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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 13 septembre 2024 6 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Ludovic Slimak, archéologue, présente des découvertes sur "la dernière grande extinction d'humanité"

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Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:30PrésentateurFait
    « on a réussi à extraire de l'ADN, des ossements de cet individu »
  • 1:41PrésentateurChiffre
    « les conclusions des généticiens étaient que ce néandertalien avait 105 000 ans »
  • 1:48PrésentateurChiffre
    « les conclusions de l'archéologie étaient qu'il avait quelque part entre 40 et 50 000 ans »
  • 2:38PrésentateurFait
    « cet individu qu'on a appelé Thorin en hommage à Tolkien, c'est un des derniers rois nains »
  • 3:00PrésentateurChiffre
    « sa population, en fait, a passé 50 millénaires totalement isolés des néandertaliens classiques »
  • 3:39PrésentateurChiffre
    « ce qui est clair, c'est qu'il est localisé à peut-être deux semaines ou dix jours de marche d'autres populations »
  • 4:38PrésentateurFait
    « Cette humanité-là va s'éteindre sans descendance »
  • 5:00PrésentateurFait
    « C'est la dernière grande extinction d'humanité »

Temps de parole

  • Présentateur85 %
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0:00
Présentateur

6h21 et à votre micro Marion, c'est un archéologue, chercheur au CNRS.

0:05
Invité

Il vient de rendre publique une découverte qui va changer notre vision de Néandertal. Rien que ça, il nous en parle depuis Toulouse, où se trouve le centre d'anthropologie et de génomique, où il travaille. Bonjour Ludovic Slimac. Bonjour. Vous venez de publier mercredi dernier une étude dans la revue Cell Genomics. Et d'après vos propres mots, là je vous cite, les résultats sont sidérants. Alors, ça démarre avec cette découverte que vous avez faite en 2015 dans la Drôme. Racontez-nous.

0:33
Présentateur

Oui, c'est une petite grotte qui s'appelle la Grotte Mandrin et dans laquelle on fouille depuis 1990. Donc c'est des travaux sur le temps long. Mais en 2015, on a eu la très belle surprise de nous trouver confrontés à la découverte d'un corps, un corps néandertalien. Ça faisait presque un demi-siècle qu'on n'avait pas rencontré en France. Mais dans l'absolu, cette étude-là, qui est en couverture de Cell Genomics, ne faux glisse pas sur cette belle anecdote qu'on a gardée pendant presque dix ans, d'ailleurs, relativement secrète, discrète. Mais on a fait un travail de fond. On a essayé de savoir ce que ce corps pouvait bien nous dire de cet individu et de sa population.

Et pour ça, il a fallu monter une équipe internationale et on a réussi à extraire de l'ADN, des ossements de cet individu. Et en analysant, on s'est trouvé confrontés à de profondes interrogations, puisque les conclusions des généticiens étaient que ce néandertalien avait 105 000 ans, alors que les conclusions de l'archéologie étaient qu'il avait quelque part entre 40 et 50 000 ans, 50 000 ans au plus vieux possible. Donc il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas et quelque chose qu'on devait comprendre. Et donc pour ça, l'équipe, on est plus de 40 chercheurs, on a multiplié les analyses, les manières d'enquêter.

Et d'ailleurs, c'est une enquête que je raconte aussi dans un ouvrage qui s'appelle « Le dernier néandertalien » et où j'explique qu'est-ce qu'on fait quand on se trouve confronté à un corps comme ça. Et quand on a des résultats qui sont aussi antinomiques entre ceux de l'archéologie et ceux de la génétique. Et le résultat de cette étonnante équation, c'est qu'en fait, effectivement, les généticiens pensaient qu'il avait 105 000 ans parce que sa génétique nous indiquait des populations très anciennes et qui ne correspondaient pas du tout aux populations qu'on connaît en Europe entre le 40e et le 50e néandertaliennes au moment de l'extinction néandertalienne.

Et le caractère tout à fait sidérant de ça, c'est que cet individu qu'on a appelé Thorin en hommage à Tolkien, c'est un des derniers rois nains.

2:48
Invité

Le roi nain, voilà, le roi nain du Seigneur des Anneaux.

2:51
Présentateur

C'est un des derniers néandertaliens. Et sa population, en fait, a passé 50 millénaires totalement isolés des néandertaliens classiques tels qu'on les connaît un peu partout en Europe, en Espagne, en France, en Allemagne, en Belgique, en Croatie. On a reconnu ces populations très homogènes génétiquement, une seule population biologique. Et là, on se trouve face à quelque chose qui était passé entre les mailles du filet. C'est ça. Une population totalement isolée. Et comment peut-on imaginer 50 millénaires d'isolation pour toute une population ?

3:23
Invité

C'est ça, Ludovic Slimac. C'est qu'en fait, cet homme néandertalien, il était contemporain de Sapiens, mais il n'avait pas du tout le même mode de vie. Vous dites, en fait, il ne s'est pas mélangé, il ne s'est pas métissé, il n'a presque pas bougé.

3:37
Présentateur

Alors, je ne sais pas s'il a bougé ou pas, mais ce qui est clair, c'est qu'il est localisé à peut-être deux semaines ou dix jours de marche d'autres populations, néandertaliennes elles aussi, mais avec lesquelles il ne va rien échanger. Et ça, si on projette ça sur ce que nous, nous sommes au monde, nous autres Sapiens, Néandertal n'est pas notre ancêtre, c'est une population éteinte, un filon qui est parallèle à nous-mêmes. Comment est-ce qu'on peut...

On n'a aucun enregistrement dans l'histoire, dans l'archéologie ou dans l'ethnographie, l'anthropologie culturelle, qui nous permettrait d'envisager de voir dans notre histoire des populations Sapiens qui auraient vécu à dix jours de marche d'autres populations et ne se seraient pas mélangées pendant 50 000 ans.

4:24
Invité

Et ça peut expliquer son extinction, puisque...

4:27
Présentateur

Alors ça donne le tournis parce que, effectivement, on est dans les derniers millénaires et dans les derniers instants, même là, en l'occurrence, de vie de ces populations. Cette humanité-là va s'éteindre sans descendance. Et comment est-ce qu'on peut verbaliser et comprendre ce qu'est une extinction humaine ? Aujourd'hui, il n'y a que des homo sapiens. On ne parle pas simplement d'une société, de l'effondrement d'une culture ou de quelque chose comme ça. Les fondements d'une civilisation, on est face à une extinction d'humanité. C'est la dernière grande extinction d'humanité et on ne sait pas verbaliser ça. On ne sait pas se confronter à ça.

Donc, généralement, dans les grands schémas qu'on avait et qu'on a encore aujourd'hui sur ces questions des derniers néandertaliens, on le voit comme un événement, un petit peu comme l'extinction des dinosaures où on a cet astéroïde qui percute la planète et puis, bon, les dinosauriens vont disparaître. Et c'est vrai que les théories ces dernières années, ça a été des explosions volcaniques, des rayonnements stellaires, des épidémies.

5:32
Invité

Et donc là, c'est une nouvelle piste ?

5:35
Présentateur

Je pense que c'est ce que j'essaie d'exprimer dans Néandertal Nu et dans le dernier Néandertalien, dans ces deux livres-là, qui essaient de penser Néandertal et Sapiens en faisant un pas de côté. Je pense que les hommes ne meurent pas comme ça. Les humanités ne meurent pas dans des événements. Ce n'est pas un événement ciel. Et donc, si ce n'est pas un événement, c'est un processus.

5:59
Invité

Et donc, ça pourrait être ça. En tout cas, ça pourrait être une des pistes d'explication. Merci beaucoup, Ludovic Slimac, archéologue, chercheur au CNRS, auteur du dernier Néandertalien. Merci de nous avoir répondu sur Inter. Merci d'avoir regardé cette vidéo !