gĂ©nĂ©raux. Celui qui aura le bonheur d'ĂȘtre ministre de l'IntĂ©rieur dans les prochains jours, si jamais le prĂ©sident de la RĂ©publique le choisira, il a Ă la fois des moyens budgĂ©taires, des femmes et des hommes trĂšs courageux. Et je pense que c'est un dispositif qui a fait ses preuves.
Merci GĂ©rald de Darmanin d'ĂȘtre venu ce matin. Vous le disiez en dĂ©but de cet entretien, le chauffard qui a tuĂ©, le criminel mĂȘme, dites-vous, qui a tuĂ© ce gendarme dans ce refus d'obtempĂ©rer a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© cette nuit. Il Ă©tait, dites-nous, dĂ©jĂ connu pour des dĂ©lits routiers et notamment des dĂ©lits d'obtempĂ©rer. Merci Ă vous. Il est 8h52 sur RMC.
Gérald Darmanin